Dans cet épisode, on pédale avec Charles Merlin, le créateur de Vivre Moins Con 🚲🔥.
Ancien mécano vélo devenu voix engagée sur TikTok et Insta, Charles parle sans détour d’écologie, de justice sociale et … de pourquoi avoir son propre vélo à Paris, c’est la liberté ultime.
On démonte ensemble les freins au vélo (coucou les lobbys de la bagnole 👋), on rêve de villes où les enfants roulent seuls à l’école, et on voit comment rendre la transition écolo sexy et virale.
Bref, si tu veux un shot de motivation et d’idées qui bougent, cet épisode est pour toi. 🎧
🔗 Retrouve Charles Merlin et son univers engagé :
– Instagram : https://www.instagram.com/vivremoinscon?igsh=bDJnMzhwcHp2eDdv
– TikTok : https://www.tiktok.com/@vivremoinscon?_t=ZG-8ylPWbZ03Sy&_r=1
Pour en savoir plus sur notre hôte, Olivier de Schutter, et Bleen, il suffit de visiter notre site https://www.bleen.be
À très bientôt sur le prochain épisode ! 🌱
Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !
« Je vulgarise l’actualité avec un angle clairement engagé. »
« J’ai vraiment le sentiment d’être utile. »
« Le fait de pouvoir aller d’un point A à un point B avec son vélo, ça c’est cool quand même. »
« En matière d’usage, le vélo il répond vraiment à une politique de l’offre en matière d’infrastructure. »
« Le cœur du sujet, il se trouve vraiment au niveau des acteurs économiques qui ont intérêt ou pas à voir un switch en termes de mobilité. »
« France a enclenché un changement qui sort du tout voiture vers plus de vélo. Ça sert l’intérêt général. »
« Je pense que c’est hyper important de parler des jeunes. »
« En fait, le vélo pour les femmes en ville, c’est un moyen de transport qui est libérateur. »
« Quand les parents n’auront pas peur d’envoyer leurs enfants à l’école en vélo sans les accompagner, on saura qu’on a un bon réseau cyclable. »
« Si, effectivement, on veut avoir un vrai impact qui se traduise en termes de politique publique, ça veut dire qu’il faut penser de manière électorale aussi. »
Grâce à Autoscript.fr, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange. Ca se passe sur https://bleen.be/velotaf
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Ce podcast animé par Olivier De Schutter est proposé par https://bleen.be, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.
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Lire la transcription
Olivier : Bonjour et bienvenue. Vous écoutez le podcast Vélotaf. Je m’appelle Olivier de Schutter, associé chez Blin, et j’ai le plaisir d’animer les prochains épisodes du podcast. Le vélo n’est pas juste un mode de transport. C’est une façon de voir le monde, de mener des combats, d’aborder des questions comme les inégalités, les discriminations, l’écologie, le rapport au temps et à l’espace. Ce podcast vous est présenté par Bleen, un cabinet de conseil en durabilité qui lutte pour une économie décarbonée, régénératrice et distributive. Vous trouverez plus d’infos sur www.bleen.be. Ça s’écrit B-L-E-E-N.be. Bon épisode.
Olivier : Bonjour tout le monde et bienvenue sur le podcast Vélotaf pour un nouvel épisode avec un invité qui a l’habitude de prendre le micro. Il s’agit de Charles Merlin qui anime la chaîne Vivre Moins Con. Je me suis dit que ce serait pas mal de vivre moins con. Bonjour Charles.
Charles MERLIN – Vivre Moins Con : Bonjour Olivier. Bonjour tout le monde.
Olivier : Charles, est-ce que tu pourrais nous présenter ta chaîne Vivre moins con ? Qu’est-ce que c’est ? Il y en a peut-être qui te connaissent. Il y en a probablement d’autres qui ne te connaissent pas du tout, qui se demandent qui es-tu. Est-ce que tu te définis comme un influenceur, un journaliste, un citoyen engagé, un peu détroit ou encore autre chose ? Qui es-tu Charles ?
Charles MERLIN : Un peu tout ça à la fois. Vivre moins con, c’est vraiment un travail de journaliste en fait. Mais je ne sais pas pourquoi j’ai du mal à m’attribuer cette étiquette de journaliste. Je n’ai pas fait d’école de journalisme, je ne travaille pas dans une rédaction. Mais c’est vrai que moi, pour expliquer aux gens qui ne me connaissent pas, je vulgarise l’actualité avec un angle clairement engagé. C’est-à-dire que je traite de thématiques progressistes qui traversent… Notre époque, qui traversent la société. Donc je vais beaucoup parler d’écologie évidemment, mais aussi de lutte contre les inégalités, de renouveau démocratique, d’éthique en politique, de droit des minorités, plein de choses comme ça. Et pour vulgariser l’actualité qui sont liées à ces sujets, en fait moi je me base sur le travail de journaliste. Donc en fait je fais une énorme revue de presse si tu veux, et ensuite moi je vais créer mes contenus qui sont soit des postes ou soit… Des vidéos, en compilant un peu toutes les informations que j’ai recoupées dans ces différents contenus créés par des journalistes, et puis après j’ajoute un peu ma sauce quoi. Mais ouais, donc en fait moi je me définis plus comme créateur de contenu si tu veux, si tu veux qu’on utilise un terme.
Olivier : Ok, c’est ça ton terme alors ?
Charles MERLIN : Ouais, ouais, ouais. Bon en tout cas c’est celui que j’utilise.
Olivier : Ok, magnifique. Et qu’est-ce qui t’a poussé du coup à prendre la parole publiquement ? Tu ne faisais pas ça avant ?
Charles MERLIN : Écoute, je l’ai toujours fait d’une certaine manière, mais c’était vraiment fait… De manière personnelle, un petit peu comme on peut prendre la parole sur les réseaux sociaux, sur son compte perso, tu vois. Et à la base moi je faisais beaucoup ça sur Facebook, donc je fais partie de cette génération qui a commencé sur Facebook. Ensuite plus sur Instagram et avec mon compte perso. Et puis si tu veux, il y a trois ans, et donc c’est lié à la question du vélo aussi, parce qu’avant de lancer Vivre Moins Con en septembre 2022, eh bien j’étais mécanicien vélo chez Decathlon. Donc en fait moi j’avais déjà un lien avec le vélo, mais d’un point de vue professionnel, parce que c’était mon métier. Et ensuite j’en suis parti, je suis resté trois ans chez Decathlon, dans un magasin parisien, proche de là où j’habite. Et je ne savais pas très bien quoi faire après, et j’ai téléchargé TikTok par curiosité. Et j’ai commencé à prendre la parole, voilà, dans des vidéos sur des sujets en réaction à l’actu, en publiant pas mal d’extraits de documentaires aussi, et de reportages. Je ne sais pas si ça te parle ça, mais bon moi je suis un peu un geek de docu, et parfois quand tu regardes un docu ou un reportage, le reportage ou le docu a beau faire une heure et demie, deux heures, parfois il y a un extrait qui fait trente secondes ou une minute, où tu dis punaise, il faudrait que tout le monde voit cet extrait. Et du coup moi surtout au début de Vivre au moins con, je m’amusais à capturer ces petits extraits, et que je partageais en fait sur TikTok. Et puis petit à petit j’ai commencé à prendre la parole de plus en plus moi. Et puis je me suis plus jamais arrêté quoi, voilà.
Olivier : Ok, et tu fais ça à temps plein aujourd’hui, c’est ton métier ?
Charles MERLIN : Aujourd’hui c’est mon métier, et je fais ça à temps plein effectivement, ouais.
Olivier : Ok, génial, épanoui.
Charles MERLIN – VivreMoinsCon : Ouais grave, je suis hyper content de pouvoir faire ce métier là, parce qu’on a une vraie liberté, je suis en accord avec mes valeurs, mes convictions, et puis j’ai du sens quoi, j’ai vraiment le sentiment d’être utile.
Olivier : Mais écoute, félicitations, dans une autre… Enfin je trouve ça très satisfaisant effectivement, et c’est vrai que… À ma petite échelle, je pense que je suis moins actif que toi, mais voilà, je crée aussi un peu de contenu à mon échelle, et donc effectivement je partage cette satisfaction que ça peut avoir, et en fait l’influence aussi que tu peux avoir sur les autres, même si j’aime pas forcément le terme d’influenceur, qui est je pense un petit peu trop cliché, mais voilà.
Charles MERLIN : Un peu, ouais.
Olivier : Tu parlais de vélo, et bon finalement c’est pour ça qu’on est là aussi. Toi tu te reconnais dans le terme vélo taffeur ?
Charles MERLIN : Alors, bah… Je bosse depuis la maison. Mais je bosse depuis chez moi, donc en fait… Mais c’est vrai que je n’utilise pas mon vélo pour aller travailler, parce que je travaille presque exclusivement que depuis chez moi, et quand je travaille pas depuis chez moi, je vais dans un café ou dans une bibliothèque qui est vraiment à côté de chez moi, et donc j’y vais à pied, mais sinon c’est vrai qu’à Paris je fais tout en vélo quoi, mais pas pour me rendre au travail. Après c’est vrai que quand j’ai des rendez-vous professionnels, ce qui est le cas aujourd’hui par exemple, cet après-midi j’ai un rendez-vous, je vais y aller en vélo.
Olivier : Et est-ce que ce vélo, enfin t’as toujours fait ça à vélo, ou t’as eu un moment, un déclic, où tu t’es rendu compte que ça a été une découverte ?
Charles MERLIN : Ouais, écoute, bah déjà moi je viens de la campagne, donc j’ai grandi à la campagne, et on a très très tôt commencé à faire du vélo, donc en fait moi j’ai grandi dans un petit village, et on était avec mon frère, ma sœur, et les autres enfants du village en fait, on était tout le temps sur nos vélos, dans les chemins et tout, donc en fait je suis un cycliste moi, on va dire, depuis petit, et c’est vrai que quand je suis arrivé à Paris, je me suis pas tout de suite mis à faire du vélo, c’est-à-dire qu’au début je prenais les transports en commun, ensuite le Vélib, et ensuite j’ai eu mon vélo. Mais tu vois, ça s’est fait vraiment de manière progressive, et c’est vrai que le fait d’avoir mon propre vélo, et ça on l’entend souvent dans la bouche des gens qui ont leur vélo, à Paris, ça m’a changé la vie quoi, il y a vraiment eu un avant et un après, entre la période transport en commun, et même Vélib, parce qu’en fait le Vélib c’est cool, mais on n’a pas la même liberté justement que d’avoir son propre vélo, parce qu’en fait on est toujours rattaché aux bornes, et je pense qu’on se rend peut-être pas forcément compte quand on est utilisateur de Vélib, mais c’est une sacrée contrainte, et surtout quand on a un système qui est relativement dysfonctionnel, et qu’il y a pas mal de vélos qui ne sont pas utilisables, ou parfois il y a des bornes, enfin des stations qui sont complètement HS, et c’est vrai que le fait de pouvoir aller d’un point A à un point B avec son vélo, ça c’est cool quand même.
Olivier : C’est étonnant que tu parles de la campagne, justement j’avais vu une étude qui faisait la distinction entre le vélo à la campagne et le vélo en ville, aujourd’hui il y a plus de vélos en ville qu’à la campagne, c’est plus difficile, les licences sont plus grandes à la campagne, mais historiquement, le vélo est arrivé dans les campagnes, et jusqu’à il y a assez peu, on retrouvait plus de vélos à la campagne qu’en ville, et aujourd’hui la tendance est en train de s’inverser, et donc aujourd’hui on a plus de voitures à la campagne qu’en ville, avec à chaque fois la ville qui est un peu plus peut-être au cœur de l’innovation, et quand je parle d’innovation, c’est pas forcément l’innovation technologique, c’est le… Le progrès social, culturel, peu importe comment on l’appelle, et donc cette mobilité douce, et on peut s’attendre à ce que ça s’étende aussi par la suite, peut-être qu’un jour on aura davantage de pistes cyclables, par exemple, dans les campagnes, etc., et ce qui manque encore un peu aujourd’hui par rapport à la ville. Donc on a un petit peu cette différence, cet écart en fait, d’une époque à l’autre.
Charles MERLIN : Je pense qu’en fait tu viens de mettre le doigt un petit peu sur le sujet, c’est que… En matière d’usage, le vélo il répond vraiment à une politique de l’offre en matière d’infrastructure, et j’ai l’impression qu’en fait les villes, les autorités des villes, les maires, on va dire, les mairies, ont été beaucoup plus proactives dans l’installation d’infrastructures cyclables qui ont incité les gens à faire du vélo. Et c’est vrai que ça, en campagne, après, c’est vrai que c’est… On est dans un environnement complètement différent, avec, comme tu l’as dit, des distances plus longues et tout, donc c’est plus difficile de se détacher de la voiture. Mais on ne voit pas encore beaucoup, enfin suffisamment, je trouve, d’infrastructures cyclables qui permettraient de faire des trajets courts, moyennement courts, de 10, 15, 20 bornes, qui pourraient se faire, et qu’on voit d’ailleurs se faire dans d’autres pays. Je pense aux Pays-Bas, évidemment, mais dans d’autres aussi, probablement, où il y a des gens qui, voilà, font une demi-heure, une demi-heure, 40 minutes de vélo le matin, le soir, mais comme il y a des gens aujourd’hui qui font 30, 40 minutes de voiture le matin et le soir aussi. Donc, ma foi, sur une piste, quand on a du plat et tout, une piste qui est bien sécurisée, qui est bien en retrait, qui est bien protégée de la voie pour les voitures, je pense qu’en fait, ça mettrait bien le pied à l’étrier pour beaucoup de gens, et qu’ils seraient contents de faire du vélo, surtout que maintenant, on a de plus en plus de vélos, vélos électriques, donc ça, ça facilite aussi beaucoup les choses.
Olivier : Bien sûr. Et faire 30, 40 minutes de vélo en ville, c’est pas choquant. Par contre, à la campagne, tout de suite, c’est tout de suite montagne.
Charles MERLIN : Mais oui, c’est vrai. Alors qu’en fait, tu vois, à Paris, moi, je connais des gens qui font des trajets assez incroyables de banlieue vers Paris pour venir au travail, mais j’ai notamment, je pense, un ami, il habite à Arcueil, je crois, et donc, c’est vraiment banlieue sud, pour ceux qui connaissent pas, c’est vraiment la banlieue sud, mais c’est, enfin, il y a plusieurs kilomètres, quoi. Donc, je crois que chaque jour, il se fait trois quarts d’heure de vélo, aller et trois quarts d’heure retour.
Olivier : C’est ce que je fais tous les jours pour aller au boulot.
Charles MERLIN : Ben voilà. Et en fait, il a son vélo électrique, voilà, et donc, il arrive pas complètement à chaise, trempé et tout, au taf, et en fait, lui, il aime bien parce que son trajet est plutôt bien équipé en piste, et du coup, pour lui, c’est un peu, j’allais dire, sa petite promenade matinale. Peut-être pas, mais en tout cas, tu sais, c’est un trajet qu’il vit bien. Il vit bien parce qu’il est pas en rush, il est pas au milieu des embouteillages et tout, et lui, c’est son petit trajet du matin, et en fait, il aime ça. Il aime ça.
Olivier : Ouais, non, mais je confirme, c’est pareil pour moi, et pour le coup, c’est vraiment ça que je fais, 45 minutes le matin, 45 minutes le soir, et en fait, j’ai d’autres trajets, qui me permettraient de gagner 5 à 10 minutes, mais que je ne fais pas parce que moins agréable. Et donc, en fait, le fait de prendre un petit chemin dans les bois, tu vois, avec du gravier, en fait, pour moi, ça va être un moment agréable, en fait, un moment de relaxation, à la limite, là où, en fait, je pourrais être sur la parallèle, qui est une piste cyclable, mais à côté des voitures et des embouteillages, et donc, bon, et tu respires aussi en cet air, évidemment, donc voilà, c’est tout de suite, enfin voilà, donc parfois, l’itinéraire le plus direct n’est pas forcément le meilleur, effectivement, et pour toi, enfin, selon toi, en tout cas, le vélo, il est aujourd’hui quand même assez peu valorisé dans l’espace public, encore une fois, on est d’accord, ça dépend d’où est-ce qu’on parle, mais globalement, il est quand même assez peu valorisé en France ou en Belgique, où je me situe, moi, par rapport à d’autres pays, si on regarde les Pays-Bas, si on regarde le Danemark, voilà, et pourtant, ce n’est pas une question de météo, parce qu’il ne pleut pas, il ne pleut pas plus que dans le nord. Donc, ça, ce n’est pas la bonne excuse, potentiellement, on pourrait dire un peu le déniveler, mais bon, et encore, bon, ça dépend vraiment des régions, mais grosso modo, il n’est pas suffisamment valorisé dans l’espace public aujourd’hui, ça, je pense que tout le monde pourrait être d’accord là-dessus, enfin, la grande majorité, en tout cas, de nos auditeurs, je pense, et auditrices, mais donc, malgré les discours, pourquoi est-ce qu’il est si peu valorisé ?
Charles MERLIN : Écoute, je pense qu’il y a plusieurs choses, je dirais qu’il y a déjà des intérêts économiques qui sont super puissants, et je pense que le cœur du sujet, il est là, il se trouve vraiment au niveau des acteurs économiques qui ont intérêt ou pas à voir un switch en termes de mobilité. C’est assez, ça peut sembler assez simpliste et assez manichéen ou machiavélique, mais c’est souvent comme ça que ça se passe, c’est souvent une question d’intérêt. Et aujourd’hui, je pense que tu as tout un conglomérat d’entreprises, d’infrastructures routières, de l’automobile, des énergies fossiles, qui clairement ont une influence sur la manière dont les politiques publiques sont orientées, notamment en matière de mobilité, et je pense que ça, ça a aussi une incidence sur tous les imaginaires qui sont créés, à partir de la publicité, à partir des films aussi, tout ça. Donc, en fait, on est encore vachement dans une culture de la bagnole, un imaginaire de la bagnole en France qui est encore très, très présent. Et d’ailleurs, je crois que c’est Emmanuel Macron qui a dit « Moi, j’aime la bagnole. » Ouais «j’adore la bagnole » c’est ça. Et du coup, en fait, cette phrase, je trouve qu’elle convoque plein de choses. Je pense que il l’a dite pour rassurer ses intérêts économiques. Il l’a dite pour rassurer cet énorme lobby des automobilistes qui s’appelle 30 millions ou 40 millions d’automobilistes ou 50 millions d’automobilistes, qui est un peu l’association des automobilistes en France, donc qui pèsent très lourd. Et du coup, effectivement, ça réaffirme un modèle de mobilité qui est celui du tout voiture. Alors qu’en fait, je pense que il y a une bonne partie de la population qui aurait à gagner de sortir, de s’extraire de ce modèle. Mais c’est vrai que c’est un modèle qui rapporte moins d’argent, en tout cas à des acteurs qui sont concernés, en tout cas qui sont très impliqués aujourd’hui dans le modèle tout voiture. Et du coup, ils ne sont pas encore prêts à lâcher. Et je pense que parfois, on voit, tu sais, sur les réseaux sociaux, des photos ou des memes qui comparent un peu les rues d’Amsterdam années 70 ou 2000, 2010, comment c’était et tout. Et en fait, ce qu’on a peut-être tendance à oublier, c’est que ça a été très, très tendu en fait à cette époque aux Pays-Bas pour enclencher ce switch-là et que les autorités à l’époque, les gouvernements de l’époque, en fait, ont fait preuve d’un véritable courage politique parce que les vents contraires étaient extrêmement puissants. Mais ils savaient que l’intérêt général réclamait ça. Aujourd’hui, aujourd’hui, France a enclenché un changement qui sort du tout voiture vers plus de vélo. Ça sert l’intérêt général. Mais en revanche, ça dessert des intérêts particuliers qui sont économiques et qui sont puissants. Et aujourd’hui, je crois que le problème, il est là. C’est que les autorités n’ont pas encore eu le courage suffisant ou encore sont trop dépendantes ou sont trop assujetties à ces intérêts lá.
Olivier : à ces intérêts-là. En même temps, c’est quelque chose qui est arrivé aussi dans les années septante, soixante-dix. Je me permets de traduire parce que sait-on jamais. Après les chocs pétroliers, enfin, le premier choc pétrolier de 1953.
Charles MERLIN : Mais oui, ils ont surfé sur la vague et ils se sont dit, bon, let’s go, quoi. C’est le moment.
Olivier : En fait, est-ce que il y a eu le Covid, potentiellement, ça a été un accélérateur, certainement. Est-ce qu’on va être capable de faire une véritable transition comme l’ont fait les Pays-Bas ou est-ce que c’est plus quelque chose qui se fait de manière un petit peu plus diluée au fil de l’eau ? C’est une question.
Charles MERLIN – VivreMoinsCon : Oui, je pense que de toute façon, cette transition, elle est en train de se faire de manière progressive, comme tu l’as dit, depuis le Covid. Nous, on l’a vu avec mes collègues chez Décat, c’était incroyable la différence de vélo qu’on voyait à l’atelier. La fréquentation a vraiment explosé. Et ça, pour le coup, il faut le saluer, il faut le dire, c’est qu’en France, on a eu, comment ça s’appelait ? C’était pas le bonus vélo ou la prime vélo, un truc comme ça. Et en fait, c’est-à-dire que pendant le Covid, le gouvernement a mis en place une aide de… C’était pas énorme, énorme, mais c’était déjà ça. Je crois que c’était 120 euros, un truc comme ça. Peut-être 80, mais je crois que c’était plus de 120. Et en fait, les gens pouvaient… utiliser cette prime pour remettre à niveau un vieux vélo. Et en France, je sais plus, il y a des chiffres qui ont estimé ça, mais le nombre de vieux vélos qui dorment dans les garages ou dans les greniers ou dans les sous-sols des gens et tout, dans les caves, mais il y en a des dizaines et des dizaines de milliers. Et donc, en fait, il y a plein de gens qui se sont dit « Bon, tiens, c’est vrai, allez, je vais profiter de cette aide. » Et puis, qui ont remis leur vieux vélo en état. Ou alors, un vélo qu’ils utilisaient déjà, mais il fallait changer des pièces et tout. En tout cas, ça pouvait s’appliquer sur un vélo existant, pas pour l’achat d’un vélo neuf. Et il y a pas mal de gens qui se sont mis au vélo grâce à cette aide. Et je pense que c’est une preuve de plus que ça montre que quand les pouvoirs publics incitent financièrement, soit avec des aides comme ça ou soit en mettant de l’argent pour mettre en place des infrastructures, les gens suivent. Mais il faut donner ce petit coup de pouce. Donc, je sais plus quel était le début de ta question, qui m’a amené à ça, mais on a vraiment besoin de ces incitations.
Olivier : Est-ce que finalement, c’est pas aussi une question de génération ? Parce que quand on parle de… Je pense que la mobilité, c’est aussi avant tout une habitude, puisque en général, c’est quelque chose qu’on fait un peu tous les jours. Et donc, les habitudes, elles sont ancrées. Au plus, on est âgé, au plus, les habitudes sont ancrées. Et au plus, c’est difficile, justement, de changer. Au plus, on a une résistance au changement. Est-ce que cette nouvelle génération qui est peut-être un petit peu plus engagée et pour qui c’est beaucoup plus naturel, finalement, de se déplacer à vélo, est-ce que c’est pas elle aussi un peu notre espoir, on va dire ?
Charles MERLIN : Clairement. Plus le temps passe et plus j’avance dans l’âge, plus je me dis, bon allez, je mise sur l’engagement de la génération qui me suit, des générations qui me suivent. Mais, ouais, je pense que c’est hyper important de parler des jeunes parce que déjà, ça, je l’ai entendu plusieurs fois de personnes de la mairie de Paris, je crois, qui disent qu’on se rendra compte qu’on a un bon réseau cyclable et une ville qui est vraiment cyclable quand les parents n’auront pas peur d’envoyer leurs enfants à l’école en vélo sans les accompagner. C’est-à-dire, ils prennent, voilà, un enfant de 10 ans, 11 ans, prend son vélo et va à l’école, tout seul. Aujourd’hui, moi, je suis pas parent, mais je peux comprendre qu’il y ait des parents qui aient peur.
Olivier : Ouais, je comprends.
Charles MERLIN : Bah ouais, et c’est vrai qu’aujourd’hui, on n’en est pas encore là. Et c’est vrai que je pense que c’est bien de se fixer cet idéal, en tout cas, enfin, cet objectif qui n’est pas si idéal que ça parce qu’il y a des villes qui ont réussi à le faire, se dire, pour qu’une ville soit vraiment cyclable, il faut que les enfants puissent faire du vélo tout seuls sans s’être accompagnés. Et là, du coup, tu crées un cercle vertueux parce qu’effectivement, l’âge où on peut vraiment ancrer des habitudes, c’est quand on est gosse. Et du coup, une fois que t’en es arrivé là, t’as gagné, quoi. Si t’as réussi à faire en sorte que les enfants, dès qu’ils sont enfants, font du vélo tout seuls, bah là, ensuite, le truc tourne tout seul et que les générations suivantes auront aussi des enfants qui prendront le vélo tout seuls, etc. Donc, je pense que là, tu commences tu as réussi ton objectif. Ensuite, moi, ce que ça m’évoque, le lien entre jeunesse et vélo, c’est que je pense qu’il y a pas mal de gens c’est peut-être une projection de ma part, je sais pas mais c’est un truc que je vois comme ça, c’est que je pense qu’il y a pas mal de jeunes qui voient aussi le vélo comme un symbole un peu de subversion, c’est-à-dire le vélo porte en lui pas mal de valeurs de décroissance, de anti-voiture, anti-énergie fossile, de liberté, notamment pour les femmes. C’est un outil d’émancipation dans un milieu urbain qui peut être parfois anxiogène et même parfois dangereux, il faut le dire. En fait, je me souviens d’avoir lu, je crois que c’était sur Reporter, un article qui disait que le vélo pour les femmes en ville, c’est un moyen de transport qui est libérateur parce qu’en fait, ça leur permet de naviguer l’espace urbain sans se faire emmerder pour dire les choses. En tout cas, il y a beaucoup moins de chances qu’elles se fassent emmerder pour dire les choses de manière très simple. Et du coup, je pense que ce vélo porte en lui pas mal de valeurs un peu, je veux dire, anti-système avec des gros guillemets et je pense que ça c’est un truc qui séduit aussi.
Olivier : Aujourd’hui, la voiture a été un marqueur de réussite sociale. Et professionnel, d’autant plus. Moi, je suis dans un contexte qui est quand même particulier. En Belgique, il faut savoir que la voiture de société est quelque chose d’hyper normalisé. N’importe qui qui a 22, 23 ans et qui sort de l’UNIF, par exemple, qui va bosser dans une grosse boîte, reçoit systématiquement une voiture de société. Tu peux vivre…
Charles MERLIN : En France, c’est pas du tout ça.
Olivier : C’est pour ça que je le précise. Je suis dans un contexte qui est quand même très particulier. C’est pour ça que j’insiste sur le fait que c’est aussi un marqueur de réussite professionnel parce qu’en fonction de ton grade, t’as une voiture qui est à chaque fois, évidemment, de plus en plus grande, de plus en plus puissante, etc. En fonction de la voiture dans laquelle tu roules, on te regardera d’une manière ou d’une autre. C’est quelque chose qui est… Encore une fois, tout le monde ne réfléchit pas comme ça, évidemment, mais ça reste quelque chose qui est présent dans certains cercles, en tout cas. Dans quelle mesure est-ce que ça, c’est en train de changer ? Moi, j’ai l’impression que ça commence à changer. En fait, ce qui est cool, ce n’est pas tellement d’avoir la grosse voiture, mais plutôt d’avoir justement récupéré le vélo de papy qui traînait dans le garage et de l’avoir retapé et d’avoir changé 2-3 accessoires dessus et c’est plus la fierté. Regarde, en fait, j’ai réussi à retaper un truc qui ne marchait plus. Mais bon, est-ce que finalement, c’est juste un effet d’une petite bulle parce que c’est peut-être dans ma bulle à moi, dans les gens que je fréquente et voilà, ou est-ce que véritablement, c’est quelque chose qui est en train de se traduire à plus grande échelle ?
Charles MERLIN : Écoute, je pense que c’est encore quelque chose qui est super présent mais qui est déterminant et je pense qu’on a tous un rôle à jouer dans le fait de rendre la voiture has-been, et de rendre le vélo plus cool. Et je pense que ça, c’est vraiment un travail, c’est une bataille culturelle à mener et je pense qu’en fait, là, dans ta question, t’as évoqué un élément qui est aussi vraiment hyper important, c’est le statut social. C’est le statut social et pour moi, après, je pense que ça dépend pas mal de la vision du monde de chacun et des trajectoires personnelles, des cheminements, aussi du niveau de politisation aussi. Mais en gros, si tu veux, moi, aujourd’hui, quand je vois quelqu’un au volant d’un SUV, je me dis mais je dis c’est nul, c’est has-been. Je me dis pas, moi, je suis pas impressionné, justement. Moi, je trouve pas ça cool, je trouve pas ça impressionnant. Au contraire, moi, ce que je vois, quand je vois un SUV, c’est ces personnes ont suffisamment d’argent pour s’acheter un SUV et elles veulent le faire savoir. Au-delà de l’aspect pratique, parce que c’est grand, machin, en vrai, on peut avoir des voitures qui sont presque aussi pratiques et presque aussi spacieuses que des SUV sans que ce soit des SUV. Mais je crois que quand on achète un SUV, c’est qu’on veut vraiment faire partie de ce groupe de gens qui ont des SUV. Tu vois ce que je veux dire ? Quand tu as un X7 ou un je sais pas, moi, ou c’est X5 ou Q7 ou… Bon, je sais plus, je connais pas bien les modèles. Mais pour moi, il y a vraiment cette notion de signe extérieur de richesse ou signe extérieur de statut social que l’on veut montrer. Et pour moi, ça, ça montre une faille un peu narcissique. Et c’est là, moi, où je trouve qu’il y a un peu une mise à nu du ridicule de cette attitude-là. Mais après, c’est ma lecture, c’est ma grille d’analyse de la chose.
Olivier : Et parce que, est-ce que, finalement, ça s’est tellement normalisé ? Bon, le SUV, on en parle, mais mettons les pieds dans le plat. Le SUV, il s’est tellement normalisé aujourd’hui, c’est devenu un peu en fait, limite une voiture sur deux, c’est un SUV. Et donc, en fait, est-ce que, fondamentalement, il y a une volonté de montrer sa puissance, sa richesse, peu importe comment tu l’appelles ? Ou est-ce que c’est juste devenu… En fait, c’est normal aujourd’hui, tu as une voiture, en fait, tu as un SUV parce que ton voisin a un SUV, parce que tout le monde a un SUV, et tu ne te poses même pas trop la question. Est-ce que ce n’est pas ça, le danger aussi ? C’est de normaliser le fait d’avoir des aussi grosses voitures, là où le côté, peut-être, celui qui a envie de se montrer un petit peu, il ne prendra peut-être pas un SUV, il prendra une voiture de luxe, tu vois, et il roulera, peut-être, en Porsche, ou en Ferrari, ou en Maserati, tu vois, j’en sais rien. Tu vois, est-ce que, justement, le SUV, qui était peut-être, à l’époque, un symbole de pouvoir, aujourd’hui, ce n’est même plus un symbole de pouvoir, c’est juste devenu un symbole de… C’est la norme, en fait, tout simplement. C’est devenu mainstream, exactement. Et donc, j’ai l’impression qu’au contraire, c’est devenu mainstream, et que c’est peut-être aussi ça, le danger, tu vois. Encore une fois, on est peut-être dans des contextes aussi très différents. Voilà, moi, je suis en région bruxelloise, et je dois dire que, pour revenir à ce que tu disais tout à l’heure, moi, je vais à vélo au bureau, il y a 15 bornes, et je vois le matin, alors pas dans Bruxelles, mais en dehors de Bruxelles, en périphérie, donc en Flandre, je vois des enfants qui vont à vélo à l’école. Et je les croise systématiquement, et je suis avec eux, on partage la même piste cyclable. Et donc, c’est quelque chose qui est… C’est quelque chose qui est présent, mais par contre, c’est vrai que dès que je rentre en ville, tout de suite, j’en vois beaucoup moins.
Charles MERLIN : Écoute, c’est une très bonne question, franchement, mais tu me fais douter, maintenant, parce qu’après, je ne sais pas si, effectivement, en Belgique, vous avez déjà atteint ce stade où le SUV, en fait, c’est maintenant devenu un modèle, un type de voiture qui est mainstream, qui est normal. En France, ça reste quand même un marqueur. Ça reste un marqueur de statut social. C’est sûr que ça a explosé, mais de là à dire que c’est devenu le modèle un peu moyen, médian, que monsieur et madame tout le monde aurait, on n’en est pas encore là.
Olivier : J’espère me tromper, mais c’est vrai que c’est un peu l’impression que je peux avoir, qu’en fait, dès que tu es en couple ou en famille, ça devient un petit peu la base. Mais d’ailleurs, tu le regardes dans les catalogues aussi de voitures. Encore une fois, désolé si on s’éloigne un petit peu, le but était de parler de vélo, mais forcément, quand on parle de vélo, il faut qu’on parle aussi un peu de voiture. Et donc, est-ce que finalement, ce SUV, oui, ça devient vraiment la norme.
Charles MERLIN : Je pense que c’est l’objectif des constructeurs, en tout cas.
Olivier : Oui, mais parce que tu n’as pas le choix, en fait. Parce que tu regardes les nouvelles voitures, tu regardes notamment sur la plupart des voitures électriques qui forcément ont besoin… Bon, tu as une batterie qui prend de la place, donc du coup, il faut une plus grande voiture. Ça a joué aussi, forcément, ça a poussé dans ce sens-là. Mais donc, j’ai l’impression que tu regardes les catalogues et effectivement, il y en a de plus en plus. Et moi, je le vois aussi parce que je travaille en tant que consultant en transition écologique. On accompagne des entreprises justement sur des enjeux, climatiques notamment. Et parfois, ils me disent, mais en fait, nous, notre catalogue de voitures de leasing qu’on est obligé de choisir, parce que tous les employés ont une voiture de société. On est en Belgique. Et donc, ils disent, en fait, nous, on doit choisir une voiture de société, même si ça change petit à petit. Ils commencent à avoir des plans un peu plus flexibles quand même, heureusement, avec des budgets mobilité, etc. Mais ils disent, en fait, j’ai pas le choix. Sur 10 voitures, il y en a 9, c’est des SUV.
Charles MERLIN : Oui, là, clairement.
Olivier : Et c’est un petit peu… Donc, c’est aussi… Il y a une côté de la demande, mais c’est aussi driver par l’offre,
Charles MERLIN : en fait. Bien sûr. Étant donné que les constructeurs vendent ça plus cher et font des marges plus importantes sur les SUV, ils ont intérêt effectivement à les pousser et à orienter la sélection. C’est sûr, quand sur 10 voitures, tu as 8 ou 9 SUV, forcément, tu vas te retrouver avec plus de SUV dans la société. Écoute, après, bon, moi, je suis à Paris, donc c’est vrai que j’ai… C’est peut-être une vision biaisée du paysage automobile, du parc automobile français, aujourd’hui. C’est vrai qu’il y a une grosse évolution du nombre de SUV, mais pas au point où ça peut être considéré comme le modèle lambda. Mais c’est vrai que je pense qu’il faut appuyer sur tous les boutons qu’on peut avoir à disposition pour rendre ça moins cool, quoi. Pour moi, il y a un peu… Moi, ça me fait un peu penser… au mec qui se taille et qui se compare en fonction de celui qui aura la plus grosse, quoi. Moi, ça me fait un peu penser à ça, quoi. Donc, je trouve qu’il y a un peu un côté ridicule, mais après, voilà, c’est ma grille de lecture à moi et je pense qu’il y a encore plein, plein de gens dans la population qui regardent ça comme étant un vrai symbole de réussite et qui n’ont pas ces grilles de lecture que moi, j’ai.
Olivier : Tu parlais de bataille culturelle tout à l’heure. C’est quoi le rôle des influenceurs et des médias dans le maintien du modèle voiture ?
Charles MERLIN : Ah ben, il est central, hein. En fait, si tu veux, je pense que les décisions sont beaucoup prises en se basant sur les images qui nous entourent. Parce qu’en fait, voilà, on a une grosse propension au mimétisme pour pas se faire exclure de notre grande famille humaine et, voilà, continuer de se faire inclure par nos pères. Et c’est vrai que… Ben, du coup, quand je parle d’image, et j’ai parlé tout à l’heure d’imaginaire, la pub, les médias, et donc les médias… Enfin, bon, ça, c’est pas vraiment la responsabilité des médias, mais c’est plus l’autorité de régulation des médias qu’on a ici en France, ou l’autorité de régulation de la publicité. Mais ça, il faut qu’il y ait une volonté politique pour appliquer, pour réguler un minimum ce milieu de la publicité pour qu’il y ait moins de… de publicité pour des SUV ou pour des voitures tout court. Et côté… côté médias, donc, quand on parle des contenus organiques et pas de la publicité, et des influenceurs, en fait, le mode de vie que l’on va montrer, et que l’on va montrer comme étant normal, pas nécessairement désirable, même s’il y a une notion de désirabilité qui est importante, mais plus on sera nombreux, en tant que créateurs de contenus et dans les médias, à montrer du vélo, eh ben, mécaniquement, inconsciemment, de plus en plus de Français, de Belges, de gens se mettront au vélo. Ça, mais j’en suis convaincu. Donc, effectivement, notre responsabilité, elle est énorme. Moi, je me montre parfois en vélo, enfin, j’ai fait des collaborations avec la FUB, pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c’est la Fédération des Usagers de Bicyclettes, donc c’est un peu l’association qui représente… c’est un peu le lobby citoyen des cyclistes, comme on a… on a en face le lobby des automobilistes, qui est beaucoup moins puissant, mais du coup, voilà, on a fait une collaboration ensemble il y a quelques mois, c’était pour faire connaître le baromètre vélo, donc pour que les gens puissent un petit peu noter l’environnement cyclable de leur commune, on va dire, puisque nous, on a des élections municipales l’année prochaine, et donc c’est important, en fait, que les maires actuels et les candidats potentiels sachent un petit peu ce qui va, ce qui va pas, pas d’après leurs administrés, on va dire, qui pratiquent le vélo. Mais, ouais, ouais, ouais, grosse responsabilité.
Olivier : Et du coup, après toutes nos discussions, là, ou peut-être que c’était déjà prévu, mais tu as du contenu qui va encore sortir prochainement sur le sujet ?
Charles MERLIN : Écoute, on a prévu de… enfin, en tout cas, on a évoqué, je veux pas dire de… je veux pas trop m’avancer, mais on a évoqué avec la FUB une autre vidéo sur une autre campagne pour, bah, promouvoir l’utilisation du vélo. Mais là, moi, dans mes contenus à moi, non, parce que, bah, on est juste avant les vacances, et je t’avoue que je vais couper, je vais couper un peu pendant les vacances pour déconnecter et me reposer, quoi. Mais, ouais, ouais, dès que je peux montrer le vélo, je le montre.
Olivier : En septembre, en tout cas, c’est un peu un des moments phares pour mettre les gens en selle, c’est pas mal.
Charles MERLIN : Ouais, effectivement.
Olivier : Ok, et bon, c’est vrai que t’as une certaine audience aujourd’hui, est-ce que t’as pas parfois l’impression de prêcher des convaincus ? Et si oui, comment dépasser, justement, ces bulles ?
Charles MERLIN : Ah bah, écoute, c’est une excellente question. Moi, je suis en plein dedans, là. Si tu veux, je suis en plein dedans, et pas uniquement sur la question du vélo, mais ça concerne, bah, tous les sujets que je traite. Et effectivement, même si je touche quand même pas mal de monde, pour dire les choses rapidement, c’est vrai que les gens qui me suivent sont quand même relativement des gens qui me ressemblent. C’est-à-dire, je dirais, des personnes dans ma tranche d’âge, plutôt blanches, plutôt classe moyenne, voire supérieure. Je dis pas que y’a pas de classe populaire, mais on va dire que la moyenne, c’est plutôt ça. Peut-être déjà un peu politisé, avec un niveau d’éducation, et en fait, la question des bulles de filtre, effectivement, elle se pose, parce que si ce sera toujours utile d’alimenter, on va dire, mes abonnés qui me ressemblent en point de vue, en information, en actu, en vulgarisation, ça, bien sûr, ça, ce sera toujours nécessaire. Mais à un moment donné, je devrais effectivement dépasser mes bulles de filtre et toucher d’autres publics. Et donc, ça, cette question, j’ai commencé à me la poser il y a environ six mois. Et ce que je me suis dit, c’est que aujourd’hui, pourquoi y’a pas de personnes différentes de moi qui me suivent, qui sont pas si différentes de moi qui me suivent, c’est parce que mon format de contenu, il est pas suffisamment accrocheur. Ou c’est-à-dire que ça ne correspond pas au format qui intéresse ces autres publics. Moi, quand je fais une vidéo, j’ai plutôt une approche journalistique. C’est-à-dire que je me filme avec mon téléphone, j’ai plutôt un ton journalistique, je mets des images d’illustration qui font un peu penser à un reportage d’un journal, d’un JT et tout. Et du coup, c’est vrai que pour des publics plus jeunes, peut-être plus éloignés de la politique, ça peut sembler assez chiant, assez ennuyeux. Et du coup, moi, mon processus de réflexion, c’est de me dire « Ok, il faut que je développe une deuxième approche dans ma création de contenu qui est moins journalistique et qui s’appuie davantage sur le divertissement et qui consisterait à adopter davantage de codes et davantage d’esthétiques du divertissement. » Et en fait, j’ai fait le test avec une vidéo pour parler de l’injustice fiscale et des inégalités de richesse et en quoi aujourd’hui, en France, on a des ultra-riches, c’est-à-dire des milliardaires, qui payent moins d’impôts sur le revenu que les classes moyennes et les classes populaires. Enfin, il y a vraiment des travaux d’économistes qui montrent ça, quoi. Les grandes fortunes réussissent à échapper à l’impôt, à travers des mécanismes d’optimisation fiscale. Donc, évidemment, c’est pas juste. Bref. Mais c’est un sujet quand même qui est assez technique, qui est un peu chiant, la fiscalité, voilà. Et si tu veux, moi, pour faire cette vidéo, j’ai fait une parodie de MrBeast. Alors, je sais pas si même toi, tu connais ou pas. Je sais qu’il y a plein de gens qui connaissent pas, mais c’est MrBeast, c’est le premier YouTuber du monde. C’est le plus gros YouTuber du monde, voilà. Et je vous invite quand même à aller sur sa page, parce que je pense que c’est assez informatif sur un peu ce que consomment les jeunes en termes de contenu vidéo, notamment sur YouTube, mais partout aussi, quoi. Donc, ça s’écrit un peu comme ça se prononce, MrMR, et plus loin, Beast, B-E-A-S-T. Et en fait, MrBeast, si tu veux, c’est du divertissement à l’américaine et à la sauce capitaliste plus plus, quoi. C’est-à-dire, il met des gens en compétition les uns contre les autres pour gagner de l’argent. Donc, en termes de valeur et tout, c’est vraiment pas ouf, mais d’un point de vue image, d’un point de vue spectacle, d’un point de vue production, c’est incroyable. Et c’est pour ça que ça marche. Et du coup, moi, j’ai parodié une vidéo de MrBeast pour parler des inégalités de richesse et de l’injustice fiscale, et la vidéo, elle a cartonné. Elle a fait… 2,5 millions de vues sur TikTok et plus de 4,5 millions sur Instagram. Et là, moi, j’ai vu dans les commentaires que je touchais des publics complètement différents. Mais j’ai réussi à les toucher parce que j’ai utilisé un format qui leur parle. Et ça, c’est vraiment fondamental. C’est-à-dire que si nous, on va dire, je dis nous, les gens écolos, progressistes, on n’arrive pas à prendre conscience de ça, et dans notre ligne éditoriale, et dans notre création, on n’arrive pas à s’adresser à ces publics, finalement, on n’arrivera jamais à percer le mur du son. On n’arrivera jamais à sortir de nos cercles. Et je pense que si, effectivement, on veut avoir un vrai impact qui se traduise en termes de politique publique, du coup, ça veut dire qu’il faut penser de manière électorale aussi, en fait, on ne peut pas attendre des politiques qui sont au pouvoir, qui mènent des politiques publiques plus progressistes, s’il n’y a pas un poids électoral progressiste qui est plus important. C’est mathématique. Mais ça, pour le coup, en amont, il faut qu’en matière de bataille culturelle, donc les créateurs de contenu, les médias, les associations, la société civile, il faut qu’on mène, il faut qu’on arrive à mener ce combat. Et aujourd’hui, l’extrême droite, elle, elle a compris, ça. Elle a compris ça, on l’a vu avec Trump, qui a fait un tour de podcasteur, tu vois. En fait, il a su adopter ou s’insérer dans des canaux qui touchaient ces gens-là. Et nous, on n’a pas encore… Enfin, je pense qu’on est en train… Il y a un processus de conscientisation qui est en train de se faire, mais ils ont une longueur d’avance sur nous. Donc… Et je parle d’extrême droite, je parle aussi des énergies fossiles, parce que tout ça est lié, quoi. Mais, ouais, ça, c’est un enjeu très, très important.
Olivier : Ça me fait penser à un des slogans, d’ailleurs, de Bleen, le cabinet de conseil que j’ai cofondé il y a quelques années. C’est « make the transition sexy ». Et en fait, ouais, il faut le rendre cool. La transition écologique, il faut qu’elle soit cool. Le vélo, il faut que ce soit cool. Il ne faut pas que les gens se disent « en fait, c’est une contrainte, le vélo, parce que c’est fatigant, parce qu’il pleut, parce que machin ». Mais non, en fait, c’est pas ça. Le vélo, c’est cool. Vous allez être bien, ça va être chouette. Et puis, en fait, c’est mettre en avant tous les aspects positifs, parce que finalement, être en bonne santé, avoir une meilleure condition physique, avoir une meilleure qualité de peau, avoir plus de muscles, être plus résistant, enfin, finalement, tout ça, c’est quand même des choses qui sont plutôt… La plupart des gens ont envie de ça. En fait, le vélo vous le permet, donc essayez.
Charles MERLIN : Ouais, mais complètement. Complètement. Je pense qu’en fait, tous les arguments rationnels, on les a, et donc il faut continuer à les mettre en avant, on est d’accord, mais maintenant, il faut la deuxième pièce du puzzle…
Olivier : Bien sûr. C’est le cerveau droit et le cerveau gauche.
Charles MERLIN : Exactement. Donc, la deuxième pièce du puzzle qui travaille davantage les affects, et qui vient… On doit l’imbriquer dans la première pièce où on a nos arguments rationnels. Et du coup, ça, je pense que c’est le travail qui doit nous mobiliser.
Olivier : Tout à fait. C’est un beau mot de la fin. Je ne veux pas te mettre en retard, parce que je sais que tu as un rendez-vous. Si tu avais une baguette magique, et 30 secondes, même pas 10 secondes à la télé pour… à l’heure de grande écoute, s’il y avait quelque chose que tu devais dire pour faire changer un truc, ce serait quoi ?
Charles MERLIN : Si je devais dire quelque chose à la télé, par exemple, diffuser un message ?
Olivier : Là, maintenant, on est au JT, là, aux 20h.
Charles MERLIN : Ah, waouh ! C’est une bonne question.
Olivier : Je n’avais pas envoyé des questions à l’avance, donc c’est de l’impro totale.
Charles MERLIN : Ouais, mais c’est très bien comme ça. Moi, je préfère qu’on se spontanait. Écoute, ça demande un gros travail de hiérarchisation, parce que si j’ai un message à faire passer, je pense que, en fait, si tu veux, c’est un petit peu l’esprit et la raison d’être de Vivre moins con, c’est de déconstruire les croyances et les mythes qui sont souvent entretenus et qui sont souvent alimentés par, encore une fois, des intérêts qui ont intérêt à faire en sorte qu’ils persistent. Et du coup, ouais, moi, je prendrais peut-être, allez, deux minutes, si tu m’accordes deux minutes à la télé, pour revenir sur des grandes croyances comme ça, sur par exemple l’écologie,
le réchauffement. La semaine dernière, moi, j’étais, ou il y a deux semaines, j’étais à un séminaire où on était plusieurs créateurs de contenu, d’ailleurs. C’est le collectif « On est prêt » qui a organisé ça avec des créateurs et des créatrices de contenu engagés et d’autres moins engagés. Et donc, on a eu une présentation d’une glaciologue qui s’appelle, Heidi Sévestre. Vous pouvez la retrouver sur Insta, notamment. Et en fait, elle nous a fait une présentation qui nous a tous un peu mis une claque, quoi. Non seulement parce qu’elle nous a fait un peu l’état des lieux qui fait peur et tout, mais en fait, si tu veux, elle revient sur l’argument « Le climat a toujours changé », qui est un des arguments des climato-sceptiques. Oui, mais de toute façon, le climat a toujours changé. Et effectivement, elle te montre sur une frise chronologique que d’aujourd’hui, à moins 800 000 ans, en arrière, tu vois, la courbe, elle fait ça. Donc, effectivement, t’as des évolutions au bas, au bas dans les températures. Et quand on arrive… Donc, au début, elle nous dit « Oui, oui, ils ont raison, ça a toujours changé ». Mais quand on arrive à 1950 et là, 2025, t’as un pic des émissions de CO2 qui est énorme. Et pardon, la courbe, c’était la… C’est les émissions de CO2 depuis 800 000 ans. C’était… Oui, c’est ça. C’était pas la courbe des températures, c’était la courbe des émissions de CO2. Merci. Et en fait, tu vois l’explosion d’émissions de CO2 à partir de la révolution industrielle qui dépasse toutes les hausses, mais en x2 ou x3 de toutes les évolutions qu’on voit sur la courbe depuis 800 000 ans. Et là, c’est là qu’on dit, en fait, mais on peut pas utiliser cet argument, ça a toujours changé, quoi. C’est pas possible. Donc, voilà. En gros, si tu veux, ce serait… Ouais, je reviendrai sur des croyances comme ça, quoi.
Olivier : Eh bien, écoute, merci.
Charles MERLIN : Merci à toi, Charles. Merci à toi, Olivier.
Olivier : Mais si vous voulez le retrouver, c’est vivre moins con sur tous les réseaux, YouTube, Instagram, TikTok, Facebook, LinkedI. Voilà. Et nous, on se retrouve du coup prochainement pour un nouvel épisode. Et d’ici là, je vous souhaite déjà un très bel été. Salut à tous.