Adrien Guilmin, bikepacker et coureur d’ultra-endurance, raconte son passage du vélotaf quotidien aux courses les plus exigeantes.
Au programme : gestion de l’entraînement (zones, renfo, intervalles), préparation matérielle, stratégie nutrition et sommeil.
Adrien partage aussi ses galères mécaniques, ses micro-victoires mentales et les enseignements qu’il tire de l’ultra.
Un épisode riche en conseils concrets pour celles et ceux qui veulent repousser leurs limites à vélo.
De quoi nourrir l’envie d’aller plus loin, plus longtemps – et mieux préparé.
Voici la vidéo qui a inspiré les aventures d’Adrien !
https://youtu.be/UVwjQ_l38LY?si=McZpPuDwLUQtMoya
🔗 Retrouve Adrien Guilmin et son univers :
– Linkedin : https://www.linkedin.com/in/adrien-guilmin-6b3251a7
– Instagram : https://www.instagram.com/adrienglmn
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À très bientôt sur le prochain épisode ! 🌱
Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !
« Il y a deux axes à prendre en considération, c’est que les distances sont plus grandes, les aménagements sont moins efficaces et donc il y a moins de commuting. »
« Je pense qu’il y a moyen d’améliorer certains trucs pour que cette expérience soit quand même beaucoup plus agréable et un peu moins agressive. »
« Ce qui te fait combien de kilomètres ? C’était 400 quelques kilomètres. »
« Le titane est aussi beaucoup plus solide, et c’est un vélo que je prends pour des courses où il y a moins de risque de casse. »
« Il n’y a pas de meilleur moyen de déplacement en ville qu’un vélo. »
« Chaque kilomètre que je fais avec ce gros vélo hollandais qui pèse 20 kilos, c’est bon pour l’entraînement mental. »
« Travailler l’endurance de base, renforcer tout ce qui est tendons, et repartir sur le cœur pour un effort intense. »
« Il faut se dire, tout passe, le moment le plus badant ou le plus négatif n’est que momentané. »
« Toujours avoir un casque, lumière, GPS, et un tracker satellite en cas de pépin. »
« Tout vient à point à qui sait attendre. »
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Ce podcast animé par Olivier De Schutter est proposé par https://bleen.be, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.
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Olivier : Bonjour tout le monde et bienvenue pour un nouvel épisode de Vélotaf. Aujourd’hui, on va profiter des vacances estivales pour sortir un petit peu du cadre du Vélotaf pur et dur. Et parler d’aventure et de voyage à vélo, bien évidemment. Et pour ça, j’ai le plaisir d’accueillir un adepte de la discipline. Je vous présente Adrien GUILMIN. Salut Adrien, comment vas-tu ?
Adrien GUILMIN : Bonjour, ça va très très bien.
Olivier : Génial. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots qui es-tu, à la fois comme cycliste du quotidien et puis aventurier aussi à vélo ?
Adrien GUILMIN : Alors, comme Olivier l’a dit, je m’appelle Adrien. J’ai 34 ans. Je fais du vélo depuis, j’ai envie de dire, depuis presque toujours. J’ai grandi en fait à Marche- en-Famenne, donc le terrain s’y prêtait bien. Après la campagne, c’est quand même un environnement assez propice à ce genre de sport en extérieur. Et le vélo est rentré dans ma vie d’abord pour le côté sportif, mais aussi parce que je suis quelqu’un qui a un peu de trouble de la concentration. J’ai beaucoup d’énergie à revendre et depuis que je suis petit, en fait, c’est vraiment un médium pour canaliser cette énergie, pour me dépenser. Et ça m’a pas mal aidé tout au long de ma scolarité. Et puis, au fur et à mesure que les années sont passées et que j’ai accumulé les kilomètres, je suis passé de cycliste plutôt opportuniste, justement, comme je disais, pour canaliser cette énergie, pour pouvoir me concentrer. Typiquement, pendant mes études à l’université, je faisais du vélo quand c’était un peu compliqué pendant les blocus pour après pouvoir remettre mon cerveau sur mes cours et sur mon étude. Et donc, je suis passé de ce type de pratique à une pratique beaucoup plus sportive quand j’ai commencé à travailler, à savoir que ma première expérience professionnelle, c’était chez Decathlon et donc, par définition, je suis passé sur quelque chose de plus performance. Et puis, les années faisant, j’ai en fait, ça s’est mis un peu naturellement, mais j’ai commencé à augmenter les distances, à aller de plus en plus loin, à rouler de plus en plus longtemps. Et aujourd’hui, la pratique du vélo, donc je fais du commuting, évidemment, j’habite à Bruxelles, donc c’est quand même le moyen de locomotion le plus pratique et qui a le plus de sens, en tout cas à mes yeux, pour se déplacer en ville. Mais ma passion première, c’est l’aventure à vélo, donc bikepacking et par extension aussi, je fais des courses de bikepacking ou des courses d’ultra-endurance. On y reviendra, mais voilà, grosso modo, ça vous donne déjà un peu, ça te donne déjà un peu le tableau de qui je suis et de ma relation au vélo.
Olivier : Je rebondis un petit peu sur un épisode précédent qu’on avait enregistré avec Charles Merlin de la chaîne Vivre Moins Con, où on parlait justement de cette différence entre campagne et ville, parce que tu disais que tu as grandi dans la campagne belge.Ce qu’on disait justement, dans cet épisode, c’est que le vélo-taf, aujourd’hui, il est beaucoup plus présent dans les milieux urbains que ruraux. Par contre, quand on parle de vélo loisir, il y en a plus dans les milieux, justement, ruraux, en tout cas en dehors des villes. Au plus, on quitte les villes, au plus, on va trouver des cyclistes qui font ça pour le hobby ou pas spécialement ?
Adrien GUILMIN : Je pense qu’il y a deux axes à prendre en considération, c’est que, par définition, Bruxelles, ici, c’est une grande ville, donc des gens qui font à la fois du commuting et qui ont aussi un vélo ou qui ont parfois plusieurs vélos et qui vont faire du vélo pour la performance ou pour le sport, il y en a quand même une certaine masse. À mettre en comparaison avec, j’ai envie de dire, la campagne, ou en tout cas le milieu plus rural, c’est que les distances sont plus grandes, les aménagements, typiquement les aménagements routiers, en tout cas les infrastructures, sont moins efficaces et donc il y a moins de commuting. Il y a plus de gens qui font du vélo, typiquement en soirée, ou plutôt le week-end, en groupe ou solo, mais voilà, dans une dynamique d’exercice et de bouger. Donc oui, il y a un peu à boire et à manger, je pense que, du coup, ici, en ville, c’est un peu une situation unique, en tout cas à Bruxelles, aussi parce que Bruxelles est assez plate, donc c’est beaucoup plus simple de se déplacer en vélo, électrique ou non, intra-muros. Je pense, par exemple, à Liège, qui est une ville où il y a beaucoup plus de dénivelé. Je pense que le commuting a plus de mal à décoller parce que si on habite sur les hauteurs de Liège et qu’on doit descendre dans le centre, alors descendre, il n’y a pas de souci, en général, par contre, remonter, ça devient parfois un peu plus complexe, surtout si on a les enfants, des courses, etc. Donc c’est toujours un peu à prendre avec des pincettes. Est-ce qu’il y a une réelle différence entre la ville, il y a plus de gens qui font du vélo pour se déplacer à l’intérieur et faire du commuting ou simplement faire des courses, récupérer les enfants, les activités, etc. Et est-ce que la campagne, c’est plutôt que du vélo passion ? Je crois que c’est plus nuancé que ça. Mais voilà, c’est deux pratiques qui évoluent assez rapidement, surtout sur les dernières années, depuis le Covid. Et je pense qu’il faut encore attendre quelques années pour voir comment est-ce que les mentalités évoluent. Et puis un peu aussi, comment est-ce que les vélos vont évoluer pour permettre potentiellement à des gens qui habitent à la campagne de faire de plus grandes distances ou alors aussi la dynamique des pouvoirs publics et de l’aménagement des infrastructures pour que les vélos se sentent en sécurité. Partout et pas uniquement en ville.
Olivier : Je reviens à toi du coup, tu parlais de voyage à vélo, c’était quoi toi ton premier grand voyage à vélo ? Comment est-ce que tu as basculé justement dans cette nouvelle discipline du bikepacking ?
Adrien GUILMIN : Le premier vrai ou grand voyage à vélo, enfin en tout cas la première vraie expérience où je me suis dit allez, je vais me challenger. J’en rigole parce que c’était pendant le Covid. En fait, j’ai trouvé une vidéo sur YouTube. Qui était le compte rendu de la Silk Road Mountain Race. Donc une espèce de vidéo d’une demi-heure qui retraçait une course au Kyrgyzstan. Une course de 1800 km assez engagée. Et cette vidéo m’a vraiment inspiré. Et alors, j’en rigole parce que j’avais acheté un vélo de cyclocross pendant le Covid. Qui était un peu à la naissance du vélo de gravel. Donc pour ceux qui ne connaissent peut-être pas, un vélo de gravel c’est comme un vélo de route. Grosso modo. C’est comme un vélo de route avec des pneus un peu plus larges. Une position un peu moins agressive qui permet justement de faire le gap entre un vélo de route Macadam et un VTT qui est vraiment beaucoup plus engagé. Et donc j’avais acheté un cyclocross qui était la naissance du gravel on va dire. Ou en tout cas à moitié adapté. Et je me suis dit je vais me challenger. C’est le Covid. On ne peut pas trop sortir de chez nous. Mais peu importe. Je vais faire une trace. Je vais partir un jour à 8 heures du matin. Et je vais rouler pendant 24 heures. Et je vais revenir le lendemain à 8 heures du matin. C’était l’hécatombe. Je n’avais pas prévu assez d’eau. Je n’avais pas de GPS de vélo avec une batterie assez longue. J’avais dû faire du bricolage. J’avais dormi en France du côté de Givet sur le porche d’une église. J’avais eu super froid. J’étais revenu le lendemain. J’étais vraiment cassé en deux. Et au final ce n’était pas hyper positif. Mais après 2, 3, 4, 5 jours de récupération. Je me suis dit ok. Il y a moyen d’améliorer certains trucs. Pour que justement. Cette expérience moyennement fun. Soit quand même beaucoup plus agréable. Un peu moins agressive. Etc. Donc ça c’était vraiment la première vraie expérience de voyage à vélo de bikepacking. Donc j’étais parti de Bruxelles. J’avais été vers Liège. Et puis j’étais repassé du coup à Marche-en-Famenne. Là où j’ai grandi. De là j’étais allé à Libramont. Et puis j’avais rejoint Givet. Et de Givet j’avais fait tout ce qui est le Namurois de retour. Donc Namurois, le Brabant Wallon et de retour à Bruxelles. Ce qui te fait combien de kilomètres ? C’était 400 quelque chose kilomètres. Ouais franchement c’était une aventure. Et puis plus tard. Je me suis en fait inscrit. Pour l’édition suivante de la Silk Road Mountain Race. Et ça, ça a été ma vraie première expérience en bikepacking. Donc c’est une course mais voilà. Toute course peut être prise beaucoup plus à la légère. Et peut être considérée comme une aventure à vélo. Et ça c’était l’été d’après. Donc à la sortie du Covid. Et ça c’était mon premier vrai grand voyage à vélo. Où il y avait toute une logistique derrière. Toute une réflexion en terme d’équipement. De stratégie de nutrition, de vélo et etc. Donc ça a commencé par là.
Olivier : On va revenir un petit peu sur tout ça. Aujourd’hui toi ton vélo à quoi il ressemble du coup ? Parce que tu parlais d’un vélo cyclocross. Tu parles de vélo de gravel, de VTT. Tu roules sur quoi ? Est-ce que c’est le même vélo que tu utilises pour le vélotaf et pour l’ultra ?
Adrien GUILMIN : Non, ce n’est pas mon vélo, c’est mes vélos, parce qu’évidemment j’ai plusieurs vélos. Donc je vais peut-être faire la liste rapidement.
J’ai un vélo type Oma Fiets, comme on dit en hollandais, donc un vélo typiquement 3 vitesses, comme on voit en Hollande, pour la ville, avec un panier, un porte-bagages, etc. J’ai un vieux vélo Peugeot, quand je vais boire des verres avec des copains, et au moins, si on me le vole… bon, bah j’aurai perdu 50 euros, parce que ce vélo ne m’a pas coûté cher. Et puis alors, dans les vélos plutôt sport et performance, j’ai un vélo de route, j’ai un gravel et j’ai deux VTT. En fonction des événements, de l’humeur et du terrain, je sais quel vélo choisir. Un vélo de route, c’est très simple : c’est quand c’est du macadam et qu’il faut rouler vite. Un gravel, c’est in between. Typiquement, j’étais là il y a deux semaines, dans le Pays Basque, faire une course en Espagne : là, c’était une course gravel, et l’organisation le stipule clairement au moment de l’inscription. Et puis j’ai aussi deux VTT : un en carbone – je vous passe tous les détails de l’utilisation de ce vélo, mais c’est plutôt typé performance – et un autre, qui est mon vélo de bikepacking, un VTT en titane que j’ai fait faire sur mesure. Parce que je suis quand même assez grand, je fais 1m96, et je voulais m’assurer d’avoir un vélo qui était vraiment tip-top, à la bonne géométrie et qui me convenait bien. Parce que, quand on est 18, 20 heures sur le vélo par jour, pendant plusieurs jours d’affilée, on veut absolument éviter tout ce qui est surpression au niveau des poignées, des mains, mauvaise position de la nuque, etc. Donc voilà, il y a toute une série de points à prendre en compte.
Olivier : Tu parles de vélo en titane versus carbone. Quel est l’avantage ? Ou l’inconvénient ?
Adrien GUILMIN : Il y a différents points de vue, moi je vais donner le mien. Si tu demandes à d’autres experts, ils diront peut-être d’autres sons de cloche. Mais ce qui est assez factuel, c’est que le carbone est beaucoup plus léger, beaucoup plus rigide et filtre mieux les vibrations. Le titane est un peu plus lourd, un peu moins rigide et filtre mieux les chocs, donc il est plus flexible. Le titane est aussi beaucoup plus solide, et c’est un vélo que je prends. Le titane, ça convient bien pour justement des courses où tu te dis : « Bon, si je prends un mauvais caillou dans une descente, à vive allure, le caillou ne va pas casser la fibre de carbone. » Donc il y a moins de risque, vraiment, de casse à proprement parler sur un cadre en titane. Et puis, on peut aussi beaucoup plus le charger. Parce que, par définition, un vélo en carbone, c’est axé performance. En moyenne, un vélo carbone – donc le vélo plus le rider plus tout l’équipement – ça monte jusque 100, 110 kilos de charge utile. Mon vélo titane, je peux monter jusque 130 kilos. J’en fais 83, 84, plus l’équipement, ça laisse toujours un peu une marge. Et donc, on n’arrive pas vraiment à la limite que peut supporter le vélo. C’est aussi une paix d’esprit de se dire : « Ok, je pars et je n’ai pas mis le vélo vraiment à la limite de ce qu’il peut supporter. »Voilà, c’est un peu les différences : carbone, titane. Et puis aussi aluminium… et ça, c’est un peu passé. Et l’acier, bon voilà, steel is real comme disent les fervents défenseurs de l’acier. L’acier, l’aluminium et le titane, c’est plus ou moins la même chose, mais l’acier est quand même plus lourd de manière générale.
Olivier : Et le grand avantage. C’est qu’on peut souder. Que ce soit. De l’acier. De l’aluminium. Du titane aussi. Je pense. Ouais.
Adrien GUILMIN : Alors, l’acier, ça peut se souder. Le problème du titane, c’est qu’il faut faire un vide d’air dans les tubes. Donc il faut quand même des techniques et du matériel assez pointu. Donc, en voyage, vraiment, s’il y a un gros problème sur un cadre en titane, ça risque d’être compliqué. Surtout si c’est dans des pays un peu… voilà, où il y a moins d’options. Mais, de manière générale, c’est quand même rare d’avoir un vélo acier ou titane avec des soudures qui pètent, ou des tubes qui s’ouvrent en deux.
Olivier : Parce qu’on parle effectivement de soudures : tu vas dans n’importe quel garage, dans un coin un petit peu paumé ou quoi, on pourra plus ou moins réparer ton cadre. Là où, effectivement, un cadre en carbone… bon, là ça devient assez complexe. Même dans des grandes villes, c’est parfois compliqué de trouver les bonnes personnes pour réparer un cadre. Le vélotaf, du coup, est-ce qu’il t’apporte quelque chose, toi, dans ta pratique de l’ultra ? Ça te permet de faire un peu de volume ?
Adrien GUILMIN : Ouais, parce que ce que je me dis souvent, quand j’ai pas envie de rouler en vélotaf, ou quand il fait pas beau en hiver, en Belgique, c’est que chaque kilomètre que je fais avec ce gros vélo hollandais, qui pèse 20 kilos, qui est un peu lourd, de toute façon c’est bon. Il fait pas beau, il pleut, c’est pas grave, ça m’endurcit. Ce vélo est lourd ? Pas de souci, ça me fait les jambes. Voilà. Chaque kilomètre parcouru est un kilomètre… je vais pas dire d’entraînement pur et dur, mais il faut voir l’entraînement sous différents aspects. Il y a l’aspect physique : faire des intervalles sur home trainer, ou aller faire des cours de spinning dans un club de sport. Et puis, il y a aussi le fait de mentalement se dire : « Il pleut, il fait froid, on est en décembre. » Ou parfois : « Ben oui, il pleut, il y a un orage, ou il fait froid, ou il y a de la neige », et il faut quand même avancer. Parce qu’on ne peut pas rester sur place dans ces courses ou dans ces voyages en bikepacking, de manière générale. Le but, c’est quand même d’avancer. Et donc voilà : chaque kilomètre est un kilomètre de pris, et ça vient s’accumuler. C’est un peu un mindset à avoir. Et puis il faut aussi être réaliste : j’habite à Bruxelles depuis 10 ans, je fais du vélo, et pile au moment où on est sur son vélo… parfois il pleut, c’est une petite pluie. Parfois il a plu, et donc ce sont plutôt des éclaboussures qui viennent d’en bas et qui mouillent les pieds. Mais j’ai quand même rarement eu la drache nationale pile au moment où je sors de chez moi. Ça m’est arrivé, mais ce n’est pas tous les jours. Et même en hiver, une fois qu’on est bien équipé – pantalon anti-pluie, un bon parka, une paire de gants – en fait, ça passe. Et puis, Bruxelles n’est pas grand. En moyenne, un déplacement à Bruxelles, je dirais… c’est quoi ? 10, 15, peut-être 20 minutes pour les plus longs, en tout cas pour la majorité des commuteurs et des gens qui font du vélo à Bruxelles. Je veux dire, on n’est pas à Paris, où, quand il faut traverser la ville, c’est vachement plus long. Donc voilà, ça, c’est un peu mon point de vue.
Olivier : Pour nos amis français qui nous écoutent, la drache, c’est une pluie très intense. C’est un concept très belge. Voilà, on vous invite à venir expérimenter par vous-même, quand vous voulez. Donc, le vélotaf, ça t’apporte pour l’ultra. Mais, de ce que je comprends, l’ultra, ça t’apporte aussi pour le vélotaf finalement, puisque ça te donne justement cette mentalité de guerrier qui affronte tout, tout type de météo. Et donc, ça te motive aussi, finalement, à prendre le vélo plus qu’à prendre le bus, bosser depuis la maison ou même prendre la voiture.
Adrien GUILMIN :Oui, non, c’est simple. Mais le tram, le métro, le bus… en fait, j’habite à Bruxelles depuis 10 ans : si tu me dis le tram 78 ou le bus machin, je ne sais pas d’où il vient, je ne sais pas où il va. Je ne connais rien du tout aux transports en commun. Parce qu’en fait, il n’y a pas de meilleur moyen de déplacement en ville qu’un vélo. C’est mon point de vue personnel, et je le défends ici. Le vélo, on va plus vite qu’une voiture. On est toujours le premier au feu rouge. On se gare où on veut, plus ou moins. On peut prendre les sens interdits, puisque les sens interdits sont généralement interdits… excepté au vélo. Voilà. Je dis généralement, « excepté vélo ». À tous les feux rouges, on a le tourne-à-droite qui est OK. Le vélo, on est actif, on respire, on fait de l’exercice. Enfin, donne-moi une liste d’avantages aussi longue quand on utilise sa voiture… moi je n’en vois pas. Enfin oui : on est au sec, on est assis, on est passifs, on peut écouter la radio quand il pleut. Mais le poids des avantages de la voiture n’est pas assez lourd par rapport aux avantages du vélo pour que je me dise : « Ah bah pas de souci, je vais reprendre ma voiture pour faire les deux kilomètres qui me séparent de mon domicile ou de la salle de sport à laquelle je vais après le boulot. » Donc, une voiture, c’est bien pour faire ses courses, aller au Colruyt quand on doit acheter de la lessive et des trucs qui sont lourds et volumineux. Mais encore… il y a des vélos cargos qui existent.
Olivier : Pour revenir à ton entraînement justement… parce que, bon, quand on fait des distances aussi importantes, il faut s’entraîner un minimum. Donc bon, il y a les trajets du quotidien, c’est une première chose. Mais il faut bien parvenir à caser d’autres entraînements aussi. Tu as un boulot à temps plein, voire même peut-être un petit peu plus — on pourra y revenir peut-être dans un autre épisode puisque c’est aussi en lien avec le vélo. Mais voilà, toujours est-il qu’il faut que tu trouves du temps pour t’entraîner. Lorsque tu t’entraînes le week-end, comment ça se passe ? Comment tu gères ? Ça équivaut à combien d’heures d’entraînement par semaine ?
Adrien GUILMIN Les semaines plus calmes, c’est-à-dire en hiver, je suis plutôt à dix heures. Et puis en été, je peux monter jusque quinze. Et puis, les grosses semaines : vingt heures. J’ai quand même réalisé au cours des années certaines choses, certaines erreurs que je faisais dans mes entraînements. Aujourd’hui, je fais sans doute encore d’autres erreurs, mais j’ai pas mal évolué. Donc, disons, il y a 3-4 ans, je prêchais de rouler un maximum de kilomètres en zone 1, zone 2. Parce qu’en bikepacking, ou en course de bikepacking, il faut évidemment un bon cardio, une endurance de base assez solide. Et donc je me disais : « Je fais des kilomètres, des kilomètres, des kilomètres, et ça me suffit. »
Olivier : Quand on parle de zone 1, zone 2, ce sont les zones d’intensité. Alors, on s’entraîne en fonction de la fréquence cardiaque, ou en fonction de la puissance générée — auquel cas il faut un capteur de puissance. Ce sont en fait les zones les plus basses en intensité. Donc ça veut dire que c’est un rythme de balade : on peut tout à fait avoir une conversation, on est très tranquille, on ne fait pas monter le cœur ou quoi que ce soit.
Adrien GUILMIN : Zone 1, c’est quand on est bêtement réveillé, enfin tout au long de la journée, le commun des mortels est en zone 1, zone 2, bon bah c’est quand on marche typiquement, et puis zone 3, 4, 5, c’est courir, courir vite et puis sprinter, on va dire ça comme ça, si on doit le comparer à la course à pied ou à la marche. Donc ouais, je faisais beaucoup beaucoup d’heures assez en zone 1, zone 2, donc assez cool, et puis depuis 2 ans, je suis… Je suis suivi par une kiné qui est hyper compétente et qui me disait, Adrien, ce serait pas mal de faire un peu de renforcement musculaire parce que je me plaignais d’avoir des petites douleurs au genou, des petites douleurs à la nuque, et elle me disait, une chose que j’ai vraiment retenue là-dedans, c’est tes muscles ont grandi assez vite, donc t’es devenu plus puissant, plus fort par rapport à tes articulations. Et donc c’est un peu, il faut avoir l’image par exemple d’avoir une paire de jambes avec des muscles super développés, mais des tendons, des ligaments qui ne sont pas en fait… Aussi développés que les muscles, et donc ils sont vraiment en train de… Pas de s’user, mais ils ont du mal à soutenir en fait la structure musculaire. Et le renforcement musculaire, la mobilité, les exercices comme ça hyper spécifiques aident pas mal, et donc ça fait 2 ans que 2 à 3 fois par semaine, je suis à un programme que la kiné m’a construit, et on se voit une fois toutes les 6 semaines grosso modo pour faire évoluer ce programme, et qui aide à justement faire disparaître ces douleurs de genoux ou prévenir en tout cas certaines de l’usure prématurée du corps, des articulations, etc. Et du coup de faire disparaître ces petites douleurs. Chose qui franchement marche d’enfer. Au début je me disais oui, oui, oui, ça va, cause toujours, on verra, mais l’essayer c’est l’adopter. Et puis cette année, je fais du vélo, bikepacking, course de longue distance, mais je suis aussi dans une ligue de cyclisme amateur qui s’appelle la BCF, et c’est des courses typiquement de 50, 60, 70 kilomètres, beaucoup plus intenses. Et donc j’ai repris… J’ai fait des entraînements d’intervalle, où en fait on va, enfin je vais pousser les muscles et le cœur sur des zones justement d’inconfort, donc zone 4, zone 5, et c’est aussi pour développer d’autres types de fibres musculaires, donc il y a des fibres rapides et des fibres lentes, si je dis pas de bêtises, les fibres lentes c’est plutôt tout ce qui est endurance, et les fibres rapides c’est tout ce qui est sprint. Et donc en fait d’avoir développé la force pure et dure, en plus du renforcement et en plus de mon endurance de base. Ça fait deux mois, enfin je vais pas dire que je suis une référence, mais en tout cas je sens vraiment que mon corps réagit mieux aux différents types d’efforts, que je suis plus polyvalent, que quand il faut mettre un coup de watt, même dans une course longue distance, j’ai plus de force et j’ai plus de fibres musculaires disponibles immédiatement pour passer des petits rédillons, ou quand c’est des montées un peu techniques, je sens que ça passe mieux. Il faut aussi dire qu’en bikepacking on est toujours plus chargé, puisqu’on transporte son eau, sa nourriture, son équipement, etc. Et tout ça aide en fait à mieux vivre les événements, à avoir une capacité de franchissement plus, enfin de passer plus vite certains obstacles, et aussi de durer plus longtemps musculairement avant que le muscle se fatigue et que les crampes arrivent, ou qu’on ait une petite défaillance. Donc voilà, si je dois résumer ce dernier point, c’est un, et je pense que ça s’est fait un peu naturellement parce que ça devait se faire comme ça, c’est un, travailler l’endurance de base, adapter le cœur et faire grossir le coeur. Parce que ça reste un muscle. Deux, c’est renforcer tout ce qui est tendons, joints, comme on dit en anglais, etc. Et puis trois, c’est repartir sur le cœur, redévelopper le cœur, mais vraiment sur les zones d’efforts intenses. Et ouais, en tout cas pour moi, je sens vraiment une différence.
Olivier : Et il y a un truc que tu n’as pas mentionné, sur des distances d’ultra, on parle quand même souvent aussi du mental. Quand tu roules pendant plusieurs heures, voire plusieurs journées, il y a un truc qu’il y a un moment où potentiellement, c’est le mental qui peut te lâcher. Comment est-ce que tu fais, toi, pour te préparer à ce niveau-là ?
Adrien GUILMIN : Je dirais que c’est l’expérience qui parle. J’ai déjà eu quelques mental breakdowns où en fait, tu as juste envie de jeter ton vélo dans la rivière et de dire, tu sais quoi, moi je rentre chez moi, c’est mes vacances, je ne suis pas ici pour souffrir, basta. Bon, ça arrive quelques fois. Et puis en fait, avec un peu de raison, tu sais, quand tu es, je ne sais pas, dans les Balkans. Tu viens de monter un col et que tu jettes ton vélo en bas de la falaise, ça ne va juste avancer à rien. Donc, il faut juste parfois s’asseoir dix minutes, respirer, fermer les yeux et dire bon, je l’ai choisi, je suis là, maintenant j’assume et de toute façon, je n’ai qu’un choix, c’est d’avancer. Donc, c’est vrai qu’il y a des moments pas faciles. Pour moi, les moments compliqués, c’est le soir quand la nuit tombe. Je trouve que c’est toujours un peu désespérant de savoir qu’on va passer une partie ou une totalité de la nuit sur le vélo, dans le noir, dans les bois, dans des fonds de vallée, des trucs pas toujours très accueillants. Et qu’on ne va rien voir aussi. J’ai parfois aussi un peu du mal, c’est un peu bizarre parce que le matin, on pourrait se dire tiens, quand le soleil se lève, c’est de nouveau, du coup, c’est la journée qui démarre, les oiseaux chantent et quand il fait beau, c’est quand même agréable. Mais c’est aussi un des moments dans la journée où je suis le plus fatigué parce que quand tu as roulé une partie ou toute la nuit, c’est bizarre, mais c’est un peu le corps, je crois, doit se remettre, se faire un petit reset. Et il y a comme ça une heure ou deux où je sais que le matin. Entre 5h30 et 7h30, 8h du matin, c’est vraiment difficile. Et puis, je sais aussi que j’ai des difficultés à manger la nuit et à bien m’alimenter sur le vélo ou bien m’hydrater. Donc, ça coince parfois un peu. Et alors, ce que je fais, c’est dans ces moments-là, c’est que je descends du vélo et je le pousse, même si c’est plat. C’est juste changer de position, changer de dynamique. Au moins, je continue d’avancer moins vite à du 5 km heure, mais ça permet de changer un peu la dynamique et de rester éveillé, de voir les choses un peu différemment. Voilà, c’est un truc que j’ai trouvé. Sinon, après, il n’y a pas de secret. Écouter de la musique, avoir des playlists faites en avance en fonction un peu des humeurs, en fonction de l’énergie qu’on a besoin, des livres audio. J’écoute énormément de livres audio aussi dans mes courses parce que ça occupe l’esprit. En fait, quand on écoute un livre audio, pour peu qu’il soit bien lu, que le lecteur soit prenant et que le livre soit parlant, ça occupe l’esprit et donc on ne pense plus à autre chose. Et puis, bon, après, il y a aussi… Tout ce qui est les vues, les émotions et voilà. Un truc que j’ai appris aussi, mentalement, c’est que tout passe. Le moment le plus badant ou le plus négatif n’est que momentané, au même titre que le moment de joie et de bonheur intense, tu vois, ou quand tu as un coucher de soleil, que tu passes le col, que c’est magnifique, que c’est trop beau, que tu sais que tu vas descendre pendant 50 minutes et que tous les indicateurs sont ouverts. À ce moment, tu ne peux pas avoir une croissance infinie là-dessus. Tu ne peux pas avoir plus de bonheur sur un maximum de bonheur. Et donc, il faut toujours un peu se préparer et se dire, OK. Je suis hyper heureux. Je vis dans le moment présent. Je suis dedans et j’en profite un max et je vais remplir mes batteries de joie et de positivité parce que je sais qu’après le coucher du soleil, c’est la nuit et ça, c’est moins mon kiff. Et idem, la nuit, quand ça ne va pas, c’est de se dire, bon, ce n’est pas grave, c’est deux heures à traverser et il y a toujours la lumière au bout du tunnel ou en tout cas le soleil au bout de la nuit. Et ça permet aussi de relativiser et de se dire, bon, ben voilà, on avance, on continue. Et idem, quand on a l’impression qu’on n’avance pas. C’est-à-dire chaque kilomètre, si j’ai pu faire un kilomètre et si je viens de pas recourir un kilomètre, on coupe la trace en kilomètre et on se dit, voilà, chaque kilomètre est un kilomètre gagné. Et puis, en fait, quand on divise ça, ça permet de jalonner et ça permet de se voir avancer.
Olivier : Ça, c’est une bonne technique, effectivement, de couper ta distance en deux et puis, en fait, de la couper en quatre et puis en huit et puis en seize. Et puis, à chaque fois, tu te dis, tiens, j’ai fait la moitié de la moitié de la moitié de la moitié. Et en fait, petit à petit, comme ça, ça te fait plein de petits jalons qui te donnent une petite satisfaction. Et puis, une fois que tu as dépassé la moitié, tu te dis, en fait, c’est bon, j’y suis presque arrivé parce qu’en fait, il y a moins à faire que ce que j’ai déjà fait, etc. Donc, ça, c’est très… C’est hyper important, je trouve.
Adrien GUILMIN : C’est les micro-victoires.
Olivier : C’est ça. Et contrairement à toi, c’est marrant parce que pour moi, parce que j’ai aussi… Je vais aussi un peu tester ce genre de distance. Le lever de soleil, pour moi, c’est un regain d’énergie incroyable. Quand tu entends… En général, tu entends les oiseaux avant que le soleil se lève. Donc, tu sais que le soleil va se lever. Bon, un, deux, un. Parce que tu regardes ton leurre, évidemment, mais aussi parce que tu entends les oiseaux chanter et tu te dis, OK, ça va, le soleil va arriver. En général, la chaleur aussi, parce que la nuit, parfois, il fait un peu frais. Encore une fois, ça dépend des saisons, mais c’est vrai qu’il y a cet espoir de se dire, je vais avoir de la lumière, c’est une chose. Et puis, bon, le soleil, il va me réchauffer aussi un petit peu. Et effectivement, quand il arrive, pour moi, c’est un… Même si, oui, forcément, tu as roulé toute la nuit, tu es un peu naze, mais c’est quand même un gros réconfort.
Adrien GUILMIN : Je suis d’accord. En fait, le moment compliqué pour moi, c’est quand on voit, on devine le soleil qui se lève, mais tant qu’il n’a pas passé l’horizon et que ce bon vieux soleil vient réchauffer tes vieux os après une nuit sur le vélo, c’est vraiment cette période de une heure et demie, deux heures où je sais que ça va être compliqué. Mais une fois que le soleil est là, comme tu dis, je ne connais plus cette hormone qu’on sécrète avec la luminosité et le soleil. Ce n’est pas de la mélatonine. Non, je ne sais plus. Peu importe. Il y a vraiment ce moment. Tu te dis, OK, là, le soleil est passé. Tu sens la chaleur du soleil et en général, c’est reparti. Mais c’est vraiment cette période de transition que je trouve compliquée.
Olivier : Bon, et du coup, tu dis que tu écoutais de la musique. C’est vrai que c’est quelque chose que moi, je ne fais pas. Peut-être que je devrais essayer. Je ne sais pas. J’imagine que tu as écouté tous les épisodes du podcast Vélotaf, du coup. Oui, je les connais par cœur. Niveau équipement, quand on veut faire de l’ultra ou du bikepacking, on n’est pas obligé de faire de l’ultra. Alors, encore une fois, qu’est-ce qu’il y a de l’ultra ? Qu’est-ce qu’il y a du bikepacking ? Bon, il y a des fêlés qui veulent faire de l’ultra distance comme Adrien. C’est une chose. Il y en a aussi qui veulent juste peut-être se tester un petit peu sur quelque chose d’un peu plus abordable, sans forcément rouler toute la nuit, etc. Mais juste voyager en autonomie sur son vélo avec tout son matériel. Qu’est-ce qu’il faut prévoir, que ce soit pour du bikepacking ou de l’ultra ?
Adrien GUILMIN : En fait, ça dépend de deux choses pour moi. C’est la destination. Pays chaud, pays moins chaud. Et est-ce qu’on va aller en altitude ou pas ? C’est les deux éléments directeurs qui vont orienter le choix du matériel. Bon, déjà, le terrain pour le vélo, comme on disait, route, gravel, VTT. Et puis, niveau équipement, oui. Et le troisième élément, c’est la durée du voyage. Donc, un, le pays. Typiquement, si on va en Italie faire, il y a une course comme ça qui s’appelle Italy Divide, on va de Naples à Véronne, enfin un peu au nord de Véronne. Bon, tu sais que fondamentalement… Tu n’auras pas trop besoin de la grosse doudoune et des gants pour aller à moins 5 degrés. Surtout que la course, elle est en mai, donc ça aide. Par contre, en février, il y a une course au Maroc qui s’appelle l’Atlas Montenres. C’est le février. Ça a beau être le Maroc, quand on monte en altitude à 2000 mètres, il fait froid, surtout la nuit. Et donc là, il faut un peu se dire, bon, ça va être la doudoune, la cagoule, les gros gants. Il peut pleuvoir ou neiger, donc on prend les surchaussures, etc. Et c’est un peu ça qui va orienter. En tout cas, pour moi, c’est ça qui va orienter les choix. Toujours, en tout cas pour moi, c’est de partir du principe qu’au moment le plus froid ou au moment le plus pluvieux, tout l’équipement vestimentaire doit être sur moi. Si j’ai encore des trucs de réserve dans mes sacoches, c’est que c’est superflu. Et en partant de là, je sais que je suis le plus léger que je peux avec l’équipement qui me convient et que j’ai testé, parce qu’on n’essaye pas son équipement pendant une course. C’est une très mauvaise idée pour éviter les mauvaises surprises. Et donc l’équipement, il est… C’est préalablement testé, validé, et on sait que, enfin, je sais que si je pars avec telle veste, en fait, elle va fitter les besoins pendant l’événement ou pendant le voyage. Et puis la durée, c’est typiquement, si c’est une course dans un pays où il y a peu de densité de population, je pense au Kyrgyzstan, qu’on est beaucoup en altitude et qu’on va parfois passer trois jours sans ravitaillement, là, c’est la tente. Parce qu’en fait, comme on est en altitude, il peut vite y avoir des orages. Il faut savoir que… Dès qu’on est dans des régions montagneuses, l’air, donc le soleil réchauffe l’air en pleine, l’air chaud remonte le long des montagnes, refroidit en arrivant en altitude, et ça fait généralement de la pluie, des orages ou des tempêtes de neige. Et quand on est dans des pays comme le Kyrgyzstan, avec une altitude moyenne à 1800 ou 2000 mètres sur la course, en fait, quand on passe un col à 3500 mètres ou un peu plus haut à 16 heures, c’est généralement le moment où il se met à neiger, pleuvoir. Et donc là, avoir la tente, c’est un peu une sécurité aussi de se dire si je suis vraiment pris dans un truc en altitude, je sais que j’ai un shelter et ce n’est pas juste un petit sac de bivouac en mode on se met en saucisson dedans et s’il pleut quelques heures, s’il neige, c’est un peu un risque d’hypothermie ou d’être trempé et d’avoir nulle part où sécher puisqu’il n’y a pas un village tous les quinze ans. Donc oui, la ttente, c’est quand même une sécurité et puis là, on parle de course, mais si c’est juste une aventure en bikepacking, je conseille à tout le monde. de prendre au moins un tarp, donc c’est une espèce de bâche imperméable qu’on peut donc on retourne son vélo, on met la bâche d’une certaine manière et ça nous fait un abri assez grand qui permet de se protéger de la pluie, de la neige ou du vent. Et puis le mieux, c’est d’avoir des tentes, il y a des tentes qui ne pèsent pas très, très lourd, qu’on peut facilement transporter, qui sont compactes et qui ne sont pas une pénalité, une toute bonne tente, c’est un kilo, un kilo et demi. Je trouve que c’est quand même un bon compromis entre le poids et la sécurité. que ça donne dans certains environnements Toujours avoir un casque, lumière, GPS,
Olivier : Sauf si vraiment tu veux le faire à l’aventure, mais bon, c’est, enfin, why not, en fait ?
Adrien GUILMIN : C’est toujours bon d’avoir un tracker satellite, donc un spot ou autre. En cas de pépin, il y a toujours un bouton SOS qui appelle directement des numéros d’urgence qui sont préenregistrés et les secours locaux, si jamais il y a besoin.
Olivier : OK, et dernière chose qu’on n’a pas abordé, c’est la nourriture et le sommeil. Tu parlais de rouler toute la nuit. Comment tu gères la nourriture ? Je gère la nourriture et le sommeil sur des longues distances en étant en course, évidemment, une fois que t’es en voyage et que tu roules un peu plus pépère. En fait, je pense que la question, elle se pose un peu moins, tu fais un peu comme tu veux, mais par contre, quand t’es dans une logique de performance et que tu veux faire un maximum de kilomètres sur ta journée et donc être le plus léger aussi, etc., comment est-ce que tu fais ?
Adrien GUILMIN : Tu pars avec le maximum de nourriture que tu peux et puis le reste, quand t’as épuisé tes réserves. C’est de trouver ce qui peut fonctionner. C’est généralement pas très qualitatif, mais chaque calorie compte. Donc, ce qui marche bien pour moi… Bon, alors, il faut dire que si c’est du bikepacking ou des courses à longue distance, il faut avoir un apport en protéines, en graisse et en glucides. C’est un peu le trio gagnant. Les glucides permettent d’avancer à court terme et dans l’immédiat, c’est l’énergie du corps. Bon, la graisse, Et les protéines,… C’est plus compliqué à digérer, mais c’est ça qui permet aussi de refuel un petit peu et de soutenir les muscles. Donc, c’est de partir avec un peu du sucré et puis des espèces de barres protéinées ou du peanut butter, du beurre de cacahuète. Donc, typiquement, ce que je prends, c’est des pâtes de fruits. Moi, il y a un truc qui me fait kiffer et je m’en lasse pas, c’est les sneakers. Franchement, pour moi, c’est le graal. Je pourrais faire des jours rien qu’avec des sneakers parce que chaque fois que j’en mange, elle me dit… Oh, c’est quand même vachement bon. Et en fait, dans le sneaker, il y a aussi des cacahuètes. Donc, c’est un peu un apport gras et protéiné en plus d’avoir le sucre. Donc, c’est un combo, en tout cas, dans mon organisme. un combo qui marche bien. Toujours avoir 2-3 gels de réserve si vraiment on a un coup de mou et qu’il faut reprendre un peu de sucre dans l’immédiat. Et puis après, c’est de l’opportunisme. Je fais une course comme ça en République tchèque. Alors, il y a un truc qui marchait bien, c’était les… Enfin, en tout cas, là-bas, ils ont des espèces de baguettes industrielles de pain blanc. Donc, c’est des glucides, ça marche bien. Avec une espèce de salade de poulet, salade César, comme ça. Avec un peu de salade, du poulet et une sauce grassouillette un peu mayonnaisée. Et alors, plusieurs fois par jour, on passait dans des villages. Et je ne sais pas comment ça se fait, mais dans ce pays, ils avaient ça à tous les râteliers. Et donc, j’achetais ces 2 baguettes, je les mettais dans mon sac à dos. Et puis, je les morcelais en bout de 10 cm et je mangeais ça toutes les heures. Alors, un truc que j’ai appris aussi avec moi-même, c’est qu’il vaut mieux manger de manière régulière. Typiquement, je mets un petit bip-bip. sur mon GPS et toutes les heures, ça sonne. Et je sais que toutes les heures, je mange un truc. Parce que c’est moins contraignant d’avoir un estomac qui digère des petites quantités tout au long de la journée et de la nuit que de se dire, je me fais un gros repas de pâtes ou un gros repas et puis je ne mange plus pendant 3 heures. Parce qu’en fait, la digestion prend pas mal d’énergie. Et toute l’énergie qui est prise dans l’estomac n’est pas donnée dans les jambes. Et donc, c’est un peu toujours cet équilibre à avoir de l’énergie disponible pour avancer et en même temps, digérer quelque chose en parallèle pour pouvoir donner cette énergie aux jambes. Et puis, l’hydration, de l’eau, du coca, des aquarius à gogo. Dès que je bois de l’aquarius, je remplis mes gourdes avec de l’aquarius. J’ai des petites pastilles aussi pour l’hydratation. Donc, pour les sels. Parce que quand on transpire, on perd pas mal de sel. Donc, il faut régénérer ça. Sinon, en fait, on ne fixe pas l’eau dans les cellules, enfin dans le corps. Et on a beau boire, en fait, on est déshydraté. Et puis, voilà. Donc, grosso modo, en tout cas, c’est ma formule. Manger un maximum. Manger varié. En… En ayant le trio protéines, graisses et glucides tout au long de la journée et de la nuit.
Olivier : Donc, on l’aura compris, une épreuve d’ultra distance à vélo, ce n’est pas forcément un séjour gastronomique. Ceci dit, ça pourrait l’être. Si on fait du bikepacking et qu’on prévoit bien son coût à l’avance, je pense qu’il y a moyen de combiner les deux. Donc, voilà. Il y en aura, à mon avis, un petit peu pour tous les goûts. Tu m’as dit pour la nourriture. Pour le sommeil, toi, de ton côté, comment est-ce que tu gères ? Tu as une stratégie qui est bien définie à l’avance. Tu sais exactement quand tu vas dormir ou bien c’est au feeling ?
Adrien GUILMIN : Pour des courses d’entre deux et trois jours, j’essaye de ne pas dormir la première nuit. Et puis, la deuxième nuit, si je suis fatigué, je dormirai une heure ou deux, un peu en fonction. Ce qui marche bien aussi, c’est des petites power naps. Si dans l’après-midi, en général, j’ai un petit coup de pompe, si ça se pointe, je m’arrête sur le bord du chemin, je mets mes boules quies, mon cache-œil et je fais dodo. 20-25 minutes, juste histoire de simuler un cycle de sommeil. Eux, ce qu’ils font aussi sur le Vendée Globe, cette traversée en solitaire des mers du Sud tous les quatre ans, en fait, eux, ils dorment par tranche de 25 minutes pendant plusieurs semaines. Et c’est scientifiquement prouvé, on arrive à récupérer en dormant 25 minutes. Ça donne 4-5 heures d’autonomie et de confort éveillé.
Olivier : Tu mets une alarme ou tu te réveilles automatiquement ?
Adrien GUILMIN : Oui, j’ai ma montre. En journée, en tout cas, je mets ma montre et ça sonne. Et puis, boum, je démarre. La nuit, en général, ce qui marche bien, en plus de mettre ma montre, c’est que comme tu es toujours un peu humide de transpiration ou d’effort, tu te couches sur le côté et en fait, après 20-25 minutes, tu vas te réveiller parce que tu as froid. Tu commences à frissonner, etc. Parce que cette transpiration se refroidit. Et en fait, il ne faut juste pas se dire, je vais remettre une couverture qu’on n’a pas de toute façon. Il faut juste se remettre sur le vélo et continuer d’avancer.
Olivier : Et si tu ne te réveilles pas, c’est problématique ?
Adrien GUILMIN : Oui, ça ne m’est jamais arrivé, heureusement. Et puis, pour les courses plus longues, de trois jours ou plus, là, j’essaie de respecter mes cycles de sommeil. Donc, je vais dormir vers 23h. En tout cas, vers 22h, 22h30, je commence un peu à regarder. Je fais un peu l’opportuniste. S’il y a un petit coin qui a l’air assez cosy, etc. pour passer la nuit, je me dis, voilà, ce qui marche bien, c’est typiquement les sapinières parce que c’est bien mou. C’est des aiguilles, mais les tapis d’aiguilles et la mousse, c’est quand même vachement confortable. C’est généralement assez sec. Et donc, c’est de dormir 3-4h, un peu en fonction de comment je me sens. Et en fait, ce que j’aime bien, c’est de me lever du coup. Donc, c’est d’aller dormir peu après le coucher du soleil. Parce que, comme je disais, je n’aime pas trop les soirées. Et ça me permet de me dire, le soleil tombe et une heure ou deux après, je vais pouvoir direct dormir. Donc, je ne sais pas, psychologiquement, il y a un truc qui se passe et ça marche bien pour moi. Puis, c’est de me réveiller vers 2-3h du matin et essayer d’être actif aux heures les plus froides de la nuit. Parce que, d’expérience, à partir de 4, 5, 6h, 7h du matin, c’est les moments les plus froids, les plus humides. Et il vaut mieux être déjà en activité et du coup, être réchauffé. Plutôt que de devoir se sortir de son sac de couchage et de son petit bivouac. Au moment où il fait brouillard dans la forêt, qu’il fait super froid. Et là, je trouve ça désagréable. Alors, il y en a qui aiment bien. Ils roulent jusqu’à l’épuisement et puis, ils font les opportunistes aussi. Ils se tapent dans un coin, ils dorment et puis, ils se lèvent à 8-9h du matin. Et puis, ils roulent jusqu’à 3-4h. Enfin, chacun a sa technique. Mais moi, j’essaye d’être le plus constant possible au niveau du sommeil, de la nourriture et de la manière dont je roule. En fait, le corps est déjà mis sous tellement de stress. Que lui permettre d’avoir une constance dans ce stress, ou en tout cas, de contrebalancer le stress par de la constance sur tous les points. Ça me permet, en tout cas, moi, de fonctionner et de pouvoir tenir la durée et la distance.
Olivier : Ta plus grosse galère à vélo, c’était quoi ?
Adrien GUILMIN : La tourista. Ouais, non, j’ai eu au Maroc l’année passée, après le checkpoint 2. Et ça fait référence à ce que je disais tout à l’heure, qu’on a des moments de bonheur. Ils ne peuvent pas être infinis. Il peut pas y avoir toujours plus de bonheur. Donc, checkpoint 2, magnifique descente au Maroc, dans une oasis. Il était genre 18h30, 19h, couché de soleil. Golden hour dans les palmiers de l’oasis. Trop stylé. Je me dis, voilà. Franchement, Adry, j’avais pris une douche en plus au checkpoint. Parce que dans les courses, il y a souvent des checkpoints pour justement un peu, c’est des bases de vie. Donc, je me sentais, parce que prendre une douche, c’est un peu comme dormir une bonne nuit. On se sent tellement frais, on se brosse les dents, c’est génial. Et là, grosse descente, on passe dans un village. Et là, j’ai pris un clou de 10 cm dans mon pneu arrière. Il est rentré d’un côté, il est sorti sur le flanc. Donc, j’ai dû mêcher, mais la mèche tenait sur la bande de roulage. La mèche tenait, mais pas sur le flanc. Elle n’arrêtait pas de sortir. Et pendant deux jours, j’ai dû chipoter, enlever les mèches, remettre d’autres, coller, acheter de la superglue. Enfin, bref, il n’y a rien qui fonctionnait. Je m’arrêtais tout le temps, je perdais de l’air. Ça me rendait dingue. Au point que, à un moment, je me suis dit, bon, arrête de t’obstiner. Enfin, quand tu n’as plus de mèche, quand tu ne peux plus réparer, quand le matos est épuisé, il faudra juste prendre un taxi et rentrer à Essaouira et “call it a day”. Et puis, finalement, en arrivant dans un village, après deux jours de galère, où je m’arrêtais plus ou moins toutes les deux heures pour regonfler, pour rafistoler, je me suis arrêté dans un village où il y avait une espèce de bazar. Et là, aiguille à coudre, du fil, de la superglue. Et j’ai plus ou moins réussi à recoller mon pneu autour de la mèche. J’ai fait un truc, c’était vraiment moche. J’avais vraiment un gros blob sur le flanc de mon pneu. Mais ça a tenu, ça m’a permis de finir la course. Et voilà. J’étais super fier de moi et de mon aspect MacGyver. Voilà. Shit happens. Il faut être créatif. Il y a des gars qui, comme ça, qui ont des histoires à raconter. Ils éclatent leur dérailleur et puis ils finissent en single speed. Ou ils mettent leur chaîne sans le dérailleur sur la cassette, sur un ratio de vitesse qui leur permettra plus ou moins d’avancer. Quand ça monte trop, ils poussent. Quand c’est plat, ça avance, etc. Ouais, non, voilà, c’est… Tout peut arriver et il vaut mieux avoir un petit peu de matos en plus. Parce qu’en général, avoir deux, trois colsons, du fil à coudre ou du fil de pêche pour recoudre un pneu, c’est peu de poids, c’est peu de volume, mais ça peut sauver des situations. Et ça, c’est dans n’importe quelle pratique, que ce soit en course ou en voyage. Franchement, il ne faut pas hésiter à prendre 150, 250. grammes d’équipements supplémentaires pour réparer, plutôt que de se dire je la fais super light parce que je n’ai pas envie de porter tout ça et de se retrouver au milieu de la cambrousse.
Olivier : Ça me parle, c’est des choses qui font écho aussi pour avoir vécu ce genre de situation. Bon, ce qu’on n’a pas dit aussi, c’est que, Adrien, tu es mécano quand même, à la base. Donc, bon, ce côté un peu MacGyver, évidemment, tout le monde ne l’a pas forcément. En tout cas, moi, c’est mon cas. Je sais que j’aurais beaucoup plus de mal, je pense, à bidouiller comme ça. Mais voilà, on pourra revenir, je pense, peut-être dans un autre épisode sur le côté vraiment de la mécanique vélo et parler de tout ça. Mais donc, le temps passe et on va tout doucement arriver à la fin de l’épisode. Toi, ces longues distances, qu’est-ce qu’elles t’ont appris sur toi-même ? Est-ce que tu te considères comme étant quelqu’un de plus sage aujourd’hui, de plus fort, de plus résilient ? Qu’est-ce que ça t’a apporté ?
Adrien GUILMIN : J’ai envie de résumer ça en une phrase. Tout vient à point à qui peut t’attendre. C’est-à-dire que… La patience. Voilà. Je suis quelqu’un d’assez… Bon, j’ai des troubles de l’attention. J’aime bien quand ça va vite. Je suis un peu, parfois, rentre-dedans ou impatient. En fait, il faut juste se dire, comme je disais tout à l’heure, tout passe. On arrive toujours à la fin si on est assez patient, si on y met l’énergie, si on met les bonnes intentions. Et je pense que ça donne aussi une certaine humilité par rapport à soi-même, aux éléments imprévus, aux forces de la nature. Et c’est clair que je pense que ça m’a fait pas mal grandir en termes de maturité personnelle, d’expérience, de galère, etc. De connaissance de moi aussi. Et c’est des choses qui s’appliquent, en fait, dans ma vie de tous les jours, dans ma vie privée, dans mes relations sociales. Ouais, c’est un peu ce que j’en retire. Et puis aussi, beaucoup de joie, beaucoup de bonheur, parce que ça me permet de me balader, de visiter, de voir des endroits que je ne verrais pas de la même manière si je devais les visiter à pied ou en voiture. Et donc, c’est aussi un peu une manière pour moi de découvrir le monde sous un autre aspect, mais surtout de voir un maximum de paysages et d’endroits que j’aurais probablement pas l’occasion de revoir ou que je ne pourrais pas voir de la même manière si je décidais de le faire à pied ou avec un guide touristique, typiquement. Et de le faire en solo, à la force de mes jambes et de ma motivation, ce qui m’apporte aussi beaucoup de joie.
Olivier : Je confirme, je te rejoins en tout cas là-dessus sur cette manière de découvrir effectivement des nouveaux territoires. Ça donne envie en tout cas de se remettre sur le vélo et de partir en voyage. Quel conseil est-ce que tu donnerais à un vélotaffeur ou une vélotaffeuse qui rêve de voyager à vélo mais qui n’ose pas ? Qu’est-ce que tu lui dirais ?
Adrien GUILMIN : Encore un petit dicton. Je ne sais pas si c’est un dicton bien des Ardennes, mais en tout cas, tout fait farine au moulin. Donc, peu importe si vous avez le bon vélo, le bon équipement, essayez. OK, si c’est un vélo de ville avec deux vitesses qui date des années 70, c’est peut-être un peu plus complexe, mais pas besoin d’avoir le meilleur équipement de la terre, pas besoin d’avoir le vélo qu’on voit sur les réseaux sociaux ou que les gars vont promotionner parce qu’il y a tout cet effet de mode un peu et de tendance. Si vous avez un vélo qui est en bon état, qui a quelques vitesses, qui n’est pas flingué, prenez un sac à dos, bricolez un truc et c’est accessible à tout le monde. Et il ne faut pas aller nécessairement loin pour vivre des grandes aventures. On habite en Belgique, c’est un tout petit pays, mais on a la chance d’avoir, OK, on n’a pas le Mont Ventoux, on a les Alpes, mais on a les Fagnes qui sont super belles, on a toute la vallée de la Semoi du côté de Bouillon qui est géniale, il y a les Ardennes, on a une diversité de paysages, de routes, on a un réseau de chemins en forêt, de campagne, etc. qui est vachement développé. Et en fait, on peut déjà bien bien bien se marrer et un peu, pour ceux qui veulent vivre des aventures, il y a moyen de faire des trucs solides dans les Ardennes, dans la région de l’Eiffel en Allemagne ou dans le nord du Grand-Duché du Luxembourg. Et déjà rien que ça, franchement, il y a moyen de se challenger et du coup de tester son matériel si on n’est pas sûr d’avoir les bonnes choses ou si on se dit, tiens, est-ce que ce vélo pourrait convenir ? Allez rouler, prenez le train jusque Liège. De Liège, vous pouvez facilement accéder à toute cette partie où il y a un peu plus de dénivelé et c’est un peu plus sauvage. Voilà, c’est à côté de chez nous.
Olivier : C’est valable pour tous les territoires. Je dis ça parce qu’il y a quand même trois quarts de notre audience qui ne vit pas forcément en Belgique, qui est francophone, mais de France en particulier, de Suisse, voire au Canada ou dans d’autres pays. Donc c’est vraiment valable pour tous les territoires. On peut faire de l’ultra au départ du centre de Paris, du centre de Londres, un peu importe. Donc voilà, il n’y a pas de limite pour ça. En fait, c’est vraiment des micro-aventures qu’on peut démarrer depuis n’importe où. Donc effectivement, il n’y a qu’à se lancer, commencer petit et puis allonger les distances petit à petit. Parce qu’il n’y a pas de secret à ce niveau-là. Pour terminer, Adrien, est-ce que toi, tu as des figures inspirantes dans le monde de l’ultra ou du voyage à vélo que je devrais inviter sur ce podcast ? Est-ce qu’il y a un nom qui te revient en tête ?
Adrien GUILMIN : Il y a une personne comme ça que j’admire encore aujourd’hui. C’est un Français, il s’appelle Sofiane Seili. Là, il est occupé d’ailleurs, et je crois qu’il est au Tadjikistan pour le moment, il est occupé à faire une tentative de record du monde. Portugal, Shenzhen, à la côte est, la mer de Chine quoi, en moins de X jours, X dizaines de jours, en moins de deux mois. Et en fait, c’est un gars qui m’a beaucoup inspiré parce qu’il documente un peu ses aventures, ses voyages. Et je trouvais que la manière dont il conçoit ses courses de bikepacking ou ses courses ultra est assez positive. Il n’y a pas de ventardise, il y a une compétition qui, je trouve, est assez saine. Et en fait, c’est beaucoup de la compétition contre soi-même avant d’être un compétiteur contre les autres et de vouloir gagner. Je pense que c’est d’abord pouvoir se dépasser, se challenger soi-même. Et puis, tant mieux si on gagne une course par la même occasion. Et c’est un gars qui, je pense, a un mental d’acier, qui sait rouler day in, day out dans des conditions pas top, qui sait aussi ne pas dormir pendant des périodes de temps assez longues, genre trois jours sans dodo. Moi, c’est un truc, je sais que je tombe dans les pommes, ou en tout cas, mon cerveau ne fonctionnerait plus très, très bien, et mes jambes non plus, d’ailleurs. Mais donc voilà, c’est quelqu’un qui est pour moi, qui a été une inspiration, qui l’est encore, mais qui m’a vraiment donné le goût à me surpasser et à aller voir un peu plus loin chaque fois et d’optimiser chaque aspect, de débriefer après chaque course, débriefer avec moi-même et puis pousser, pousser, pousser. Et je ne dis pas que je ferai ça toute ma vie. Peut-être que c’est une période de ma vie où j’ai besoin de faire des challenges comme ça. Peut-être que quand j’aurai 70 ans, j’en ferai toujours, je n’en sais rien. Mais en tout cas, aujourd’hui, c’est quelque chose qui m’apporte beaucoup d’énergie et j’espère peut-être un jour ou l’autre que je puisse transmettre cette passion à d’autres gens ou que si des gens ont des questions, qui viennent me les poser parce que je trouve que c’est une pratique ou un sport qui est assez noble et qui est de nouveau accessible à tout le monde pour pas cher. Bon, si on veut acheter l’équipement cher, il y a toujours moyen, mais on peut le faire avec pas grand-chose et qui est, je trouve, dans l’air du temps, et ça, c’est peut-être le mot de la fin pour moi, c’est qu’à une période du développement de l’humanité, où on est en train de brûler la planète dans tous les sens, c’est peut-être encore une époque et un moyen de locomotion qui nous permet de voir le monde avant qu’on l’ait complètement détruit, j’espère que ce ne sera pas le cas, mais voilà, de voir le monde tel qu’il est aujourd’hui sans émettre trop de CO2. Je dis ça, par exemple, comparé à des croisières sur la Méditerranée dans des paquebots qui brûlent des litres et des litres de fioul. Et donc, voilà, c’est un peu ma manière de voyager positivement en limitant mon impact sur l’environnement parce que quand je passe, je ne laisse pas de traces, je ne pollue pas, en tout cas pas sur le vélo, et je trouve ça assez noble, et voilà, c’est un peu les valeurs que je défends dans cette pratique.
Olivier : Génial, merci pour ce petit mot de la fin, et Sofiane Sayeli, effectivement, c’est un nom qui n’est pas complètement inconnu dans le petit monde de l’ultra, donc bonne idée
Olivier : pour éventuellement un prochain podcast entre une de ses aventures, Why Not, on lui proposera. S’il y avait une lecture, un film ou même un autre podcast que tu recommanderais à celles et ceux qui nous écoutent et qui voudraient peut-être s’intéresser davantage à cette discipline, tu parlais d’une vidéo notamment tout à l’heure.
Adrien GUILMIN : Oui, j’allais dire, allez voir la vidéo, je suis en parallèle en train d’ouvrir YouTube, c’est la Silk Road Mountain Race et c’est l’after movie de l’édition 2021. Je crois que le nom de la vidéo, c’est Silk Road Mountain Race Wild Horses, donc chevaux sauvages. Je trouve qu’elle donne vraiment une bonne vision de ce que ça peut être des personnes qui s’engagent dans ce genre d’aventure, et voilà, moi, c’est ce qui m’a inspiré en tout cas, donc oui, c’est ça, c’est la vidéo Wild Horses de Silk Road Mountain Race Documentary, elle date d’il y a 6 ans, et pour moi, c’est un peu un beau résumé de ce qui se passe dans ces aventures.
Olivier : Ok, super, écoute, on mettra le lien dans la description de l’épisode. Adrien, un grand merci, et je te laisse retourner à tes occupations, que ce soit sur ton vélo ou derrière, ou à réparer les vélos, je ne sais pas, mais en tout cas, merci pour cet échange, moi, je te dis à très bientôt, de toute façon, sur le vélo, on aura l’occasion d’aller rouler ensemble, et puis, pour ceux et celles qui nous écoutent, je vous dis à très bientôt dans un prochain épisode, salut tout le monde.