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Vélotaf par Bleen Consulting – Vélotaf par Bleen.be https://velotaf.studiomano.fr Découvrez comment prendre soin de l'environnement Thu, 09 Apr 2026 21:00:00 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://velotaf.studiomano.fr/wp-content/uploads/2024/04/cropped-Cover-Podcast-Velotaf-Cycliste-150x150.png Vélotaf par Bleen Consulting – Vélotaf par Bleen.be https://velotaf.studiomano.fr 32 32 #105 Innovation et tradition : la fabrication de vélos français avec Aymeric Le Brun https://velotaf.studiomano.fr/podcast/105-innovation-et-tradition-la-fabrication-de-velos-francais-avec-aymeric-le-brun Thu, 09 Apr 2026 21:00:00 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/105-innovation-et-tradition-la-fabrication-de-velos-francais-avec-aymeric-le-brun Cyfac. Cinq lettres qui résument tout : Cycle Fabrication Artisanale de Cadre. Une entreprise fondée en 1982 à Tours, qui fabrique des vélos sur mesure en acier, 100% made in France. 

Dans cet épisode, Olivier De Schutter reçoit Aymeric Le Brun, directeur de Cyfac. On parle vélo sur mesure made in France, savoir-faire artisanal qui résiste à la mondialisation, acier vs carbone, réparation de cadres, et de ce que ça veut vraiment dire de co-construire un vélo avec quelqu’un plutôt que de juste lui vendre un produit.

  • Combien ça coûte vraiment un vélo sur mesure ?
  • Est-ce que l’artisanat du cycle peut survivre économiquement ?
  • Et pourquoi l’acier, qu’on croyait ringard il y a 20 ans, est peut-être le matériau du futur ?

Les réponses sont dans l’épisode.

Retrouvez Aymeric Le Brun :

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

  • « À chaque fois que j’utilise ma voiture pour faire un trajet, je culpabilise à l’idée de ne pas être sur mon vélo. »
  • « Les salariés, quand ils me voyaient arriver en vélo, ils s’autorisaient à se dire : ‘Il vaut mieux lui dire aujourd’hui la mauvaise nouvelle.' »
  • « Un Cyfac, j’ai envie de te dire que c’est un vélo où le cycliste a participé à la production de son vélo. »
  • « Je suis né quasiment sur un vélo et à six ans, j’ai pris ma première licence. »
  • « On a toujours été à la frontière des deux mondes : l’artisanat et l’industriel. »
  • « Je pense que l’acier sera toujours le matériau de demain. »

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 À très bientôt sur le prochain épisode ! 🌱

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#104 Paris face à son défi vélo : peut-on vraiment détrôner la voiture ? avec Charlotte Guth de la Ville de Paris https://velotaf.studiomano.fr/podcast/104-paris-face-a-son-defi-velo-peut-on-vraiment-detroner-la-voiture-avec-charlotte-guth-de-la-ville-de-paris Thu, 26 Mar 2026 22:00:00 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/104-paris-face-a-son-defi-velo-peut-on-vraiment-detroner-la-voiture-avec-charlotte-guth-de-la-ville-de-paris “Quand on demande aux gens pourquoi ils ne font pas de vélo, la réponse est toujours la même : j’ai peur.” – Charlotte GUTH

Et si Paris n’avait pas encore révélé tout son potentiel cyclable ? Dans cet épisode du podcast Vélotaf, on plonge dans les coulisses de la transformation cyclable de Paris avec Charlotte Guth, ancienne cheffe de la mission vélo à la Ville de Paris, pour décoder la transformation cyclable de la capitale : comment on convainc des millions de Parisiens de lâcher le métro ou la voiture, comment on négocie chaque rue entre la Mairie, l’État et la préfecture de police, et comment on intègre des pistes cyclables dans une ville classée au patrimoine mondial. On parle sécurité, peur des usagers, cohabitation piétons-cyclistes-automobilistes… et de la vision concrète d’un Paris où le vélo devient enfin un mode de transport comme les autres. Bref, tout ce qu’on ne voit pas derrière un coup de pédale.

  • Comment passer de quelques bandes peintes à 25 000 cyclistes/jour sur une piste ?
  • Comment convaincre des élus de “prendre de la place à la voiture” ?
  • Pourquoi la peur reste le frein n°1 ?
  • Et que reste-t-il à faire ?

Un échange sans langue de bois sur :

  • la co-gestion complexe avec la Préfecture de police,
  • les pistes “Covid” en béton,
  • l’effet Jeux Olympiques 2024,
  • la saturation de Sébastopol,
  • la vraie bataille culturelle autour de la voiture.

Retrouvez Charlotte Guth, ingénieure en génie civil, passée par les Pays-Bas, qui a piloté le Plan Vélo de Paris depuis 2018 :

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

  • “Notre objectif n’est pas de créer des pistes. C’est d’augmenter le nombre de cyclistes.”
  • “Une piste réussie, c’est une piste sans plainte.”
  • “Prendre de la place à la voiture, c’est toujours un combat.”
  • “Le frein n°1, c’est la peur des voitures.”
  • “Les transports en commun doivent rester devant le vélo à Paris.”

Le conseil de Charlotte

Trouvez un collègue qui fait du vélotaf.

Demandez-lui son itinéraire.

Faites le premier trajet ensemble.

Simple. Concret. Efficace.

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#103 Du moteur au pédalier : La métamorphose de la mobilité avec Karl LECHAT https://velotaf.studiomano.fr/podcast/103-du-moteur-au-pedalier-la-metamorphose-de-la-mobilite-avec-karl-lechat Thu, 26 Feb 2026 22:00:00 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/103-du-moteur-au-pedalier-la-metamorphose-de-la-mobilite-avec-karl-lechat Le vélo est bien plus qu’une alternative à la voiture : c’est le nouveau défi des géants historiques de la mobilité. Dans cet épisode, Olivier De Schutter reçoit Karl Lechat, l’homme qui pilote Lucien, la branche vélo du groupe D’Ieteren.

Ancien directeur de Skoda Belgique, Karl explique comment il transpose les codes de l’automobile, comme le leasing et le service après-vente de pointe, pour professionnaliser le secteur du cycle. Ensemble, ils explorent les coulisses de cette transformation, de l’explosion du vélo électrique à Bruxelles et en Flandre jusqu’à l’émergence d’un marché de l’occasion certifié pour les vélos cargos. Un échange sans langue de bois sur les freins qui subsistent, l’importance cruciale des infrastructures et la vision d’un futur où nos déplacements deviennent un puzzle fluide et durable.

Découvrez Lucien Bike : https://lucien.bike

🔗 Retrouve Karl LECHAT et son univers :

– Linkedin : https://www.linkedin.com/in/karl-lechat-b73388

– Instagram : https://www.instagram.com/karllechat

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Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« En une phrase, faire partie de projets de croissance. »

« Avec mon premier salaire, je me suis acheté un VTT Scott, le full option dont j’avais toujours rêvé. »

« On a tous dû faire face, que ce soit le Covid, une crise bancaire et autre chose qui nous influence. »

« C’est super important pour Lucien, où on a envie de faire la différence. »

« On est chez Lucien, on vend de la mobilité urbaine. »

« Tu l’as acheté chez Lucien. Ça sonne quand même très différent que je l’ai acheté au Bike Company. »

« L’envie du groupe, c’est de s’inscrire dans une mobilité fluide et durable. »

« On espère que cette voiture sera plus efficiente, partagée. »

Grâce à ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Autoscript.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange. Ca se passe sur ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be/velotaf⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠

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#102 L’essayer, c’est l’adopter ! – Le vélo de fonction expliqué par Tandem avec Arthur DE JERPHANION https://velotaf.studiomano.fr/podcast/102-lessayer-cest-ladopter-le-velo-de-fonction-explique-par-tandem-avec-arthur-de-jerphanion Thu, 29 Jan 2026 23:00:00 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/102-lessayer-cest-ladopter-le-velo-de-fonction-explique-par-tandem-avec-arthur-de-jerphanion Et si le « vélo de fonction » devenait l’avantage salarié le plus apprécié de l’entreprise ?

Dans cet épisode, Olivier De Schutter reçoit Arthur de Jerphanion (Tandem) pour décoder le vélo en entreprise :

  • pourquoi ça séduit les RH et la RSE,
  • comment on l’implémente sans friction,
  • ce que ça change vraiment dans la vie des salariés (productivité, stress, budget, temps de trajet),
  • et pourquoi les villes moyennes explosent les idées reçues.

On parle leasing vs location, accompagnement A→Z, freins internes … et des bonnes pratiques pour lancer un pilote qui embarque toute l’organisation.

Bref, un guide concret pour passer du discours à la selle.

Découvrez Tandem : https://www.tandemcompany.fr

🔗 Retrouve Arthur DE JERPHANION et son univers :

– Linkedin : https://www.linkedin.com/in/arthur-de-jerphanion

– Instagram : https://www.instagram.com/arthurdejerphanion

– Tandem : https://www.instagram.com/tandem.velo / https://www.linkedin.com/company/tandemcompany

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Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« En fait, moi, je dirais qu’en France, pour la pratique du vélotaf, il y a eu pour moi deux accélérateurs. Il y en a un qu’on a un peu oublié. Évidemment, on parle beaucoup du Covid. Les grèves. »

« Le vélo DAF est vraiment né ou en tout cas vraiment accéléré en France à ce moment-là. »

« Je pense que c’est une réflexion qui a mûri au fil des ans. »

« En gros, si tu les laisses faire et si tu ne les prends pas par la main sur ces sujets-là, tu peux être certain que dans trois ans, le projet, il n’est pas lancé. »

« Les salariés actifs à vélo sont entre 6 à 9 % plus productifs que les autres, c’est ça ? »

« On a 80 % de notre flotte qui est en province, donc hors Île-de-France. »

« Je suis convaincu du fait que si on remplace 100 % de nos voitures thermiques par des voitures électriques, on aura perdu notre pari sur la transition énergétique. »

« En Finlande, je crois pas qu’ils fassent plus chaud qu’en France. »

« À vélo, c’est exactement la même chose. Avec quand même la différence qu’à vélo, tu bouges. »

« La première source de stress du salarié le matin c’est la manière dont il se déplace pour venir au boulot. »

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#101 Vitesse urbaine : clé de la cohabitation ? avec Erwan SEGALEN https://velotaf.studiomano.fr/podcast/101-vitesse-urbaine-cle-de-la-cohabitation-avec-erwan-segalen Thu, 25 Dec 2025 23:00:00 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/102-vitesse-urbaine-cle-de-la-cohabitation-avec-erwan-segalen La cohabitation urbaine était plus simple… il y a 100 ans : piétons, vélos, calèches et trains avançaient au même rythme.

Aujourd’hui, entre ville à 30, vélos à 25, speed pedelecs, trottinettes (parfois débridées) et voitures capables de rouler à 200 km/h, l’écart de vitesses crée les tensions.

Avec Erwan Segalen (Decathlon Belgique), on décortique pourquoi ce différentiel complique tout — et comment repenser règles, trajets et infrastructures pour rendre la ville fluide et apaisée.

🔗 Retrouve Erwan Segalen et son univers :

– Linkedin : ⁠https://www.linkedin.com/in/esegalen

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Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« Il y a un vrai sujet sur le sens chez Décathlon. »

« Près de 80 % des enfants entre 11 et 17 ans ne font plus de sport. Tu dis que c’est hyper alarmant, en fait. »

« On a fondé une boîte, une application mobile qui s’appelait Oli, où l’idée de base était de référencer l’ensemble des emplacements de stationnement sécurisés pour cyclistes. »

« Même si aujourd’hui, on te dit où te garer, tu ne peux pas garantir qu’il n’y aura pas de vol. »

« Est-ce que demain, tu avais la garantie absolue d’acheter un vélo à 3 000, 4 000 euros, parce que le prix de vélo n’a fait qu’augmenter ces cinq dernières années, qui accepterait aujourd’hui de laisser son vélo stationné à 4 000, 5 000 euros, stationné dehors, toute la journée, avec même deux cadenas ? »

« Le meilleur trajet à vélo n’est pas forcément le plus court. »

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#100 Mid-tail, long-tail, compact… Le vélo cargo prend sa place ! avec Paul PALACIO https://velotaf.studiomano.fr/podcast/100-mid-tail-long-tail-compact-le-velo-cargo-prend-sa-place-avec-paul-palacio Thu, 27 Nov 2025 23:00:00 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/100-mid-tail-long-tail-compact-le-velo-cargo-prend-sa-place-avec-paul-palacio Dans cet épisode, Olivier reçoit Paul Palacio, de la marque de vélo Jean Fourche, pour décoder le phénomène vélo-cargo :

  • pourquoi ça explose,
  • à qui ça s’adresse (familles, cyclo-logistique, vélotafeurs)
  • et comment un cargo compact peut remplacer une seconde voiture.

On parle :

  • infrastructures,
  • types de cargos (longtail, mid-tail),
  • prix & aides,
  • équipements pluie,
  • peur du vol (avec une histoire d’AirTag qui finit bien)
  • et production locale (cadres soudés au Portugal, assemblage à Bordeaux, 75% des pièces Europe).

Paul partage aussi ses tips de création de contenu qui donnent envie de pédaler, et un conseil simple pour se lancer : tester plusieurs modèles pour trouver le bon cargo pour son usage.

Un épisode concret, sans dogme,  à écouter sans attendre !

🔗 Retrouve Paul Palacio et son univers :

– Linkedin : https://www.linkedin.com/in/paul-palacio

– Jean Fourche : https://jeanfourche.fr / https://www.instagram.com/jean.fourche / https://www.linkedin.com/company/jean-fourche

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Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« Le but aussi, c’était de fabriquer un vélo le plus localement possible. »

« En fait, on en voit un peu partout. On voit des parents qui le font et qui donnent envie à d’autres parents. »

« C’est beaucoup plus pratique de prendre le vélo. »

« C’est beaucoup plus pratique quand on a juste les jambes pour les porter et pour pédaler. »

« C’est un secteur qui a une forte croissance depuis ces dernières années. »

« Au final, ça n’a pas trop de sens d’y aller en voiture, se mettre dans les bouchons et après aller au travail. »

« Il y a beaucoup de ménages, de familles qui se rendent compte qu’ils n’ont pas forcément besoin de deux voitures. »

« Si les villes arrivent à bien accompagner cette technologie, cette tendance, je pense que ça peut bien se développer. »

« La peur du vol aussi des vélos. »

« Grâce aux AirTag, je l’ai retrouvé en deux heures, deux, trois heures. »

« Parce que dans le vélo, il pourrait y avoir toujours plein de marques parce que le vélo, tu peux exister en en faisant dans 100 ou 50 par année. »

« Tu as l’euro conditionné avec des gros acteurs qui sont sur ce marché-là. »

« Le fait de produire localement, on t’en parle aussi un petit peu tout à l’heure, ça rend les vélos plus chers ou est-ce qu’au contraire, c’est un avantage compétitif sur le long terme ? »

« Créer du contenu pour donner envie aux gens d’en faire des posts. »

« La com a limite même plus d’importance aujourd’hui que les progrès techniques. »

« À la télé, tu es matraqué par, tu vois, au moins 10 ou 15 pubs de voitures par jour. »

« Quand tu partages ton retour d’expérience, ça peut être pas mal parce qu’au final, il y a plein de gens de ton réseau proche, même de tes amis, etc., qui voient au final que tu as en fait un sujet et que ça change ton quotidien. »

« Il y a un avantage à tester plein de vélos pour vraiment savoir quel usage vous en avez besoin. »

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#99 année 2035 sous pression : peut-on tenir le cap ? https://velotaf.studiomano.fr/podcast/99-annee-2035-sous-pression-peut-on-tenir-le-cap Thu, 23 Oct 2025 23:00:56 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/102-annee-2035-sous-pression-peut-on-tenir-le-cap Diane Strauss, directrice France de l’ONG Transport et Environnement, démonte les idées reçues.

On discute souveraineté industrielle, justice sociale, « écologie ostentatoire », et surtout de ce qui change vraiment la donne : infrastructure, infrastructure, infrastructure : du car express aux véloroutes sécurisées.

Un échange franc, nuancé et utile pour tous ceux qui veulent faire bouger la mobilité.

Sans opposer cyclistes et automobilistes, cet épisode ouvre le dialogue sur le futur des transports. Bonne écoute !

🔗 Retrouvez Diane Strauss :

Sur LinkedIn https://www.linkedin.com/in/diane-strauss-43077640

Sur le site Transport et Environnement https://www.transportenvironment.org/te-france/staff/diane-strauss-2

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Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« 6 déplacements sur 10 se font en voiture en France, près de 80% des ménages sont motorisés. »

« Produire des voitures en Turquie, au Maroc, en Chine, c’est beaucoup moins cher et ça leur permet de soigner leurs marges financières. »

« En 2026, des modèles de véhicules électriques faits en Europe et abordables, qui seront en dessous de 20 000 euros. »

« Nous trouvons qu’on est bien partis dans le sens où les constructeurs ont fait ce qu’il fallait en vendant des véhicules électriques. »

« Il n’y a pas de voiture propre, mais la voiture électrique réduit jusqu’à 5 fois les émissions de CO2 par rapport à une voiture thermique. »

« L’important de mon point de vue, c’est surtout d’organiser structurellement cette transition. »

« Il faut vraiment penser à ces trois aspects pour être sûr que l’alternative écologique soit celle qui est privilégiée. »

« On a aussi un problème avec les politiques climatiques qui sont devenues un peu repoussoires parce qu’on a créé des sortes de totems d’une écologie ostentatoire. »

« Je pense qu’il faut vraiment qu’on se pose collectivement en tant que cycliste la question de faire attention à ne pas tomber dans un mépris de classe. »

« La colère qu’on peut ressentir en tant que cycliste elle vient aussi d’un problème structurel plutôt que de l’automobiliste qu’on a en face de soi. »

« Il faut éviter de l’incarner par des parties politiques au même titre que l’écologie. »

« Pour le vélo, il faut en effet se servir de ces trois critères pour permettre des meilleures connexions entre la périphérie et le centre-ville. »

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#98 Si tu veux être riche, bosse pas dans le vélo. C’est un métier de passionné avec Jean-François Dhinaux https://velotaf.studiomano.fr/podcast/98-si-tu-veux-etre-riche-bosse-pas-dans-le-velo-cest-un-metier-de-passionne-avec-jean-francois-dhinaux Thu, 25 Sep 2025 23:00:09 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/98-si-tu-veux-etre-riche-bosse-pas-dans-le-velo-cest-un-metier-de-passionne-avec-jean-francois-dhinaux “Si tu veux être riche, bosse pas dans le vélo. C’est un métier de passioné.”

Plonge dans la rentrée… à vélo !

🎧Olivier De Schutter reçoit Jean-François Dhinaux, entrepreneur engagé et fondateur d’AZFLATE, pour décoder le déclic « vélotaf » : comment une habitude prise en septembre peut changer nos trajets — et nos vies.

De Vélib’ au vélo en entreprise, des fausses excuses aux vrais leviers, Jean-François partage les coulisses d’un marché B2B en plein essor, sa vision d’impact plutôt que business, et une annonce majeure sur l’avenir d’AZFLATE.

Un épisode qui te donnera envie d’essayer le vélo une semaine… et de l’adopter pour de bon. 🚲✨

🔗 Retrouve Jean-François Dhinaux et son univers :

– Linkedin : https://www.linkedin.com/in/jfdhinaux

– Instagram : https://www.instagram.com/jeanfrancoisdhinaux

Pour en savoir plus sur notre hôte, Olivier de Schutter, et Bleen, il suffit de visiter notre site ⁠https://www.bleen.be⁠ 

 À très bientôt sur le prochain épisode ! 🌱

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« Pratiquer le vélo au quotidien, ça change la vie (…). On achète plus local et plus frais, on bouge, on décompresse, on choisit l’école des enfants en fonction, notre lieu de domicile et de travail,… »

« Le trajet domicile travail est le meilleur moyen pour dicter nos habitudes de déplacement. »

« L’Allemagne utilise 4 fois plus vélo et pourtant ils adorent la bagnole! En France, la place du vélo a disparu dans les politiques d’infrastructure après les années 1970. »

« Aujourd’hui, en Allemagne, c’est mal vu pour un employeur de ne pas proposer de solution de vélo dans le package salarial. »

« Il faut des grandes perturbations pour changer les habitudes. Le covoiturage s’est devéloppé après les grandes grêves de 2017-2018. C’était l’essor de blablacar. Le vélo a eu le COVID. »

« Je souhaite que la prochaine révolution soit écologique. (…) Il faut un leader qui emmène une masse critique et qui incarne cette révolution. »

Grâce à ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Autoscript.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange. Ca se passe sur ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be/velotaf⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠

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Lire la transcription

Olivier DE SCHUTTER : Bonjour tout le monde et bienvenue pour un nouvel épisode de Vélotaf. On est en septembre, c’est la rentrée, le retour des classes. Et pour ce faire, j’ai un invité aujourd’hui qui s’appelle Jean-François DHINAUX. Bonjour Jean-François. 

 Jean-François DHINAUX :  Bonjour. 

Olivier DE SCHUTTER : Comment va-t-il en cette période de septembre, de rentrée des classes ? Est-ce que la rentrée des classes s’annonce bonne pour toi ?

Jean-François DHINAUX : Oui, elle s’annonce très bonne. Les gens ont passé de bonnes vacances, mais on a surtout préparé de belles activités de rentrée. Puis c’est une super période pour lancer des piqûres de rappel sur le Vélotaf.

Olivier DE SCHUTTER : Oui, effectivement, c’est vrai que c’est un mois assez chargé. C’est d’expérience et c’est un mois où les gens se mettent au Vélotaf.

Jean-François DHINAUX : C’est des moments de changement. En fait, dès que le Vélotaf… C’est une question de rupture dans ses habitudes et de prendre de nouvelles habitudes. Et en fait, quand on revient de vacances et qu’on reprend le travail et que les enfants reprennent l’école, etc., eh bien si on reprend des habitudes autrement, un peu mieux, on va essayer de les garder.

Olivier DE SCHUTTER : Eh bien écoute, je trouve qu’on parle beaucoup de nouvelles résolutions au mois de janvier et on ne parle pas assez des bonnes résolutions du mois de septembre. Donc voilà, on devrait en parler un petit peu plus. 

Jean-François DHINAUX : Je pense aussi.

Olivier DE SCHUTTER :  Jean-François, est-ce que… Tu peux peut-être te présenter en quelques mots qui es-tu, quel est ton parcours et quelle est ta légitimité finalement pour parler Vélotaf ?

Jean-François DHINAUX : Alors, je suis Jean-François DHINAUX. Je suis un entrepreneur engagé. J’aime le dire. .. Alors, j’ai plus de 50 ans aujourd’hui, mais mon parcours est semé de 5 expériences entrepreneuriales qui n’avaient pas grand-chose à voir avec le vélo avant de créer AZFLATE il y a un peu plus de 5 ans. Sinon, j’ai travaillé dans des grands groupes… Européens dans différents domaines, le digital, la distribution, la vente à distance, etc. Sur des sujets plutôt de transformation, digitaux, marketing et logistique. Et puis, j’ai également travaillé dans le monde de l’investissement, dans les fonds d’investissement et l’accompagnement de startups, en accompagnant notamment Michel Leclerc, le fondateur de Decathlon, sur sa holding d’investissement propre. Et puis en co-dirigeant le fonds d’investissement Vieilles Idées, fonds qui appartient à Mobivia, donc Noroto, Midas, etc., qui se chargent d’innovation dans le monde des nouvelles mobilités. Et c’est là que le virus des nouvelles mobilités, l’impact des mobilités du quotidien et plus spécialement du vélo, parce que j’ai pas mal œuvré dans ce fonds, on avait de belles pépites dans le monde du vélo, que ce soit la distribution, la réparation, etc. Et puis, un énorme sujet qui était Vélib, qu’on avait remporté avec une de nos startups et déployé le nouveau système Vélib, qui, même s’il n’est pas parfait, est tout de même le plus gros système au monde, le plus utilisé au monde, etc. Et c’est en fait à cette période-là que le virus du vélo au quotidien m’est venu. Et la compréhension de l’impact, du pouvoir que pouvait avoir le vélo à partir du moment où on le pratique au quotidien. Ce qui m’a amené à créer AZFLATE quelques années plus tard.

Olivier DE SCHUTTER : Ok, donc tu venais plutôt du monde de la tech et des startups.

Jean-François DHINAUX : Oui, tech. Mes projets entrepreneuriaux précédents étaient effectivement autour des chatbots, de ce genre de choses, ou de la prestation de services, de conseils, sur justement cet écosystème startup, grand groupe, investissement. Mais le monde de la mobilité, je l’ai appris par ViaID pendant plus de cinq ans. Et puis, la découverte de ce qu’est le vélo TAF, le vélo en entreprise et les dispositifs tels qu’on peut mener avec AZFLATE, c’est-à-dire de mettre à disposition des vélos aux collaborateurs en entreprise. Ça, je l’ai découvert dans le cadre de ce fonds d’investissement ViaID, en essayant de trouver des sujets d’investissement et de développement, et en découvrant ce qui était encore au début en Allemagne et qui est devenu un énorme sujet. Parce qu’on parle de millions de vélos en flotte en Allemagne sur ce sujet du vélo en entreprise et qui n’existait pas en France. Et c’est ce qui a fini par cheminer dans ma tête en disant qu’on devait apporter ça au moment le plus opportun. À l’époque, je parle d’il y a 7 ans, 8 ans, 10 ans, c’était encore beaucoup trop jeune. Est-ce qu’on n’avait pas forcément la culture du vélo au quotidien en France ? Du moins, on l’a perdu, on pourrait y revenir. Et puis, Covid est arrivé. Ça a été une très bonne impulsion pour commencer au déconfinement, à reprendre ces nouvelles habitudes, comme on en parlait pour la rentrée. Et je me suis convaincu que c’était le moment de lancer cette nouvelle offre.

Olivier DE SCHUTTER : Excellent. Et la mobilité jouait déjà un rôle important avant justement de la découvrir au niveau professionnel. Ou bien le vélo, tu en faisais déjà à l’époque ? Ou bien c’est vraiment venu via ton boulot ?

Jean-François DHINAUX : Alors, le vélo, dans mon parcours, il y a eu du vélo sportif. J’ai fait un peu de BMX quand j’étais ado. J’ai fait un peu de vélo de route en participant aux épreuves amateurs de Paris-Roubaix ou ce genre de choses. Mais je ne suis pas un grand cycliste sportif. Le cycliste du quotidien, qui est notre vrai sujet, c’est de dire, j’utilise le vélo comme un moyen de transport agréable. Et c’est mon moyen de transport privilégié quand je ne peux pas y aller à pied. Mais c’est le trait d’union avant de dire, j’ai vraiment besoin de la voiture pour y aller ou d’autres types de transports. Ça, ça m’est venu, il n’y a pas si longtemps que ça, ça doit faire un peu plus de 10 ans. Justement, dans cette période où je travaillais. Le monde de l’innovation et de la mobilité. Et j’y ai pris goût. Et c’est aussi le vélo assistance électrique qui m’a mis le pied à l’étrier dans cette histoire. C’est de la facilité. Et j’ai constaté moi-même qu’on parlait d’autre chose, d’une autre pratique. Ce n’est pas le vélo loisir qu’on sort le week-end avec le fameux vélo qu’on n’entretient jamais et qui traîne dans tous les garages. Et on regonfle les pneus et il sort deux ou trois week-ends par an avec les enfants. Ce n’est pas le vélo sportif où souvent je vais le mettre dans la voiture pour aller à mon point de départ et aller faire ma course. Non, c’est du vélo comme moyen de transport. Ce n’est pas du sport. C’est un moyen de déplacement. Et c’est le moyen le plus adapté quand je dois faire entre 1 km et 5, 10 km. Et d’essayer d’aller substituer ça à ce grand travers français. Dans lequel on est tombé depuis les années 70. C’est-à-dire prendre la voiture pour faire des micro-trajets remplaçables. Parce qu’il faut savoir que 65% des trajets de moins de 3-4 km faits en ville en France sont faits en voiture. Enfin, 65% des trajets faits en voiture en ville font moins de 3 km. Ce qui est une aberration.

Olivier DE SCHUTTER : Et à vide.

Jean-François DHINAUX : Et tout seul. Mais en plus, la problématique de tout seul, elle existe de moins en moins. Il y a plein de solutions pour emmener ses enfants à l’école. Ou pour emmener sa copine boire un verre avec un vélo à deux places. Ou à deux à vélo. Donc, on y reviendra certainement sur les freins. Ou les bonnes et mauvaises excuses pour ne pas le faire. La météo, j’ai des trucs à transporter. Et puis, qu’est-ce qui se passe ? Et puis, ça crève et c’est dangereux, etc. Mais ce sont des fausses excuses. Des fausses excuses.

Olivier DE SCHUTTER : Je reviens un petit peu sur ce fameux déclic. Donc, toi, tu lances AZFLATE, si je ne me trompe pas, en septembre 2020. Donc, quelques mois après le Covid. Le déclic, pour toi, ça a vraiment été le Covid. C’est quoi qui t’a poussé, finalement, à quitter ton jeu précédent ? 

Jean-François DHINAUX : Oui, en fait, on était en pleine crise mondiale. J’étais en gestion de portefeuille de start-up. Donc, c’est plein de projets d’entreprise qu’on accompagne en pleine crise mondiale qu’est le Covid. Et ça a été un peu le début de la crise mondiale. Et ça a pénalisé tout le monde, sauf les gens qui bossaient sur le vélo. Parce que, bien sûr qu’en plein confinement, là, ça a pénalisé tout le monde, tout le monde. Mais dès le début du déconfinement, j’avais même, moi, étant déjà persuadé à l’époque, commencé à œuvrer avec des associations, etc. Parce que les voies Covid qui ont été lancées pour les déconfinements, à la hâte, ça a été poussé par des initiatives populaires, citoyennes, dans chaque ville. Et j’y ai participé, que ce soit à Paris ou à Lille, qui est la ville où je réside. Et je me suis rendu compte que, pour la première fois, historiquement, dès qu’on créait des pistes cyclables, elles étaient occupées, elles étaient saturées. Et puis, les gens l’utilisaient de manière récurrente. Il y avait, au début, la peur de l’aspect sanitaire, de dire, « Je ne vais pas aller dans les transports en commun pour me choper le Covid de l’autre, etc. » Mais ça a été un super déclencheur de changement, comme on en parlait. C’est-à-dire qu’il y a un moment où, quand on a repris pour quelques jours le vélo tous les jours, on se rend compte que ce n’est pas compliqué. On se rend compte que, en fait, c’est vachement agréable. Qu’on a évité les bouchons, qu’on a eu un sas de décompression, etc. Et donc, on y reprend goût. Et c’est ce qui s’est passé sous mes yeux au premier déconfinement. On en a eu plusieurs, malheureusement. Et je me suis dit, eh bien, en fait, ton projet qui a maturé dans ta tête depuis quelques temps, c’est le moment ou jamais. Dans mes expériences entrepreneuriales, j’avais eu pas mal, enfin, à plusieurs reprises, j’avais lancé mon truc trop tôt. Et le marché, il est arrivé alors que j’avais déjà dû fermer parce que j’étais arrivé trop tôt. Et là, j’étais convaincu qu’il fallait lancer cette offre et plutôt commencer par la France, parce que j’étais français et qu’il n’y avait rien. Et puis que l’Allemagne était déjà un pays qui avait développé son offre. Mais la culture vélo n’était pas là. Cette culture du vélo au quotidien n’était pas là. Et comme il y avait ce déclencheur, ce détonateur qui était lancé, je me suis dit, là, c’est le moment ou jamais de le faire. Alors, ça n’a pas été simple. Ça a toujours forcément été plus lent qu’on ne l’imaginait au départ. Mais c’était le bon moment pour le faire parce que la vague était lancée et on pouvait avoir des premières belles références, des premiers éléments. On pouvait avoir des relais dans les médias parce qu’on est sur une période où ça parlait vélo de partout. Et donc, ça permettait de lancer ces nouveaux services, d’avoir des relais et d’aller évangéliser.

Olivier DE SCHUTTER : Et comme tu dis, il y a eu effectivement une grosse vague, un gros boost. Dans le secteur du vélo. Mais c’est retombé. Alors, on n’est pas revenu à la période pré-Covid, évidemment, heureusement. Mais par contre, on n’est pas resté sur cet exponentiel. Et ça s’est un petit peu stabilisé. Ce qui explique aussi qu’il y a beaucoup de marques de vélo, de magasins de vélo, d’autres startups et même de boîtes déjà bien établies, mais dans le monde du vélo, qui ont fait faillite, qui se sont pris le mur, etc. Parce qu’en fait… Les gens se sont un petit peu enflammés. Voilà, il y a une exponentielle, donc on investit. Et en fait, au moment où ça s’est un petit peu calmé, il y en a beaucoup qui, du coup, en ont payé les conséquences.

Olivier DE SCHUTTER : Et c’était mon cas aussi. J’ai aussi une aventure entrepreneuriale dans le monde du vélo à ce moment-là. Toi, de ton côté, qu’est-ce qui fait que tu as pu tenir bon ? Tu avais levé des fonds, vous aviez un produit qui était incroyable, enfin un service plutôt qui était incroyable. C’est quoi pour toi qui fait que vous avez pu passer ce raz-de-marée des faillites ?

Jean-François DHINAUX : Alors, déjà, nous, on est sur un nouveau marché qui n’a pas le même cycle et la même vie que le marché de la vente et du retail de vélo B2C. Oui, et on peut pouvoir y revenir, il y a des grosses fluctuations, il y a eu des grosses… très grosses fluctuations sur ce marché ces cinq dernières années. Mais nous, dans le B2B, dans le vélo en entreprise, c’est nouveau. On part de zéro, donc on fait de la croissance. On n’a pas fait une seule année en dessous de x2,5 en chiffre d’affaires. Mais quand on part de zéro, c’est un peu facile. Au bout de cinq ans, ça devient plus challengeant, mais on continue. Mais je dirais que c’est encore facile parce qu’on part de pas grand-chose et on défriche. Un nouveau marché parce que notre client, le payeur, c’est pas le même. C’est pas toi et moi, c’est l’employeur. Et en partie, les aides de l’État, etc. Donc, le mode de fonctionnement et notre marché, il était à découvrir. Ce qui, nous, nous a pénalisé, c’est plutôt quand les employeurs ont des craintes et ont des peurs ou ont des problèmes économiques. Et donc, par exemple, nous, le ralentissement ou le challenge qu’on a eu dans notre croissance, ça a été le début de la crise ukrainienne. Ou si on… Si on se souvient bien, nous, on était au tout début… AZFLATE avait à peine deux ans. On commençait à avoir des projets en gestation avec des gros clients pour enfin toucher des flottes en centaines de vélos. Parce qu’on était super contents. Première flotte de cinq vélos. Au bout de six mois, on avait une flotte de 50. Mais les flottes en centaines, ça arrivait au bout de la deuxième année. Et la guerre en Ukraine s’est déclarée. Souvenons-nous qu’on était… On était au début de cette crise à se dire « Ouh là là, mais comment on va passer l’hiver ? Il va y avoir des coupures d’électricité, des coupures de gaz. La Russie va nous couper. Nous, on va… On en était presque à s’équiper, des batteries, etc. pour savoir comment ça allait se passer pour l’hiver. » Il y a des gens qui ont changé de système de chauffage aussi, qui sont revenus au bois, au charbon, etc. Et on se parle d’il y a deux ans et demi. C’est pas si loin que ça. Et en fait, on a passé l’hiver sans ça. On a passé aussi cette période sans inflation. On a passé économiquement les grands employeurs au début. Donc là, je parle des grands groupes qui sont une bonne partie de nos clients. Quand on est dans un grand groupe, qu’on voit un effet macroéconomique tel que celui-là, la gouvernance fait qu’on dit « On stoppe tous les projets qui ne sont pas vitaux et on attend de voir comment ça se passe. » Et ça, ça a été tout le premier semestre 2023. Parce qu’en gros, tous ces déclencheurs se sont passés à partir de l’été 2022. Mais dès début 2023, tous les grands groupes ont serré la vis en disant « On va attendre, voir comment ça se passe. » Et puis au pilotage de 2023, au final, ça ne va pas si mal. On a passé l’hiver sans coupure. Il n’y a pas spécialement de grosse inflation. Et ces grands employeurs, et nous, c’est souvent dans le monde du service, donc les banques, le conseil, etc., voire même l’industrie, donc les résultats étaient, ils étaient au rendez-vous. Et donc, ils se sont mis plutôt à accélérer en disant « En fait, tout va bien. » Donc, on peut relancer ces projets et plutôt les accélérer sur le second semestre 2023.

Et ensuite, on a eu l’année Jeux Olympiques l’année dernière. Et donc, je termine sur la manière dont on l’a vécu. Nous, on a eu une exponentielle, un coup de ralentissement. Heureusement, ce n’était pas un arrêt ou de la décroissance parce qu’on venait de pas grand-chose. Donc, heureusement, on a continué la croissance, mais qui s’est ralentie début 2023. Une réaccélération très forte en exponentielle à partir de 2023. Là, on parle plus d’expérience entrepreneuriale, mais en fait, ce moment de pause a été très difficile à vivre en tant qu’entrepreneur parce que ça veut dire que tu restructures, tu enlèves des choses, tu te sépares de personne, de ton équipe, etc., parce que tu étais prêt à accélérer comme un malade et puis le marché, il n’est plus là. Ça ne dure que 6-9 mois, mais ça fait très mal parce que tu te dis, est-ce que le vent va revenir ? Et en fait, à posteriori, aujourd’hui, je me dis que c’est la meilleure chose qui nous soit arrivée parce qu’en gros, on s’est remis en point de forme et en mode commando pour la suite et on est passé d’un mode, effectivement, start-up où on a un gros potentiel, on lève des fonds, on construit une technologie puissante, on construit des process opérationnels, on était prêt et puis, crac, ça se met en pause. Et nous, à ce moment-là, grosse différence, direction vers faire un modèle rentable et durable et il va falloir durer dans le temps. Et on est passé d’une boîte qui était potentiellement en difficulté de se faire parce qu’en plus, avec un marché financier qui s’était fermé début 2023 à une boîte break-even et rentable fin 2023 par tout ce travail. Et depuis, on est sur une belle entreprise, je ne définis plus comme une start-up, qui est rentable et qui développe de manière durable et dans tous les sens du terme son modèle économique. Et si je refais une parenthèse sur le B2C, que je connais pas mal aussi, c’est que, oui, il y a eu une bulle, y compris un peu sur notre marché post-Covid, donc grosse accélération, grosse demande, ce qui fait qu’on achète tout ce qu’on peut, on importe tout ce qu’on peut, parce que le marché veut du vélo et veut du vélo électrique et veut des prestations de répartie, parce qu’il y avait des primes pour ça, etc. Donc, pléthore, le marché déroulait ça. Et il y a eu un moment de saturation, parce qu’effectivement, je ne rachète pas un vélo électrique tous les ans. Une fois que mon vélo est réparé, il a fait la maintenance, je ne passe pas d’une culture, je reviens sur cet aspect culture, où la majorité des Français ne vont jamais faire entretenir leur vélo parce qu’ils ne roulent pas avec, tout simplement, donc on a tous eu des vélos dans le garage qui n’ont jamais vu un technicien, parce qu’on met un coup d’huile, et si c’est dans ma résidence de vacances, parfois on se retrouve à mettre l’huile de friture dedans, et je regonfle les pneus, et c’est reparti, mais le vélo va faire 20, 30, 40 km par an. C’est la majorité des vélos qui traînent chez nous qui font ça, voire moins. Et donc, ce n’était pas un sujet, et je ne passe pas, de ça à un marché qui déroule comme aux Pays-Bas, où c’est l’industrie du vélo. Et en fait, il y a eu un effet bulle qui, en plus, a été amplifié par des opportunistes, des entrepreneurs, ou des gens qui ont vu ça comme une opportunité de lancer une marque de vélo, de lancer une chaîne de magasins de vélo, etc. Mais c’est les mêmes gens qu’on retrouvait avant, à vendre des cigarettes électroniques et à faire d’autres choses après. Et le marché a mis un moment à digérer. Il y avait des incapacités industrielles, parce qu’il n’y a quasiment pas de vélos qui arrivent sur le marché sans qu’ils soient équipés par Shimano. Et Shimano, il ne double pas ou triple pas ses capacités de production, qui sont des méga-usines en claquant des doigts. Donc, il y avait des choses qui étaient inéluctables. Et par contre, il y en a qui se sont mis à commander, fassent aller se cumuler d’année en année. Et c’est très difficile, après avoir fait un plus 50% de chiffre ou de volume, de faire un budget l’année d’après qui soit en régression. C’est très difficile. Et ce n’est pas que dans le vélo. Si on regarde le domaine du bricolage, c’était pareil. Le bricolage a explosé pendant le Covid. Et quand on s’appelle Casto ou Laura Merlin, c’est difficile d’aller présenter une année suivante en disant, pour finir, on ne va plus faire de croissance alors qu’on a fait plus 20 ou plus 30 l’année dernière. Pour des boîtes qui, d’habitude, font plus 1, plus 2, ou moins 1, moins 2. Mais c’est une réalité. Il y a eu un événement exceptionnel et tout le monde ne l’a pas traité comme un événement exceptionnel. Et j’ajoute à cela deux choses. C’est que le monde du vélo, ça a toujours été cyclique. Je l’ai connu avant de rentrer dans AZFLATE. Donc, c’est une prudence que j’avais parce que les marchands de vélo, les magasins de vélo, j’ai eu des chaînes de vélo dans le fonds d’investissement qu’on gérait. Il y avait une bonne année, une mauvaise année, une bonne année, une mauvaise année. Ça a toujours été cyclique. C’est le cas de le dire, d’ailleurs. Et puis, il y a un autre aspect. Ça, c’est un vieux vendeur de vélo qui m’avait dit ça un jour, mais c’est complètement vrai sur tous les modèles de vélo. C’est que si tu as envie de devenir riche, ne fais pas ton business dans le vélo. N’importe quel business. C’est que c’est un business de passionné. Passionné de vélo. Moi, ce qui me passionne, ce n’est pas le vélo. Ce qui me passionne, c’est l’impact que peut avoir le vélo sur nos vies, sur notre environnement, etc. Mais donc, c’est ce qui me passionne et ce qui me fait lever le matin. Si tu cherches à faire de l’argent, ne va pas dans le vélo. Parce qu’il y a plein de choses qui font que c’est compliqué, le vélo. Moi, je suis dans le vélo de fonction. Livrer un vélo de fonction, c’est livrer un vélo, un gilet, un casque, des accessoires, etc. Tous avec des coloris, tailles, etc. Alors que quand on livre une voiture de fonction, on livre une voiture. Quand on livre une voiture, on n’a pas à repasser chez le concessionnaire 15 jours pour faire régler toutes les vis, etc. Un vélo, les premières semaines, ça se dérègle. C’est normal. Parce que c’est un objet mécanique complexe. Et tout ça fait que que ce soit dans les process, dans les outils, c’est un métier de passion. Il faut qu’il y ait de la passion pour le faire. Parce que ce n’est pas l’argent qui va te driver sur le vélo. La passion de l’impact.

Olivier DE SCHUTTER : Je te rejoins effectivement un petit peu sur ce point-là. Alors, du coup, toi, tu étais passionné ?

Jean-François DHINAUX : Ce qui me passionnait, c’est l’impact que peut avoir le vélo. Alors, j’aime l’objet vélo. Mon épouse dirait que j’ai une collection de vélos. Je stock des vélos que j’aime bien, que j’ai trouvés au camp, etc. Mais c’est surtout que quand j’ai découvert que pratiquer le vélo au quotidien, ça changeait, et je pèse mes mots, la vie, je me suis dit waouh ! C’est un moyen de… de mettre un sens dans ton job. Et avant, donc avant de créer AZFLATE, j’avais ce projet dans ma tête où j’avais pris conscience que j’étais capable d’aligner mes… on va dire ça, mes talents ou mes gènes d’entrepreneur avec un projet qui avait du sens et qui me disait tu peux avoir un impact positif en développant un projet entrepreneurial qui change un petit peu la vie des gens et qui va un peu changer l’environnement, etc. Et qui va me permettre de dire j’essaye de faire au moins ma part dans ce qui se passe autour de moi. Je suis plus fier de ce que je fais, je suis plus fier en regardant mes enfants en disant j’essaye de contribuer. Il y a des années où on se sent très utile et puis il y a des années au milieu d’un certain backlash, on se dit waouh ! Il faut y croire plus longtemps que les autres pour y arriver. Mais parce que quand on se met à faire du vélo au quotidien, on change sa manière de… ses réflexes. On réfléchit à… Par exemple, si on doit aller faire ses courses, on va aller un peu moins dans un grand supermarché, on va acheter le nécessaire, on va y aller un peu plus régulièrement, on va acheter plus frais, souvent avec des circuits un peu plus courts, etc. On va prendre un peu plus soin de sa santé parce que même avec du vélo assistance électrique, c’est une activité, c’est pas un sport. Mais c’est comme si on faisait de la marche, etc. Et donc on bouge, on n’est pas dans un transport en commun ou assis dans sa voiture, etc. On a aussi une bulle dans son cerveau, c’est que c’est un vrai sas de décompression entre le moment où on travaille et le moment où on rentre chez soi et on peut se reconnecter à sa famille. Là où en transport en commun, on ne passe pas toujours à un bon moment, en voiture, on peut passer plutôt dans les bouchons ou dans le stress des interactions, etc. Il y a de multiples bénéfices sur sa manière d’être, de consommer, sa santé physique, mentale et à partir du moment où on met ce vélo dans notre quotidien. Et ça, moi, ça me dit qu’à chaque fois qu’on met un collaborateur d’entreprise au vélo, on change la donne et on revient sur cet aspect. Pourquoi est-ce que je suis convaincu que le vélo-taf, ça passe par les employeurs ? C’est que… Le… Le trajet domicile-travail, c’est un des meilleurs moyens de changer les habitudes. C’est-à-dire que le mode de transport qu’on utilise pour aller au travail va dicter mon mode de transport premier à la maison. C’est… Parce que c’est celui que j’utilise tous les jours. Enfin, 5 jours sur 7. Donc, le premier véhicule prêt à partir de la maison, c’est celui que je vais utiliser aussi le week-end pour aller acheter ma baguette de pain. Et donc, si c’est mon vélo qui est prêt à partir avant ma voiture, c’est mon vélo que je vais utiliser pour aller chercher la baguette de pain. C’est mon vélo que je vais utiliser pour aller déposer les enfants. Je vais adapter plein de choses pour pouvoir faire plus de choses au vélo mécaniquement. Ça va parfois jusqu’à… Je vais choisir mon emploi, mon employeur ou je vais choisir l’école des enfants ou la nounou, etc. sur un trajet praticable pour le vélo. Je vais choisir un employeur ou une école où mon enfant peut laisser son vélo, etc., etc. C’est un cercle positif à partir du moment où on a mis cette graine dans le quotidien. Bon,

Olivier DE SCHUTTER : tu nous as parlé d’AZFLATE. On l’a compris plus ou moins dans les lignes, mais est-ce que tu peux juste le pitcher, là, en 30 secondes ? Tu fais quoi ?

Jean-François DHINAUX : En fait, notre job, c’est d’aider les employeurs, donc les entreprises, mais j’aime bien dire employeurs parce que ça peut être aussi secteur privé, public, association, etc., à faire que leurs collaborateurs utilisent plus le vélo au quotidien. Ça, c’est notre mission. Et en fait, derrière cette mission, c’est quoi les produits ? C’est quoi nos offres de services et de produits ? Le produit le plus classique, c’est que l’employeur peut mettre à disposition un vélo. Il est souvent à assistance électrique, mais ça peut être un vélo mécanique, adapté à l’usage du collaborateur, avec ou sans contribution du collaborateur, c’est-à-dire que soit c’est gratuit pour le collaborateur, soit il va payer une petite contribution mensuelle sur son salaire, et ça devient son vélo. Et on va lui livrer, l’entretenir, l’assurer contre la casse et le vol, il va avoir l’assistance, etc., pour que ça soit un truc le plus zéro souci. C’est là où on lève les freins. On amène de la formation à la sécurité routière, on amène de la remise en selle, etc., pour qu’il n’y ait pas d’excuses s’ils ont des problématiques d’équipement, d’entretien, etc. On est là pour les y aider. On amène du full service autour de ça, et on permet à l’employeur d’avoir, d’avoir des collaborateurs qui vont faire plus de vélo au quotidien. Alors, ce n’est pas tous les collaborateurs, etc. On touche essentiellement, là où il y a beaucoup à faire, c’est sur les collaborateurs qui ne sont pas équipés de voitures de fonction, parce qu’en gros, c’est l’énorme majorité de tout le monde, des collaborateurs, et on vient en alternative à la voiture personnelle, au transport en commun, ou à d’autres modes de transport, aux scooters, etc. Et on vient et on donne ce coup de pouce. Ce coup de pouce, il est financier parce qu’acheter un vélo à assistance électrique, c’est 2 000, 2 500 euros. L’assurer, c’est 15 à 20 euros par mois. L’entretenir, parce qu’une fois qu’on roule à vélo réellement tous les jours, il faut lui faire au moins une révision par an. Une révision, c’est 70 euros. Une révision d’un vélo, c’est le même prix qu’une révision d’une voiture chez Noroto. Donc, ce sont des budgets. Et à partir du moment où l’employeur peut aider à prendre en charge, et on a la chance qu’en France, il y ait des dispositifs qui permettent que ce soit exonéré de taxes, exonéré de charges et qu’il y ait des aides de l’État pour ça. Donc, le coût pour l’employeur, il est très réduit. Et l’avantage pour le collaborateur, il est très élevé. Et donc, le produit phare, c’est ça. C’est ce qu’on peut appeler le vélo d’entreprise, le vélo de fonction, on l’appelle comme on veut. C’est un vélo que le collaborateur choisit dans un catalogue qu’on met à disposition. L’employeur le prend en charge en tout ou partie. Et le collaborateur, il dispose d’un beau vélo entretenu, assuré, etc., etc. Et autour de ça, on a tissé beaucoup de services qui vont… Des services liés à ce vélo, donc l’assurance, l’entretien, etc., l’assistance et autres. Mais aussi, par exemple, de la formation à la sécurité routière où on a parfois des entreprises qui nous disent « Moi, je ne veux plus ça. Je veux que vous fassiez des ateliers de formation à la sécurité routière parce que je veux être sûr de faire des services de sécuriser au mieux mes collaborateurs. » Et en plus, c’est une obligation à l’employeur qui est parfois oublié. Mais un employeur, il a une obligation de sécurité pour ses collaborateurs sur les trajets domicile-travail. Peu importe qu’ils viennent avec un vélo ou avec le métro, etc., si l’employeur est à connaissance d’un risque, c’est son job que d’accompagner, de se prémunir de ce risque. Ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir d’accident, mais il doit régulièrement se poser la question des risques et dire « Comment je vais former, informer, équiper pour gérer ce risque ? » Et par exemple, on a dans les freins du vélo en entreprise, on a parfois des entreprises qui disent « Moi, je ne veux surtout pas mettre en place du vélo d’entreprise ou du vélo de fonction parce que si il y a quelqu’un qui se plante, ça va être de ma faute. » Mais en fait, c’est l’inverse. Parce que si vous mettez en place du vélo de fonction, vous, en tant qu’employeur, vous avez la possibilité en cas de problème de dire « Moi, j’ai fait tout mon job. Je le remets à disposition à vélo, entretenu, assuré, formé. Je leur mets un casque, je leur mets un gilet, etc. Donc, j’ai fait mon job d’accompagnement. Les accidents, ça arrive, mais ça arrive aussi en voiture, ça arrive en métro, etc. Mais j’ai fait tout ce que je pouvais pour sécuriser mon collaborateur. La pire des choses pour une entreprise, c’est de donner une prime ou de dire « Allez, venez à vélo s’il vous plaît, etc. » Et de voir des collaborateurs qui viennent avec des vélos qu’ils ont récupérés sur le bon-coin, pas entretenus, débridés ou j’en sais rien, sans formation et qui redéboulent. Et c’est là où il y a un risque en tant qu’employeur. Parce que là, l’assureur, s’il y a un vrai souci un jour, va venir voir l’employeur et dire « Vous avez poussé vos collaborateurs à faire du vélo, mais qu’est-ce que vous avez fait pour les sécuriser ? » Et ça, c’est un des freins qu’on vient lever quand on discute avec les gens en frein dans l’entreprise. Puis après, côté collaborateur, c’est plutôt les sujets de « Ah bah oui, mais qu’est-ce qu’on fait quand il pleut ? » Ça, c’est le premier souvent qui arrive. Sauf que quels sont les pays les plus cyclistes au monde ? Ce sont les pays où il fait froid et il pleut. ‘est plutôt l’Europe du Nord. Et le vrai problème du vélo, c’est plutôt le chaud. Pourquoi est-ce qu’en Espagne ou en Italie, on ne fait pas trop de vélo au quotidien ou on commence seulement à s’y mettre avec le vélo à assistance électrique ? Parce qu’il fait trop chaud. Et c’est pour ça que ce sont les pays à scooters plutôt que les pays à vélo historiquement. Et c’est un des exemples de freins qu’on vient lever.

Olivier DE SCHUTTER : Et la France là-dedans ? Parce que moi, je suis basé en Belgique mais ceci dit, en Belgique, il y a quand même un contraste entre le Nord et le Sud avec la Flandre, la Wallonie. Pas le même dénivelé mais aussi surtout pas la même culture non plus. Mais par rapport à la France, pourquoi est-ce que la France est en retard par rapport à d’autres pays européens ? Tu citais l’Allemagne tout à l’heure par exemple. Tu as cité la Hollande. On peut parler du Danemark. Ok, il peut faire chaud pour certaines parties. Maintenant, toi, tu viens de Lille. Donc, il n’y a pas une grosse différence en termes de climat ?

Jean-François DHINAUX : La différence, elle est d’abord liée à des choix culturels et on va dire des choix politiques territoriaux. En France, moi, j’aime bien faire la comparaison avec l’Allemagne parce que souvent, je ne dis pas ça. Moi, je viens du monde de l’automobile et j’aime bien la voiture. Juste, j’aime bien qu’elle garde sa place. Mais, quand on compare avec l’Allemagne, ce que j’aime bien, c’est que ça fait un peu taire les gens qui détestent le vélo parce que pour aller défendre la voiture, ce n’est pas ça le sujet. L’Allemagne, c’est le pays de la bagnole. Ils adorent la bagnole et ils utilisent quatre fois plus que nous au quotidien le vélo. Quatre fois. Chez nous, c’est un peu entre 3 et 4 % des trajets du quotidien se font en vélo. En Allemagne, c’est plus de 12. Et ce n’est pas que dans les grandes villes, c’est partout. Et c’est pareil en France. Et donc, qu’est-ce qui s’est passé ? C’est que dans les années 70, au moment du choc pétrolier, en France, on a fait le choix du tout gasoil et de pousser nos constructeurs automobiles, etc. Et la place du vélo, elle a été oubliée dans toutes les politiques d’urbanisme. Là où, par exemple, aux Pays-Bas, à l’opposé, ils ont fait le choix du vélo. Et c’était un pays, les villes des Pays-Bas étaient beaucoup plus envahies par les voitures au début des années 70 que les villes françaises. Mais ils ont fait un choix de mettre de la place, de laisser de la place. Et en France, les pistes cyclables, ça n’existait pratiquement plus. Le réseau cyclable inter-ville, etc. n’existe quasiment plus, pas encore, n’est même pas encore revenu.

Jean-François DHINAUX : Et de ce fait, pendant quelques décennies, on a oublié l’usage du vélo au quotidien. L’essence n’était pas chère, on avait du gasoil, etc. Donc, c’était du tout voiture.

Olivier DE SCHUTTER : Excuse-moi, je reviens là-dessus, mais qu’est-ce qui fait que la France a l’habitude de réagir différemment ? Il y a eu cette stratégie, justement ? 

Jean-François DHINAUX : En fait,en Allemagne, on a maintenu la place et le rôle du vélo dans le quotidien. Et elle était certainement plus ancrée historiquement qu’en France. Mais il y a eu… Je n’explique pas tout, il faudrait demander à des historiens de détailler ça, mais il y a réellement eu un moment où il y a eu ou un raté, en tout cas, d’orientation à ce moment-là, au début de la crise pétrolière, au début des années 70, où on a oublié le vélo dans toutes nos politiques. Et ça rentre même dans le… Si je prends l’exemple avec l’Allemagne, c’est que dans la culture, ça commence par l’enfance, ça commence par où est-ce que j’apprends à faire du vélo, c’est… Est-ce que je vais à vélo à l’école très tôt ? Et c’est pas… C’est avec mon vélo, même en France, même moi, j’y suis pas encore. Mon fils, il rentre en sixième, c’est que maintenant qu’il va y aller avec son vélo, c’est pas normal. Il aurait dû aller à partir du CE1, CE2, CE2, CM2 avec son propre vélo. Mais c’est pas dans notre culture. En France, c’est pour ça qu’on aime bien les long-tails, les cargos, on met tout le monde dans le truc. Mais si on va en Allemagne, même un peu en Belgique et aux Pays-Bas, très, très tôt, on va avec son propre vélo en Suède, sur la neige, ils vont très, très tôt avec leur propre vélo les enfants à l’école. Et c’est ça qui est maintenu. Mais en France, ça, ça n’était pas ancré dans notre culture. Et donc, il y avait déjà une petite différence qui s’est accentuée pendant toute la fin du XXe siècle. Et en fait, on n’est que sur un retour et un rééquilibrage. Parce que, mais cette culture, il fallait un truc aussi violent que le confinement. Pour venir nous faire changer. Et dans le monde des mobilités, il faut vraiment des trucs violents pour faire changer. Si on prend un autre sujet, c’est le covoiturage qui s’est développé en France juste par les grandes grèves de 2000, je ne sais plus si c’était 17 ou 19, au moment où on a eu les longues grèves SNCF, transports en commun, etc. Et c’est ce qui a fait l’essor de Blabla Car, mais aussi du covoiturage du quotidien. La claxite, etc. qui est devenu aussi Blabla Car. Les systèmes existaient, mais ça ne prenait pas. Mais d’un coup, tout a été bloqué et c’était la solution qui nous pendait au nez. Et ça a été le cas au déconfinement avec le vélo. Donc, oui, on a eu cette bulle et ce renforcement des usages post-Covid avec des très gros taux de croissance. On a eu je pense qu’on est sur une notion de palier et que là, on a maintenant passé une phase où, si je prends l’exemple de Paris qui a changé complètement de tête en 4-5 ans, mais là, on est en train de digérer une première phase où les pistes cyclables sont saturées. Donc, ça commence à être plus très sympa de faire du vélo dans le Paris parce qu’il commence à y avoir trop de vélos et donc, ils sont en train de les doubler, les tripler, etc. Là où les gens de l’urbanisme et les mairies, etc. ou les régions ou les métropoles, quand elles créaient les pistes cyclables, c’était plutôt du greenwashing et puis après, il y avait tout le monde pour dire tout à l’heure, vous avez créé une piste cyclable et elle n’est pas utilisée. Aujourd’hui, quand une piste cyclable est créée, elle est, dans l’extrême majorité des cas, vite saturée. Et simplement, la création de pistes cyclables, c’est le long projet et donc, c’est pour ça qu’on est sur des paliers parce que la vraie, la vraie clé, une fois qu’on a basculé vers l’usage comme ce que Covid nous a permis de faire en France, c’est juste l’équipement. Et l’équipement, ça ne se change pas du jour au lendemain. L’infrastructure. Et l’infrastructure, c’est les pistes cyclables, c’est les parkings à vélo, c’est que les entreprises puissent accueillir aussi les gens qui viennent à vélo, etc. Les commerces puissent accueillir les gens qui viennent à vélo.

Olivier DE SCHUTTER : Il faut effectivement des grandes perturbations, des grandes crises pour faire changer les choses. À ton avis, la prochaine, le prochain gros boost pour le monde du vélo, qu’est-ce que ça pourrait être ?

Jean-François DHINAUX : J’aime dire que pour l’engagement, c’est un engagement. J’entreprends non pas pour la nouvelle mobilité, mais pour le vivant. Et on vit en ce moment une période, j’espère qu’elle se termine de backlash depuis l’élection de Trump où tous les progrès dans au moins l’énergie qu’on pouvait mettre dans l’évolution de notre environnement depuis le post-Covid, on est sur une longue longue période depuis bientôt un an maintenant de retour en arrière, de remise en cause de tous les progrès qu’on pouvait faire. Je me suis battu là cet été contre la loi Duplon de manière assez véhémente. Ça n’a rien à voir avec le vélo. On m’a même reproché de dire qu’est-ce que Monsieur Vélo fait sur ce sujet. Je fais sur ce sujet parce que c’est, je ne me bats pas pour le vélo, je me bats pour un meilleur environnement, pour qu’on ait un air respirable et laisser quelque chose à nos enfants et petits-enfants. Et ce que j’espère, c’est que la prochaine révolution, ça soit une révolution écologique, c’est que les crises que nous sommes en train de vivre, pollution, intoxication, les machins, enfin, parce qu’il y a un moment, il faut qu’on ouvre les yeux, les grands incendies, les épisodes de canicule que l’on vit maintenant tous les ans, on trouve ça normal. Je ne vivais pas une canicule par an il y a encore 10 ans. Les micro-plastiques qu’on retrouve dans toutes nos eaux maintenant, etc. Moi, ce qui me, il faut que je me calme moi-même de temps en temps, mais ce qui me révolte, c’est que ça ne révolte pas tout le monde. C’est qu’il y a encore beaucoup de monde qui se disent, c’est comme ça. Et puis, il faut s’aligner par le bas. C’est ça, c’est ce qui me révolte sur la loi du plomb, c’est que ça ne peut pas être une bonne raison parce que les autres ne le font pas, nous, on va faire comme les autres. Ça, ça s’appelle l’instinct grégaire. Et s’il y a 10 moutons qui ont sauté une falaise, est-ce que le 11e doit sauter aussi ? Non. Et j’espère, voilà, j’espère que on va vivre le plus prochainement possible une révolution, on va appeler ça écologique, pas dans le sens politique, du terme, je ne suis pas un écologiste, je suis juste un militant pour la vie et j’espère qu’on va vivre cette révolution parce que il y a tellement de trucs qui sont sur, dans mes études de marketing, je ne sais pas, c’était quelque chose, la pyramide de Maslow, il y a les besoins primaires jusqu’aux besoins d’accomplissement. Nos besoins primaires, ils sont vachement challengés aujourd’hui, respirer, vivre, boire et il y a un moment où ça va un peu être questionné par rapport à la politique de consommation qui est tout en haut de cette pyramide et donc voilà. J’espère que ce sera plus une révolution verte qu’une révolution comment dire, économique comme là, on nous annonce des grandes grèves pour le 10 septembre etc. parce que parce que parce qu’il y a un rallye qui est en train sur pas mal de sujets mais je pense que le fond du fond c’est notre j’utilise des grands termes mais notre projet de société donc on est parti du vélo taf au projet de société mais c’est pour moi le vélo taf est un symbole et en même un signe extérieur mais en même temps un catalyseur de changement et c’est c’est pour ça qu’on en arrive vite à que ce soit pour les promoteurs ou les détracteurs de ce vélo au quotidien on en arrive vite à plein de sujets en disant c’est politique etc. tous les détracteurs derrière leurs volants etc. ils vont nous obliger à tous rouler demain. Non, non mais c’est juste que c’est c’est un catalyseur et que c’est ça va bien au delà de juste faire du vélo.

Olivier DE SCHUTTER : Dans tous les cas pour une révolution il faut un déclancheur.

ça peut être une grande crise, ça peut être ça peut être une guerre, ça peut être une pandémie, ou alors ça peut être aussi une masse critique qui qui finalement devient un peu par effet de c’est une masse critique et en fait par influence finalement voilà c’est la puissance.

Jean-François DHINAUX : Moi je suis persuadé que c’est une masse critique et un leader. Un leader qui amène cette masse critiqu. C’est-à-dire qu’il y a et je pense que ça a besoin d’être incarné dans plein de révolutions qu’elles soient positives ou négatives dans notre histoire il y a toujours ça a toujours été incarné par une personnalité et le je pense que ça manque ça aussi. C’est que il y a une personnalité avec un projet avec avec une une envie et qui soit assez universelle c’est-à-dire qu’aujourd’hui il y a des il y a des il y a des il y a des porteurs de des personnalités mais parfois trop radical trop politisé, c’est pas un sujet politique c’est pas un sujet alter mondialiste c’est pas un sujet machin c’est c’est de et ça a besoin d’être porté aujourd’hui il n’y a pas de il n’y a pas de personne pour porter un projet qui nous emmène vers ça. La masse critique c’est un sujet, la masse critique c’est un sujet.

Olivier DE SCHUTTER : Avis aux intéressés potentiels, pour ceux et celles qui nous écoutent voilà.

Jean-François DHINAUX : Je ne sais même pas comment ça se passe comment ça s’est passé dans la tête d’un Martin Luther King d’un Mandela ou j’en sais rien et d’un jour devenir…tu ne deviens pas du jour au lendemain en tout cas ce n’est pas des élections.

Olivier DE SCHUTTER : ben écoute on a parlé des freins, on a parlé de la réalité française un petit peu des leviers aussi pour développer le vélotaf. Est-ce qu’il y a d’autres choses que tu aimerais aborder rapidement parce que le temps file donc on ne va plus la faire trop longue mais est-ce qu’il y a d’autres choses au niveau des leviers que ce soit au niveau des entreprises des pouvoirs publics des citoyens qu’on n’aurait pas cité.

Jean-François DHINAUX : En fait moi si on revient un tout petit peu sur mon marché forcément c’est ce que je connais un peu le mieux c’est que le vélo en entreprise c’est c’est un bon accélérateur catalyseur du vélo taf et en Allemagne aujourd’hui quand une boîte ne promet pas dans son package un un dispositif d’aide à l’acquisition de vélo et bien elle est ça ne le fait pas ce n’est pas une belle marque ce n’est pas un bon employeur et c’est ce qu’on espère développer au fur et à mesure en France et et en même temps la France comme c’est un processus lent long il faut pouvoir tenir dans le temps et les grands employeurs parce que c’est eux qui peuvent ouvrir aussi la voie ils avaient d’acteurs référents sur lesquels compter etc. et donc là je te livre un changement qui a lieu actuellement et qui donc est public à partir de septembre c’est que nous on va on rejoint un groupe européen de d’acteurs tels que nous pour pour pouvoir proposer en fait une offre l’offre la plus solide du marché français avec avec un acteur qui est présent dans de multiples européens et de multiples pays européens et même au delà afin de pouvoir assurer un niveau de service et de rassurance pour les employeurs aussi bien que pour nos utilisateurs cyclistes le plus élevé possible parce que aujourd’hui on est rentré dans une phase et c’est très bien où les grands employeurs comme ça devient des gros sujets ils ont besoin d’un acteur où ils se disent oula c’est pas la jeune boîte est-ce qu’ils sont encore là dans 3 ans est-ce qu’ils sont encore là dans 5 ans sachant que je vais leur louer des vélos pour au moins 3 ans la question se pose à chaque fois et comme on a affaire à des start-up globalement qui ont toutes moins de 5 ans et qui peu sont été encore rentables la question devenait un frein pour le développement du marché c’est pour ça que nous on anticipe ça en étant maintenant l’acteur référent qui va avoir la plus grosse traction taille européenne et rassurance auprès des employeurs et en espérant pouvoir aussi profiter des bonnes recettes des bonnes pratiques pour inspirer et accélérer encore ce mouvement en France.

Olivier DE SCHUTTER : Ok, bonne nouvelle et félicitations du coup pour cette nouvelle étape ceci dit c’est vrai qu’il y a aussi pas mal d’acteurs peut-être plus traditionnels dans le leasing de voitures par exemple qui sont et ouvrir justement s’ouvrir à ce marché du vélo j’imagine que c’est tes concurrents directs aussi.

Jean-François DHINAUX : bah c’est pas vraiment des concurrents en fait c’est des partenaires parce que le leader mondial du leasing automobile c’est ALD automotive devenu Havens lorsqu’ils ont racheté Yvesplan et on opère le métier vélo pour eux donc ce sont vraiment des partenaires qui eux restent concentrés sur le métier voiture pardon mais qui ont besoin de proposer cette offre à leurs clients et donc nous on opère ce marché pour eux. Voilà parfois en marque blanche parfois en marque grise mais ce sont des partenaires depuis le début depuis le début de AZFLATE on est partenaires d’Havens qui est le leader mondial.

Olivier DE SCHUTTER : et comment est-ce que tu verrais toi l’évolution d’AZFLATE dans les prochaines années dans dix ans si on se revoit dans dix ans pour un nouvel épisode enfin où est-ce qu’en serait AZFLATE et toi est-ce que tu fais encore partie ou pas de l’aventure

Jean-François DHINAUX : alors oui oui oui moi c’est même avec ce rapprochement j’ouvre un nouveau chapitre de notre de notre aventure et moi je suis sur des cycles qui ont souvent cinq ans donc c’est reparti pour cinq ans je viens je suis en train de boucler en septembre les cinq ans d’AZFLATE, et je suis reparti pour  ans au moins, peut-être 10. Mais ce cycle ça va être de passer à des larges volumes en France pour ce qui me regarde moi à l’intérieur de ce nouveau groupe et réseau de d’aller convaincre les grands employeurs les BME PMI que ça devienne systématique, un réflexe pour leurs marques employeurs que de développer ces systèmes et que de ce fait on est nous on est on est tous les jours plus de cyclistes sur les routes et plus de kilomètres parcourus parce que les KPI qu’on suit avec mes collaborateurs c’est plus c’est encore une fois c’est pas les chiffres financiers c’est combien d’utilisateurs sont équipés et est-ce qu’ils l’utilisent et on veut aller jusqu’à on commence à sortir ce type de service au plus on l’utilise au moins c’est cher c’est l’inverse de la voiture et si jamais il n’est pas utilisé on me le reprend mon vélo parce que le pire des choses ce serait de mettre des vélos assistance électrique à disposition et qu’ils restent dans les garages des collaborateurs là moi je me retournerais.

Olivier DE SCHUTTER : quand tu dis au plus on utilise au moins c’est cher tu voulais dire parce que du coup moins de soins de santé moins de c’est ça ?

Jean-François DHINAUX : en fait moi je veux et on fait évoluer notre modèle économique pour pénaliser ceux qui l’utilisent pas et incentiver ceux qui l’utilisent et dans la réalité des coûts c’est pas vrai mais en gros c’est ceux qui l’utilisent pas qui vont payer pour ceux qui l’utilisent pour pousser au changement.

Olivier DE SCHUTTER :  oui au niveau plus macro effectivement c’est ce qui se passe c’est ça

Jean-François DHINAUX : et moi je préfère on a certaines mécaniques pour le faire que ce soit dans ma contribution mensuelle ou que ce soit dans la reprise du vélo qui m’est proposé à la fin si tu prends une voiture l’entreprise elle est pénalisée si elle a roulé plus que ce qui était prévu pour sa location je prends une voiture de fonction je la loue pour 3 ans elle est louée pour 50 000 km et si elle en fait 60 je paye autant de plus des pénalités nous on va le faire l’inverse et on va le financer autrement cette inverse c’est pas grave parce qu’il y a plein de vélos qui n’ont pas roulé etc mais on veut inciter à rouler et c’est notre driver de tous les jours

Olivier DE SCHUTTER : je fais un peu l’avocat du diable tu veux inciter les gens à rouler évidemment parce que c’est votre mission mais d’un point de vue purement business ou plus les gens roulent ou plus ils usent le vélo au moins il aura une valeur résiduelle comment est-ce que tu justifies ça d’un point de vue purement business financier

Jean-François DHINAUX : je pense que c’est ça être un entrepreneur dans l’impact c’est qu’il y a des raisonnements sur lesquels tu dois dépasser le pur raisonnement business et on a déjà testé ce genre de mécanique c’est contre-intuitif en pur business mais ça développe ton business parce que c’est parce que tu es engagé comme ça c’est parce que tu inventes ces dispositifs que les entreprises vont nous choisir comme prestataire c’est parce que c’est le but de l’entreprise qui est aligné. Donc nous notre vrai enjeu c’est pas d’aller optimiser et de faire qu’il y aura une chaîne ou un jeu de cassette à changer en plus etc notre vrai enjeu c’est de basculer sur un marché à volume et pour que ce marché bascule à volume il faut que les employeurs aient envie de s’engager avec nous et donc d’aller lever les freins les employeurs et le problème c’est que le marché il a été éduqué avec le monde de l’automobile où je me fais aligner parce qu’il y a une rayure au bout de 3 ans parce qu’il a dépassé un kilomètre etc et donc on veut justement lever tous ces freins et le meilleur moyen au début on a dit vous inquiétez pas on va pas vous faire mettre de preuves on va pas mettre de pénalités si ça dépasse on va pas mettre de pénalités s’il y a des rayures bah c’est pas suffisant nous on va au-delà on va dire l’équivalent c’est de dire s’il est rayé s’il a beaucoup roulé et bah ça nous coûtera moins cher et oui c’est contre-intuitif en termes de business quand on le lit au premier degré mais en fait nous on regarde plus loin on pense que ça va attirer plus d’utilisateurs plus de clients et c’est ce qui va nous permettre de faire du volume 

Olivier DE SCHUTTER : ok, super bah écoute c’est une vision effectivement qui est très importante qui est une analyse qui est intéressante j’ai deux dernières questions pour toi la première quel conseil est-ce que tu donnerais à quelqu’un qui hésite à se mettre au vélo taf j’imagine que c’est quelque chose que tu fais régulièrement mais donc partage-le nous c’est quoi ton argument phare.

Jean-François DHINAUX : alors s’il hésite c’est essaye c’est essaye c’est je te prête mon vélo et ça m’arrive régulièrement et fais-le une semaine fais-le pas juste une fois fais-le une semaine parce que le premier jour il va te manquer quelque chose t’avais pas t’étais pas habillé comme il faut t’étais pas habillé si t’es une fille t’avais mis des talons fallait peut-être pas mettre des talons donc fais-le plusieurs jours de suite comme tout changement ça demande un petit peu de répétition, et choisis les bonnes conditions donc commence pas en plein hiver sous la pluie etc tu le feras de toute façon après tout l’hiver sous la pluie mais commence dans les bonnes conditions et profite d’un moment de rentrée qui est le meilleur moment de l’année pour ce changement c’est effectivement pas une résolution du premier janvier de se mettre au vélo taf c’est plutôt une résolution du premier septembre.

Olivier DE SCHUTTER : on revient la boucle est bouclée on revient au début au début de l’épisode et effectivement c’est vrai que ça moi ça me parle il faut dire que le podcast à l’origine il vient aussi d’un mouvement que j’ai cofondé en 2018 ça remonte déjà un petit peu mais qui s’appelait Two Wheels Tuesday qui avait pour ambition de motiver en tout cas faire en sorte que les gens essayent le vélo à minima un jour par semaine qui se force un petit peu donc c’était une forme de challenge où les gens se challengeaient entre eux sur les réseaux sociaux pour le faire une fois par semaine donc c’est vu comme un challenge c’est un peu gamifié et en fait souvent l’essayer c’est l’adopter donc ça résonne effectivement ce que tu dis là c’est le plaisir en fait si je devais conseiller c’est fais le truc qui va te donner du plaisir pour te mettre au vélo au quotidien et c’est aussi pour ça que pour certains c’est important d’avoir un beau vélo qui peut coûter cher et machin mais le plaisir faut pas hésiter faut pas lésiner là dessus c’est que le pourquoi parce que la bagnole elle a utilisé ça énormément pour nous faire aimer la voiture le marketing de la bagnole ça a été la plus belle voiture il y a eu des pubs à la télé jusqu’à dire que ça allait nous permettre d’avoir la plus belle copine du quartier etc le vélo est aussi un objet qui doit me ressembler qui peut exprimer ce que je suis etc il y en a qui vont préférer être sur un vélo vintage ou sur un vélo connecté dernier cri etc c’est très bien moi je suis pas contre il y a des purs militants vélo ou si ça ressemble pas à un vieux vélo réparé soi-même et uniquement mécanique c’est pas un cycliste non je trouve ça très bien parce que on n’arrivera jamais à déployer autant de marketing qui a été déployé sur la bagnole depuis des décennies depuis 100 ans même un siècle donc je trouve ça super qu’il y ait des marques qui nous fassent rêver sur des beaux vélos et donc essayer c’est aussi se dire comment je vais me retrouver dans ces repères là etc moi j’adore et je terminerai là-dessus quand j’étais petit les stars dans mon école aux primaires c’était les fils de concessionnaires automobiles parce qu’ils arrivaient tous les matins avec le dernier cri du modèle et le modèle de démonstration de la dernière bagnole de la concession et ben moi je kiffais un peu ces dernières années à l’école que mon fils se dise qu’il venait avec le plus beau vélo et effectivement ça faisait réagir des gens dans l’école parce que c’était la compète du plus beau vélo alors parfois je trouve c’est un peu excessif parce que c’est le dernier plus beau longtail machin etc et c’est un peu la compète un peu bobo mais je préfère largement ça que le plus beau vélo le plus gros 4×4 possible donc le plaisir, le plaisir.

Olivier DE SCHUTTER : ben écoute ça tombe bien parce que ma toute dernière question pour toi mais tu as répondu c’est le vélo pour toi c’est quoi en un mot donc j’imagine du plaisir.

Jean-François DHINAUX : c’est du plaisir de me lever le matin je sais pourquoi je me lève le matin c’est mon job et je prends du plaisir quand je fais du vélo c’est le plaisir

Olivier DE SCHUTTER : je te rejoins là dessus effectivement le vélo c’est que du plaisir je pense que la plupart des gens qui nous écoutent à mon avis le partageront aussi et si c’est pas le cas testez et puis vous verrez bien.écoute Jean-François un grand merci en tout cas pour ton temps c’était très agréable merci à toi et je te souhaite plein de bonheur plein de succès aussi avec ton aventure AZFLATE on suivra ça de près et puis vous qui nous écoutez je vous donne rendez-vous très prochainement pour un prochain épisode salut à tous et bonne rentrée 

Jean-François DHINAUX : à bientôt !

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#97 Endurance, mental et bikepacking : au delà du vélotaf avec Adrien Guilmin https://velotaf.studiomano.fr/podcast/97-endurance-mental-et-bikepacking-au-dela-du-velotaf-avec-adrien-guilmin Sun, 24 Aug 2025 19:05:59 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/97-endurance-mental-et-bikepacking-au-dela-du-velotaf-avec-adrien-guilmin Adrien Guilmin, bikepacker et coureur d’ultra-endurance, raconte son passage du vélotaf quotidien aux courses les plus exigeantes.

Au programme : gestion de l’entraînement (zones, renfo, intervalles), préparation matérielle, stratégie nutrition et sommeil.

Adrien partage aussi ses galères mécaniques, ses micro-victoires mentales et les enseignements qu’il tire de l’ultra.

Un épisode riche en conseils concrets pour celles et ceux qui veulent repousser leurs limites à vélo.

De quoi nourrir l’envie d’aller plus loin, plus longtemps – et mieux préparé.

Voici la vidéo qui a inspiré les aventures d’Adrien !

https://youtu.be/UVwjQ_l38LY?si=McZpPuDwLUQtMoya

🔗 Retrouve Adrien Guilmin et son univers :

– Linkedin : https://www.linkedin.com/in/adrien-guilmin-6b3251a7

– Instagram : ⁠https://www.instagram.com/adrienglmn

Pour en savoir plus sur notre hôte, Olivier de Schutter, et Bleen, il suffit de visiter notre site ⁠https://www.bleen.be⁠ 

 À très bientôt sur le prochain épisode ! 🌱

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« Il y a deux axes à prendre en considération, c’est que les distances sont plus grandes, les aménagements sont moins efficaces et donc il y a moins de commuting. »

« Je pense qu’il y a moyen d’améliorer certains trucs pour que cette expérience soit quand même beaucoup plus agréable et un peu moins agressive. »

« Ce qui te fait combien de kilomètres ? C’était 400 quelques kilomètres. »

« Le titane est aussi beaucoup plus solide, et c’est un vélo que je prends pour des courses où il y a moins de risque de casse. »

« Il n’y a pas de meilleur moyen de déplacement en ville qu’un vélo. »

« Chaque kilomètre que je fais avec ce gros vélo hollandais qui pèse 20 kilos, c’est bon pour l’entraînement mental. »

« Travailler l’endurance de base, renforcer tout ce qui est tendons, et repartir sur le cœur pour un effort intense. »

« Il faut se dire, tout passe, le moment le plus badant ou le plus négatif n’est que momentané. »

« Toujours avoir un casque, lumière, GPS, et un tracker satellite en cas de pépin. »

« Tout vient à point à qui sait attendre. »

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Ce podcast animé par ⁠⁠Olivier De Schutter⁠⁠ est proposé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.

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Olivier : Bonjour tout le monde et bienvenue pour un nouvel épisode de Vélotaf. Aujourd’hui, on va profiter des vacances estivales pour sortir un petit peu du cadre du Vélotaf pur et dur. Et parler d’aventure et de voyage à vélo, bien évidemment. Et pour ça, j’ai le plaisir d’accueillir un adepte de la discipline. Je vous présente Adrien GUILMIN. Salut Adrien, comment vas-tu ?

Adrien GUILMIN : Bonjour, ça va très très bien.

Olivier : Génial. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots qui es-tu, à la fois comme cycliste du quotidien et puis aventurier aussi à vélo ?

Adrien GUILMIN : Alors, comme Olivier l’a dit, je m’appelle Adrien. J’ai 34 ans. Je fais du vélo depuis, j’ai envie de dire, depuis presque toujours. J’ai grandi en fait à Marche- en-Famenne, donc le terrain s’y prêtait bien. Après la campagne, c’est quand même un environnement assez propice à ce genre de sport en extérieur. Et le vélo est rentré dans ma vie d’abord pour le côté sportif, mais aussi parce que je suis quelqu’un qui a un peu de trouble de la concentration. J’ai beaucoup d’énergie à revendre et depuis que je suis petit, en fait, c’est vraiment un médium pour canaliser cette énergie, pour me dépenser. Et ça m’a pas mal aidé tout au long de ma scolarité. Et puis, au fur et à mesure que les années sont passées et que j’ai accumulé les kilomètres, je suis passé de cycliste plutôt opportuniste, justement, comme je disais, pour canaliser cette énergie, pour pouvoir me concentrer. Typiquement, pendant mes études à l’université, je faisais du vélo quand c’était un peu compliqué pendant les blocus pour après pouvoir remettre mon cerveau sur mes cours et sur mon étude. Et donc, je suis passé de ce type de pratique à une pratique beaucoup plus sportive quand j’ai commencé à travailler, à savoir que ma première expérience professionnelle, c’était chez Decathlon et donc, par définition, je suis passé sur quelque chose de plus performance. Et puis, les années faisant, j’ai en fait, ça s’est mis un peu naturellement, mais j’ai commencé à augmenter les distances, à aller de plus en plus loin, à rouler de plus en plus longtemps. Et aujourd’hui, la pratique du vélo, donc je fais du commuting, évidemment, j’habite à Bruxelles, donc c’est quand même le moyen de locomotion le plus pratique et qui a le plus de sens, en tout cas à mes yeux, pour se déplacer en ville. Mais ma passion première, c’est l’aventure à vélo, donc bikepacking et par extension aussi, je fais des courses de bikepacking ou des courses d’ultra-endurance. On y reviendra, mais voilà, grosso modo, ça vous donne déjà un peu, ça te donne déjà un peu le tableau de qui je suis et de ma relation au vélo.

Olivier : Je rebondis un petit peu sur un épisode précédent qu’on avait enregistré avec Charles Merlin de la chaîne Vivre Moins Con, où on parlait justement de cette différence entre campagne et ville, parce que tu disais que tu as grandi dans la campagne belge.Ce qu’on disait justement, dans cet épisode, c’est que le vélo-taf, aujourd’hui, il est beaucoup plus présent dans les milieux urbains que ruraux. Par contre, quand on parle de vélo loisir, il y en a plus dans les milieux, justement, ruraux, en tout cas en dehors des villes. Au plus, on quitte les villes, au plus, on va trouver des cyclistes qui font ça pour le hobby ou pas spécialement ?

Adrien GUILMIN : Je pense qu’il y a deux axes à prendre en considération, c’est que, par définition, Bruxelles, ici, c’est une grande ville, donc des gens qui font à la fois du commuting et qui ont aussi un vélo ou qui ont parfois plusieurs vélos et qui vont faire du vélo pour la performance ou pour le sport, il y en a quand même une certaine masse. À mettre en comparaison avec, j’ai envie de dire, la campagne, ou en tout cas le milieu plus rural, c’est que les distances sont plus grandes, les aménagements, typiquement les aménagements routiers, en tout cas les infrastructures, sont moins efficaces et donc il y a moins de commuting. Il y a plus de gens qui font du vélo, typiquement en soirée, ou plutôt le week-end, en groupe ou solo, mais voilà, dans une dynamique d’exercice et de bouger. Donc oui, il y a un peu à boire et à manger, je pense que, du coup, ici, en ville, c’est un peu une situation unique, en tout cas à Bruxelles, aussi parce que Bruxelles est assez plate, donc c’est beaucoup plus simple de se déplacer en vélo, électrique ou non, intra-muros. Je pense, par exemple, à Liège, qui est une ville où il y a beaucoup plus de dénivelé. Je pense que le commuting a plus de mal à décoller parce que si on habite sur les hauteurs de Liège et qu’on doit descendre dans le centre, alors descendre, il n’y a pas de souci, en général, par contre, remonter, ça devient parfois un peu plus complexe, surtout si on a les enfants, des courses, etc. Donc c’est toujours un peu à prendre avec des pincettes. Est-ce qu’il y a une réelle différence entre la ville, il y a plus de gens qui font du vélo pour se déplacer à l’intérieur et faire du commuting ou simplement faire des courses, récupérer les enfants, les activités, etc. Et est-ce que la campagne, c’est plutôt que du vélo passion ? Je crois que c’est plus nuancé que ça. Mais voilà, c’est deux pratiques qui évoluent assez rapidement, surtout sur les dernières années, depuis le Covid. Et je pense qu’il faut encore attendre quelques années pour voir comment est-ce que les mentalités évoluent. Et puis un peu aussi, comment est-ce que les vélos vont évoluer pour permettre potentiellement à des gens qui habitent à la campagne de faire de plus grandes distances ou alors aussi la dynamique des pouvoirs publics et de l’aménagement des infrastructures pour que les vélos se sentent en sécurité. Partout et pas uniquement en ville.

Olivier : Je reviens à toi du coup, tu parlais de voyage à vélo, c’était quoi toi ton premier grand voyage à vélo ? Comment est-ce que tu as basculé justement dans cette nouvelle discipline du bikepacking ?

Adrien GUILMIN : Le premier vrai ou grand voyage à vélo, enfin en tout cas la première vraie expérience où je me suis dit allez, je vais me challenger. J’en rigole parce que c’était pendant le Covid. En fait, j’ai trouvé une vidéo sur YouTube. Qui était le compte rendu de la Silk Road Mountain Race. Donc une espèce de vidéo d’une demi-heure qui retraçait une course au Kyrgyzstan. Une course de 1800 km assez engagée. Et cette vidéo m’a vraiment inspiré. Et alors, j’en rigole parce que j’avais acheté un vélo de cyclocross pendant le Covid. Qui était un peu à la naissance du vélo de gravel. Donc pour ceux qui ne connaissent peut-être pas, un vélo de gravel c’est comme un vélo de route. Grosso modo. C’est comme un vélo de route avec des pneus un peu plus larges. Une position un peu moins agressive qui permet justement de faire le gap entre un vélo de route Macadam et un VTT qui est vraiment beaucoup plus engagé. Et donc j’avais acheté un cyclocross qui était la naissance du gravel on va dire. Ou en tout cas à moitié adapté. Et je me suis dit je vais me challenger. C’est le Covid. On ne peut pas trop sortir de chez nous. Mais peu importe. Je vais faire une trace. Je vais partir un jour à 8 heures du matin. Et je vais rouler pendant 24 heures. Et je vais revenir le lendemain à 8 heures du matin. C’était l’hécatombe. Je n’avais pas prévu assez d’eau. Je n’avais pas de GPS de vélo avec une batterie assez longue. J’avais dû faire du bricolage. J’avais dormi en France du côté de Givet sur le porche d’une église. J’avais eu super froid. J’étais revenu le lendemain. J’étais vraiment cassé en deux. Et au final ce n’était pas hyper positif. Mais après 2, 3, 4, 5 jours de récupération. Je me suis dit ok. Il y a moyen d’améliorer certains trucs. Pour que justement. Cette expérience moyennement fun. Soit quand même beaucoup plus agréable. Un peu moins agressive. Etc. Donc ça c’était vraiment la première vraie expérience de voyage à vélo de bikepacking. Donc j’étais parti de Bruxelles. J’avais été vers Liège. Et puis j’étais repassé du coup à Marche-en-Famenne. Là où j’ai grandi. De là j’étais allé à Libramont. Et puis j’avais rejoint Givet. Et de Givet j’avais fait tout ce qui est le Namurois de retour. Donc Namurois, le Brabant Wallon et de retour à Bruxelles. Ce qui te fait combien de kilomètres ? C’était 400 quelque chose kilomètres. Ouais franchement c’était une aventure. Et puis plus tard. Je me suis en fait inscrit. Pour l’édition suivante de la Silk Road Mountain Race. Et ça, ça a été ma vraie première expérience en bikepacking. Donc c’est une course mais voilà. Toute course peut être prise beaucoup plus à la légère. Et peut être considérée comme une aventure à vélo. Et ça c’était l’été d’après. Donc à la sortie du Covid. Et ça c’était mon premier vrai grand voyage à vélo. Où il y avait toute une logistique derrière. Toute une réflexion en terme d’équipement. De stratégie de nutrition, de vélo et etc. Donc ça a commencé par là.

Olivier : On va revenir un petit peu sur tout ça. Aujourd’hui toi ton vélo à quoi il ressemble du coup ? Parce que tu parlais d’un vélo cyclocross. Tu parles de vélo de gravel, de VTT. Tu roules sur quoi ? Est-ce que c’est le même vélo que tu utilises pour le vélotaf et pour l’ultra ?

Adrien GUILMIN : Non, ce n’est pas mon vélo, c’est mes vélos, parce qu’évidemment j’ai plusieurs vélos. Donc je vais peut-être faire la liste rapidement.
J’ai un vélo type Oma Fiets, comme on dit en hollandais, donc un vélo typiquement 3 vitesses, comme on voit en Hollande, pour la ville, avec un panier, un porte-bagages, etc. J’ai un vieux vélo Peugeot, quand je vais boire des verres avec des copains, et au moins, si on me le vole… bon, bah j’aurai perdu 50 euros, parce que ce vélo ne m’a pas coûté cher. Et puis alors, dans les vélos plutôt sport et performance, j’ai un vélo de route, j’ai un gravel et j’ai deux VTT. En fonction des événements, de l’humeur et du terrain, je sais quel vélo choisir. Un vélo de route, c’est très simple : c’est quand c’est du macadam et qu’il faut rouler vite. Un gravel, c’est in between. Typiquement, j’étais là il y a deux semaines, dans le Pays Basque, faire une course en Espagne : là, c’était une course gravel, et l’organisation le stipule clairement au moment de l’inscription. Et puis j’ai aussi deux VTT : un en carbone – je vous passe tous les détails de l’utilisation de ce vélo, mais c’est plutôt typé performance – et un autre, qui est mon vélo de bikepacking, un VTT en titane que j’ai fait faire sur mesure. Parce que je suis quand même assez grand, je fais 1m96, et je voulais m’assurer d’avoir un vélo qui était vraiment tip-top, à la bonne géométrie et qui me convenait bien. Parce que, quand on est 18, 20 heures sur le vélo par jour, pendant plusieurs jours d’affilée, on veut absolument éviter tout ce qui est surpression au niveau des poignées, des mains, mauvaise position de la nuque, etc. Donc voilà, il y a toute une série de points à prendre en compte.

Olivier : Tu parles de vélo en titane versus carbone. Quel est l’avantage ? Ou l’inconvénient ?

Adrien GUILMIN : Il y a différents points de vue, moi je vais donner le mien. Si tu demandes à d’autres experts, ils diront peut-être d’autres sons de cloche. Mais ce qui est assez factuel, c’est que le carbone est beaucoup plus léger, beaucoup plus rigide et filtre mieux les vibrations. Le titane est un peu plus lourd, un peu moins rigide et filtre mieux les chocs, donc il est plus flexible. Le titane est aussi beaucoup plus solide, et c’est un vélo que je prends. Le titane, ça convient bien pour justement des courses où tu te dis : « Bon, si je prends un mauvais caillou dans une descente, à vive allure, le caillou ne va pas casser la fibre de carbone. » Donc il y a moins de risque, vraiment, de casse à proprement parler sur un cadre en titane. Et puis, on peut aussi beaucoup plus le charger. Parce que, par définition, un vélo en carbone, c’est axé performance. En moyenne, un vélo carbone – donc le vélo plus le rider plus tout l’équipement – ça monte jusque 100, 110 kilos de charge utile. Mon vélo titane, je peux monter jusque 130 kilos. J’en fais 83, 84, plus l’équipement, ça laisse toujours un peu une marge. Et donc, on n’arrive pas vraiment à la limite que peut supporter le vélo. C’est aussi une paix d’esprit de se dire : « Ok, je pars et je n’ai pas mis le vélo vraiment à la limite de ce qu’il peut supporter. »Voilà, c’est un peu les différences : carbone, titane. Et puis aussi aluminium… et ça, c’est un peu passé. Et l’acier, bon voilà, steel is real comme disent les fervents défenseurs de l’acier. L’acier, l’aluminium et le titane, c’est plus ou moins la même chose, mais l’acier est quand même plus lourd de manière générale.

Olivier : Et le grand avantage. C’est qu’on peut souder. Que ce soit. De l’acier. De l’aluminium. Du titane aussi. Je pense. Ouais.

Adrien GUILMIN : Alors, l’acier, ça peut se souder. Le problème du titane, c’est qu’il faut faire un vide d’air dans les tubes. Donc il faut quand même des techniques et du matériel assez pointu. Donc, en voyage, vraiment, s’il y a un gros problème sur un cadre en titane, ça risque d’être compliqué. Surtout si c’est dans des pays un peu… voilà, où il y a moins d’options. Mais, de manière générale, c’est quand même rare d’avoir un vélo acier ou titane avec des soudures qui pètent, ou des tubes qui s’ouvrent en deux.

Olivier : Parce qu’on parle effectivement de soudures : tu vas dans n’importe quel garage, dans un coin un petit peu paumé ou quoi, on pourra plus ou moins réparer ton cadre. Là où, effectivement, un cadre en carbone… bon, là ça devient assez complexe. Même dans des grandes villes, c’est parfois compliqué de trouver les bonnes personnes pour réparer un cadre. Le vélotaf, du coup, est-ce qu’il t’apporte quelque chose, toi, dans ta pratique de l’ultra ? Ça te permet de faire un peu de volume ?

Adrien GUILMIN : Ouais, parce que ce que je me dis souvent, quand j’ai pas envie de rouler en vélotaf, ou quand il fait pas beau en hiver, en Belgique, c’est que chaque kilomètre que je fais avec ce gros vélo hollandais, qui pèse 20 kilos, qui est un peu lourd, de toute façon c’est bon. Il fait pas beau, il pleut, c’est pas grave, ça m’endurcit. Ce vélo est lourd ? Pas de souci, ça me fait les jambes. Voilà. Chaque kilomètre parcouru est un kilomètre… je vais pas dire d’entraînement pur et dur, mais il faut voir l’entraînement sous différents aspects. Il y a l’aspect physique : faire des intervalles sur home trainer, ou aller faire des cours de spinning dans un club de sport. Et puis, il y a aussi le fait de mentalement se dire : « Il pleut, il fait froid, on est en décembre. » Ou parfois : « Ben oui, il pleut, il y a un orage, ou il fait froid, ou il y a de la neige », et il faut quand même avancer. Parce qu’on ne peut pas rester sur place dans ces courses ou dans ces voyages en bikepacking, de manière générale. Le but, c’est quand même d’avancer. Et donc voilà : chaque kilomètre est un kilomètre de pris, et ça vient s’accumuler. C’est un peu un mindset à avoir. Et puis il faut aussi être réaliste : j’habite à Bruxelles depuis 10 ans, je fais du vélo, et pile au moment où on est sur son vélo… parfois il pleut, c’est une petite pluie. Parfois il a plu, et donc ce sont plutôt des éclaboussures qui viennent d’en bas et qui mouillent les pieds. Mais j’ai quand même rarement eu la drache nationale pile au moment où je sors de chez moi. Ça m’est arrivé, mais ce n’est pas tous les jours. Et même en hiver, une fois qu’on est bien équipé – pantalon anti-pluie, un bon parka, une paire de gants – en fait, ça passe. Et puis, Bruxelles n’est pas grand. En moyenne, un déplacement à Bruxelles, je dirais… c’est quoi ? 10, 15, peut-être 20 minutes pour les plus longs, en tout cas pour la majorité des commuteurs et des gens qui font du vélo à Bruxelles. Je veux dire, on n’est pas à Paris, où, quand il faut traverser la ville, c’est vachement plus long. Donc voilà, ça, c’est un peu mon point de vue.

Olivier : Pour nos amis français qui nous écoutent, la drache, c’est une pluie très intense. C’est un concept très belge. Voilà, on vous invite à venir expérimenter par vous-même, quand vous voulez. Donc, le vélotaf, ça t’apporte pour l’ultra. Mais, de ce que je comprends, l’ultra, ça t’apporte aussi pour le vélotaf finalement, puisque ça te donne justement cette mentalité de guerrier qui affronte tout, tout type de météo. Et donc, ça te motive aussi, finalement, à prendre le vélo plus qu’à prendre le bus, bosser depuis la maison ou même prendre la voiture.

Adrien GUILMIN :Oui, non, c’est simple. Mais le tram, le métro, le bus… en fait, j’habite à Bruxelles depuis 10 ans : si tu me dis le tram 78 ou le bus machin, je ne sais pas d’où il vient, je ne sais pas où il va. Je ne connais rien du tout aux transports en commun. Parce qu’en fait, il n’y a pas de meilleur moyen de déplacement en ville qu’un vélo. C’est mon point de vue personnel, et je le défends ici. Le vélo, on va plus vite qu’une voiture. On est toujours le premier au feu rouge. On se gare où on veut, plus ou moins. On peut prendre les sens interdits, puisque les sens interdits sont généralement interdits… excepté au vélo. Voilà. Je dis généralement, « excepté vélo ». À tous les feux rouges, on a le tourne-à-droite qui est OK. Le vélo, on est actif, on respire, on fait de l’exercice. Enfin, donne-moi une liste d’avantages aussi longue quand on utilise sa voiture… moi je n’en vois pas. Enfin oui : on est au sec, on est assis, on est passifs, on peut écouter la radio quand il pleut. Mais le poids des avantages de la voiture n’est pas assez lourd par rapport aux avantages du vélo pour que je me dise : « Ah bah pas de souci, je vais reprendre ma voiture pour faire les deux kilomètres qui me séparent de mon domicile ou de la salle de sport à laquelle je vais après le boulot. » Donc, une voiture, c’est bien pour faire ses courses, aller au Colruyt quand on doit acheter de la lessive et des trucs qui sont lourds et volumineux. Mais encore… il y a des vélos cargos qui existent.

Olivier : Pour revenir à ton entraînement justement… parce que, bon, quand on fait des distances aussi importantes, il faut s’entraîner un minimum. Donc bon, il y a les trajets du quotidien, c’est une première chose. Mais il faut bien parvenir à caser d’autres entraînements aussi. Tu as un boulot à temps plein, voire même peut-être un petit peu plus — on pourra y revenir peut-être dans un autre épisode puisque c’est aussi en lien avec le vélo. Mais voilà, toujours est-il qu’il faut que tu trouves du temps pour t’entraîner. Lorsque tu t’entraînes le week-end, comment ça se passe ? Comment tu gères ? Ça équivaut à combien d’heures d’entraînement par semaine ?

Adrien GUILMIN Les semaines plus calmes, c’est-à-dire en hiver, je suis plutôt à dix heures. Et puis en été, je peux monter jusque quinze. Et puis, les grosses semaines : vingt heures. J’ai quand même réalisé au cours des années certaines choses, certaines erreurs que je faisais dans mes entraînements. Aujourd’hui, je fais sans doute encore d’autres erreurs, mais j’ai pas mal évolué. Donc, disons, il y a 3-4 ans, je prêchais de rouler un maximum de kilomètres en zone 1, zone 2. Parce qu’en bikepacking, ou en course de bikepacking, il faut évidemment un bon cardio, une endurance de base assez solide. Et donc je me disais : « Je fais des kilomètres, des kilomètres, des kilomètres, et ça me suffit. »

Olivier : Quand on parle de zone 1, zone 2, ce sont les zones d’intensité. Alors, on s’entraîne en fonction de la fréquence cardiaque, ou en fonction de la puissance générée — auquel cas il faut un capteur de puissance. Ce sont en fait les zones les plus basses en intensité. Donc ça veut dire que c’est un rythme de balade : on peut tout à fait avoir une conversation, on est très tranquille, on ne fait pas monter le cœur ou quoi que ce soit.

Adrien GUILMIN : Zone 1, c’est quand on est bêtement réveillé, enfin tout au long de la journée, le commun des mortels est en zone 1, zone 2, bon bah c’est quand on marche typiquement, et puis zone 3, 4, 5, c’est courir, courir vite et puis sprinter, on va dire ça comme ça, si on doit le comparer à la course à pied ou à la marche. Donc ouais, je faisais beaucoup beaucoup d’heures assez en zone 1, zone 2, donc assez cool, et puis depuis 2 ans, je suis… Je suis suivi par une kiné qui est hyper compétente et qui me disait, Adrien, ce serait pas mal de faire un peu de renforcement musculaire parce que je me plaignais d’avoir des petites douleurs au genou, des petites douleurs à la nuque, et elle me disait, une chose que j’ai vraiment retenue là-dedans, c’est tes muscles ont grandi assez vite, donc t’es devenu plus puissant, plus fort par rapport à tes articulations. Et donc c’est un peu, il faut avoir l’image par exemple d’avoir une paire de jambes avec des muscles super développés, mais des tendons, des ligaments qui ne sont pas en fait… Aussi développés que les muscles, et donc ils sont vraiment en train de… Pas de s’user, mais ils ont du mal à soutenir en fait la structure musculaire. Et le renforcement musculaire, la mobilité, les exercices comme ça hyper spécifiques aident pas mal, et donc ça fait 2 ans que 2 à 3 fois par semaine, je suis à un programme que la kiné m’a construit, et on se voit une fois toutes les 6 semaines grosso modo pour faire évoluer ce programme, et qui aide à justement faire disparaître ces douleurs de genoux ou prévenir en tout cas certaines de l’usure prématurée du corps, des articulations, etc. Et du coup de faire disparaître ces petites douleurs. Chose qui franchement marche d’enfer. Au début je me disais oui, oui, oui, ça va, cause toujours, on verra, mais l’essayer c’est l’adopter. Et puis cette année, je fais du vélo, bikepacking, course de longue distance, mais je suis aussi dans une ligue de cyclisme amateur qui s’appelle la BCF, et c’est des courses typiquement de 50, 60, 70 kilomètres, beaucoup plus intenses. Et donc j’ai repris… J’ai fait des entraînements d’intervalle, où en fait on va, enfin je vais pousser les muscles et le cœur sur des zones justement d’inconfort, donc zone 4, zone 5, et c’est aussi pour développer d’autres types de fibres musculaires, donc il y a des fibres rapides et des fibres lentes, si je dis pas de bêtises, les fibres lentes c’est plutôt tout ce qui est endurance, et les fibres rapides c’est tout ce qui est sprint. Et donc en fait d’avoir développé la force pure et dure, en plus du renforcement et en plus de mon endurance de base. Ça fait deux mois, enfin je vais pas dire que je suis une référence, mais en tout cas je sens vraiment que mon corps réagit mieux aux différents types d’efforts, que je suis plus polyvalent, que quand il faut mettre un coup de watt, même dans une course longue distance, j’ai plus de force et j’ai plus de fibres musculaires disponibles immédiatement pour passer des petits rédillons, ou quand c’est des montées un peu techniques, je sens que ça passe mieux. Il faut aussi dire qu’en bikepacking on est toujours plus chargé, puisqu’on transporte son eau, sa nourriture, son équipement, etc. Et tout ça aide en fait à mieux vivre les événements, à avoir une capacité de franchissement plus, enfin de passer plus vite certains obstacles, et aussi de durer plus longtemps musculairement avant que le muscle se fatigue et que les crampes arrivent, ou qu’on ait une petite défaillance. Donc voilà, si je dois résumer ce dernier point, c’est un, et je pense que ça s’est fait un peu naturellement parce que ça devait se faire comme ça, c’est un, travailler l’endurance de base, adapter le cœur et faire grossir le coeur. Parce que ça reste un muscle. Deux, c’est renforcer tout ce qui est tendons, joints, comme on dit en anglais, etc. Et puis trois, c’est repartir sur le cœur, redévelopper le cœur, mais vraiment sur les zones d’efforts intenses. Et ouais, en tout cas pour moi, je sens vraiment une différence.

Olivier : Et il y a un truc que tu n’as pas mentionné, sur des distances d’ultra, on parle quand même souvent aussi du mental. Quand tu roules pendant plusieurs heures, voire plusieurs journées, il y a un truc qu’il y a un moment où potentiellement, c’est le mental qui peut te lâcher. Comment est-ce que tu fais, toi, pour te préparer à ce niveau-là ?

Adrien GUILMIN : Je dirais que c’est l’expérience qui parle. J’ai déjà eu quelques mental breakdowns où en fait, tu as juste envie de jeter ton vélo dans la rivière et de dire, tu sais quoi, moi je rentre chez moi, c’est mes vacances, je ne suis pas ici pour souffrir, basta. Bon, ça arrive quelques fois. Et puis en fait, avec un peu de raison, tu sais, quand tu es, je ne sais pas, dans les Balkans. Tu viens de monter un col et que tu jettes ton vélo en bas de la falaise, ça ne va juste avancer à rien. Donc, il faut juste parfois s’asseoir dix minutes, respirer, fermer les yeux et dire bon, je l’ai choisi, je suis là, maintenant j’assume et de toute façon, je n’ai qu’un choix, c’est d’avancer. Donc, c’est vrai qu’il y a des moments pas faciles. Pour moi, les moments compliqués, c’est le soir quand la nuit tombe. Je trouve que c’est toujours un peu désespérant de savoir qu’on va passer une partie ou une totalité de la nuit sur le vélo, dans le noir, dans les bois, dans des fonds de vallée, des trucs pas toujours très accueillants. Et qu’on ne va rien voir aussi. J’ai parfois aussi un peu du mal, c’est un peu bizarre parce que le matin, on pourrait se dire tiens, quand le soleil se lève, c’est de nouveau, du coup, c’est la journée qui démarre, les oiseaux chantent et quand il fait beau, c’est quand même agréable. Mais c’est aussi un des moments dans la journée où je suis le plus fatigué parce que quand tu as roulé une partie ou toute la nuit, c’est bizarre, mais c’est un peu le corps, je crois, doit se remettre, se faire un petit reset. Et il y a comme ça une heure ou deux où je sais que le matin. Entre 5h30 et 7h30, 8h du matin, c’est vraiment difficile. Et puis, je sais aussi que j’ai des difficultés à manger la nuit et à bien m’alimenter sur le vélo ou bien m’hydrater. Donc, ça coince parfois un peu. Et alors, ce que je fais, c’est dans ces moments-là, c’est que je descends du vélo et je le pousse, même si c’est plat. C’est juste changer de position, changer de dynamique. Au moins, je continue d’avancer moins vite à du 5 km heure, mais ça permet de changer un peu la dynamique et de rester éveillé, de voir les choses un peu différemment. Voilà, c’est un truc que j’ai trouvé. Sinon, après, il n’y a pas de secret. Écouter de la musique, avoir des playlists faites en avance en fonction un peu des humeurs, en fonction de l’énergie qu’on a besoin, des livres audio. J’écoute énormément de livres audio aussi dans mes courses parce que ça occupe l’esprit. En fait, quand on écoute un livre audio, pour peu qu’il soit bien lu, que le lecteur soit prenant et que le livre soit parlant, ça occupe l’esprit et donc on ne pense plus à autre chose. Et puis, bon, après, il y a aussi… Tout ce qui est les vues, les émotions et voilà. Un truc que j’ai appris aussi, mentalement, c’est que tout passe. Le moment le plus badant ou le plus négatif n’est que momentané, au même titre que le moment de joie et de bonheur intense, tu vois, ou quand tu as un coucher de soleil, que tu passes le col, que c’est magnifique, que c’est trop beau, que tu sais que tu vas descendre pendant 50 minutes et que tous les indicateurs sont ouverts. À ce moment, tu ne peux pas avoir une croissance infinie là-dessus. Tu ne peux pas avoir plus de bonheur sur un maximum de bonheur. Et donc, il faut toujours un peu se préparer et se dire, OK. Je suis hyper heureux. Je vis dans le moment présent. Je suis dedans et j’en profite un max et je vais remplir mes batteries de joie et de positivité parce que je sais qu’après le coucher du soleil, c’est la nuit et ça, c’est moins mon kiff. Et idem, la nuit, quand ça ne va pas, c’est de se dire, bon, ce n’est pas grave, c’est deux heures à traverser et il y a toujours la lumière au bout du tunnel ou en tout cas le soleil au bout de la nuit. Et ça permet aussi de relativiser et de se dire, bon, ben voilà, on avance, on continue. Et idem, quand on a l’impression qu’on n’avance pas. C’est-à-dire chaque kilomètre, si j’ai pu faire un kilomètre et si je viens de pas recourir un kilomètre, on coupe la trace en kilomètre et on se dit, voilà, chaque kilomètre est un kilomètre gagné. Et puis, en fait, quand on divise ça, ça permet de jalonner et ça permet de se voir avancer.

Olivier : Ça, c’est une bonne technique, effectivement, de couper ta distance en deux et puis, en fait, de la couper en quatre et puis en huit et puis en seize. Et puis, à chaque fois, tu te dis, tiens, j’ai fait la moitié de la moitié de la moitié de la moitié. Et en fait, petit à petit, comme ça, ça te fait plein de petits jalons qui te donnent une petite satisfaction. Et puis, une fois que tu as dépassé la moitié, tu te dis, en fait, c’est bon, j’y suis presque arrivé parce qu’en fait, il y a moins à faire que ce que j’ai déjà fait, etc. Donc, ça, c’est très… C’est hyper important, je trouve.

Adrien GUILMIN : C’est les micro-victoires.

Olivier : C’est ça. Et contrairement à toi, c’est marrant parce que pour moi, parce que j’ai aussi… Je vais aussi un peu tester ce genre de distance. Le lever de soleil, pour moi, c’est un regain d’énergie incroyable. Quand tu entends… En général, tu entends les oiseaux avant que le soleil se lève. Donc, tu sais que le soleil va se lever. Bon, un, deux, un. Parce que tu regardes ton leurre, évidemment, mais aussi parce que tu entends les oiseaux chanter et tu te dis, OK, ça va, le soleil va arriver. En général, la chaleur aussi, parce que la nuit, parfois, il fait un peu frais. Encore une fois, ça dépend des saisons, mais c’est vrai qu’il y a cet espoir de se dire, je vais avoir de la lumière, c’est une chose. Et puis, bon, le soleil, il va me réchauffer aussi un petit peu. Et effectivement, quand il arrive, pour moi, c’est un… Même si, oui, forcément, tu as roulé toute la nuit, tu es un peu naze, mais c’est quand même un gros réconfort.

Adrien GUILMIN : Je suis d’accord. En fait, le moment compliqué pour moi, c’est quand on voit, on devine le soleil qui se lève, mais tant qu’il n’a pas passé l’horizon et que ce bon vieux soleil vient réchauffer tes vieux os après une nuit sur le vélo, c’est vraiment cette période de une heure et demie, deux heures où je sais que ça va être compliqué. Mais une fois que le soleil est là, comme tu dis, je ne connais plus cette hormone qu’on sécrète avec la luminosité et le soleil. Ce n’est pas de la mélatonine. Non, je ne sais plus. Peu importe. Il y a vraiment ce moment. Tu te dis, OK, là, le soleil est passé. Tu sens la chaleur du soleil et en général, c’est reparti. Mais c’est vraiment cette période de transition que je trouve compliquée.

Olivier : Bon, et du coup, tu dis que tu écoutais de la musique. C’est vrai que c’est quelque chose que moi, je ne fais pas. Peut-être que je devrais essayer. Je ne sais pas. J’imagine que tu as écouté tous les épisodes du podcast Vélotaf, du coup. Oui, je les connais par cœur. Niveau équipement, quand on veut faire de l’ultra ou du bikepacking, on n’est pas obligé de faire de l’ultra. Alors, encore une fois, qu’est-ce qu’il y a de l’ultra ? Qu’est-ce qu’il y a du bikepacking ? Bon, il y a des fêlés qui veulent faire de l’ultra distance comme Adrien. C’est une chose. Il y en a aussi qui veulent juste peut-être se tester un petit peu sur quelque chose d’un peu plus abordable, sans forcément rouler toute la nuit, etc. Mais juste voyager en autonomie sur son vélo avec tout son matériel. Qu’est-ce qu’il faut prévoir, que ce soit pour du bikepacking ou de l’ultra ?

Adrien GUILMIN : En fait, ça dépend de deux choses pour moi. C’est la destination. Pays chaud, pays moins chaud. Et est-ce qu’on va aller en altitude ou pas ? C’est les deux éléments directeurs qui vont orienter le choix du matériel. Bon, déjà, le terrain pour le vélo, comme on disait, route, gravel, VTT. Et puis, niveau équipement, oui. Et le troisième élément, c’est la durée du voyage. Donc, un, le pays. Typiquement, si on va en Italie faire, il y a une course comme ça qui s’appelle Italy Divide, on va de Naples à Véronne, enfin un peu au nord de Véronne. Bon, tu sais que fondamentalement… Tu n’auras pas trop besoin de la grosse doudoune et des gants pour aller à moins 5 degrés. Surtout que la course, elle est en mai, donc ça aide. Par contre, en février, il y a une course au Maroc qui s’appelle l’Atlas Montenres. C’est le février. Ça a beau être le Maroc, quand on monte en altitude à 2000 mètres, il fait froid, surtout la nuit. Et donc là, il faut un peu se dire, bon, ça va être la doudoune, la cagoule, les gros gants. Il peut pleuvoir ou neiger, donc on prend les surchaussures, etc. Et c’est un peu ça qui va orienter. En tout cas, pour moi, c’est ça qui va orienter les choix. Toujours, en tout cas pour moi, c’est de partir du principe qu’au moment le plus froid ou au moment le plus pluvieux, tout l’équipement vestimentaire doit être sur moi. Si j’ai encore des trucs de réserve dans mes sacoches, c’est que c’est superflu. Et en partant de là, je sais que je suis le plus léger que je peux avec l’équipement qui me convient et que j’ai testé, parce qu’on n’essaye pas son équipement pendant une course. C’est une très mauvaise idée pour éviter les mauvaises surprises. Et donc l’équipement, il est… C’est préalablement testé, validé, et on sait que, enfin, je sais que si je pars avec telle veste, en fait, elle va fitter les besoins pendant l’événement ou pendant le voyage. Et puis la durée, c’est typiquement, si c’est une course dans un pays où il y a peu de densité de population, je pense au Kyrgyzstan, qu’on est beaucoup en altitude et qu’on va parfois passer trois jours sans ravitaillement, là, c’est la tente. Parce qu’en fait, comme on est en altitude, il peut vite y avoir des orages. Il faut savoir que… Dès qu’on est dans des régions montagneuses, l’air, donc le soleil réchauffe l’air en pleine, l’air chaud remonte le long des montagnes, refroidit en arrivant en altitude, et ça fait généralement de la pluie, des orages ou des tempêtes de neige. Et quand on est dans des pays comme le Kyrgyzstan, avec une altitude moyenne à 1800 ou 2000 mètres sur la course, en fait, quand on passe un col à 3500 mètres ou un peu plus haut à 16 heures, c’est généralement le moment où il se met à neiger, pleuvoir. Et donc là, avoir la tente, c’est un peu une sécurité aussi de se dire si je suis vraiment pris dans un truc en altitude, je sais que j’ai un shelter et ce n’est pas juste un petit sac de bivouac en mode on se met en saucisson dedans et s’il pleut quelques heures, s’il neige, c’est un peu un risque d’hypothermie ou d’être trempé et d’avoir nulle part où sécher puisqu’il n’y a pas un village tous les quinze ans. Donc oui, la ttente, c’est quand même une sécurité et puis là, on parle de course, mais si c’est juste une aventure en bikepacking, je conseille à tout le monde. de prendre au moins un tarp, donc c’est une espèce de bâche imperméable qu’on peut donc on retourne son vélo, on met la bâche d’une certaine manière et ça nous fait un abri assez grand qui permet de se protéger de la pluie, de la neige ou du vent. Et puis le mieux, c’est d’avoir des tentes, il y a des tentes qui ne pèsent pas très, très lourd, qu’on peut facilement transporter, qui sont compactes et qui ne sont pas une pénalité, une toute bonne tente, c’est un kilo, un kilo et demi. Je trouve que c’est quand même un bon compromis entre le poids et la sécurité. que ça donne dans certains environnements Toujours avoir un casque, lumière, GPS,

Olivier : Sauf si vraiment tu veux le faire à l’aventure, mais bon, c’est, enfin, why not, en fait ?

Adrien GUILMIN : C’est toujours bon d’avoir un tracker satellite, donc un spot ou autre. En cas de pépin, il y a toujours un bouton SOS qui appelle directement des numéros d’urgence qui sont préenregistrés et les secours locaux, si jamais il y a besoin.

Olivier : OK, et dernière chose qu’on n’a pas abordé, c’est la nourriture et le sommeil. Tu parlais de rouler toute la nuit. Comment tu gères la nourriture ? Je gère la nourriture et le sommeil sur des longues distances en étant en course, évidemment, une fois que t’es en voyage et que tu roules un peu plus pépère. En fait, je pense que la question, elle se pose un peu moins, tu fais un peu comme tu veux, mais par contre, quand t’es dans une logique de performance et que tu veux faire un maximum de kilomètres sur ta journée et donc être le plus léger aussi, etc., comment est-ce que tu fais ?

Adrien GUILMIN : Tu pars avec le maximum de nourriture que tu peux et puis le reste, quand t’as épuisé tes réserves. C’est de trouver ce qui peut fonctionner. C’est généralement pas très qualitatif, mais chaque calorie compte. Donc, ce qui marche bien pour moi… Bon, alors, il faut dire que si c’est du bikepacking ou des courses à longue distance, il faut avoir un apport en protéines, en graisse et en glucides. C’est un peu le trio gagnant. Les glucides permettent d’avancer à court terme et dans l’immédiat, c’est l’énergie du corps. Bon, la graisse, Et les protéines,… C’est plus compliqué à digérer, mais c’est ça qui permet aussi de refuel un petit peu et de soutenir les muscles. Donc, c’est de partir avec un peu du sucré et puis des espèces de barres protéinées ou du peanut butter, du beurre de cacahuète. Donc, typiquement, ce que je prends, c’est des pâtes de fruits. Moi, il y a un truc qui me fait kiffer et je m’en lasse pas, c’est les sneakers. Franchement, pour moi, c’est le graal. Je pourrais faire des jours rien qu’avec des sneakers parce que chaque fois que j’en mange, elle me dit… Oh, c’est quand même vachement bon. Et en fait, dans le sneaker, il y a aussi des cacahuètes. Donc, c’est un peu un apport gras et protéiné en plus d’avoir le sucre. Donc, c’est un combo, en tout cas, dans mon organisme. un combo qui marche bien. Toujours avoir 2-3 gels de réserve si vraiment on a un coup de mou et qu’il faut reprendre un peu de sucre dans l’immédiat. Et puis après, c’est de l’opportunisme. Je fais une course comme ça en République tchèque. Alors, il y a un truc qui marchait bien, c’était les… Enfin, en tout cas, là-bas, ils ont des espèces de baguettes industrielles de pain blanc. Donc, c’est des glucides, ça marche bien. Avec une espèce de salade de poulet, salade César, comme ça. Avec un peu de salade, du poulet et une sauce grassouillette un peu mayonnaisée. Et alors, plusieurs fois par jour, on passait dans des villages. Et je ne sais pas comment ça se fait, mais dans ce pays, ils avaient ça à tous les râteliers. Et donc, j’achetais ces 2 baguettes, je les mettais dans mon sac à dos. Et puis, je les morcelais en bout de 10 cm et je mangeais ça toutes les heures. Alors, un truc que j’ai appris aussi avec moi-même, c’est qu’il vaut mieux manger de manière régulière. Typiquement, je mets un petit bip-bip. sur mon GPS et toutes les heures, ça sonne. Et je sais que toutes les heures, je mange un truc. Parce que c’est moins contraignant d’avoir un estomac qui digère des petites quantités tout au long de la journée et de la nuit que de se dire, je me fais un gros repas de pâtes ou un gros repas et puis je ne mange plus pendant 3 heures. Parce qu’en fait, la digestion prend pas mal d’énergie. Et toute l’énergie qui est prise dans l’estomac n’est pas donnée dans les jambes. Et donc, c’est un peu toujours cet équilibre à avoir de l’énergie disponible pour avancer et en même temps, digérer quelque chose en parallèle pour pouvoir donner cette énergie aux jambes. Et puis, l’hydration, de l’eau, du coca, des aquarius à gogo. Dès que je bois de l’aquarius, je remplis mes gourdes avec de l’aquarius. J’ai des petites pastilles aussi pour l’hydratation. Donc, pour les sels. Parce que quand on transpire, on perd pas mal de sel. Donc, il faut régénérer ça. Sinon, en fait, on ne fixe pas l’eau dans les cellules, enfin dans le corps. Et on a beau boire, en fait, on est déshydraté. Et puis, voilà. Donc, grosso modo, en tout cas, c’est ma formule. Manger un maximum. Manger varié. En… En ayant le trio protéines, graisses et glucides tout au long de la journée et de la nuit.

Olivier : Donc, on l’aura compris, une épreuve d’ultra distance à vélo, ce n’est pas forcément un séjour gastronomique. Ceci dit, ça pourrait l’être. Si on fait du bikepacking et qu’on prévoit bien son coût à l’avance, je pense qu’il y a moyen de combiner les deux. Donc, voilà. Il y en aura, à mon avis, un petit peu pour tous les goûts. Tu m’as dit pour la nourriture. Pour le sommeil, toi, de ton côté, comment est-ce que tu gères ? Tu as une stratégie qui est bien définie à l’avance. Tu sais exactement quand tu vas dormir ou bien c’est au feeling ?

Adrien GUILMIN : Pour des courses d’entre deux et trois jours, j’essaye de ne pas dormir la première nuit. Et puis, la deuxième nuit, si je suis fatigué, je dormirai une heure ou deux, un peu en fonction. Ce qui marche bien aussi, c’est des petites power naps. Si dans l’après-midi, en général, j’ai un petit coup de pompe, si ça se pointe, je m’arrête sur le bord du chemin, je mets mes boules quies, mon cache-œil et je fais dodo. 20-25 minutes, juste histoire de simuler un cycle de sommeil. Eux, ce qu’ils font aussi sur le Vendée Globe, cette traversée en solitaire des mers du Sud tous les quatre ans, en fait, eux, ils dorment par tranche de 25 minutes pendant plusieurs semaines. Et c’est scientifiquement prouvé, on arrive à récupérer en dormant 25 minutes. Ça donne 4-5 heures d’autonomie et de confort éveillé.

Olivier : Tu mets une alarme ou tu te réveilles automatiquement ?

Adrien GUILMIN : Oui, j’ai ma montre. En journée, en tout cas, je mets ma montre et ça sonne. Et puis, boum, je démarre. La nuit, en général, ce qui marche bien, en plus de mettre ma montre, c’est que comme tu es toujours un peu humide de transpiration ou d’effort, tu te couches sur le côté et en fait, après 20-25 minutes, tu vas te réveiller parce que tu as froid. Tu commences à frissonner, etc. Parce que cette transpiration se refroidit. Et en fait, il ne faut juste pas se dire, je vais remettre une couverture qu’on n’a pas de toute façon. Il faut juste se remettre sur le vélo et continuer d’avancer.

Olivier : Et si tu ne te réveilles pas, c’est problématique ?

Adrien GUILMIN : Oui, ça ne m’est jamais arrivé, heureusement. Et puis, pour les courses plus longues, de trois jours ou plus, là, j’essaie de respecter mes cycles de sommeil. Donc, je vais dormir vers 23h. En tout cas, vers 22h, 22h30, je commence un peu à regarder. Je fais un peu l’opportuniste. S’il y a un petit coin qui a l’air assez cosy, etc. pour passer la nuit, je me dis, voilà, ce qui marche bien, c’est typiquement les sapinières parce que c’est bien mou. C’est des aiguilles, mais les tapis d’aiguilles et la mousse, c’est quand même vachement confortable. C’est généralement assez sec. Et donc, c’est de dormir 3-4h, un peu en fonction de comment je me sens. Et en fait, ce que j’aime bien, c’est de me lever du coup. Donc, c’est d’aller dormir peu après le coucher du soleil. Parce que, comme je disais, je n’aime pas trop les soirées. Et ça me permet de me dire, le soleil tombe et une heure ou deux après, je vais pouvoir direct dormir. Donc, je ne sais pas, psychologiquement, il y a un truc qui se passe et ça marche bien pour moi. Puis, c’est de me réveiller vers 2-3h du matin et essayer d’être actif aux heures les plus froides de la nuit. Parce que, d’expérience, à partir de 4, 5, 6h, 7h du matin, c’est les moments les plus froids, les plus humides. Et il vaut mieux être déjà en activité et du coup, être réchauffé. Plutôt que de devoir se sortir de son sac de couchage et de son petit bivouac. Au moment où il fait brouillard dans la forêt, qu’il fait super froid. Et là, je trouve ça désagréable. Alors, il y en a qui aiment bien. Ils roulent jusqu’à l’épuisement et puis, ils font les opportunistes aussi. Ils se tapent dans un coin, ils dorment et puis, ils se lèvent à 8-9h du matin. Et puis, ils roulent jusqu’à 3-4h. Enfin, chacun a sa technique. Mais moi, j’essaye d’être le plus constant possible au niveau du sommeil, de la nourriture et de la manière dont je roule. En fait, le corps est déjà mis sous tellement de stress. Que lui permettre d’avoir une constance dans ce stress, ou en tout cas, de contrebalancer le stress par de la constance sur tous les points. Ça me permet, en tout cas, moi, de fonctionner et de pouvoir tenir la durée et la distance.

Olivier : Ta plus grosse galère à vélo, c’était quoi ?

Adrien GUILMIN : La tourista. Ouais, non, j’ai eu au Maroc l’année passée, après le checkpoint 2. Et ça fait référence à ce que je disais tout à l’heure, qu’on a des moments de bonheur. Ils ne peuvent pas être infinis. Il peut pas y avoir toujours plus de bonheur. Donc, checkpoint 2, magnifique descente au Maroc, dans une oasis. Il était genre 18h30, 19h, couché de soleil. Golden hour dans les palmiers de l’oasis. Trop stylé. Je me dis, voilà. Franchement, Adry, j’avais pris une douche en plus au checkpoint. Parce que dans les courses, il y a souvent des checkpoints pour justement un peu, c’est des bases de vie. Donc, je me sentais, parce que prendre une douche, c’est un peu comme dormir une bonne nuit. On se sent tellement frais, on se brosse les dents, c’est génial. Et là, grosse descente, on passe dans un village. Et là, j’ai pris un clou de 10 cm dans mon pneu arrière. Il est rentré d’un côté, il est sorti sur le flanc. Donc, j’ai dû mêcher, mais la mèche tenait sur la bande de roulage. La mèche tenait, mais pas sur le flanc. Elle n’arrêtait pas de sortir. Et pendant deux jours, j’ai dû chipoter, enlever les mèches, remettre d’autres, coller, acheter de la superglue. Enfin, bref, il n’y a rien qui fonctionnait. Je m’arrêtais tout le temps, je perdais de l’air. Ça me rendait dingue. Au point que, à un moment, je me suis dit, bon, arrête de t’obstiner. Enfin, quand tu n’as plus de mèche, quand tu ne peux plus réparer, quand le matos est épuisé, il faudra juste prendre un taxi et rentrer à Essaouira et “call it a day”. Et puis, finalement, en arrivant dans un village, après deux jours de galère, où je m’arrêtais plus ou moins toutes les deux heures pour regonfler, pour rafistoler, je me suis arrêté dans un village où il y avait une espèce de bazar. Et là, aiguille à coudre, du fil, de la superglue. Et j’ai plus ou moins réussi à recoller mon pneu autour de la mèche. J’ai fait un truc, c’était vraiment moche. J’avais vraiment un gros blob sur le flanc de mon pneu. Mais ça a tenu, ça m’a permis de finir la course. Et voilà. J’étais super fier de moi et de mon aspect MacGyver. Voilà. Shit happens. Il faut être créatif. Il y a des gars qui, comme ça, qui ont des histoires à raconter. Ils éclatent leur dérailleur et puis ils finissent en single speed. Ou ils mettent leur chaîne sans le dérailleur sur la cassette, sur un ratio de vitesse qui leur permettra plus ou moins d’avancer. Quand ça monte trop, ils poussent. Quand c’est plat, ça avance, etc. Ouais, non, voilà, c’est… Tout peut arriver et il vaut mieux avoir un petit peu de matos en plus. Parce qu’en général, avoir deux, trois colsons, du fil à coudre ou du fil de pêche pour recoudre un pneu, c’est peu de poids, c’est peu de volume, mais ça peut sauver des situations. Et ça, c’est dans n’importe quelle pratique, que ce soit en course ou en voyage. Franchement, il ne faut pas hésiter à prendre 150, 250. grammes d’équipements supplémentaires pour réparer, plutôt que de se dire je la fais super light parce que je n’ai pas envie de porter tout ça et de se retrouver au milieu de la cambrousse.

Olivier : Ça me parle, c’est des choses qui font écho aussi pour avoir vécu ce genre de situation. Bon, ce qu’on n’a pas dit aussi, c’est que, Adrien, tu es mécano quand même, à la base. Donc, bon, ce côté un peu MacGyver, évidemment, tout le monde ne l’a pas forcément. En tout cas, moi, c’est mon cas. Je sais que j’aurais beaucoup plus de mal, je pense, à bidouiller comme ça. Mais voilà, on pourra revenir, je pense, peut-être dans un autre épisode sur le côté vraiment de la mécanique vélo et parler de tout ça. Mais donc, le temps passe et on va tout doucement arriver à la fin de l’épisode. Toi, ces longues distances, qu’est-ce qu’elles t’ont appris sur toi-même ? Est-ce que tu te considères comme étant quelqu’un de plus sage aujourd’hui, de plus fort, de plus résilient ? Qu’est-ce que ça t’a apporté ?

Adrien GUILMIN : J’ai envie de résumer ça en une phrase. Tout vient à point à qui peut t’attendre. C’est-à-dire que… La patience. Voilà. Je suis quelqu’un d’assez… Bon, j’ai des troubles de l’attention. J’aime bien quand ça va vite. Je suis un peu, parfois, rentre-dedans ou impatient. En fait, il faut juste se dire, comme je disais tout à l’heure, tout passe. On arrive toujours à la fin si on est assez patient, si on y met l’énergie, si on met les bonnes intentions. Et je pense que ça donne aussi une certaine humilité par rapport à soi-même, aux éléments imprévus, aux forces de la nature. Et c’est clair que je pense que ça m’a fait pas mal grandir en termes de maturité personnelle, d’expérience, de galère, etc. De connaissance de moi aussi. Et c’est des choses qui s’appliquent, en fait, dans ma vie de tous les jours, dans ma vie privée, dans mes relations sociales. Ouais, c’est un peu ce que j’en retire. Et puis aussi, beaucoup de joie, beaucoup de bonheur, parce que ça me permet de me balader, de visiter, de voir des endroits que je ne verrais pas de la même manière si je devais les visiter à pied ou en voiture. Et donc, c’est aussi un peu une manière pour moi de découvrir le monde sous un autre aspect, mais surtout de voir un maximum de paysages et d’endroits que j’aurais probablement pas l’occasion de revoir ou que je ne pourrais pas voir de la même manière si je décidais de le faire à pied ou avec un guide touristique, typiquement. Et de le faire en solo, à la force de mes jambes et de ma motivation, ce qui m’apporte aussi beaucoup de joie.

Olivier : Je confirme, je te rejoins en tout cas là-dessus sur cette manière de découvrir effectivement des nouveaux territoires. Ça donne envie en tout cas de se remettre sur le vélo et de partir en voyage. Quel conseil est-ce que tu donnerais à un vélotaffeur ou une vélotaffeuse qui rêve de voyager à vélo mais qui n’ose pas ? Qu’est-ce que tu lui dirais ?

Adrien GUILMIN : Encore un petit dicton. Je ne sais pas si c’est un dicton bien des Ardennes, mais en tout cas, tout fait farine au moulin. Donc, peu importe si vous avez le bon vélo, le bon équipement, essayez. OK, si c’est un vélo de ville avec deux vitesses qui date des années 70, c’est peut-être un peu plus complexe, mais pas besoin d’avoir le meilleur équipement de la terre, pas besoin d’avoir le vélo qu’on voit sur les réseaux sociaux ou que les gars vont promotionner parce qu’il y a tout cet effet de mode un peu et de tendance. Si vous avez un vélo qui est en bon état, qui a quelques vitesses, qui n’est pas flingué, prenez un sac à dos, bricolez un truc et c’est accessible à tout le monde. Et il ne faut pas aller nécessairement loin pour vivre des grandes aventures. On habite en Belgique, c’est un tout petit pays, mais on a la chance d’avoir, OK, on n’a pas le Mont Ventoux, on a les Alpes, mais on a les Fagnes qui sont super belles, on a toute la vallée de la Semoi du côté de Bouillon qui est géniale, il y a les Ardennes, on a une diversité de paysages, de routes, on a un réseau de chemins en forêt, de campagne, etc. qui est vachement développé. Et en fait, on peut déjà bien bien bien se marrer et un peu, pour ceux qui veulent vivre des aventures, il y a moyen de faire des trucs solides dans les Ardennes, dans la région de l’Eiffel en Allemagne ou dans le nord du Grand-Duché du Luxembourg. Et déjà rien que ça, franchement, il y a moyen de se challenger et du coup de tester son matériel si on n’est pas sûr d’avoir les bonnes choses ou si on se dit, tiens, est-ce que ce vélo pourrait convenir ? Allez rouler, prenez le train jusque Liège. De Liège, vous pouvez facilement accéder à toute cette partie où il y a un peu plus de dénivelé et c’est un peu plus sauvage. Voilà, c’est à côté de chez nous.

Olivier : C’est valable pour tous les territoires. Je dis ça parce qu’il y a quand même trois quarts de notre audience qui ne vit pas forcément en Belgique, qui est francophone, mais de France en particulier, de Suisse, voire au Canada ou dans d’autres pays. Donc c’est vraiment valable pour tous les territoires. On peut faire de l’ultra au départ du centre de Paris, du centre de Londres, un peu importe. Donc voilà, il n’y a pas de limite pour ça. En fait, c’est vraiment des micro-aventures qu’on peut démarrer depuis n’importe où. Donc effectivement, il n’y a qu’à se lancer, commencer petit et puis allonger les distances petit à petit. Parce qu’il n’y a pas de secret à ce niveau-là. Pour terminer, Adrien, est-ce que toi, tu as des figures inspirantes dans le monde de l’ultra ou du voyage à vélo que je devrais inviter sur ce podcast ? Est-ce qu’il y a un nom qui te revient en tête ?

Adrien GUILMIN : Il y a une personne comme ça que j’admire encore aujourd’hui. C’est un Français, il s’appelle Sofiane Seili. Là, il est occupé d’ailleurs, et je crois qu’il est au Tadjikistan pour le moment, il est occupé à faire une tentative de record du monde. Portugal, Shenzhen, à la côte est, la mer de Chine quoi, en moins de X jours, X dizaines de jours, en moins de deux mois. Et en fait, c’est un gars qui m’a beaucoup inspiré parce qu’il documente un peu ses aventures, ses voyages. Et je trouvais que la manière dont il conçoit ses courses de bikepacking ou ses courses ultra est assez positive. Il n’y a pas de ventardise, il y a une compétition qui, je trouve, est assez saine. Et en fait, c’est beaucoup de la compétition contre soi-même avant d’être un compétiteur contre les autres et de vouloir gagner. Je pense que c’est d’abord pouvoir se dépasser, se challenger soi-même. Et puis, tant mieux si on gagne une course par la même occasion. Et c’est un gars qui, je pense, a un mental d’acier, qui sait rouler day in, day out dans des conditions pas top, qui sait aussi ne pas dormir pendant des périodes de temps assez longues, genre trois jours sans dodo. Moi, c’est un truc, je sais que je tombe dans les pommes, ou en tout cas, mon cerveau ne fonctionnerait plus très, très bien, et mes jambes non plus, d’ailleurs. Mais donc voilà, c’est quelqu’un qui est pour moi, qui a été une inspiration, qui l’est encore, mais qui m’a vraiment donné le goût à me surpasser et à aller voir un peu plus loin chaque fois et d’optimiser chaque aspect, de débriefer après chaque course, débriefer avec moi-même et puis pousser, pousser, pousser. Et je ne dis pas que je ferai ça toute ma vie. Peut-être que c’est une période de ma vie où j’ai besoin de faire des challenges comme ça. Peut-être que quand j’aurai 70 ans, j’en ferai toujours, je n’en sais rien. Mais en tout cas, aujourd’hui, c’est quelque chose qui m’apporte beaucoup d’énergie et j’espère peut-être un jour ou l’autre que je puisse transmettre cette passion à d’autres gens ou que si des gens ont des questions, qui viennent me les poser parce que je trouve que c’est une pratique ou un sport qui est assez noble et qui est de nouveau accessible à tout le monde pour pas cher. Bon, si on veut acheter l’équipement cher, il y a toujours moyen, mais on peut le faire avec pas grand-chose et qui est, je trouve, dans l’air du temps, et ça, c’est peut-être le mot de la fin pour moi, c’est qu’à une période du développement de l’humanité, où on est en train de brûler la planète dans tous les sens, c’est peut-être encore une époque et un moyen de locomotion qui nous permet de voir le monde avant qu’on l’ait complètement détruit, j’espère que ce ne sera pas le cas, mais voilà, de voir le monde tel qu’il est aujourd’hui sans émettre trop de CO2. Je dis ça, par exemple, comparé à des croisières sur la Méditerranée dans des paquebots qui brûlent des litres et des litres de fioul. Et donc, voilà, c’est un peu ma manière de voyager positivement en limitant mon impact sur l’environnement parce que quand je passe, je ne laisse pas de traces, je ne pollue pas, en tout cas pas sur le vélo, et je trouve ça assez noble, et voilà, c’est un peu les valeurs que je défends dans cette pratique.

Olivier : Génial, merci pour ce petit mot de la fin, et Sofiane Sayeli, effectivement, c’est un nom qui n’est pas complètement inconnu dans le petit monde de l’ultra, donc bonne idée

Olivier : pour éventuellement un prochain podcast entre une de ses aventures, Why Not, on lui proposera. S’il y avait une lecture, un film ou même un autre podcast que tu recommanderais à celles et ceux qui nous écoutent et qui voudraient peut-être s’intéresser davantage à cette discipline, tu parlais d’une vidéo notamment tout à l’heure.

Adrien GUILMIN : Oui, j’allais dire, allez voir la vidéo, je suis en parallèle en train d’ouvrir YouTube, c’est la Silk Road Mountain Race et c’est l’after movie de l’édition 2021. Je crois que le nom de la vidéo, c’est Silk Road Mountain Race Wild Horses, donc chevaux sauvages. Je trouve qu’elle donne vraiment une bonne vision de ce que ça peut être des personnes qui s’engagent dans ce genre d’aventure, et voilà, moi, c’est ce qui m’a inspiré en tout cas, donc oui, c’est ça, c’est la vidéo Wild Horses de Silk Road Mountain Race Documentary, elle date d’il y a 6 ans, et pour moi, c’est un peu un beau résumé de ce qui se passe dans ces aventures.

Olivier : Ok, super, écoute, on mettra le lien dans la description de l’épisode. Adrien, un grand merci, et je te laisse retourner à tes occupations, que ce soit sur ton vélo ou derrière, ou à réparer les vélos, je ne sais pas, mais en tout cas, merci pour cet échange, moi, je te dis à très bientôt, de toute façon, sur le vélo, on aura l’occasion d’aller rouler ensemble, et puis, pour ceux et celles qui nous écoutent, je vous dis à très bientôt dans un prochain épisode, salut tout le monde.

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#96 Le vélotaf a-t-il de l’avenir dans nos campagne ? avec Charles Merlin de Vivre Moins Co* https://velotaf.studiomano.fr/podcast/96-le-velotaf-a-t-il-de-lavenir-dans-nos-campagne-avec-charles-merlin-de-vivre-moins-co Tue, 12 Aug 2025 19:40:27 +0000 https://velotaf.studiomano.fr/podcast/96-le-velotaf-a-t-il-de-lavenir-dans-nos-campagne-avec-charles-merlin-de-vivre-moins-co Dans cet épisode, on pédale avec Charles Merlin, le créateur de Vivre Moins Con 🚲🔥.

Ancien mécano vélo devenu voix engagée sur TikTok et Insta, Charles parle sans détour d’écologie, de justice sociale et … de pourquoi avoir son propre vélo à Paris, c’est la liberté ultime.

On démonte ensemble les freins au vélo (coucou les lobbys de la bagnole 👋), on rêve de villes où les enfants roulent seuls à l’école, et on voit comment rendre la transition écolo sexy et virale.

Bref, si tu veux un shot de motivation et d’idées qui bougent, cet épisode est pour toi. 🎧

🔗 Retrouve Charles Merlin et son univers engagé :

– Instagram : https://www.instagram.com/vivremoinscon?igsh=bDJnMzhwcHp2eDdv 

– TikTok :  https://www.tiktok.com/@vivremoinscon?_t=ZG-8ylPWbZ03Sy&_r=1 

Pour en savoir plus sur notre hôte, Olivier de Schutter, et Bleen, il suffit de visiter notre site https://www.bleen.be 

 À très bientôt sur le prochain épisode ! 🌱

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« Je vulgarise l’actualité avec un angle clairement engagé. »

« J’ai vraiment le sentiment d’être utile. »

« Le fait de pouvoir aller d’un point A à un point B avec son vélo, ça c’est cool quand même. »

« En matière d’usage, le vélo il répond vraiment à une politique de l’offre en matière d’infrastructure. »

« Le cœur du sujet, il se trouve vraiment au niveau des acteurs économiques qui ont intérêt ou pas à voir un switch en termes de mobilité. »

« France a enclenché un changement qui sort du tout voiture vers plus de vélo. Ça sert l’intérêt général. »

« Je pense que c’est hyper important de parler des jeunes. »

« En fait, le vélo pour les femmes en ville, c’est un moyen de transport qui est libérateur. »

« Quand les parents n’auront pas peur d’envoyer leurs enfants à l’école en vélo sans les accompagner, on saura qu’on a un bon réseau cyclable. »

« Si, effectivement, on veut avoir un vrai impact qui se traduise en termes de politique publique, ça veut dire qu’il faut penser de manière électorale aussi. »

Grâce à ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Autoscript.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange. Ca se passe sur ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be/velotaf⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠

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Ce podcast animé par ⁠Olivier De Schutter⁠ est proposé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.

Retrouvez Bleen sur les réseaux : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Facebook⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ ⁠Linkedin⁠⁠⁠⁠⁠

Lire la transcription

Olivier : Bonjour et bienvenue. Vous écoutez le podcast Vélotaf. Je m’appelle Olivier de Schutter, associé chez Blin, et j’ai le plaisir d’animer les prochains épisodes du podcast. Le vélo n’est pas juste un mode de transport. C’est une façon de voir le monde, de mener des combats, d’aborder des questions comme les inégalités, les discriminations, l’écologie, le rapport au temps et à l’espace. Ce podcast vous est présenté par Bleen, un cabinet de conseil en durabilité qui lutte pour une économie décarbonée, régénératrice et distributive. Vous trouverez plus d’infos sur www.bleen.be. Ça s’écrit B-L-E-E-N.be. Bon épisode.

Olivier : Bonjour tout le monde et bienvenue sur le podcast Vélotaf pour un nouvel épisode avec un invité qui a l’habitude de prendre le micro. Il s’agit de Charles Merlin qui anime la chaîne Vivre Moins Con. Je me suis dit que ce serait pas mal de vivre moins con. Bonjour Charles.

Charles MERLIN – Vivre Moins Con : Bonjour Olivier. Bonjour tout le monde.

Olivier : Charles, est-ce que tu pourrais nous présenter ta chaîne Vivre moins con ? Qu’est-ce que c’est ? Il y en a peut-être qui te connaissent. Il y en a probablement d’autres qui ne te connaissent pas du tout, qui se demandent qui es-tu. Est-ce que tu te définis comme un influenceur, un journaliste, un citoyen engagé, un peu détroit ou encore autre chose ? Qui es-tu Charles ?

Charles MERLIN  : Un peu tout ça à la fois. Vivre moins con, c’est vraiment un travail de journaliste en fait. Mais je ne sais pas pourquoi j’ai du mal à m’attribuer cette étiquette de journaliste. Je n’ai pas fait d’école de journalisme, je ne travaille pas dans une rédaction. Mais c’est vrai que moi, pour expliquer aux gens qui ne me connaissent pas, je vulgarise l’actualité avec un angle clairement engagé. C’est-à-dire que je traite de thématiques progressistes qui traversent… Notre époque, qui traversent la société. Donc je vais beaucoup parler d’écologie évidemment, mais aussi de lutte contre les inégalités, de renouveau démocratique, d’éthique en politique, de droit des minorités, plein de choses comme ça. Et pour vulgariser l’actualité qui sont liées à ces sujets, en fait moi je me base sur le travail de journaliste. Donc en fait je fais une énorme revue de presse si tu veux, et ensuite moi je vais créer mes contenus qui sont soit des postes ou soit… Des vidéos, en compilant un peu toutes les informations que j’ai recoupées dans ces différents contenus créés par des journalistes, et puis après j’ajoute un peu ma sauce quoi. Mais ouais, donc en fait moi je me définis plus comme créateur de contenu si tu veux, si tu veux qu’on utilise un terme.

Olivier : Ok, c’est ça ton terme alors ? 

Charles MERLIN  : Ouais, ouais, ouais. Bon en tout cas c’est celui que j’utilise.

Olivier : Ok, magnifique. Et qu’est-ce qui t’a poussé du coup à prendre la parole publiquement ? Tu ne faisais pas ça avant ?

Charles MERLIN : Écoute, je l’ai toujours fait d’une certaine manière, mais c’était vraiment fait… De manière personnelle, un petit peu comme on peut prendre la parole sur les réseaux sociaux, sur son compte perso, tu vois. Et à la base moi je faisais beaucoup ça sur Facebook, donc je fais partie de cette génération qui a commencé sur Facebook. Ensuite plus sur Instagram et avec mon compte perso. Et puis si tu veux, il y a trois ans, et donc c’est lié à la question du vélo aussi, parce qu’avant de lancer Vivre Moins Con en septembre 2022, eh bien j’étais mécanicien vélo chez Decathlon. Donc en fait moi j’avais déjà un lien avec le vélo, mais d’un point de vue professionnel, parce que c’était mon métier. Et ensuite j’en suis parti, je suis resté trois ans chez Decathlon, dans un magasin parisien, proche de là où j’habite. Et je ne savais pas très bien quoi faire après, et j’ai téléchargé TikTok par curiosité. Et j’ai commencé à prendre la parole, voilà, dans des vidéos sur des sujets en réaction à l’actu, en publiant pas mal d’extraits de documentaires aussi, et de reportages. Je ne sais pas si ça te parle ça, mais bon moi je suis un peu un geek de docu, et parfois quand tu regardes un docu ou un reportage, le reportage ou le docu a beau faire une heure et demie, deux heures, parfois il y a un extrait qui fait trente secondes ou une minute, où tu dis punaise, il faudrait que tout le monde voit cet extrait. Et du coup moi surtout au début de Vivre au moins con, je m’amusais à capturer ces petits extraits, et que je partageais en fait sur TikTok. Et puis petit à petit j’ai commencé à prendre la parole de plus en plus moi. Et puis je me suis plus jamais arrêté quoi, voilà.

Olivier : Ok, et tu fais ça à temps plein aujourd’hui, c’est ton métier ?

Charles MERLIN  : Aujourd’hui c’est mon métier, et je fais ça à temps plein effectivement, ouais.

Olivier : Ok, génial, épanoui.

Charles MERLIN – VivreMoinsCon : Ouais grave, je suis hyper content de pouvoir faire ce métier là, parce qu’on a une vraie liberté, je suis en accord avec mes valeurs, mes convictions, et puis j’ai du sens quoi, j’ai vraiment le sentiment d’être utile.

Olivier : Mais écoute, félicitations, dans une autre… Enfin je trouve ça très satisfaisant effectivement, et c’est vrai que… À ma petite échelle, je pense que je suis moins actif que toi, mais voilà, je crée aussi un peu de contenu à mon échelle, et donc effectivement je partage cette satisfaction que ça peut avoir, et en fait l’influence aussi que tu peux avoir sur les autres, même si j’aime pas forcément le terme d’influenceur, qui est je pense un petit peu trop cliché, mais voilà.

Charles MERLIN : Un peu, ouais.

Olivier : Tu parlais de vélo, et bon finalement c’est pour ça qu’on est là aussi. Toi tu te reconnais dans le terme vélo taffeur ? 

Charles MERLIN  : Alors, bah… Je bosse depuis la maison. Mais je bosse depuis chez moi, donc en fait… Mais c’est vrai que je n’utilise pas mon vélo pour aller travailler, parce que je travaille presque exclusivement que depuis chez moi, et quand je travaille pas depuis chez moi, je vais dans un café ou dans une bibliothèque qui est vraiment à côté de chez moi, et donc j’y vais à pied, mais sinon c’est vrai qu’à Paris je fais tout en vélo quoi, mais pas pour me rendre au travail. Après c’est vrai que quand j’ai des rendez-vous professionnels, ce qui est le cas aujourd’hui par exemple, cet après-midi j’ai un rendez-vous, je vais y aller en vélo.

Olivier : Et est-ce que ce vélo, enfin t’as toujours fait ça à vélo, ou t’as eu un moment, un déclic, où tu t’es rendu compte que ça a été une découverte ?

Charles MERLIN  : Ouais, écoute, bah déjà moi je viens de la campagne, donc j’ai grandi à la campagne, et on a très très tôt commencé à faire du vélo, donc en fait moi j’ai grandi dans un petit village, et on était avec mon frère, ma sœur, et les autres enfants du village en fait, on était tout le temps sur nos vélos, dans les chemins et tout, donc en fait je suis un cycliste moi, on va dire, depuis petit, et c’est vrai que quand je suis arrivé à Paris, je me suis pas tout de suite mis à faire du vélo, c’est-à-dire qu’au début je prenais les transports en commun, ensuite le Vélib, et ensuite j’ai eu mon vélo. Mais tu vois, ça s’est fait vraiment de manière progressive, et c’est vrai que le fait d’avoir mon propre vélo, et ça on l’entend souvent dans la bouche des gens qui ont leur vélo, à Paris, ça m’a changé la vie quoi, il y a vraiment eu un avant et un après, entre la période transport en commun, et même Vélib, parce qu’en fait le Vélib c’est cool, mais on n’a pas la même liberté justement que d’avoir son propre vélo, parce qu’en fait on est toujours rattaché aux bornes, et je pense qu’on se rend peut-être pas forcément compte quand on est utilisateur de Vélib, mais c’est une sacrée contrainte, et surtout quand on a un système qui est relativement dysfonctionnel, et qu’il y a pas mal de vélos qui ne sont pas utilisables, ou parfois il y a des bornes, enfin des stations qui sont complètement HS, et c’est vrai que le fait de pouvoir aller d’un point A à un point B avec son vélo, ça c’est cool quand même.

Olivier : C’est étonnant que tu parles de la campagne, justement j’avais vu une étude qui faisait la distinction entre le vélo à la campagne et le vélo en ville, aujourd’hui il y a plus de vélos en ville qu’à la campagne, c’est plus difficile, les licences sont plus grandes à la campagne, mais historiquement, le vélo est arrivé dans les campagnes, et jusqu’à il y a assez peu, on retrouvait plus de vélos à la campagne qu’en ville, et aujourd’hui la tendance est en train de s’inverser, et donc aujourd’hui on a plus de voitures à la campagne qu’en ville, avec à chaque fois la ville qui est un peu plus peut-être au cœur de l’innovation, et quand je parle d’innovation, c’est pas forcément l’innovation technologique, c’est le… Le progrès social, culturel, peu importe comment on l’appelle, et donc cette mobilité douce, et on peut s’attendre à ce que ça s’étende aussi par la suite, peut-être qu’un jour on aura davantage de pistes cyclables, par exemple, dans les campagnes, etc., et ce qui manque encore un peu aujourd’hui par rapport à la ville. Donc on a un petit peu cette différence, cet écart en fait, d’une époque à l’autre.

Charles MERLIN  : Je pense qu’en fait tu viens de mettre le doigt un petit peu sur le sujet, c’est que… En matière d’usage, le vélo il répond vraiment à une politique de l’offre en matière d’infrastructure, et j’ai l’impression qu’en fait les villes, les autorités des villes, les maires, on va dire, les mairies, ont été beaucoup plus proactives dans l’installation d’infrastructures cyclables qui ont incité les gens à faire du vélo. Et c’est vrai que ça, en campagne, après, c’est vrai que c’est… On est dans un environnement complètement différent, avec, comme tu l’as dit, des distances plus longues et tout, donc c’est plus difficile de se détacher de la voiture. Mais on ne voit pas encore beaucoup, enfin suffisamment, je trouve, d’infrastructures cyclables qui permettraient de faire des trajets courts, moyennement courts, de 10, 15, 20 bornes, qui pourraient se faire, et qu’on voit d’ailleurs se faire dans d’autres pays. Je pense aux Pays-Bas, évidemment, mais dans d’autres aussi, probablement, où il y a des gens qui, voilà, font une demi-heure, une demi-heure, 40 minutes de vélo le matin, le soir, mais comme il y a des gens aujourd’hui qui font 30, 40 minutes de voiture le matin et le soir aussi. Donc, ma foi, sur une piste, quand on a du plat et tout, une piste qui est bien sécurisée, qui est bien en retrait, qui est bien protégée de la voie pour les voitures, je pense qu’en fait, ça mettrait bien le pied à l’étrier pour beaucoup de gens, et qu’ils seraient contents de faire du vélo, surtout que maintenant, on a de plus en plus de vélos, vélos électriques, donc ça, ça facilite aussi beaucoup les choses.

Olivier : Bien sûr. Et faire 30, 40 minutes de vélo en ville, c’est pas choquant. Par contre, à la campagne, tout de suite, c’est tout de suite montagne.

Charles MERLIN  : Mais oui, c’est vrai. Alors qu’en fait, tu vois, à Paris, moi, je connais des gens qui font des trajets assez incroyables de banlieue vers Paris pour venir au travail, mais j’ai notamment, je pense, un ami, il habite à Arcueil, je crois, et donc, c’est vraiment banlieue sud, pour ceux qui connaissent pas, c’est vraiment la banlieue sud, mais c’est, enfin, il y a plusieurs kilomètres, quoi. Donc, je crois que chaque jour, il se fait trois quarts d’heure de vélo, aller et trois quarts d’heure retour.

Olivier : C’est ce que je fais tous les jours pour aller au boulot.

Charles MERLIN : Ben voilà. Et en fait, il a son vélo électrique, voilà, et donc, il arrive pas complètement à chaise, trempé et tout, au taf, et en fait, lui, il aime bien parce que son trajet est plutôt bien équipé en piste, et du coup, pour lui, c’est un peu, j’allais dire, sa petite promenade matinale. Peut-être pas, mais en tout cas, tu sais, c’est un trajet qu’il vit bien. Il vit bien parce qu’il est pas en rush, il est pas au milieu des embouteillages et tout, et lui, c’est son petit trajet du matin, et en fait, il aime ça. Il aime ça.

Olivier : Ouais, non, mais je confirme, c’est pareil pour moi, et pour le coup, c’est vraiment ça que je fais, 45 minutes le matin, 45 minutes le soir, et en fait, j’ai d’autres trajets, qui me permettraient de gagner 5 à 10 minutes, mais que je ne fais pas parce que moins agréable. Et donc, en fait, le fait de prendre un petit chemin dans les bois, tu vois, avec du gravier, en fait, pour moi, ça va être un moment agréable, en fait, un moment de relaxation, à la limite, là où, en fait, je pourrais être sur la parallèle, qui est une piste cyclable, mais à côté des voitures et des embouteillages, et donc, bon, et tu respires aussi en cet air, évidemment, donc voilà, c’est tout de suite, enfin voilà, donc parfois, l’itinéraire le plus direct n’est pas forcément le meilleur, effectivement, et pour toi, enfin, selon toi, en tout cas, le vélo, il est aujourd’hui quand même assez peu valorisé dans l’espace public, encore une fois, on est d’accord, ça dépend d’où est-ce qu’on parle, mais globalement, il est quand même assez peu valorisé en France ou en Belgique, où je me situe, moi, par rapport à d’autres pays, si on regarde les Pays-Bas, si on regarde le Danemark, voilà, et pourtant, ce n’est pas une question de météo, parce qu’il ne pleut pas, il ne pleut pas plus que dans le nord. Donc, ça, ce n’est pas la bonne excuse, potentiellement, on pourrait dire un peu le déniveler, mais bon, et encore, bon, ça dépend vraiment des régions, mais grosso modo, il n’est pas suffisamment valorisé dans l’espace public aujourd’hui, ça, je pense que tout le monde pourrait être d’accord là-dessus, enfin, la grande majorité, en tout cas, de nos auditeurs, je pense, et auditrices, mais donc, malgré les discours, pourquoi est-ce qu’il est si peu valorisé ?

Charles MERLIN : Écoute, je pense qu’il y a plusieurs choses, je dirais qu’il y a déjà des intérêts économiques qui sont super puissants, et je pense que le cœur du sujet, il est là, il se trouve vraiment au niveau des acteurs économiques qui ont intérêt ou pas à voir un switch en termes de mobilité. C’est assez, ça peut sembler assez simpliste et assez manichéen ou machiavélique, mais c’est souvent comme ça que ça se passe, c’est souvent une question d’intérêt. Et aujourd’hui, je pense que tu as tout un conglomérat d’entreprises, d’infrastructures routières, de l’automobile, des énergies fossiles, qui clairement ont une influence sur la manière dont les politiques publiques sont orientées, notamment en matière de mobilité, et je pense que ça, ça a aussi une incidence sur tous les imaginaires qui sont créés, à partir de la publicité, à partir des films aussi, tout ça. Donc, en fait, on est encore vachement dans une culture de la bagnole, un imaginaire de la bagnole en France qui est encore très, très présent. Et d’ailleurs, je crois que c’est Emmanuel Macron qui a dit « Moi, j’aime la bagnole. » Ouais «j’adore la bagnole » c’est ça.  Et du coup, en fait, cette phrase, je trouve qu’elle convoque plein de choses. Je pense que il l’a dite pour rassurer ses intérêts économiques. Il l’a dite pour rassurer cet énorme lobby des automobilistes qui s’appelle 30 millions ou 40 millions d’automobilistes ou 50 millions d’automobilistes, qui est un peu l’association des automobilistes en France, donc qui pèsent très lourd. Et du coup, effectivement, ça réaffirme un modèle de mobilité qui est celui du tout voiture. Alors qu’en fait, je pense que il y a une bonne partie de la population qui aurait à gagner de sortir, de s’extraire de ce modèle. Mais c’est vrai que c’est un modèle qui rapporte moins d’argent, en tout cas à des acteurs qui sont concernés, en tout cas qui sont très impliqués aujourd’hui dans le modèle tout voiture. Et du coup, ils ne sont pas encore prêts à lâcher. Et je pense que parfois, on voit, tu sais, sur les réseaux sociaux, des photos ou des memes qui comparent un peu les rues d’Amsterdam années 70 ou 2000, 2010, comment c’était et tout. Et en fait, ce qu’on a peut-être tendance à oublier, c’est que ça a été très, très tendu en fait à cette époque aux Pays-Bas pour enclencher ce switch-là et que les autorités à l’époque, les gouvernements de l’époque, en fait, ont fait preuve d’un véritable courage politique parce que les vents contraires étaient extrêmement puissants. Mais ils savaient que l’intérêt général réclamait ça. Aujourd’hui, aujourd’hui, France a enclenché un changement qui sort du tout voiture vers plus de vélo. Ça sert l’intérêt général. Mais en revanche, ça dessert des intérêts particuliers qui sont économiques et qui sont puissants. Et aujourd’hui, je crois que le problème, il est là. C’est que les autorités n’ont pas encore eu le courage suffisant ou encore sont trop dépendantes ou sont trop assujetties à ces intérêts lá.

Olivier : à ces intérêts-là. En même temps, c’est quelque chose qui est arrivé aussi dans les années septante, soixante-dix. Je me permets de traduire parce que sait-on jamais. Après les chocs pétroliers, enfin, le premier choc pétrolier de 1953.

Charles MERLIN :  Mais oui, ils ont surfé sur la vague et ils se sont dit, bon, let’s go, quoi. C’est le moment.

Olivier : En fait, est-ce que il y a eu le Covid, potentiellement, ça a été un accélérateur, certainement. Est-ce qu’on va être capable de faire une véritable transition comme l’ont fait les Pays-Bas ou est-ce que c’est plus quelque chose qui se fait de manière un petit peu plus diluée au fil de l’eau ? C’est une question.

Charles MERLIN – VivreMoinsCon : Oui, je pense que de toute façon, cette transition, elle est en train de se faire de manière progressive, comme tu l’as dit, depuis le Covid. Nous, on l’a vu avec mes collègues chez Décat, c’était incroyable la différence de vélo qu’on voyait à l’atelier. La fréquentation a vraiment explosé. Et ça, pour le coup, il faut le saluer, il faut le dire, c’est qu’en France, on a eu, comment ça s’appelait ? C’était pas le bonus vélo ou la prime vélo, un truc comme ça. Et en fait, c’est-à-dire que pendant le Covid, le gouvernement a mis en place une aide de… C’était pas énorme, énorme, mais c’était déjà ça. Je crois que c’était 120 euros, un truc comme ça. Peut-être 80, mais je crois que c’était plus de 120. Et en fait, les gens pouvaient… utiliser cette prime pour remettre à niveau un vieux vélo. Et en France, je sais plus, il y a des chiffres qui ont estimé ça, mais le nombre de vieux vélos qui dorment dans les garages ou dans les greniers ou dans les sous-sols des gens et tout, dans les caves, mais il y en a des dizaines et des dizaines de milliers. Et donc, en fait, il y a plein de gens qui se sont dit « Bon, tiens, c’est vrai, allez, je vais profiter de cette aide. » Et puis, qui ont remis leur vieux vélo en état. Ou alors, un vélo qu’ils utilisaient déjà, mais il fallait changer des pièces et tout. En tout cas, ça pouvait s’appliquer sur un vélo existant, pas pour l’achat d’un vélo neuf. Et il y a pas mal de gens qui se sont mis au vélo grâce à cette aide. Et je pense que c’est une preuve de plus que ça montre que quand les pouvoirs publics incitent financièrement, soit avec des aides comme ça ou soit en mettant de l’argent pour mettre en place des infrastructures, les gens suivent. Mais il faut donner ce petit coup de pouce. Donc, je sais plus quel était le début de ta question, qui m’a amené à ça, mais on a vraiment besoin de ces incitations.

Olivier : Est-ce que finalement, c’est pas aussi une question de génération ? Parce que quand on parle de… Je pense que la mobilité, c’est aussi avant tout une habitude, puisque en général, c’est quelque chose qu’on fait un peu tous les jours. Et donc, les habitudes, elles sont ancrées. Au plus, on est âgé, au plus, les habitudes sont ancrées. Et au plus, c’est difficile, justement, de changer. Au plus, on a une résistance au changement. Est-ce que cette nouvelle génération qui est peut-être un petit peu plus engagée et pour qui c’est beaucoup plus naturel, finalement, de se déplacer à vélo, est-ce que c’est pas elle aussi un peu notre espoir, on va dire ?

Charles MERLIN  : Clairement. Plus le temps passe et plus j’avance dans l’âge, plus je me dis, bon allez, je mise sur l’engagement de la génération qui me suit, des générations qui me suivent. Mais, ouais, je pense que c’est hyper important de parler des jeunes parce que déjà, ça, je l’ai entendu plusieurs fois de personnes de la mairie de Paris, je crois, qui disent qu’on se rendra compte qu’on a un bon réseau cyclable et une ville qui est vraiment cyclable quand les parents n’auront pas peur d’envoyer leurs enfants à l’école en vélo sans les accompagner. C’est-à-dire, ils prennent, voilà, un enfant de 10 ans, 11 ans, prend son vélo et va à l’école, tout seul. Aujourd’hui, moi, je suis pas parent, mais je peux comprendre qu’il y ait des parents qui aient peur. 

Olivier : Ouais, je comprends.

Charles MERLIN  : Bah ouais, et c’est vrai qu’aujourd’hui, on n’en est pas encore là. Et c’est vrai que je pense que c’est bien de se fixer cet idéal, en tout cas, enfin, cet objectif qui n’est pas si idéal que ça parce qu’il y a des villes qui ont réussi à le faire, se dire, pour qu’une ville soit vraiment cyclable, il faut que les enfants puissent faire du vélo tout seuls sans s’être accompagnés. Et là, du coup, tu crées un cercle vertueux parce qu’effectivement, l’âge où on peut vraiment ancrer des habitudes, c’est quand on est gosse. Et du coup, une fois que t’en es arrivé là, t’as gagné, quoi. Si t’as réussi à faire en sorte que les enfants, dès qu’ils sont enfants, font du vélo tout seuls, bah là, ensuite, le truc tourne tout seul et que les générations suivantes auront aussi des enfants qui prendront le vélo tout seuls, etc. Donc, je pense que là, tu commences tu as réussi ton objectif. Ensuite, moi, ce que ça m’évoque, le lien entre jeunesse et vélo, c’est que je pense qu’il y a pas mal de gens c’est peut-être une projection de ma part, je sais pas mais c’est un truc que je vois comme ça, c’est que je pense qu’il y a pas mal de jeunes qui voient aussi le vélo comme un symbole un peu de subversion, c’est-à-dire le vélo porte en lui pas mal de valeurs de décroissance, de anti-voiture, anti-énergie fossile, de liberté, notamment pour les femmes. C’est un outil d’émancipation dans un milieu urbain qui peut être parfois anxiogène et même parfois dangereux, il faut le dire. En fait, je me souviens d’avoir lu, je crois que c’était sur Reporter, un article qui disait que le vélo pour les femmes en ville, c’est un moyen de transport qui est libérateur parce qu’en fait, ça leur permet de naviguer l’espace urbain sans se faire emmerder pour dire les choses. En tout cas, il y a beaucoup moins de chances qu’elles se fassent emmerder pour dire les choses de manière très simple. Et du coup, je pense que ce vélo porte en lui pas mal de valeurs un peu, je veux dire, anti-système avec des gros guillemets et je pense que ça c’est un truc qui séduit aussi.

Olivier : Aujourd’hui, la voiture a été un marqueur de réussite sociale. Et professionnel, d’autant plus. Moi, je suis dans un contexte qui est quand même particulier. En Belgique, il faut savoir que la voiture de société est quelque chose d’hyper normalisé. N’importe qui qui a 22, 23 ans et qui sort de l’UNIF, par exemple, qui va bosser dans une grosse boîte, reçoit systématiquement une voiture de société. Tu peux vivre…

Charles MERLIN  : En France, c’est pas du tout ça.

Olivier : C’est pour ça que je le précise. Je suis dans un contexte qui est quand même très particulier. C’est pour ça que j’insiste sur le fait que c’est aussi un marqueur de réussite professionnel parce qu’en fonction de ton grade, t’as une voiture qui est à chaque fois, évidemment, de plus en plus grande, de plus en plus puissante, etc. En fonction de la voiture dans laquelle tu roules, on te regardera d’une manière ou d’une autre. C’est quelque chose qui est… Encore une fois, tout le monde ne réfléchit pas comme ça, évidemment, mais ça reste quelque chose qui est présent dans certains cercles, en tout cas. Dans quelle mesure est-ce que ça, c’est en train de changer ? Moi, j’ai l’impression que ça commence à changer. En fait, ce qui est cool, ce n’est pas tellement d’avoir la grosse voiture, mais plutôt d’avoir justement récupéré le vélo de papy qui traînait dans le garage et de l’avoir retapé et d’avoir changé 2-3 accessoires dessus et c’est plus la fierté. Regarde, en fait, j’ai réussi à retaper un truc qui ne marchait plus. Mais bon, est-ce que finalement, c’est juste un effet d’une petite bulle parce que c’est peut-être dans ma bulle à moi, dans les gens que je fréquente et voilà, ou est-ce que véritablement, c’est quelque chose qui est en train de se traduire à plus grande échelle ? 

Charles MERLIN  : Écoute, je pense que c’est encore quelque chose qui est super présent mais qui est déterminant et je pense qu’on a tous un rôle à jouer dans le fait de rendre la voiture has-been, et de rendre le vélo plus cool. Et je pense que ça, c’est vraiment un travail, c’est une bataille culturelle à mener et je pense qu’en fait, là, dans ta question, t’as évoqué un élément qui est aussi vraiment hyper important, c’est le statut social. C’est le statut social et pour moi, après, je pense que ça dépend pas mal de la vision du monde de chacun et des trajectoires personnelles, des cheminements, aussi du niveau de politisation aussi. Mais en gros, si tu veux, moi, aujourd’hui, quand je vois quelqu’un au volant d’un SUV, je me dis mais je dis c’est nul, c’est has-been. Je me dis pas, moi, je suis pas impressionné, justement. Moi, je trouve pas ça cool, je trouve pas ça impressionnant. Au contraire, moi, ce que je vois, quand je vois un SUV, c’est ces personnes ont suffisamment d’argent pour s’acheter un SUV et elles veulent le faire savoir. Au-delà de l’aspect pratique, parce que c’est grand, machin, en vrai, on peut avoir des voitures qui sont presque aussi pratiques et presque aussi spacieuses que des SUV sans que ce soit des SUV. Mais je crois que quand on achète un SUV, c’est qu’on veut vraiment faire partie de ce groupe de gens qui ont des SUV. Tu vois ce que je veux dire ? Quand tu as un X7 ou un je sais pas, moi, ou c’est X5 ou Q7 ou… Bon, je sais plus, je connais pas bien les modèles. Mais pour moi, il y a vraiment cette notion de signe extérieur de richesse ou signe extérieur de statut social que l’on veut montrer. Et pour moi, ça, ça montre une faille un peu narcissique. Et c’est là, moi, où je trouve qu’il y a un peu une mise à nu du ridicule de cette attitude-là. Mais après, c’est ma lecture, c’est ma grille d’analyse de la chose.

Olivier : Et parce que, est-ce que, finalement, ça s’est tellement normalisé ? Bon, le SUV, on en parle, mais mettons les pieds dans le plat. Le SUV, il s’est tellement normalisé aujourd’hui, c’est devenu un peu en fait, limite une voiture sur deux, c’est un SUV. Et donc, en fait, est-ce que, fondamentalement, il y a une volonté de montrer sa puissance, sa richesse, peu importe comment tu l’appelles ? Ou est-ce que c’est juste devenu… En fait, c’est normal aujourd’hui, tu as une voiture, en fait, tu as un SUV parce que ton voisin a un SUV, parce que tout le monde a un SUV, et tu ne te poses même pas trop la question. Est-ce que ce n’est pas ça, le danger aussi ? C’est de normaliser le fait d’avoir des aussi grosses voitures, là où le côté, peut-être, celui qui a envie de se montrer un petit peu, il ne prendra peut-être pas un SUV, il prendra une voiture de luxe, tu vois, et il roulera, peut-être, en Porsche, ou en Ferrari, ou en Maserati, tu vois, j’en sais rien. Tu vois, est-ce que, justement, le SUV, qui était peut-être, à l’époque, un symbole de pouvoir, aujourd’hui, ce n’est même plus un symbole de pouvoir, c’est juste devenu un symbole de… C’est la norme, en fait, tout simplement. C’est devenu mainstream, exactement. Et donc, j’ai l’impression qu’au contraire, c’est devenu mainstream, et que c’est peut-être aussi ça, le danger, tu vois. Encore une fois, on est peut-être dans des contextes aussi très différents. Voilà, moi, je suis en région bruxelloise, et je dois dire que, pour revenir à ce que tu disais tout à l’heure, moi, je vais à vélo au bureau, il y a 15 bornes, et je vois le matin, alors pas dans Bruxelles, mais en dehors de Bruxelles, en périphérie, donc en Flandre, je vois des enfants qui vont à vélo à l’école. Et je les croise systématiquement, et je suis avec eux, on partage la même piste cyclable. Et donc, c’est quelque chose qui est… C’est quelque chose qui est présent, mais par contre, c’est vrai que  dès que je rentre en ville, tout de suite, j’en vois beaucoup moins. 

Charles MERLIN : Écoute, c’est une très bonne question, franchement, mais tu me fais douter, maintenant, parce qu’après, je ne sais pas si, effectivement, en Belgique, vous avez déjà atteint ce stade où le SUV, en fait, c’est maintenant devenu un modèle, un type de voiture qui est mainstream, qui est normal. En France, ça reste quand même un marqueur. Ça reste un marqueur de statut social. C’est sûr que ça a explosé, mais de là à dire que c’est devenu le modèle un peu moyen, médian, que monsieur et madame tout le monde aurait, on n’en est pas encore là.

Olivier : J’espère me tromper, mais c’est vrai que c’est un peu l’impression que je peux avoir, qu’en fait, dès que tu es en couple ou en famille, ça devient un petit peu la base. Mais d’ailleurs, tu le regardes dans les catalogues aussi de voitures. Encore une fois, désolé si on s’éloigne un petit peu, le but était de parler de vélo, mais forcément, quand on parle de vélo, il faut qu’on parle aussi un peu de voiture. Et donc, est-ce que finalement, ce SUV, oui, ça devient vraiment la norme.

Charles MERLIN : Je pense que c’est l’objectif des constructeurs, en tout cas.

Olivier : Oui, mais parce que tu n’as pas le choix, en fait. Parce que tu regardes les nouvelles voitures, tu regardes notamment sur la plupart des voitures électriques qui forcément ont besoin… Bon, tu as une batterie qui prend de la place, donc du coup, il faut une plus grande voiture. Ça a joué aussi, forcément, ça a poussé dans ce sens-là. Mais donc, j’ai l’impression que tu regardes les catalogues et effectivement, il y en a de plus en plus. Et moi, je le vois aussi parce que je travaille en tant que consultant en transition écologique. On accompagne des entreprises justement sur des enjeux, climatiques notamment. Et parfois, ils me disent, mais en fait, nous, notre catalogue de voitures de leasing qu’on est obligé de choisir, parce que tous les employés ont une voiture de société. On est en Belgique. Et donc, ils disent, en fait, nous, on doit choisir une voiture de société, même si ça change petit à petit. Ils commencent à avoir des plans un peu plus flexibles quand même, heureusement, avec des budgets mobilité, etc. Mais ils disent, en fait, j’ai pas le choix. Sur 10 voitures, il y en a 9, c’est des SUV.

Charles MERLIN : Oui, là, clairement.

Olivier : Et c’est un petit peu… Donc, c’est aussi… Il y a une côté de la demande, mais c’est aussi driver par l’offre,

Charles MERLIN : en fait. Bien sûr. Étant donné que les constructeurs vendent ça plus cher et font des marges plus importantes sur les SUV, ils ont intérêt effectivement à les pousser et à orienter la sélection. C’est sûr, quand sur 10 voitures, tu as 8 ou 9 SUV, forcément, tu vas te retrouver avec plus de SUV dans la société. Écoute, après, bon, moi, je suis à Paris, donc c’est vrai que j’ai… C’est peut-être une vision biaisée du paysage automobile, du parc automobile français, aujourd’hui. C’est vrai qu’il y a une grosse évolution du nombre de SUV, mais pas au point où ça peut être considéré comme le modèle lambda. Mais c’est vrai que je pense qu’il faut appuyer sur tous les boutons qu’on peut avoir à disposition pour rendre ça moins cool, quoi. Pour moi, il y a un peu… Moi, ça me fait un peu penser… au mec qui se taille et qui se compare en fonction de celui qui aura la plus grosse, quoi. Moi, ça me fait un peu penser à ça, quoi. Donc, je trouve qu’il y a un peu un côté ridicule, mais après, voilà, c’est ma grille de lecture à moi et je pense qu’il y a encore plein, plein de gens dans la population qui regardent ça comme étant un vrai symbole de réussite et qui n’ont pas ces grilles de lecture que moi, j’ai.

Olivier : Tu parlais de bataille culturelle tout à l’heure. C’est quoi le rôle des influenceurs et des médias dans le maintien du modèle voiture ?

Charles MERLIN : Ah ben, il est central, hein. En fait, si tu veux, je pense que les décisions sont beaucoup prises en se basant sur les images qui nous entourent. Parce qu’en fait, voilà, on a une grosse propension au mimétisme pour pas se faire exclure de notre grande famille humaine et, voilà, continuer de se faire inclure par nos pères. Et c’est vrai que… Ben, du coup, quand je parle d’image, et j’ai parlé tout à l’heure d’imaginaire, la pub, les médias, et donc les médias… Enfin, bon, ça, c’est pas vraiment la responsabilité des médias, mais c’est plus l’autorité de régulation des médias qu’on a ici en France, ou l’autorité de régulation de la publicité. Mais ça, il faut qu’il y ait une volonté politique pour appliquer, pour réguler un minimum ce milieu de la publicité pour qu’il y ait moins de… de publicité pour des SUV ou pour des voitures tout court. Et côté… côté médias, donc, quand on parle des contenus organiques et pas de la publicité, et des influenceurs, en fait, le mode de vie que l’on va montrer, et que l’on va montrer comme étant normal, pas nécessairement désirable, même s’il y a une notion de désirabilité qui est importante, mais plus on sera nombreux, en tant que créateurs de contenus et dans les médias, à montrer du vélo, eh ben, mécaniquement, inconsciemment, de plus en plus de Français, de Belges, de gens se mettront au vélo. Ça, mais j’en suis convaincu. Donc, effectivement, notre responsabilité, elle est énorme. Moi, je me montre parfois en vélo, enfin, j’ai fait des collaborations avec la FUB, pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c’est la Fédération des Usagers de Bicyclettes, donc c’est un peu l’association qui représente… c’est un peu le lobby citoyen des cyclistes, comme on a… on a en face le lobby des automobilistes, qui est beaucoup moins puissant, mais du coup, voilà, on a fait une collaboration ensemble il y a quelques mois, c’était pour faire connaître le baromètre vélo, donc pour que les gens puissent un petit peu noter l’environnement cyclable de leur commune, on va dire, puisque nous, on a des élections municipales l’année prochaine, et donc c’est important, en fait, que les maires actuels et les candidats potentiels sachent un petit peu ce qui va, ce qui va pas, pas d’après leurs administrés, on va dire, qui pratiquent le vélo. Mais, ouais, ouais, ouais, grosse responsabilité.

Olivier : Et du coup, après toutes nos discussions, là, ou peut-être que c’était déjà prévu, mais tu as du contenu qui va encore sortir prochainement sur le sujet ? 

Charles MERLIN : Écoute, on a prévu de… enfin, en tout cas, on a évoqué, je veux pas dire de… je veux pas trop m’avancer, mais on a évoqué avec la FUB une autre vidéo sur une autre campagne pour, bah, promouvoir l’utilisation du vélo. Mais là, moi, dans mes contenus à moi, non, parce que, bah, on est juste avant les vacances, et je t’avoue que je vais couper, je vais couper un peu pendant les vacances pour déconnecter et me reposer, quoi. Mais, ouais, ouais, dès que je peux montrer le vélo, je le montre. 

Olivier : En septembre, en tout cas, c’est un peu un des moments phares pour mettre les gens en selle, c’est pas mal. 

Charles MERLIN : Ouais, effectivement.

Olivier : Ok, et bon, c’est vrai que t’as une certaine audience aujourd’hui, est-ce que t’as pas parfois l’impression de prêcher des convaincus ? Et si oui, comment dépasser, justement, ces bulles ? 

Charles MERLIN : Ah bah, écoute, c’est une excellente question. Moi, je suis en plein dedans, là. Si tu veux, je suis en plein dedans, et pas uniquement sur la question du vélo, mais ça concerne, bah, tous les sujets que je traite. Et effectivement, même si je touche quand même pas mal de monde, pour dire les choses rapidement, c’est vrai que les gens qui me suivent sont quand même relativement des gens qui me ressemblent. C’est-à-dire, je dirais, des personnes dans ma tranche d’âge, plutôt blanches, plutôt classe moyenne, voire supérieure. Je dis pas que y’a pas de classe populaire, mais on va dire que la moyenne, c’est plutôt ça. Peut-être déjà un peu politisé, avec un niveau d’éducation, et en fait, la question des bulles de filtre, effectivement, elle se pose, parce que si ce sera toujours utile d’alimenter, on va dire, mes abonnés qui me ressemblent en point de vue, en information, en actu, en vulgarisation, ça, bien sûr, ça, ce sera toujours nécessaire. Mais à un moment donné, je devrais effectivement dépasser mes bulles de filtre et toucher d’autres publics. Et donc, ça, cette question, j’ai commencé à me la poser il y a environ six mois. Et ce que je me suis dit, c’est que aujourd’hui, pourquoi y’a pas de personnes différentes de moi qui me suivent, qui sont pas si différentes de moi qui me suivent, c’est parce que mon format de contenu, il est pas suffisamment accrocheur. Ou c’est-à-dire que ça ne correspond pas au format qui intéresse ces autres publics. Moi, quand je fais une vidéo, j’ai plutôt une approche journalistique. C’est-à-dire que je me filme avec mon téléphone, j’ai plutôt un ton journalistique, je mets des images d’illustration qui font un peu penser à un reportage d’un journal, d’un JT et tout. Et du coup, c’est vrai que pour des publics plus jeunes, peut-être plus éloignés de la politique, ça peut sembler assez chiant, assez ennuyeux. Et du coup, moi, mon processus de réflexion, c’est de me dire « Ok, il faut que je développe une deuxième approche dans ma création de contenu qui est moins journalistique et qui s’appuie davantage sur le divertissement et qui consisterait à adopter davantage de codes et davantage d’esthétiques du divertissement. » Et en fait, j’ai fait le test avec une vidéo pour parler de l’injustice fiscale et des inégalités de richesse et en quoi aujourd’hui, en France, on a des ultra-riches, c’est-à-dire des milliardaires, qui payent moins d’impôts sur le revenu que les classes moyennes et les classes populaires. Enfin, il y a vraiment des travaux d’économistes qui montrent ça, quoi. Les grandes fortunes réussissent à échapper à l’impôt, à travers des mécanismes d’optimisation fiscale. Donc, évidemment, c’est pas juste. Bref. Mais c’est un sujet quand même qui est assez technique, qui est un peu chiant, la fiscalité, voilà. Et si tu veux, moi, pour faire cette vidéo, j’ai fait une parodie de MrBeast. Alors, je sais pas si même toi, tu connais ou pas. Je sais qu’il y a plein de gens qui connaissent pas, mais c’est MrBeast, c’est le premier YouTuber du monde. C’est le plus gros YouTuber du monde, voilà. Et je vous invite quand même à aller sur sa page, parce que je pense que c’est assez informatif sur un peu ce que consomment les jeunes en termes de contenu vidéo, notamment sur YouTube, mais partout aussi, quoi. Donc, ça s’écrit un peu comme ça se prononce, MrMR, et plus loin, Beast, B-E-A-S-T. Et en fait, MrBeast, si tu veux, c’est du divertissement à l’américaine et à la sauce capitaliste plus plus, quoi. C’est-à-dire, il met des gens en compétition les uns contre les autres pour gagner de l’argent. Donc, en termes de valeur et tout, c’est vraiment pas ouf, mais d’un point de vue image, d’un point de vue spectacle, d’un point de vue production, c’est incroyable. Et c’est pour ça que ça marche. Et du coup, moi, j’ai parodié une vidéo de MrBeast pour parler des inégalités de richesse et de l’injustice fiscale, et la vidéo, elle a cartonné. Elle a fait… 2,5 millions de vues sur TikTok et plus de 4,5 millions sur Instagram. Et là, moi, j’ai vu dans les commentaires que je touchais des publics complètement différents. Mais j’ai réussi à les toucher parce que j’ai utilisé un format qui leur parle. Et ça, c’est vraiment fondamental. C’est-à-dire que si nous, on va dire, je dis nous, les gens écolos, progressistes, on n’arrive pas à prendre conscience de ça, et dans notre ligne éditoriale, et dans notre création, on n’arrive pas à s’adresser à ces publics, finalement, on n’arrivera jamais à percer le mur du son. On n’arrivera jamais à sortir de nos cercles. Et je pense que si, effectivement, on veut avoir un vrai impact qui se traduise en termes de politique publique, du coup, ça veut dire qu’il faut penser de manière électorale aussi, en fait, on ne peut pas attendre des politiques qui sont au pouvoir, qui mènent des politiques publiques plus progressistes, s’il n’y a pas un poids électoral progressiste qui est plus important. C’est mathématique. Mais ça, pour le coup, en amont, il faut qu’en matière de bataille culturelle, donc les créateurs de contenu, les médias, les associations, la société civile, il faut qu’on mène, il faut qu’on arrive à mener ce combat. Et aujourd’hui, l’extrême droite, elle, elle a compris, ça. Elle a compris ça, on l’a vu avec Trump, qui a fait un tour de podcasteur, tu vois. En fait, il a su adopter ou s’insérer dans des canaux qui touchaient ces gens-là. Et nous, on n’a pas encore… Enfin, je pense qu’on est en train… Il y a un processus de conscientisation qui est en train de se faire, mais ils ont une longueur d’avance sur nous. Donc… Et je parle d’extrême droite, je parle aussi des énergies fossiles, parce que tout ça est lié, quoi. Mais, ouais, ça, c’est un enjeu très, très important.

Olivier : Ça me fait penser à un des slogans, d’ailleurs, de Bleen, le cabinet de conseil que j’ai cofondé il y a quelques années. C’est « make the transition sexy ». Et en fait, ouais, il faut le rendre cool. La transition écologique, il faut qu’elle soit cool. Le vélo, il faut que ce soit cool. Il ne faut pas que les gens se disent « en fait, c’est une contrainte, le vélo, parce que c’est fatigant, parce qu’il pleut, parce que machin ». Mais non, en fait, c’est pas ça. Le vélo, c’est cool. Vous allez être bien, ça va être chouette. Et puis, en fait, c’est mettre en avant tous les aspects positifs, parce que finalement, être en bonne santé, avoir une meilleure condition physique, avoir une meilleure qualité de peau, avoir plus de muscles, être plus résistant, enfin, finalement, tout ça, c’est quand même des choses qui sont plutôt… La plupart des gens ont envie de ça. En fait, le vélo vous le permet, donc essayez.

Charles MERLIN : Ouais, mais complètement. Complètement. Je pense qu’en fait, tous les arguments rationnels, on les a, et donc il faut continuer à les mettre en avant, on est d’accord, mais maintenant, il faut la deuxième pièce du puzzle… 

Olivier :  Bien sûr. C’est le cerveau droit et le cerveau gauche.

Charles MERLIN : Exactement. Donc, la deuxième pièce du puzzle qui travaille davantage les affects, et qui vient… On doit l’imbriquer dans la première pièce où on a nos arguments rationnels. Et du coup, ça, je pense que c’est le travail qui doit nous mobiliser.

Olivier : Tout à fait. C’est un beau mot de la fin. Je ne veux pas te mettre en retard, parce que je sais que tu as un rendez-vous. Si tu avais une baguette magique, et 30 secondes, même pas 10 secondes à la télé pour… à l’heure de grande écoute, s’il y avait quelque chose que tu devais dire pour faire changer un truc, ce serait quoi ?

Charles MERLIN : Si je devais dire quelque chose à la télé, par exemple, diffuser un message ?

Olivier : Là, maintenant, on est au JT, là, aux 20h.

Charles MERLIN : Ah, waouh ! C’est une bonne question.

Olivier : Je n’avais pas envoyé des questions à l’avance, donc c’est de l’impro totale.

Charles MERLIN : Ouais, mais c’est très bien comme ça. Moi, je préfère qu’on se spontanait. Écoute, ça demande un gros travail de hiérarchisation, parce que si j’ai un message à faire passer, je pense que, en fait, si tu veux, c’est un petit peu l’esprit et la raison d’être de Vivre moins con, c’est de déconstruire les croyances et les mythes qui sont souvent entretenus et qui sont souvent alimentés par, encore une fois, des intérêts qui ont intérêt à faire en sorte qu’ils persistent. Et du coup, ouais, moi, je prendrais peut-être, allez, deux minutes, si tu m’accordes deux minutes à la télé, pour revenir sur des grandes croyances comme ça, sur par exemple l’écologie,

le réchauffement. La semaine dernière, moi, j’étais, ou il y a deux semaines, j’étais à un séminaire où on était plusieurs créateurs de contenu, d’ailleurs. C’est le collectif « On est prêt » qui a organisé ça avec des créateurs et des créatrices de contenu engagés et d’autres moins engagés. Et donc, on a eu une présentation d’une glaciologue qui s’appelle, Heidi Sévestre. Vous pouvez la retrouver sur Insta, notamment. Et en fait, elle nous a fait une présentation qui nous a tous un peu mis une claque, quoi. Non seulement parce qu’elle nous a fait un peu l’état des lieux qui fait peur et tout, mais en fait, si tu veux, elle revient sur l’argument « Le climat a toujours changé », qui est un des arguments des climato-sceptiques. Oui, mais de toute façon, le climat a toujours changé. Et effectivement, elle te montre sur une frise chronologique que d’aujourd’hui, à moins 800 000 ans, en arrière, tu vois, la courbe, elle fait ça. Donc, effectivement, t’as des évolutions au bas, au bas dans les températures. Et quand on arrive… Donc, au début, elle nous dit « Oui, oui, ils ont raison, ça a toujours changé ». Mais quand on arrive à 1950 et là, 2025, t’as un pic des émissions de CO2 qui est énorme. Et pardon, la courbe, c’était la… C’est les émissions de CO2 depuis 800 000 ans. C’était… Oui, c’est ça. C’était pas la courbe des températures, c’était la courbe des émissions de CO2. Merci. Et en fait, tu vois l’explosion d’émissions de CO2 à partir de la révolution industrielle qui dépasse toutes les hausses, mais en x2 ou x3 de toutes les évolutions qu’on voit sur la courbe depuis 800 000 ans. Et là, c’est là qu’on dit, en fait, mais on peut pas utiliser cet argument, ça a toujours changé, quoi. C’est pas possible. Donc, voilà. En gros, si tu veux, ce serait… Ouais, je reviendrai sur des croyances comme ça, quoi.

Olivier : Eh bien, écoute, merci.

Charles MERLIN : Merci à toi, Charles. Merci à toi, Olivier.

Olivier : Mais si vous voulez le retrouver, c’est vivre moins con sur tous les réseaux, YouTube, Instagram, TikTok, Facebook, LinkedI. Voilà. Et nous, on se retrouve du coup prochainement pour un nouvel épisode. Et d’ici là, je vous souhaite déjà un très bel été. Salut à tous.

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