Dans cet épisode de Vélotaf on reçoit, à nouveau, Marina Cox (ré-écouter le 1er épisode avec Marina ici), directrice des Ateliers de la rue Voot. On commence par discuter du programme « Un vélo pour 10 ans », mis en place par l’association pour transformer la façon dont les enfants perçoivent le vélo de seconde main. Et on fini par parler de l’avenir du vélo et de politique visionnaire !
Bon épisode !
Pour contacter notre invitée, c’est par ici ( https://www.instagram.com/lesateliersdelaruevoot ) !
Dans cet épisode riche en réflexions, nous aborderons des sujets cruciaux, tels que :
– L’importance de briser la chaîne de la surconsommation dès l’enfance 🔄
– Comment éveiller chez les enfants le désir de choisir des vélos réhabilités et éco-responsables 🚴♂️❤️
– Le rôle essentiel de la sécurité et de l’aménagement urbain pour le cyclisme des enfants et des adultes 🚦
– Les défis et solutions pour encourager la pratique cycliste chez les femmes et les publics culturellement éloignés du vélo 🚴♀️
– Les interventions et politiques publiques nécessaires pour un futur durable et cyclable 🌍🔮
Marina partage également son regard sur la nécessité d’une politique visionnaires en matière de mobilité et d’urbanisme, afin de créer des espaces où le vélo devient non seulement une passion partagée dès le plus jeune âge, mais aussi un mode de vie pour les générations futures.
Restez connectés au podcast Vélotaf, la suite de notre conversation avec Marina Cox revient dans quelques semaines. A la semaine prochain pour un(e) nouvel(le) invité(e) !
Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !
« Le projet au départ, se proposait, dans le cadre d’une forme d’abonnement sur le long terme, de permettre aux enfants de changer de vélo à chaque fois qu’il changeait. »
« C’est pas si simple, par exemple pour les petites filles, de les convaincre de ne pas avoir des vélos roses. »
« Ce qu’on propose comme activité ne peut pas exister s’il n’y a pas un soutien des pouvoirs publics. C’est impossible. »
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Ce podcast animé par Victor Blanchard est proposé par Bleen, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.
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Grâce à Autoscript.fr, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange.
Victor : Aujourd’hui dans Vélotaf, je reçois Marina Cox, directrice des ateliers de la rue Voot. Quand j’étais enfant, j’adorais faire du vélo. Mes parents nous emmenaient avec mon frère et ma sœur pour faire des tours de VTT dans la forêt le week-end. Aujourd’hui, je leur suis très reconnaissant de m’avoir donné l’opportunité de faire ça parce que le vélo est devenu pour moi un moyen de transport, une activité sportive. Ça m’a aussi permis de partir en vacances en itinérant. Bref, ça me rend très heureux. Les ateliers de la rue Voot ont un programme qui s’appelle “Un vélo pour 10 ans” et qui est destiné aux enfants. Et c’était donc l’opportunité parfaite d’aborder le sujet suivant, comment donner l’envie du vélo aux enfants. Ce podcast s’éloigne un peu de sujets parfois, on parle notamment d’avenir, mais finalement je trouve que c’est assez lié de parler d’enfance et d’avenir. Donc, je vous souhaite un très bon épisode.
Victor : Alors, les Ateliers de la rue Voot, ils ont développé un programme. Il s’appelle “Un vélo pour 10 ans”. Et donc, en partant de ce programme, la question que je voulais aborder aujourd’hui avec toi Marina, c’est comment donner l’envie du vélo aux enfants. Vaste question, est-ce que tu veux répondre comme ça ou peut-être commencer par parler du programme ?
Marina Cox : Alors, c’est intéressant de parler du programme lui-même et de sa jeunesse. En fait, un animateur mécanicien des Ateliers de la rue Voot a fait le programme. Et on a fait le programme. Et puis, on a fait le programme. Puisqu’on travaille beaucoup sur la récupération de vélos, nous, pour remettre de nouveaux vélos en état, qu’on recevait des vélos d’enfants. Et à cette époque-là, on n’avait aucun projet pour les enfants, mais on recevait plein de petits vélos. Donc, c’était comment valoriser ces petits vélos, qu’est-ce qu’on peut mettre en place ?
Victor : Juste une petite question de clarification. Comment ça se fait que vous receviez autant de vélos d’enfants ?
Marina Cox : Donc, on récupère en fait des vélos, à la fois les dons. Donc, les gens nous disaient… « Ah ben moi j’ai des vieux vélos, est-ce que ça vous intéresse, des vieux vélos ? » Ben oui, on ne faisait pas trop le tri, on ne fait pas la fine bouche, on récupère les vélos que les gens veulent bien nous apporter. Et à cette époque-là, je pense qu’on n’avait pas encore d’accord avec les déchetteries, mais voilà, donc on avait un petit toque de vélos d’enfants, et donc Bernard Bailly qui travaillait ici s’est dit « Qu’est-ce qu’on va faire avec tous ces petits vélos d’enfants ? ». Et en même temps qu’on récupérait ces vélos, c’était « Comment est-ce qu’on arrive à pervertir un peu ce truc de surconsommation où à chaque fois que les enfants grandissent, ils reçoivent un nouveau vélo qui va terminer au fond d’un garage, qui va… » Donc comment créer une espèce de boucle de réemploi et sortir de ce truc où on achète tout le temps du neuf, et puis tout le temps du neuf dans des grandes enseignes, et dans les grandes enseignes qui les font fabriquer à l’autre bout du monde, etc. Donc c’était comment essayer de perturber ce système-là.
Victor : C’est intéressant parce que le programme est parti d’un problème presque matériel, en fait, que faire de ces vélos ?
Marina Cox : Alors c’était que faire de ces vélos, et comment faire pour que les enfants, ne soient pas que dans cette logique d’achat et de « j’ai besoin d’un truc neuf ». Et donc le projet au départ, qui s’appelle « Un vélo pour 10 ans », se proposait, dans le cadre d’une forme d’abonnement sur le long terme, de permettre aux enfants de changer de vélo à chaque fois qu’il changeait, à chaque fois que c’était nécessaire, qu’ils avaient grandi et qu’ils avaient besoin d’un vélo adapté. Et on se proposait de faire ça jusqu’au vélo 24 pouces, si je ne me trompe, puisqu’après ça, on passe sur des vélos adultes en réalité. Donc après ça, ils pouvaient passer à un autre programme chez nous, mais plus ils sortaient de ce projet-là. Et donc on a retapé une flotte de vélos, on a commencé à faire un peu de communication et à faire savoir que ce projet était mis sur pied. C’est un projet pilote qu’on a mis en place avec un financement de Bruxelles Mobilité. Tout de suite, en fait, dès le départ, ce projet a bénéficié du soutien de Bruxelles Mobilité. Et donc voilà, les enfants viennent, ils choisissent un vélo. Alors selon l’âge qu’ils ont, on essayait aussi d’introduire cette notion de pédagogie qui est au centre de nos activités ici, de transmission, et donc d’essayer de commencer à intéresser les enfants à la mécanique vélo. Donc on a des petits établis, ce qui leur permet, avec des outils à leurs mains. Alors avec les tout-petits, on ne le fait pas, évidemment, et donc c’était les convaincre qu’un vélo, c’est chouette même s’il n’est pas neuf, que s’il est passé par les mains d’autres enfants, c’est un vélo qui a une histoire et que c’est un vélo que d’autres enfants ont aimé et qu’ils vont devoir en prendre soin eux aussi et le transmettre un jour à d’autres enfants. Et puis cette petite dimension pédagogique qu’on essaye d’instaurer dans le cadre de ce projet. Et tout ça, ben voilà. On s’inscrit dans toutes nos activités où la circularité est finalement centrale. Que ce soit la retape de vélo, la récup de vélo. On a d’autres projets pour les adultes qui reposent sur le même principe de récupération de cadres, où on remonte des vélos à partir de pièces de récupération.
Victor : J’aime beaucoup cette approche de sortir de la logique d’achat d’une œuvre dès l’enfance. J’ai l’impression que… En tout cas, à titre personnel, j’ai été assez marqué par ça dans mon enfance.
Marina Cox : Je pense qu’échapper à ça, c’est vachement compliqué. Et pour les enfants et pour les parents. Et on voit encore là que… Bon, après, tu verras si tu gardes ce que je vais dire là ou pas. Mais tous les enfants, ils veulent un vélo d’hécatlon aujourd’hui. Parce que c’est la norme. Et donc on voit bien quand même que c’est quand même une volonté des parents qui fait que les enfants sont inscrits dans notre programme. Je ne suis pas certaine que naturellement, les gosses, ils se diraient « Ah bah chouette, un vélo de récup ! » Je ne suis pas certaine de ça. Mais ça fait partie de notre mission de les faire adhérer à cette idée-là qu’un vélo qui a une histoire, c’est pas mal aussi.
Victor : Effectivement. Mais je comprends totalement ce que tu dis sur l’enfant qui veut un vélo d’hécatlon. Parce que quand j’étais petit, d’hécatlon, c’était mon magasin préféré. Je voulais absolument le vélo jaune, fluo, flambant neuf.
Marina Cox : Et de la même façon, c’est pas si simple, par exemple pour les petites filles, de les convaincre de ne pas avoir des vélos roses. Parce qu’il y a aussi des canons esthétiques pour les vélos et des couleurs, genre et tout ça. Donc c’est vraiment aussi des choses qu’on essaye d’éviter avec eux, de leur faire un autre style de proposition. Moi, je pense que les enfants, ils aiment bien rouler à vélo, par contre. Je veux dire que ça, c’est pas difficile. Leur donner envie de rouler à vélo, c’est pas difficile. Et je le vois aussi bien dans le cadre de ce projet que dans les enfants de mon entourage et les enfants de mes collègues. Et vraiment, les gosses, ils aiment bien rouler à vélo. Moi, j’aimais bien rouler à vélo. Petite, c’est la liberté, un vélo tout petit. C’est la liberté, un vélo. Tout d’un coup, une espèce d’autonomie comme ça, qu’on peut avoir à deux ans sur une draisienne. Moi, enfin, voilà. Quand on voit des mômes sur des draisiennes, moi, je trouve que c’est formidable de les voir. Et il y a même un truc même physique comme ça, qui est de maîtrise physique, en fait, que je trouve assez impressionnant, en faite.
Victor : Ouais, dans l’appropriation de son propre corps.
Marina Cox : De son corps et de ce que c’est que le mouvement, la glisse, l’équilibre, tout ça. Enfin, je pense que c’est…
Victor : Et peut-être si je me trompe, mais j’ai l’impression que… J’ai l’impression que c’est d’autant plus important d’inculquer ça aux petites filles à l’heure actuelle. Enfin, dans mon expérience personnelle, j’ai l’impression que les femmes arrivées à l’âge adulte sont moins à l’aise sur le vélo parce qu’on ne les a pas forcément poussées à prendre possetion de leur corps.
Marina Cox : Peut-être. Peut-être. Et que…
Marina Cox : Peut-être aussi que cette dimension peut-être un peu de la performance sportive ou physique liée au vélo, les petites filles, on ne leur a pas appris ça, c’est clair. Enfin, très rarement. Les garçons, ils pouvaient aller dans les bosses avec leur vélo. Les petites filles, on ne les faisait peut-être pas aller dans les bosses avec leur vélo, par exemple. Mais ceci dit, franchement, quand on… Il y a des tas de projets qui se mettent en place pour favoriser l’accès du vélo au public féminin, à des publics aussi qui sont éloignés de la pratique du vélo, quelquefois culturellement. Et donc nous, on participe à des projets comme ça, notamment un projet qui s’appelle Vélo Solidaire, mais autrement, dans notre public général, on n’a pas autant de femmes que d’hommes, mais on n’est pas loin, en fait. On n’est pas loin. Et par exemple, dans notre équipe, on est à parité. Il y a autant de mécaniciennes que des mécaniciens chez nous.
Victor : Ok, génial. Ça m’amène une question. Pourquoi est-ce que… Enfin, est-ce que c’est important de donner le goût du vélo dès l’enfance ? Et si oui, pourquoi ? Ou est-ce qu’on peut le faire plus tard ? Est-ce que ça a une importance vraiment de commencer ça à l’enfance ?
Marina Cox : Moi, je pense que ça a une importance par rapport à l’aisance, en tout cas à la maîtrise du vélo. Et ça, on le voit justement dans ce projet Vélo solidaire, où c’est des adultes, donc de publics qui n’ont pas eu accès au vélo, des gens qui apprennent à rouler à vélo adultes, et qui ont quand même… Prendre ses marques dans une ville comme Bruxelles, quand on n’a jamais roulé à vélo, c’est quand même pas une mince affaire. Et donc, cette confiance en soi, je pense que… Au plus tôt on peut l’acquérir, au mieux c’est, clairement. Sur le goût du vélo, très tôt, je pense qu’on peut découvrir le plaisir du vélo très tard aussi, mais ça peut être une découverte. Il y a l’aspect loisir quand on est enfant, et peut-être que c’est là qu’il y a un lien à créer, ou peut-être quelque chose à combler, c’est l’idée du vélo comme un loisir. Il y a la promenade, ou du sport, et puis il y a le vélo qui est un moyen de locomotion. Et peut-être que cet ancrage-là ne se fait pas toujours. Donc je ne sais pas si, en ayant appris à rouler très très jeune, et en ayant du plaisir à rouler très jeune, on fait finalement un cycliste quotidien après, qui va bosser à vélo.
Victor : C’est vrai qu’il y a une vraie différence entre le loisir et l’utilitaire. Est-ce que, de ton expérience, de l’expérience des ateliers avec ces ateliers vélo pour les enfants, est-ce qu’il y a des freins à la pratique du vélo pour eux, et si oui, quels sont-ils ?
Marina Cox : Pour les enfants, précisément ?
Victor : Oui. Après, si ça se trouve, c’est les mêmes que pour les adultes.
Marina Cox : Je pense qu’il y a l’aménagement de la ville et la sécurité. Alors pas pour aller rouler sur la place devant chez nous, parce que les enfants peuvent faire des ronds là sans risque. Après, décider des parents d’aller à l’école à vélo avec des petits, c’est courageux. Ça reste courageux, je trouve, à Bruxelles. Même si les aménagements ont vraiment progressé, ces quelques dernières années, ça reste quand même courageux.
Victor : Parcourir la ville au quotidien, je suis d’accord.
Marina Cox : Oui, parce que l’infrastructure n’est pas là, parce qu’il n’y a pas assez d’infrastructures, et qu’il n’y a pas assez de sites propres pour les cyclistes.
Victor : J’ai vu aussi que, je saute un peu du coq à l’âne, que pour ce programme “Un Vélo pour 10 ans” et pour d’autres programmes, vous avez eu du soutien des institutions. Tu l’as mentionné que Bruxelles-Montréal, c’est la mobilité à appartenance au soutien dès le début. Vous avez un prix qui s’appelle Becircular. Oui. À quel point c’est important pour les ateliers dans leur mode de fonctionnement ? À quel point c’est important pour vous en termes de reconnaissance ?
Marina Cox : C’est d’abord économiquement essentiel. Donc, ce qu’on propose comme activité ne peut pas exister s’il n’y a pas un soutien des pouvoirs publics. C’est impossible.
Victor : Parce que le programme est relativement bon marché.
Marina Cox : Oui. Et notre réalité économique fait qu’on ne pourrait pas proposer ni les ateliers, ni les projets No Back Tourist, ni les projets Vélo de Voyage, ni Vélo solidaire, ni un Vélo pour 10 ans, ni nos ateliers participatifs, ni nos formations, si on n’était pas financés par les pouvoirs publics. Mais je pense qu’on rend un service, un vrai service public. Ce qu’on fait, nous, c’est du service public ce qu’on fait. Donc, je trouve que c’est normal qu’on soit financés par les pouvoirs publics.
Victor : Et vous êtes… Bien reçus, globalement ? Les dossiers de financement passent facilement ? Ou c’est…
Marina Cox : Oui, franchement, on est… On est… En tout cas, avec Bruxelles Mobilité, et depuis quand même pas mal d’années maintenant, il y a un vrai soutien, et dans les cabinets, et au niveau de l’administration. Il y a une vraie politique Vélo, enfin avec… Et cyclistes, avec des vraies volontés politiques. Donc, c’est… Tant qu’il y a de la volonté politique, il y a des financements qui suivent, et donc des projets qui peuvent naître sur le terrain, mais ça dépend de la volonté politique.
Victor : Ouais. Et donc, cette volonté politique, elle se confirme depuis plusieurs années ? Oui. Donc ça, c’est une bonne chose ? C’est une très bonne chose. Et est-ce que, selon toi, elle peut être à risque dans cette année d’élection ? Elle est à risque. Je pense qu’elle est à risque. Je ne pense pas… Moi, je n’ai pas… Je suis… Je ne suis pas politologue. Mais je ne me dis pas qu’on risque un gros, gros retour en arrière. Je veux dire, il n’y a pas grand monde aujourd’hui pour nier l’importance d’un changement essentiel concernant la mobilité, notamment pour les villes. Mais on voit bien quand même qu’il y a… des résistances. Et que je comprends. Je ne vais pas… Il faut… Enfin, le changement, c’est difficile, en fait. Changer, c’est difficile. Changer les habitudes, c’est difficile. Accepter qu’on va devoir remiser sa voiture alors qu’on a toute sa vie roulé en voiture et qu’on allait… Ce n’est pas simple. Et il faut faire quand même… Il faut aller piocher loin dans nos ressources... Dans notre bon sens, quelquefois, mais pas que, pour accepter ces changements-là. Donc, le politique, il fait… Qu’est-ce qu’il fait, le politique ? Il doit faire avec ça. Avec ces résistances qui… Je pense qu’il ne fait pas que forcer la main de l’électeur. Il fait avec l’électeur aussi, donc… Ouais.
Victor : Et donc, si, finalement, le politique fait un peu ce que veut l’électeur, etc.
Marina Cox : Je pense que c’est pas aussi… C’est pas aussi… Simple. Simple que ça, mais… J’ai une très haute opinion de la chose politique. Et donc, je pense que les politiques doivent être visionnaires, qu’ils doivent nous emmener, ils doivent réfléchir pour 20 ans, 30 ans, 50 ans, 100 ans. C’est leur rôle, en fait. C’est pour ça qu’ils sont là. On sait bien qu’en même temps, leurs calendriers, leurs échéances ne sont pas toujours à 30 ans. Et donc, ils doivent être tiraillés entre cette proposition visionnaire qu’il doit faire pour la société, et puis les gens qui les élisent. Et donc, je pense qu’on peut pas que faire la sourde oreille avec l’électeur. Je pense que c’est pas possible, ça. Donc, ils doivent composer tout le temps.
Victor : Et ça amène deux questions. C’est quoi, selon toi, une politique visionnaire pour rester dans les domaines des Ateliers, sur le plan artistique et sur le plan du vélo ? Et comment faire pour initier ce changement dont on a besoin ?
Marina Cox : Je pense que le changement, il est initié. Le changement, il est initié. Donc, je pense qu’il est inéluctable. Donc, il y aura certainement encore des petits tiraillements, de temps en temps, des petits pas en arrière, ou des petites tentatives de rétropédalage. Mais le changement, il est initié. Globalement, il n’y a personne qui, à part, oui, quelques fous furieux à droite à gauche, mais pour dire que le changement climatique… Ceci dit, voilà, récemment, à la télé, moi, j’ai entendu quelqu’un dire, c’était au moment des manifestations des agriculteurs en France, et je pense un syndicaliste, mais je ne suis pas tout à fait sûre, qui a dit, la fin du monde, j’en ai rien à foutre. Moi, ce qui m’importe, c’est la fin du mois. Et donc, c’était assez glaçant d’entendre ça, même si on peut comprendre ce qui se passe, parce que je peux bien imaginer que la fin du mois, pour des tas de gens, c’est terrible, la fin du mois. Mais dire, la fin du monde, j’en ai rien à foutre, il y a, je pense, plus que quelques fous furieux pour le dire. Et donc, il y a des tas de choses à mettre en place, et des tas de changements absolument incontournables. C’est presque existentiel.
Victor : Oui, je suis d’accord. On entend souvent en manifestation, fin du monde, fin du mois, même combat.
Marina Cox : Oui, existentiel.
Victor : Et donc, pour revenir à ma question, une politique visionnaire sur les plans artistiques et cyclables, ce serait quoi, selon toi ? À 20, 30, 50 ans, 100 ans ?
Marina Cox : Comme ça, par rapport à la politique cycliste et à ce mouvement-là qui s’est mis en place, ce que je trouve plus intéressant, en réalité, plutôt que d’avoir eu… Je pense qu’il faut des politiques très volontaires par rapport au vélo, parce que c’est une vraie alternative, et qui est très démocratique, en fait. Enfin, aussi économiquement très accessible. Enfin, il y a plein de choses qui font que tout plaide pour qu’on développe les politiques cyclistes et… Mais ce que j’ai assez bien aimé, en fait, ce que la région bruxelloise met en place, c’est le quartier apaisé, donc l’idée des quartiers apaisés. J’ai trouvé que c’était une idée intéressante, et on parlait de comment rendre les choses désirables. Je pense que ça, c’est une possibilité, c’est un levier de rendre les choses désirables. C’est aussi de se dire qu’on vit mieux, enfin, qu’on va mieux vivre, qu’on va retrouver un peu… reprendre possession, un peu, de nos cadres de vie, grâce à ça. C’est-à-dire que des villes où c’est tout bagnole, je veux dire, c’est l’enfer, quoi. C’est l’enfer. Moi, je connais quelques villes, j’ai passé quelques semaines à Houston, aux États-Unis, je faisais, c’est l’enfer. C’est des villes où on ne peut aller nulle part sans une voiture, on ne peut rien faire si on n’a pas de voiture, où c’est que des routes, et les quartiers sont recroquevillés au milieu des nœuds autoroutiers. Enfin, c’est… Bon, voilà. Donc, bon, on ne développe plus aucune ville comme ça, maintenant, mais… Et donc, je pense que, voilà, de rendre nos villes désirables, je pense que c’est… que c’est une façon de contribuer, du coup, à ce que le vélo soit désirable et de convaincre les citadins.
Victor : OK, on a un petit peu dévié du sujet. Au début, on parlait des enfants, mais finalement, à la fin, on a parlé d’avenir, donc ce n’est pas totalement… déconnecté de l’enfance. Super. Merci d’avoir été là.
Victor : C’était Vélotaf. Merci beaucoup pour votre écoute. Si ça vous a plu, vous pouvez nous suivre sur nos réseaux Instagram, LinkedIn et Facebook. Vous pouvez retrouver tous nos épisodes sur notre site internet blin.be. Si vous avez une idée d’invité, n’hésitez pas à nous envoyer un message. Et si vous voulez être accompagné sur vos projets en durabilité, contactez Blin, et on se fera un plaisir de vous aider. À bientôt.