Dans cet épisode, Mélodie, co-présidente de La Ville à Vélo, explore les freins spécifiques à la pratique du vélo chez les femmes.
À travers son mémoire et ses engagements, elle met en lumière une mobilité genrée encore trop méconnue.
On y parle sécurité, injonctions corporelles, et mobilité domestique.
Un échange passionnant pour mieux comprendre les enjeux de genre dans nos déplacements.
À écouter absolument pour repenser la ville à hauteur de pédale !
Bonne écoute !
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Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !
« Le vélo, c’était aussi pour moi une manière de continuer à faire une activité physique qui me vidait un peu la tête en sortant du boulot. »
« Les femmes vont avoir des trajets qui sont plus courts. Elles vont choisir, notamment, leurs lieux de travail plus proches géographiquement que les hommes. »
« Le vélo pourrait répondre à beaucoup de contraintes de déplacement des femmes. »
« Quels sont les freins à la pratique du vélo par les femmes? Insécurité physique, injonctions corporelles, et manque de solutions facilitant la mobilité domestique. »
« Il y a un rapport genré à l’effort physique, et les femmes sont moins prêtes à faire un effort que les hommes, parce qu’elles sont socialisées à ne pas avoir envie. »
« Faire du vélo avec ses enfants, c’est s’exposer à sortir un peu de cette norme de genre. »
« Faire du vélo, c’est aussi une manière de se réapproprier son corps. »
« 57 % des femmes sont sédentaires contre 33 % des hommes. »
« Un exemple qui est assez concret, c’est qu’il y a toujours beaucoup de femmes qui ne se sentent pas à leur place, moi y compris, quand je rentre dans un magasin de vélo. »
« Le vélo, c’était un vecteur d’émancipation pour les femmes, il a permis, par exemple, de donner aux femmes le droit de porter un pantalon. »
Grâce à Autoscript.fr, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange.
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Ce podcast animé par Victor Blanchard est proposé par https://bleen.be, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.
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Lire la transcription
Victor : Salut Mélodie et bienvenue sur le podcast Vélotaf.
Mélodie : Bonjour Victor.
Victor : Tu es coprésidente de l’association La Ville à Vélo. Tu es aussi animatrice des fresques de la mobilité et du sexisme, deux thématiques qui, selon toi, sont au cœur de notre quotidien et structurent profondément notre société. C’est d’ailleurs pour cette raison que tu as fondé Fresques en Mouvement afin d’accompagner les entreprises sur ces sujets. Enfin, au cours de ton cursus au sein de l’Institut de la Transition, tu as rédigé un mémoire sur la mobilité des femmes à vélo. Est-ce que cette courte introduction te convient ? Est-ce que tu veux ajouter ou corriger quelque chose ?
Mélodie : Oui, ça va. Je ne sais plus, tu as dit que c’était à destination des entreprises et des structures, c’est ça, les ateliers de fresques ?
Victor : Que tu avais fondé Fresques en Mouvement pour accompagner les entreprises sur les sujets de mobilité et de sexisme.
Mélodie : Oui, c’est ça. Oui, c’est bon.
Victor : Mais effectivement, oui, les fresques, ça s’anime aussi en grand public. Ok, mais on va commencer par ton mémoire sur la mobilité des femmes à vélo. Alors, tout d’abord, pourquoi avoir choisi ce sujet pour ton mémoire ?
Mélodie : Eh bien, en fait, l’Institut de Transition, du coup, dans le cadre du parcours de formation, il nous demande de choisir un sujet qui nous anime. C’est un des conseils pour qu’après, il y ait un mémoire riche en résultats. Et donc, moi, je viens du secteur de la mobilité des transports publics. Je suis ingénieure de formation et j’ai travaillé pendant 12 ans à développer, des projets de transports métro, à la fois en conception et puis en mise en service opérationnel. Mais au niveau personnel, je me déplaçais de plus en plus souvent à vélo et notamment quand j’ai eu des enfants, j’ai trouvé qu’il était plus simple des fois de se déplacer à vélo et surtout, ça me permettait en fait de bouger mon corps. Et avec un emploi du temps bien rempli, un poste à responsabilité avec des enfants à bas âge, on a moins de temps de faire du sport. Et donc, le vélo, c’était aussi pour moi une manière de continuer à faire une activité physique qui me vidait un peu la vie. Je me suis fait un peu la tête en sortant du boulot. Et donc, j’ai eu envie aussi de développer ce mode vélo. Et je me posais la question de pourquoi il n’y a finalement pas tant de personnes que ça qui choisissent cette solution. Et peut-être se dire comment on peut développer des solutions qui permettent de lever un peu ses freins à la mobilité vélo. Et donc, finalement, cette mobilité vélo, elle a toujours été un peu derrière un coin de ma tête par rapport à mon projet professionnel. Sans vous le dire. Ça a forcément se concrétisé. Et donc là, par rapport à cette proposition de mémoire, je me suis dit pourquoi pas creuser un peu ce sujet de la mobilité vélo. Après avoir travaillé dans les transports en commun, pourquoi pas aller sur cette mobilité un petit peu moins développée. Donc ça, c’est sur la partie pourquoi j’ai choisi le sujet du vélo. Après, sur la partie pourquoi j’ai choisi le sujet des femmes et de la place de la femme. La question du féminisme et des normes de genre, elles m’ont toujours un peu interrogée. J’avais lu quelques livres, écouté quelques podcasts, mais sans trop creuser le sujet davantage. Et j’avais envie de comprendre, en fait, les mécanismes de ces situations qui se créent. Et pourquoi, en fait, on a ces mécanismes de genre. Et quels étaient les impacts, en fait, sur nos vies, sur nos choix. Et me demander aussi comment, moi, je dois éduquer ma fille, mon fils. Et voilà. Et en fait, ce mémoire, c’était aussi l’occasion de me dire. Tiens. Est-ce que je ne croiserai pas aussi ce sujet des normes de genre et la place de la femme ? Et donc, j’ai voulu un peu croiser ces deux sujets. Parce que je n’arrivais pas à choisir entre les deux. Et je me suis dit. Tiens. Si je faisais les deux ensemble, en fait. Est-ce que ça ne serait pas intéressant ? Et en fait, j’ai fait ça sans savoir exactement ce que j’allais y trouver. C’est vraiment. Je me dis. Tiens. Vélo et femme. Qu’est-ce que ça peut faire, en fait ?
Victor : En tout cas, ça tombe à très bien. Parce que c’est un sujet que… C’est un moment que je voulais aborder dans le podcast. Et donc, j’ai déjà parlé avec des femmes. Avec diverses invitées. Mais je n’ai jamais eu de personnes vraiment spécialisées sur le sujet, si je puis dire.
Victor : Donc, est-ce que la mobilité quotidienne des femmes, sans même forcément parler de vélo. Est-ce qu’elle est différente de celle des hommes ? Et si oui, pourquoi ?
Mélodie : Alors, oui. C’est ce que j’ai du coup appris, découvert en creusant le sujet. Il y a une mobilité spécifique pour les femmes. Et il y a de nombreuses études qui montrent, en fait, ça. On le sait depuis longtemps. Ce n’est pas une découverte. Pour les gens qui ne connaissent pas. Qui travaillent dans le milieu. Dans les études de mobilité. Mais moi, qui étais malgré tout dans la mobilité. Mais sur d’autres aspects. Je n’avais pas forcément connaissance, en fait, de ces données-là. Et donc, j’ai trouvé qu’en fait, elles étaient assez méconnues. Même si elles sont connues des experts. Elles sont méconnues, finalement, des gens qui travaillent dans la mobilité. Et du grand public en général. Donc, finalement, qu’est-ce qu’on sait ? C’est que finalement, quels que soient les milieux sociaux. L’ère géographique. Ou l’âge des femmes. Il y a des tendances communes qui se dégagent dans la mobilité des femmes. Et c’est quoi ces caractéristiques ? Les femmes, donc, vont avoir des trajets qui sont plus courts. Elles vont choisir, notamment, leurs lieux de travail plus proches géographiquement. Que les hommes. Avec un écart, quand même, qui est environ de 8 km. Pour les femmes qui vivent en famille en zone dense. Donc, c’est un écart qui n’est quand même pas neutre. Elles vont aussi avoir des déplacements qui sont plus lents. Et ça. Cette vitesse de déplacement. Elle est influencée par les modes de transport utilisés. Et aussi par les contraintes qui sont liées à ces déplacements. Elles vont aussi avoir des trajets qui sont étalés tout le long de la journée. Moins concentrés aux heures de pointe du matin ou du soir. Ça, ça s’explique aussi par rapport au temps partiel qui est plus fort chez les hommes. Qui est environ de 30% contre 8% pour les hommes au niveau national. Et sur la mobilité des femmes. Elles parcourent, en fait, moins de kilomètres. Et passent moins de temps en déplacement. Mais effectuent plus de trajets. Donc, il y a environ un trajet par jour en moyenne pour les femmes. Et pour une femme qui a 38 ans. On a environ un trajet de plus par jour par rapport aux hommes. Et enfin, dernière caractéristique qui est assez forte. Elles ont des itinéraires qui sont plus complexes. C’est-à-dire que pour optimiser leur temps. Les femmes vont développer des stratégies de combinaison des activités. Elles vont souvent enchaîner les trajets. Par exemple, c’est quoi ? C’est partir du travail. S’arrêter à la pharmacie. Faire des courses avant de rentrer chez elles. Alors que les hommes, eux, ils vont plutôt avoir des trajets plus simples. Ils vont partir d’un point A et aller à un point B. Sans faire des arrêts intermédiaires. Et là, sur ce sujet, il y a une chercheuse espagnole. Ines Sanchez de Madariaga. Qui, en 2013, a inventé le concept de mobility of care. Donc, on peut traduire par la mobilité domestique. Et qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une mobilité qui est liée aux soins apportés aux autres. Et à l’entretien du foyer. Et donc, c’est aussi intéressant de donner un nom à cette mobilité. Qui était finalement un peu invisibilisée dans les études de mobilité. Justement pour dire qu’il n’y a pas seulement une mobilité domicile-travail. Il y a aussi une mobilité domestique. Donc, c’est quoi la conclusion de ces caractéristiques ? C’est de dire finalement. Il y a des différences de mobilité entre les femmes et les hommes. Qui sont bien caractérisées. Et ces caractéristiques résultent de rôles sociaux. Donc, on peut dire que la mobilité est genrée. C’est ça que ça veut dire. Et pour moi, ça a été effectivement une découverte.
Victor : Oui, complètement. Je pense que la plupart d’entre nous n’en ont pas forcément conscience. Et tu as expliqué que les femmes se déplaçaient plus lentement. Et que c’était notamment dû. Entre autres dû au mode de transport qu’elles choisissent. Et donc, c’est quoi les modes de transport choisis par les femmes ? Oui.
Mélodie : Alors, en fait, on sait aussi dans les études de mobilité. Que les femmes, elles vont marcher davantage. Donc, la marche est un mode de déplacement qui est plus utilisé par les femmes que les hommes. De façon assez forte. Il y a un écart quand même notable. Et également, un peu plus aussi les transports en commun. Et notamment dans les transports en commun, le bus aussi est un peu plus utilisé par les femmes. Et donc, on comprend en fait avec ce que j’ai dit avant. La marche et le bus, par exemple, c’est souvent utilisé pour des déplacements de proximité. Et qui sont aussi faciles de faire quand on est en accompagnement avec des enfants. Voilà, pour la mobilité domestique. Et assez lié aussi à ces contraintes de mobilité de ces deux modes. Par contre, quand on regarde effectivement le mode vélo. On s’aperçoit que le rapport, en fait, il est inversé. C’est la seule mobilité active où, finalement, on a moins de femmes que d’hommes.
Victor : Et ça, c’est surprenant. Parce que, mine de rien, le vélo pourrait répondre à beaucoup de contraintes de déplacement des femmes. Enfin, c’est pratique pour les trajets courts. Ou il y a plusieurs trajets imbriqués. Parce que c’est très simple de stationner, etc. Donc, pourquoi, à ton avis, est-ce que le vélo n’est pas plus plébiscité par les femmes ?
Mélodie : Oui, tu as complètement raison. C’est vrai qu’il correspond un peu à cette dynamique d’itinéraire complexe, le vélo.
Mélodie : Alors, pourquoi, en fait, il y a moins de femmes ? Il y en a environ, on peut dire qu’il y a deux fois moins de femmes. C’est dans les chiffres un petit peu plus récents que donne notamment la Fédération des Usagers et Réusagers de la Bicyclette. Ces freins-là, ça a été justement un peu la première question que je me suis posée dans mon mémoire. C’est un, de faire le constat qu’il y a moins de femmes. Et deux, de se dire pourquoi il y a cet écart de pratique. Et quels sont les freins à la pratique du vélo par les femmes ? Et en recherchant plein de travaux, plein d’études, j’ai trouvé de la matière. Et au bout d’un moment, j’ai réussi à organiser un peu tous ces freins. Et finalement, à pouvoir les rassembler en trois catégories, trois ensembles de freins que j’ai proposé d’énoncer comme ça. D’abord, les freins liés à l’insécurité physique. Les freins liés à l’insécurité physique sociale et technique des femmes par rapport à la pratique du vélo. Le deuxième, la deuxième catégorie, c’est donc les injonctions corporelles adressées aux femmes qui paraissent pas compatibles avec la pratique du vélo. Et enfin, la troisième catégorie de freins, c’est le manque de solutions facilitant la mobilité domestique.
Victor : Ouais, est-ce que tu veux bien développer les trois pour qu’on prenne mieux de ce dont tu veux parler ? Donc le premier, c’était insécurité physique, sociale et technique, c’est ça ?
Mélodie : Ouais, c’est ça. Ça, qu’est-ce que ça veut dire ? C’est en fait, par exemple, la crainte d’un accident routier. Ça, c’est un des premiers freins qui est donné dans les études par rapport à la pratique des femmes. Le deuxième frein, c’est aussi la crainte du conflit social, donc avec d’autres automobilistes ou des agressions sexistes. Et il y a une étude à Lille qui est réalisée par Copenhagen Eyes qui montre que chez les cyclistes, il y a environ 60% des femmes qui craignent souvent, ou tout le temps, un risque d’accident. Et chez les non-cyclistes, c’est environ 43% des femmes qui ne se déplacent pas à vélo parce qu’elles trouvent que ce mode est trop dangereux et qu’elles ont peur, en fait, à la fois des accidents, mais aussi des conflits avec les autres usagers. Et enfin, une troisième aussi panne, c’est la crainte d’une panne mécanique. C’est là l’insécurité technique. Et ça, ça veut dire quoi ? C’est en fait tous les aléas qui peuvent arriver à vélo. On crève ou alors le vélo ne freine plus très bien et donc mince, je n’utilise plus mon vélo parce que je ne sais pas comment régler les freins. Et puis, ça va aussi sur l’objet vélo lui-même de savoir finalement quel vélo je vais choisir. Quand on arrive dans un magasin en tant que femme, il y a plein de modèles de vélo et qu’on n’est pas forcément initiés sur le sujet. Et en fait, on est un peu perdu. On est perdu devant tous ces modèles. Qu’est-ce que moi, j’en ai besoin ? Et on se sent un peu, quelque part, incompétente sur ce sujet. Et ça, c’est aussi des freins qui éloignent les femmes de la pratique du vélo.
Victor : Oui, c’est des sujets que j’ai eu l’occasion d’aborder avec d’autres invités sur le podcast comme les Roues Libres, par exemple, qui est une association qui forme notamment les femmes à la mécanique vélo. Ou alors une asso qui fait des rides pour les… seulement pour les femmes à Bruxelles et aussi pour les personnes transgenres et non-binaires qui permet justement de ne pas avoir la pression masculine qui permet de… de ce que j’ai compris, de vraiment s’épanouir. Je ne sais pas comment le dire autrement. Juste de ne pas avoir cette pression masculine qui peut pousser à faire des erreurs qu’elle ne ferait pas autrement. Je ne sais pas si c’est très bien exprimé. Oui. En tout cas, je trouvais ces invités super et leurs initiatives super pertinentes. Sur le deuxième, tu avais parlé des injonctions corporelles aussi.
Mélodie : Oui, tout à fait. Parce que finalement, à vélo, souvent, on décide de porter un casque. Et donc, le casque, concrètement, ça décoiffe en fait. Donc, des fois, c’est aussi un frein, rien que ça. Je peux pas porter un casque en fait parce que j’ai pas envie d’arriver avec les cheveux comme ça le matin. C’est aussi la question des talons, la question des jupes, la question aussi du maquillage. Est-ce que mon maquillage, il va couler ? Si je transpire, est-ce que je vais sentir la transpiration ? Ça, c’est le côté injonction esthétique. Et puis après, il y a le côté aussi capacité de son corps en fait. De savoir, en fait, c’est trop fatigant de faire du vélo. J’ai pas envie tous les jours de galérer à pédaler quoi. Et que je me vois pas faire un effort physique régulier. Et ça, les études sociologiques, elles montrent qu’il y a un rapport genré à l’effort en fait physique. Et que les femmes, elles sont moins prêtes à faire un effort physique que les hommes. Pas parce qu’elles sont pas capables, mais parce qu’elles sont socialisées à ne pas avoir envie, à ne pas avoir le goût de l’effort en fait. Et il y a les enquêtes qui montrent, enfin, il y a une enquête du ministère de la transition écologique Marché et Pédalé. Qui montrent que l’aspect décourageant du relief, il est plus fort chez les femmes que chez les hommes. Voilà, donc c’est pas parce qu’elles savent pas monter une côte, c’est parce qu’elles ont pas envie. Et pourquoi elles ont moins envie que les hommes ? Bah voilà, c’est la question du genre qui est posée quoi.
Victor : Ouais, la précision était étudiée, je t’aurais demandé de façon sinon. C’est pas parce qu’elles sont pas capables, c’est juste qu’on a été socialisés comme ça de façon genrée. Et le dernier truc qu’on utilisait, c’était le manque de solutions facilitant la mobilité domestique. Donc on voit un peu apparaître… Enfin en tout cas moi à Bruxelles, je vois énormément tout ce qui est long tail pour transporter les enfants, etc. Mais ça reste encore insuffisant, j’imagine, pour répondre aux besoins des femmes ?
Mélodie : Bah c’est une première solution, effectivement. Et c’est d’ailleurs ce pourquoi ça se développe autant et qu’il y a une forme d’engouement sur ces produits-là. Et qu’aujourd’hui, les ventes qui sont le plus, bah c’est justement des vélos cargo. Parce que ça répond à un besoin et on se demande un petit peu pourquoi. Pourquoi est-ce qu’on n’a pas fait ça il y a déjà depuis longtemps ? Parce que c’était des vélos qui existaient aux Pays-Bas il y a déjà plusieurs années. Donc effectivement, les études montrent quand même que les femmes, elles arrêtent de faire du vélo quand elles ont des enfants. Enfin même les sexistes, les femmes qui font déjà du vélo. Pourquoi ? Parce que encore aujourd’hui, même si on reparlera du vélo cargo, il y a des solutions, elles sont pas forcément accessibles pour porter des vélos. Pour porter son vélo, accompagner ses enfants sur leur propre vélo. Tout n’est pas fait aujourd’hui encore pour ça. Donc effectivement, il y a ces produits vélo cargo qui sont disponibles. Encore faut-il qu’ils soient accessibles aussi économiquement. Parce qu’il y a quand même un sujet aussi financier. Et après, il n’y a pas que le produit vélo. Même si pour moi, il joue quand même un rôle central sur ce sujet de la mobilité domestique. Il y a aussi le stationnement. Donc là, maintenant, on fait du stationnement vélo cargo. Mais c’est encore assez rare en fait. D’avoir un stationnement vélo cargo. Et le stationnement, il compte aussi beaucoup. Parce que comme on l’a vu, les femmes, elles font beaucoup de trajets. Donc elles font beaucoup de destinations. Elles ont beaucoup de ruptures de charges. Où elles vont arriver quelque part. Il faut qu’elles sécurisent leurs vélos. Elles vont prendre leurs enfants. Et donc toutes ces ruptures de charges, en fait, elles sont très fréquentes dans la mobilité des femmes. Et il y a un soin à donner à ce moment-là. Et qui, à mon sens, est trop peu encore souhaité. Et qui doit être soigné dans le développement de la mobilité vélo. Parce que quand je vais accrocher mon vélo, moi, j’ai mes enfants à côté qui jouent. Il faut que je surveille. Si je suis trop près des voitures, c’est dangereux. Il y a tout ça qui se joue. Et qui fait qu’il y a des femmes qui se disent Non, en fait, moi, je ne suis pas prête à stresser à chaque fois que je vais accrocher mon vélo.
Victor : Oui, complètement. Sans même parler de la violence motorisée. Qui, en plus, est souvent masculine. Enfin, tu as un peu évoqué finalement la peur du conflit. Ça commence à faire beaucoup pour se mettre au vélo. Et en fait, tu as identifié ces trois grands freins. Et tu fais le lien entre ces freins et, dans son mémoire, des normes de genre aussi. Les normes de genre qui s’appliquent aux femmes dans tous les aspects de leur vie. Mais donc, tu fais les liens entre ces normes et ces freins qui, eux, sont spécifiques au vélo. Par exemple, tu expliques que l’infériorité sociale, ça, c’est la norme de genre. Eh bien, en fait, ça s’applique aux freins d’insécurité physique, sociale et technique. C’est ça ?
Mélodie : Je reviens juste sur le truc d’après parce que je vais compléter ce que tu viens de dire. Effectivement, quand on est aussi mère, le sujet de l’insécurité dont on a parlé avant, il est aussi décuplé. Parce que quand on a un accident, si on a un accident ou la crainte de l’accident, elle est valable pour soi-même. Mais elle est aussi valable pour ses enfants avec qui on est. Donc, est-ce que moi, je vais également, est-ce que je vais me rendre légitime ? Est-ce que c’est OK, en fait, pour moi de me déplacer à vélo avec mes enfants ? Parce qu’en tant que mère, je dois protéger mes enfants. Ça, c’est une norme aussi. Et du coup, de se dire, est-ce que je suis une bonne mère, finalement, si je fais ça ? Est-ce que je m’autorise aussi à faire ce mode, à choisir ce mode de déplacement si j’ai le sentiment que, en tout cas, socialement, on me renvoie que c’est un mode dangereux et que je peux mettre en danger mes enfants ? Et en questionnant, effectivement, dans mon mémoire, des femmes aussi qui font du vélo, j’ai eu ces retours de critiques sociales d’autres, des fois, femmes aussi, qui font comprendre à des mères qui sont avec leurs enfants, et notamment, parce que là, c’est là où on sort de la norme, des mères qui sont avec leurs enfants sur leur propre vélo, sur la route, ce qui, effectivement, est encore très peu répandu, même si, dans d’autres pays où le vélo est beaucoup plus développé, c’est une manière courante de faire, où la critique sociale, c’est de dire qu’on met en danger ces enfants et qu’ils n’ont rien à faire sur la route. Voilà, et après, sur les injonctions du corps, quand on est maman, on a aussi des affaires des enfants, les enfants, effectivement, à porter, et donc, du coup, le sujet de ce vélo, c’est de dire, sa capacité aussi de son corps à se déplacer avec ses enfants, avec des charges en plus, elle est d’autant plus forte aussi. Donc, c’est vraiment un contexte qui rend plus difficile cette mobilité vélo, ce contexte un peu de charge domestique.
Victor : Oui, complètement. Mais ça, du coup, c’était le lien, si j’ai bien compris, entre la norme de genre qui est le dévouement maternel, la norme de genre, c’est qu’il faut être une bonne mère, et prendre soin de ses enfants.
Victor : Et, du coup, qui est fort en lien avec ce frein de manque de solutions qui facilite la mobilité domestique. Et donc, faire du vélo avec ses enfants, c’est s’exposer à sortir un peu de cette norme de genre, et donc de recevoir des critiques pour ça. C’est bien ça ?
Mélodie : Oui, tout à fait.
Victor : Et donc, tu avais identifié deux autres normes de genre, infériorité sociale et disponibilité sexuelle, que tu mettais en lien, respectivement, avec les freins insécurité et injonction corporelle, c’est ça ?
Mélodie : En fait, quand j’ai effectivement rassemblé ces trois catégories de freins, par ailleurs, j’ai fait des recherches, des lectures des travaux féministes, et j’ai effectivement identifié des outils d’analyse, et notamment la chercheuse Camille Froidevaux-Méthiery, qui identifie ces trois normes de genre majeures, donc infériorité sociale, disponibilité sexuelle, et puis développement maternel. Et en fait, je me suis rendue compte que ça collait complètement avec ces trois catégories de freins. Alors du coup, la norme d’infériorité sociale, c’est quoi son impact ? Elle fait que les femmes se sentent en insécurité physique, sociale et technique, alors même qu’en fait, sur l’aspect insécurité physique, en statistique, les femmes, elles ont moins d’accidents que les hommes à vélo. Elles ont environ au moins deux fois moins d’accidents en proportion que les femmes, elles se font moins harceler à vélo. Donc cette crainte d’insécurité sociale sur les agressions sexistes, en fait, ce n’est pas la réalité de l’expérience vécue des femmes cyclistes. Et enfin, quand elles, voilà, se motivent, on va dire, à s’adonner à la mécanique vélo, elles se rendent compte qu’en fait, c’est assez simple et qu’elles sont complètement capables de faire quelques actions mécaniques et que c’est tout à fait à leur portée, en fait.
Victor : Et donc, dernière norme de genre que tu avais identifiée, c’est celle de disponibilité sexuelle. Et ça, tu fais le lien avec le frein injonction corporelle.
Mélodie : Oui, tout à fait. En fait, oui, la norme de disponibilité sexuelle, c’est celle aussi qui a un impact sur nos choix vestimentaires parce qu’on nous demande effectivement d’être toujours désirables et donc, quelque part, d’être toujours belles aux yeux des autres. Et c’est ça aussi qui fait qu’on a des vêtements qui sont des fois plus jolis que pratiques et qui sont souvent faits pour être et pas forcément pour faire, en fait. Et justement, à vélo, en fait, on fait, on pédale, en fait. Et donc, c’est là où ça vient un peu percuter ces injonctions de normes corporelles, vestimentaires, esthétiques par rapport à cette pratique du vélo. Et pour moi, ça a été effectivement une grande révélation de cette recherche parce que je me suis toujours demandé si finalement, le fait de devoir aussi être belle nous était, nous les femmes, un peu préjudiciable ou est-ce que c’était un avantage ? Et Camille, du coup, fera de vous mes délits. Elle, elle explique le fait de percevoir son corps de l’extérieur. Est-ce que je suis belle ? Est-ce que tout va bien ? Est-ce qu’on s’est bien ajusté, etc. ? Est-ce qu’on fait inconsciemment un peu tout ? En fait, ça a un impact aussi sur notre manière d’être dans notre corps et la façon dont on s’approprie notre corps. Et avec une conséquence, c’est en fait une difficulté à utiliser notre corps comme un corps capacitaire. Et qu’en fait, c’est difficile de, à la fois, regarder par l’extérieur est-ce que tout va bien et en même temps, d’être dans notre corps. Je fais quelque chose et je suis dedans et je le fais de la manière dans laquelle je suis plus à l’aise avec peut-être la force, une facilité d’être dans mon corps. Et donc, c’est aussi ça qui explique des fois
Mélodie : cette incapacité des femmes à faire des choses facilement que les hommes ont moins et vont faire peut-être plus facilement être plus à l’aise avec leur corps dans certaines actions physiques.
Victor : Je trouve ça hyper intéressant. Je me dis que ça doit être complètement épuisant de devoir penser à ton apparence pendant que tu es en train de devoir penser à autre chose, de devoir penser à ton effort ou à la circulation autour de toi. Et c’est vrai qu’en tant qu’homme, ce n’est pas du tout quelque chose que je ressens au quotidien. Et je me dis que ça doit vraiment être… Enfin, je comprends beaucoup mieux le frein du coup.
Mélodie : Et en fait, faire du vélo, c’est aussi une manière de se réapproprier son corps parce que là, notre corps, il sert à pédaler. Donc, c’est vraiment dans un enjeu de fonctionnalité. Et c’est aussi… Voilà, au-delà d’un enjeu de se réapproprier son corps, c’est aussi un enjeu de santé parce que les femmes, du coup, du fait de cette norme aussi, c’est les premières touchées par la sédentarité. La moitié de la population, elle est physiquement inactive contre un tiers des hommes. Et donc, faire du vélo, c’est aussi un enjeu de santé
Victor : pour les femmes par rapport à ça. OK. Ah oui. Ça, c’est une très très bonne précision que tu viens de faire parce que j’avais invité un chercheur qui s’appelle Kevin Jean sur ce podcast pour parler justement des co-bénéfices du vélo sur la santé. Et donc, il expliquait, oui, que sortir du modèle de la voiture, si on ne passait pas par les mobilités douces, si par exemple, on ne passait que par les transports en commun, on passait complètement à côté de ce volet santé publique hyper important. Mais… Et alors, peut-être que je me trompe parce que ça fait longtemps que je n’ai pas réécouté cet épisode, mais il ne me semble pas qu’il y avait fait cette distinction homme-femme. Oui. Il n’y a pas eu de distinction homme-femme sur la partie santé. Donc, merci pour cette précision. Maintenant, je voulais changer un peu de focus pour parler de l’écosystème du vélo de manière générale et quelle était la place des femmes dedans parce que le vélo, il n’y a pas juste en faire, il y a aussi concevoir les infrastructures, concevoir les vélos, les vendre, etc. Donc, dans tout cet écosystème, c’est quoi la place des femmes ?
Mélodie : Alors, dans l’écosystème vélo, effectivement, quand on regarde qui fabrique, qui entretient les vélos, qui pense les aménagements, qui produit en fait la mobilité vélo, on voit qu’il y a une majorité d’hommes qui travaillent dans ce secteur et que les femmes sont complètement sous-représentées. Justement, l’association L’Héros Libre dont tu as parlé tout à l’heure, elle montre qu’il y a 13 % de femmes dans la distribution de cycles. Donc ça, ça veut dire à la vente, la réparation, la formation, l’animation, la cyclo-logistique. Pareil, quand on regarde les contributions et relectures des directeurs des aménagements cyclables, parce que je n’ai pas forcément les pourcentages de personnes qui travaillent dans les institutions publiques, mais on voit que dans ces contributions, il y a environ 77 % d’hommes contre 23 % de femmes. Donc ça donne un peu une idée de la constitution de ces structures et qui y travaillent. Et au niveau associatif aussi, la Fédération des Usagers et Usagers de la Bicyclette, elle donne le chiffre de 35 % de femmes impliquées au niveau des bureaux des associations professionnelles. Et en l’occurrence, à la Villa Vélo, dans l’association que je co-préside,
Victor : il y a environ 30 % d’adhérentes femmes dans l’association. Ok. Malgré pourtant, on pourrait dire la figure de rôle modèle que tu peux peut-être incarner en tant que co-présidente. Tu pourrais peut-être accélérer ?
Mélodie : Oui, sachant qu’en plus, il y a eu beaucoup de co-présidentes précédemment au mois. Et il y a des bénévoles femmes très actives dans l’association. Mais néanmoins, dans les faits, en termes d’adhésion, il y a quand même beaucoup moins de femmes.
Victor : Donc, il y a une absence relative des femmes dans l’écosystème du vélo. Et pourquoi est-ce que cette absence, elle est problématique en fait ?
Mélodie : Oui, pourquoi elle est problématique complètement ? Parce que finalement, on pourrait se dire, voilà, mais les hommes, ils peuvent produire des solutions au vélo qui conviennent aux femmes. Et bien en fait, là, on montre aussi qu’il peut y avoir un biais, ce qu’on appelle un biais d’ignorance. C’est en fait, qu’est-ce que ça veut dire un biais d’ignorance ? C’est se concentrer sur ce qu’on voit ou ce qu’on connaît, et en ignorant ce qui reste invisible. Et qu’est-ce que ça veut dire ? C’est que les hommes, en fait, ils vont concevoir des vélos ou des infrastructures en fonction de leur expérience ou de ce qu’ils pensent être utile. Et donc, s’ils ne connaissent pas l’expérience des femmes, forcément, ils ne peuvent pas penser l’impact que leur solution, les projets, peuvent avoir sur cette expérience des femmes. Et par ailleurs, il y a aussi une norme où, finalement, le masculin est pris comme norme de référence et par défaut, on estime qu’il est valable pour tout le monde. Et en fait, ce n’est pas le cas. Et c’est là où c’est intéressant, justement, d’avoir des données genrées, c’est-à-dire vraiment séparer d’un côté les hommes, d’un côté les femmes, et de regarder si on a les mêmes résultats. Parce que les moyennes, en fait, invisibilisent ces données-là. Et si on ne fait pas cet exercice d’études de données genrées, comme par exemple pour la sédentarité, on ne s’aperçoit pas forcément que les femmes sont plus sédentaires que les hommes.
Victor : Donc, effectivement, l’importance de visibiliser ça dans les études. Et est-ce qu’on peut faire un lien entre le fait que les femmes utilisent peu le vélo, enfin que la part des femmes qui utilisent le vélo est plus faible que celle des hommes, et cette absence relative des femmes dans l’écosystème vélo.
Mélodie : Et juste pour ajouter, ce biais d’ignorance, il est valable évidemment pour les hommes par rapport aux femmes, mais il peut aussi être valable pour les femmes par rapport à d’autres femmes, par exemple des femmes en situation de précarité ou des femmes en situation de handicap. C’est un biais qui peut s’appeler un biais qui peut s’appliquer à différents groupes d’individus par rapport à d’autres groupes d’individus. La question c’était de dire la part des femmes…
Victor : Donc on a une part de femmes qui utilisent le vélo qui est plus faible que celle des hommes, et donc est-ce qu’il y a un lien, enfin j’imagine que oui, mais si oui, comment on explique ça un peu ? Est-ce qu’il y a un lien avec le fait qu’il y a peu de femmes dans l’écosystème vélo ?
Mélodie : En fait, c’est un peu un aller-retour. Comme on disait tout à l’heure, les 30% de femmes de la vie de la vélo, c’est aussi parce qu’il y a moins de femmes cyclistes que quelque part il y a moins d’adhérentes. Donc il y a d’un côté un sens logique, mais aussi de l’autre côté où c’est aussi les personnes qui produisent cette mobilité vélo, s’ils ne pensent pas à l’expérience des femmes, ils vont peut-être produire des solutions qui ne sont pas adaptées, qui vont freiner l’accès aux femmes à la pratique du vélo. Parce que finalement, développer le vélo, c’est un cycle avec plusieurs entrées. Il y a l’accompagnement à la mobilité vélo, il y a l’aménagement des territoires, les produits et les services que l’on propose. Et si ce ne sont que des hommes qui sont à l’origine de ces propositions, il peut y avoir des manques ou des trous dans les propositions qui font que les femmes choisiront d’autres manières de se déplacer parce que c’est trop galère, parce que ça ne leur convient pas, parce qu’elles ne se projettent pas dedans.
Mélodie : Un exemple qui est assez concret, c’est de dire qu’il y a toujours beaucoup de femmes qui ne se sentent pas à leur place, moi y compris, quand je rentre dans un magasin de vélo. Il y a quelque chose qui se dégage où en fait, on n’est pas à l’aise. Et c’est sûr que s’il y avait plus de femmes et que ce sont des femmes qui nous accueillent, forcément, ça change le rapport parce que s’il n’y a que des hommes, implicitement, ça nous dit qu’on n’a pas notre place dans cet univers. On n’est pas forcément bienvenue, de toute façon, on n’a peut-être pas assez de connaissances, on n’est pas assez sachante, et ça fait un peu une barrière où il y a certaines femmes qui vont moins oser. Le magasin de vélo, c’est quand même une porte d’entrée dans la mobilité vélo, donc c’est hyper important qu’il y ait un soin à ça.
Victor : Oui, complètement. Même ma propre expérience, je suis entré dans plein de magasins de vélo et il y a un peu… Moi, je fais beaucoup de vélo et je vois bien cette atmosphère entre mecs, on fait exprès de parler un peu technique, d’utiliser des termes très spécifiques au vélo, etc. C’est un peu normé, il y a des codes, et oui, le nombre de fois, moi aussi ça m’est arrivé de le faire en plus, maintenant j’en ai pris conscience, donc j’essaie de ne plus le faire, où en tant que mec, tu vas mansplainer une femme sur un mail, mais en fait ta selle, elle n’est pas à la bonne hauteur et effectivement, je me dis en tant que femme, il faut quand même avoir du courage pour se lancer, alors qu’en tant qu’homme, ça ne demande rien. Bref. Et donc, vu que tu es une personne orientée solutions, dans ton mémoire, tu dises quand même des solutions pour améliorer cette situation qui n’est donc pas idéale, on va dire, pour les femmes, que ce soit en termes de mobilité ou pour s’investir dans l’écosystème vélo. Est-ce que tu peux développer un peu ces solutions ? Tu en avais listé 4 principales, il me semble.
Mélodie : Oui. Bah déjà, en premier lieu, ça va être combattre juste le sexisme en tant que tel. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire justement prendre conscience des normes et des préjugés qu’on peut avoir sur ce qu’est une femme ou ce qu’est un homme. En l’occurrence, le sexisme, en fait, c’est quoi ? C’est une idéologie qui repose sur le postulat d’infériorité des femmes par rapport aux hommes. C’est un peu… On parle souvent de sexisme, mais en fait, de dire ça comme ça, ça pose quand même les choses et c’est vrai qu’on oublie un peu que ça veut dire ça, parce que c’est quand même assez fort, je trouve. Et c’est aussi… Le sexisme, ça comprend aussi des manifestations anodines par apparence comme des remarques qui sous-entendent dans cette infériorité ou, plus grave, comme des viols ou des meurtres. Ça, c’est la définition un peu du Haut Conseil à l’égalité, donc c’est une définition qui a sa légitimité. Et en fait, aujourd’hui, on est tous d’accord pour dire que la femme, elle est l’égale de l’homme. Et personne ne remet en question ça, je pense. Mais pourtant, aujourd’hui, on réalise tous les jours des actions sexistes sans s’en apercevoir, en fait. Et c’est ça, en fait, le sexisme, c’est se rendre compte des normes, des comportements qu’on a qui, en fait, induisent de façon implicite cette infériorité. Et ça peut être juste un regard qui va être plutôt adressé à un homme plutôt que à une femme, un collègue ou à son père, à son frère lorsqu’on veut parler d’un sujet sérieux ou technique ou valorisant. Et ça peut être aussi juste des blagues sexistes qui mettent mal à l’aise les femmes et qui les font sentir pas à leur place aussi. Et donc, pour s’en rendre compte, il y a besoin d’actions de sensibilisation et de formation. Parce que c’est pas juste, ah, il faut être moins sexiste. En fait, il y a quand même besoin de voir des cas concrets, de se mettre en situation, enfin, il y a quand même besoin d’un temps dédié à ça pour vraiment s’en rendre compte. C’est un processus quand même de prise de conscience. Donc, il faut prendre le temps et il faut être accompagné avec des personnes qui ont des outils pour le faire pour s’en rendre compte. Voilà. Parce qu’en plus, ce climat sexiste, déjà, il attire pas forcément les femmes dans le milieu vélo. Mais en plus, les quelques femmes qui se disent, allez, vas-y, moi j’y vais, j’adore le vélo, puis je vais montrer que les femmes, bah, c’est bon, enfin, on est capables. Bah, en fait, à force de rester dans ce climat sexiste, bah, déjà, ça a des impacts sur le bien-être et les relations de travail. Mais, tout simplement, bah, les femmes, il y en a certaines qui partent, en fait, et qui décident de jeter un peu l’éponge parce que, en fait, ce n’est pas sain, en fait, comme milieu par rapport à ça.
Victor : D’où l’utilité de la fraise du sexisme, du coup, pour former
Mélodie : les gens. C’est ça. Bah, non, mais moi, voilà, c’est un outil, effectivement, où voilà, je l’ai fait par intérêt d’abord, puis après, j’ai vu, en fait, les prises de conscience que j’avais dans mes ateliers, que ce soit femmes ou hommes, et voilà, et puis de donner des tips, de voir, bah, en fait, ok, maintenant on a ça, qu’est-ce qu’on peut faire, comment on fait autrement, comment on voit aussi
Victor : autrement. Ouais, c’est un top atelier, je suis animateur depuis peu, aussi, et je trouve vraiment bien. Ah, trop bien.
Victor : Donc, le premier levier, bah, ouais, combattre le sexisme, tout simplement, enfin, tout simplement, y’a pas mal de boulot. Le deuxième que t’as identifié, c’est d’améliorer la représentativité des femmes dans les structures, donc qu’elles soient plus visibles, en fait, j’imagine. Ouais,
Mélodie : c’est ça. Bah, du coup, voilà, c’est avoir un peu plus de femmes, comme on disait, si on voit une femme dans un magasin, bah, déjà, voilà, ça a un impact, aussi. Et pour qu’il y ait plus de femmes, faut aussi mettre en place des mesures fortes, notamment des objectifs chiffrés, pour que, bah, en fait, on trouve les moyens, les solutions d’aller recruter ces femmes. Un exemple concret, j’ai discuté avec un responsable qui développe des magasins de vélo, et donc, lui, il me disait, bah, moi, j’adorerais qu’il y ait une femme qui m’appelle pour me dire, ouais, je veux monter mon magasin, est-ce que c’est possible, il l’accompagnerait, etc. Montrer une volonté de sa part d’essayer de, voilà, d’attirer des femmes, mais en fait, ça n’arrivait pas, du coup, et moi, je pose la question de dire, bah, oui, mais en fait, si lui, il avait des objectifs chiffrés, de dire, bah, en fait, cette année, il faut que tu recrutes, je ne sais pas, moi, deux femmes qui montent un magasin, et ben, il irait, en fait, chercher les femmes, et il trouverait les moyens, le réseau, pour qu’il y ait vraiment, en fait, des femmes qui montent des magasins. Parce qu’en fait, comme on l’a vu, il y a tous ces freins-là, et donc les femmes, si on ne les accompagne pas, si on ne va pas les chercher, elles n’y vont pas par elles-mêmes. Pour toutes les raisons qu’on a dites avant. Donc ça, c’est un premier point. Ensuite, après, il y a aussi…
Victor : Je suis désolé de te couper, mais en fait, ce que tu viens de dire, ça résonne hyper fort avec ma propre expérience sur le podcast, parce que j’ai commencé ce podcast, et au début, j’ai invité quelques femmes, et puis après, en fait, je ne m’en suis pas du tout rendu compte, je me suis mis à inviter plein, plein, plein, plein d’hommes, et si bien que à mi-parcours, on va dire, j’avais, c’était genre, au moins deux tiers d’hommes pour un tiers de femmes, voire trois quarts, un quart, ben des personnes, des femmes, m’ont fait cette remarque, et du coup, après, je me suis fixé, c’est exactement ce que tu viens de dire, je me suis fixé l’objectif de parité, je me suis dit, ben en fait, il faut que j’arrive à 50-50, et donc, ça a complètement changé mon rapport, et en fait, au début, j’avais un peu, j’ai sorti l’excuse bidon de, ah oui, mais je pense qu’il y a plus d’hommes dans le vidéo qu’on parle, et tout, et en fait, juste, enfin, du moment où je me suis fixé cet objectif, ben je les ai trouvés, en fait, et ça a même pas été dur, et là, je suis trop content, parce qu’avec cet enregistrement, justement, t’es la trentième personne que je reçois sur le podcast, et quinzième femme, du coup, là, c’est, enfin, grâce à toi, enfin, avec toi, en tout cas, on est à la, j’arrive à la parité sur Vélotaf, donc, juste pour illustrer, pour aussi me lancer des fleurs, mais, juste pour illustrer,
Mélodie : C’est exactement ce que tu viens de dire, en fait, c’est à partir du moment où tu te fixes un objectif, ben, t’y arrives, n’y a pas de soucis, quoi. C’est ça, en fait, c’est un, la prise de conscience du sujet, que c’est un problème, qu’on veut y aller, et après, les moyens qu’on met pour y arriver, quoi. Et donc, dans d’autres moyens, c’est aussi, ben, donc, on a parlé de parité, c’est aussi parité dans des fonctions clés, parce qu’on peut avoir des parités, mais, en fait, toutes les fonctions support, la communication, la RH, qui sont plutôt des métiers féminins, ben, ça, on va laisser aux femmes, donc on a une parité, peut-être dans l’entreprise, mais enfin, si on regarde les métiers techniques, si on regarde les métiers, les postes à responsabilité, ben, si on a que des hommes, en fait, le sujet, il est le même, en fait, par rapport à la production des solutions mobilité vélo. Donc, c’est vraiment, voilà, aller chercher là où c’est plus compliqué, quoi. Et puis, ensuite, par rapport à cette présence des femmes, il faut aussi qu’elles soient audibles, ça, c’est aussi une conviction personnelle, notamment par rapport à la prise de parole des femmes, parce que les études, elles montrent que les hommes, ils prennent, en fait, contrairement aux stéréotypes de la femme bavarde, en fait, les hommes prennent plus la parole, et plus souvent, et plus longtemps. Les études, elles montrent, c’est environ 75% du temps. Et donc, si on veut que les femmes, eh ben, soient entendues, il faut aussi qu’il y ait une régulation de la parole, aussi une prise d’inconscience de ça, et à la fois, ben, que, du coup, il y ait peut-être une prise d’inconscience des hommes qui vont, peut-être, attendre que les femmes prennent la parole, s’expriment, avant de de, ben, de dire ce qu’ils ont à dire. Ça va être aussi que les hommes soient un peu plus concis dans leurs propos, parce que, voilà, pareil, les études montrent que les femmes sont souvent plus concises, en fait, dans leurs propos, parce que, voilà, c’est encore une fois, on prend pas trop de place, on s’excuse, et donc on se dit que c’est pas forcément pertinent ce qu’on a envie de dire, donc on le dit pas tout de suite, et voilà, et c’est aussi prendre sa place, c’est à la fois prendre sa place sur la route, c’est aussi prendre sa place dans l’espace, de parole, en fait.
Victor : Ouais, je constate ça tous les jours en entreprise.
Mélodie : Et c’est des trucs bêtes, mais moi, je l’ai pas encore mis en place, mais ça pète aussi de, c’est la Fédération des Usagers et Usagères qui a commencé ce travail hyper intéressant, de chronométrer les temps de parole hommes-femmes, et de faire un bilan un peu statistique, parce que des fois, ça sert aussi à objectiver, de dire, ben voilà, sur cette réunion, il y a eu tant de pourcentages et tant de pourcentages, et de, voilà, après de faire, peut-être, les actions en fonction d’eux, mais voilà, ça donne aussi des données un peu sur la matière sur laquelle on peut s’appuyer.
Victor : Oui, effectivement, j’avais vu que la FUB faisait ça. Très bon exemple, merci. Le troisième levier que t’as identifié pour améliorer la situation, ben en fait, tu viens de le mentionner, c’est compter et mesurer en fonction du genre, donc c’est ce que fait la FUB. Est-ce que t’as d’autres exemples, ou c’était juste ça ? Enfin, juste ça, c’est déjà beaucoup, en fait.
Mélodie : Oui, après, plus largement, c’est ça, effectivement, c’est de dire, bon ben, comment dire, si on se dit qu’il faut forcément être une femme en tant que, par exemple, chef de projet pour penser la mobilité des femmes, ben c’est quand même problématique, il faut pouvoir se dire que l’expérience des femmes, elle est aussi, elle peut être connue des hommes, donc ça, c’est une donnée qui doit être partagée, et donc pour que cette donnée soit partagée, il faut qu’elle soit visible, donc il faut qu’on dise, ben voilà, là, il y a ces besoins des femmes, là, il y a ces besoins des hommes, et qu’il y ait des études qui parlent de ces données, des données genrées. Et donc, ça peut être, donc, d’avoir des données genrées, et c’est aussi se donner des objectifs. On disait tout à l’heure des objectifs, un peu, de parité dans le recrutement, mais ça peut être aussi des objectifs dans les projets qu’on a et dans le développement du vélo. Par exemple, se donner des objectifs de parts modales genrées, de dire, ben voilà, c’est pas juste, on veut une part modale de, je sais pas, 12% en 2030, où on fait une moyenne, dans l’effet, si on garde cet écart un peu genré, ben on aura, finalement, plus d’hommes en pourcentage et moins de femmes, mais c’est plutôt de dire, ben non, moi, je veux 12% de femmes aussi cyclistes. Et du coup, pareil, comme j’ai cet objectif, et ben je vais développer les solutions qui vont me permettre d’atteindre cet objectif, même si je suis chef de projet homme, moi, mon objectif, c’est d’avoir des femmes, donc je vais m’intéresser à la question, et de voir, en fait, comment je peux atteindre mon objectif. Et c’est aussi, dans les projets, de voir, en fait, à qui bénéficient les projets. Et ce qui… ça, c’est le… ça s’appelle le gender main… attends, comment… comment c’est mon truc ? Ouais, c’est ça. Dans l’urbanisme, on… c’est l’approche, voilà, en français, ça s’appelle l’approche intégrée de l’égalité, ou un peu plus connu sous le nom anglais de gender mainstreaming, donc c’est une méthode qui propose, justement, d’inclure la perspective de genre dans les étapes d’un projet pour résoudre équitablement les besoins des femmes et des hommes en se basant sur des données genrées et des objectifs genrés. Et donc, du coup, c’est aussi regarder à qui bénéficient les projets. Donc, par exemple, sur les sujets de réseaux vélo structurants, comme, par exemple, les voies lyonnaises à Lyon, on a donc la proposition de réaliser des pistes cyclables qualitatives, continues, sur un réseau qui est très visible et qui légitime la place du vélo, qui rend… donc, il est plutôt favorable à la pratique des femmes pour rendre les trajets plus longs, sécurisants, confortables, mais, du coup, il va plutôt favoriser les longs trajets, ce qui est pertinent dans un contexte de décarbonation et de désenclavement territorial pour que le vélo, il devienne un vrai concurrent de la voiture. Et donc, des personnes qui viennent de la périphérie, bah, se disent, ok, je lâche ma voiture, je peux le faire en vélo, donc j’ai envie de le faire. Mais, effectivement, faut pas que ça se fasse au détriment d’une politique cyclable en faveur plutôt de l’apaisement des quartiers et de la mobilité de proximité, notamment par des réductions de vitesse qui se font aussi via l’aménagement urbain, ou la diminution de la circulation de voitures, par exemple en réalisant des plans de circulation qui vont diminuer le nombre de voitures dans un quartier. Et donc, voilà, il faut avoir une attention à ce que la politique cyclable, elle bénéficie autant aux femmes qu’aux hommes. Et comme on sait, du coup, si on a la donnée que la mobilité des femmes, c’est aussi une mobilité de proximité, eh ben, de vérifier que on améliore autant la mobilité de proximité que la mobilité des longs trajets. Parce que, concrètement, comme les femmes, elles font des trajets chaînés, si c’est trop compliqué d’amener ses enfants à l’école, ou trop dangereux, ou d’aller faire les courses, et ensuite d’aller au travail, bah, même si j’ai un trajet qui est OK, qui est un peu plus long pour aller au travail, eh ben, je vais pas choisir le mode vélo, parce que en fait, bah, le trajet de proximité, il est pas sécurisé, quoi.
Victor : Le dernier levier que t’as identifié, c’est l’accompagnement culturel et politique, c’est ça ?
Mélodie : du coup, c’est ce que je porte aussi à travers ces
Mélodie : différents événements que j’essaie de créer sur le sujet femmes et vélo, à travers le podcast qu’on est en train de faire, c’est un petit peu
Mélodie : l’accompagnement culturel et politique, c’est travailler aussi les représentations culturelles des femmes dans le vélo, donc de montrer, en fait, des femmes qui, voilà, réparent des vélos, avoir des modèles, en fait, de femmes qui sont, qui travaillent dans le vélo, qui font du vélo avec leurs enfants, c’est faire du plaidoyer vélo, donc c’est aussi encourager les associations pro vélo à porter, en fait, ce sujet des femmes et du vélo, et à le mettre aussi au centre des échanges pour qu’il y ait une prise de conscience et des actions en faveur de cette mobilité vélo, que, en fait, tous les acteurs qui jouent un rôle sur la culture vélo, qui jouent un rôle sur le plaidoyer vélo, eh bien, ils prennent conscience de cet enjeu-là et qu’ils avancent aussi sur ces enjeux-là.
Victor : Ouais, comme dans tout changement, de toute façon, il y a besoin aussi que, au niveau des institutions, notamment politiques, ça bouge aussi, quoi. Pour conclure sur cette partie, sur ton mémoire, sur la mobilité des femmes à vélo, au 19ème siècle, t’expliques que le vélo, ça a été un important vecteur d’émancipation pour les femmes, qu’est-ce que ça a permis à l’époque, et qu’est-ce que ça peut permettre aujourd’hui ?
Mélodie : Ouais, en fait, effectivement, au début, les femmes n’avaient pas le droit de faire du vélo, c’était interdit aux femmes, et puis ensuite, on a autorisé les femmes à faire du vélo, et en fait, cette pratique, ça a donné beaucoup de liberté de mouvement aux femmes, qui pouvaient donc se déplacer sans forcément être accompagnées de leur mari ou de leur père, et donc, voilà, vraiment gagner en autonomie de déplacement, et un truc concret pour faire aussi un lien avec ce qu’on disait par rapport au rapport au corps, c’est que les femmes, à l’époque, elles étaient aussi avec beaucoup de contraintes vestimentaires, des robes qui étaient, voilà, qui ne facilitaient pas du tout, du tout le déplacement, pour le coup, eh ben, c’est aussi le vélo, la bicyclette qu’on disait à l’époque, qui a permis, on va dire officiellement dans les lois, aux femmes de porter un pantalon. Donc voilà, même si c’était autorisé à cheval, disons que la pratique du vélo à l’époque a permis, en fait, de d’accélérer, en fait, cette autorisation du port du pantalon. Donc voilà.
Victor : Et aujourd’hui, tu penses que ça peut aussi être de nouveau un vecteur d’émancipation, comme ça a pu l’être par le passé ?
Mélodie : Eh ben, c’est un peu la question que je me posais par rapport à ce mémoire, et que j’ai découvert effectivement que mon idée dans tous les freins qui ont été exposés, c’est pas seulement de faire un constat négatif en disant que le vélo, malheureusement, il se retrouve à la croisée des normes sociales, et ce qui fait aussi que cette mobilité elle demande aux femmes de lever plus de freins pour y aller, mais c’est aussi de montrer que finalement la pratique du vélo, elle permet aussi de lever ces freins et de remettre en question ces normes sociales. Parce que quand on fait du vélo, on bouge son corps, et à travers cette activité physique, on se réapproprie des capacités de son corps, on reprend confiance en soi, et du coup, on prend aussi du recul sur les injonctions corporelles qu’on nous donne, on apprend aussi à aimer son corps comme il est, et ce qui nous permet de faire une prise de recul par rapport à ses normes sociales. Quand on apprend à réparer son vélo, c’est pareil. Quand on devient une cycliste plus expérimentée, on apprend à circuler sur la route, et en l’occurrence à se rendre visible. Une des consignes de sécurité à vélo, c’est justement de se rendre visible par rapport aux autres, c’est ça aussi qui nous protège en premier lieu, et ça ne veut pas dire pour moi qu’il faut mettre un gilet fluo, ça veut dire aussi qu’il faut savoir se positionner, se mettre au milieu de la route, et notamment s’écarter des voitures, prendre sa place en fait, et ça pour une femme, c’est pas anodin. Parce que les femmes, statistiquement, elles occupent moins l’espace public en ville, et les études sociologiques montrent par exemple qu’elles vont plus facilement se mettre sur le côté quand elles croisent une personne, en l’occurrence un homme sur le trottoir, et donc occuper la place en tant que cycliste, c’est aussi remettre en question ses normes sociales. Donc oui, la pratique du vélo elle est encore complètement émancipatrice pour les femmes, et elle permet aussi à la fois de révéler, mais aussi de transformer ces normes de genre.
Victor : Moi je trouve ça génial comment à travers le vélo on peut parler justement de plein de sujets de société. C’était le but quand j’ai repris ce podcast, mais ça ne cesse de me surprendre à chaque fois. Je suis arrivé à la fin de mes questions sur ton mémoire, et maintenant je voulais un peu parler de l’association La Ville à Vélo, dont tu es la coprésidente, mais est-ce que tu peux tout simplement nous la présenter un peu ? Comme tu veux, mais je pensais à son histoire, comment toi tu es arrivé là, et c’est quoi ses missions, ses actions ?
Mélodie : Un petit mot sur l’association La Ville à Vélo, son objet c’est de promouvoir le vélo comme moyen de déplacement du quotidien pour toutes et tous, et donc comment elle s’inscrit dans le paysage associatif vélo sur la métropole de Lyon, parce qu’on n’est pas la seule association vélo. C’est une association de plaidoyers qui va organiser des actions de terrain dans la rue, ou des manifestations, ou des gros événements, ou des petits événements locaux en lien avec le vélo. Tout bêtement, des stands à la sortie des écoles pour les petits événements locaux, ou plutôt des convergences vélo, ou des vélorutions enfants pour les plus gros événements. Et la spécificité de cette association, c’est que c’est une association surtout qui vit de la force bénévole. Elle n’a pas eu de salariés jusqu’à il y a deux ans, et donc on a maintenant une salariée depuis deux ans qui s’occupe surtout de la coordination de l’animation auprès des bénévoles. Et donc en fait, toutes les actions elles sont portées par des bénévoles. On a environ 150 bénévoles actifs, donc c’est quand même une association qui est très dynamique et très riche. Et elle a une organisation aussi qui est particulière en groupes locaux, c’est-à-dire que comme elle agit sur un territoire qui est assez large, sur la métropole de Lyon, elle s’est organisée par groupes locaux, donc une commune peut représenter un groupe local, un arrondissement de Lyon peut représenter un groupe local. Et donc chaque groupe local après a sa propre dynamique avec son référent ou ses référentes locales, et va réfléchir à ce qu’ils veulent faire pour leur quartier, ce qui ne va pas, ce qu’ils peuvent aller remonter aux élus, ou les événements qu’ils veulent organiser sur place. Et donc c’est porté en fait par les personnes qui connaissent les usages du quartier, et c’est ça aussi qui fait que l’association a de la légitimité. C’est parce que c’est finalement les habitants, en fait, et les électeurs, en fait, des élus qui vont voir les élus et qui vont dire, voilà, on est d’accord avec ce projet-là, ou qui vont animer en fait le quartier, et c’est ça qui fait que l’association est aussi reconnue sur son territoire. Et donc du coup, le champ d’action de l’association il est très large, donc sur tout le territoire, et donc c’est aussi une association qui a un rôle de représentation des usagères et usagées auprès des institutions, et aussi auprès des médias locaux, donc dès qu’il y a un peu un sujet vélo, les journalistes vont voir l’association en disant, que pensent les usagers et usagères du vélo Et puis à l’inverse, nous aussi, on alimente les journalistes sur notre plaidoyer, sur les événements qu’on fait, et ensuite ces médias-là ils relaient nos articles, et l’idée en fait, c’est d’occuper aussi l’espace médiatique sur le sujet vélo, c’est un des objectifs aussi de l’association, c’est de porter ce sujet vélo. Et donc c’est une association qui est relativement vieille, on va dire, qui a eu 30 ans l’année dernière, et le cœur d’activité historique, c’était de faire des propositions pour favoriser et améliorer la mobilité vélo dans les quartiers, mais à l’inverse, on pense aussi que la mobilité vélo peut être un levier d’action pour justement améliorer la qualité de vie, le bien-être des habitants de façon beaucoup plus large. Et donc ces dernières années, la ville à vélo, elle a voulu mettre aussi les projecteurs sur des personnes qu’on voit encore trop peu sur des vélos, par exemple les enfants, mais aussi les personnes qui sont plus âgées ou les personnes en situation de handicap, et de dire qu’eux aussi peuvent faire du vélo et de légitimer leur place. Et du coup, la thématique des femmes et du vélo n’avait pas été encore trop portée, et donc c’est aussi, moi, en arrivée dans l’association, comme j’avais fait ce mémoire, moi je suis coprésidente depuis fin d’année dernière, et donc j’ai aussi proposé de porter un peu ce sujet des femmes et du vélo au sein de l’association.
Victor : J’ai vu que l’ASSO, elle avait permis de lutter efficacement contre une politique anti-vélo d’une des communes de l’agglomération lyonnaise. Je trouvais ça hyper intéressant, parce que c’est la preuve concrète que la mobilisation citoyenne fonctionne, en fait. Ça a des résultats concrets. Et du coup, ma première question, c’est comment on explique que à l’heure actuelle, bon, je suis un peu dans ma petite bulle de le vélo c’est trop bien et on devrait tous en faire, et du coup, moi j’ai toujours du mal à m’expliquer ce genre de politique aujourd’hui, une politique anti-vélo, alors qu’il y a tellement de preuves qui montrent que une ville cyclable, ça a quand même énormément d’avantages, quoi.
Mélodie : Bah en fait, nous, on a, comment dire, on a un avantage et du coup, ça peut être aussi une faiblesse qui se crée par rapport au sujet de mobilité vélo sur le territoire de la métropole de Lyon, c’est que aujourd’hui, on a un pouvoir en place qui est quand même très favorable au développement du vélo, donc avec une dynamique très positive sur, voilà, à la fois sur les aménagements cyclables, mais aussi sur l’accompagnement du vélo, mais l’impact de tout ça, c’est aussi que l’opposition a décidé de se mettre justement en opposition par rapport au pouvoir en place, et donc, il se positionne aussi en anti-vélo parce que ça fait partie des projets phares du pouvoir en place, et donc c’est là où nous, ce qu’on essaye justement de dire, c’est que bah la mobilité vélo, elle est à partisane et que c’est évidemment un mode de déplacement qui doit être développé par tous les bords et on le voit que dans d’autres villes, évidemment qu’il y a des personnes à droite qui ont développé la mobilité vélo, notamment à Bordeaux avec, voilà, à la fois une politique en faveur du développement du vélo et de la marche, mais voilà, il y a cette opposition de parti et un peu de principe qui fait que ça se cristallise des fois sur le sujet de la mobilité et sur le sujet en l’occurrence du vélo, où on a, voilà, des oppositions fortes qui vont se créer, mais qui sont plus des oppositions de principe d’être contre le pouvoir en place que finalement contre le vélo, sauf que bah voilà, nous, notre crainte par rapport à ça c’est que du coup ça vienne un peu orienter le vélo que c’est pour les candidats à gauche et que les candidats à droite ne seraient pas favorables au vélo, ce qui est complètement faux.
Victor : C’est intéressant comme grille de lecture. En fait, je pose souvent cette question dans ce podcast de comment ça se fait que des politiques pro vélo n’aillent pas plus vite, qu’il n’y en ait pas plus, etc. Cette grille de lecture, elle est partisane, je crois que je l’avais pas encore eu, je trouve ça très pertinent. Et donc, on voit bien que avec la ville à vélo, dans cet exemple-là, en gros vous avez réussi, il y avait une politique anti-vélo qui avait été mise en place et l’asso a obtenu un résultat concret, le retrait un peu de cette politique anti-vélo. Et donc, quel rôle selon toi les associations et la société civile doivent ou peuvent jouer dans l’avènement de politiques cyclables plus ambitieuses ?
Mélodie : Le rôle des associations c’est qu’on a un peu une liberté de pensée et un regard critique sur les actions qui peuvent être faites, les projets qui peuvent être faits, les programmes en tout cas qui sont proposés. Et qu’aussi on a une capacité d’action qui est très forte par rapport à les institutions. On peut mettre en place des actions, tester des projets et on a aussi un pouvoir médiatique fort et donc du coup on peut s’en servir pour peser aussi dans le débat public. Et c’est vrai que le film Why We Cycling ? ou Why We Cycle je ne sais plus si c’est ça qui explique aux Pays-Bas comment le vélo est devenu un mode de déplacement très fort et qu’on pense à l’époque que c’était entre guillemets naturel ou que c’était culturel parce qu’ils avaient toujours été à vélo les Hollandais et qu’on se rend compte qu’aujourd’hui ça n’était pas forcément qu’il y a eu une vraie mobilisation des citoyens et des citoyennes contre le développement du tout voiture aux Pays-Bas et que c’est aussi grâce à ça qu’aujourd’hui ils ont réussi à développer ce mode vélo. Effectivement, la ville à vélo on est convaincu de ça et de se dire que nous on peut avoir une action et c’est pour ça aussi qu’on essaie de mobiliser largement les citoyens et on essaie de mobiliser tous les habitants, tous les quartiers de tous les territoires pour que ça soit porté par les bénévoles les personnes et que derrière ça puisse peser dans le débat politique et que derrière la mobilité vélo soit favorisée et donc à chaque fois qu’il y a effectivement un projet qui n’est pas favorable au vélo on visibilise déjà ce sujet qui est souvent pas conforme à la loi puisque la loi elle est quand même favorable notamment aux aménagements cyclables au développement.
Mélodie : pour déjà montrer qu’il y a un problème qu’on met en danger des utilisateurs en nombre croissant et qu’on n’accepte pas ça et donc du coup ça vient des fois infléchir des politiques ou des projets décisionnaires.
Victor : c’est un trop chouette message à faire passer je trouve parce que notamment par exemple en allumement des fresques souvent il y a un sentiment d’impuissance où je suis face à des personnes qui ont changé leur mode de vie pour avoir une conduite plus verteuse sur divers sujets environnementaux sociaux etc mais qui ont l’impression de ne pas avoir ne pas être en mesure de pouvoir faire bouger les institutions et donc c’est intéressant de voir que des assos comme la tienne parviennent justement à faire bouger le pouvoir politique ?
Mélodie : ouais ouais et puis après il y a ce qu’on voit au niveau médiatique et puis il y a aussi ce qu’on voit pas forcément et qui est tout aussi important et notamment l’association elle travaille étroitement avec les institutions notamment les services techniques de la métropole, du Citral, qui sont donc des institutions aussi à Lyon et qui en fait nous sollicitent sur des projets vélo sur notamment le projet des Valenaise où on travaille directement avec les services techniques pour en fait donner un peu nos apports aux usagers et de dire sur là ce serait peut-être mieux de faire comme ça il y a vraiment une relation de confiance qui s’est établie et qui fait qu’en fait on apporte aussi notre action dans ces échanges en fait auprès des services techniques et pas seulement au niveau médiatique et au niveau décisionnaire mais voilà c’est un peu les deux voies parallèles sur lesquelles on agit voilà les deux leviers d’action qu’on a et qui fonctionnent vraiment enfin sur le projet des Valenaise il y a vraiment à chaque fois les remarques de l’association qui sont prises en compte quand c’est possible et qui modifient un petit peu les projets à la marge alors des fois on peut se dire bah oui mais c’est juste un petit bout de bordure qui est décalé, ça change pas grand chose mais en fait si parce que dans l’expérience usagée ça peut vachement changer quelque chose une bordure qui est décalée ou quoi et c’est à ça dont on est vraiment attentif et c’est ça qui fait qu’après on a des aménagements cyclables qui sont un peu mieux pensés et dont l’usage est vachement facile parce qu’un aménagement cyclable c’est pour des années et des années donc vaut mieux le concevoir de la meilleure des façons.
Victor : ouais hyper intéressant en plus parce que vous avez développé une vraie expertise sur le sujet en parcourant un peu le site de l’asso j’ai vu que depuis 2018 vous aviez fait le choix de ne plus percevoir de subventions de collectivités locales pour garantir votre indépendance ça m’a fait penser un peu à l’approche qu’avait par exemple le journal Mediapart est-ce que ce choix ça a résulté du fait que vous avez déjà reçu des pressions ou une sorte de chantage au financement ou c’est juste vous avez un peu anticipé cette éventualité ?
Mélodie : alors effectivement aujourd’hui on touche zéro subvention locale et c’est voilà dans un parti pris un peu qui fait un peu la spécificité aussi de cette association à Lyon donc on touche vraiment zéro euro avant 2018 on touchait une subvention de la part de la collectivité locale mais qui était très faible qui était environ 1000 euros mais à l’époque il y avait eu des critiques justement assez fortes sur des projets d’aménagement qui n’étaient pas conformes à la loi ou qui mettaient en danger les cyclistes et il y avait eu une manifestation assez forte pour s’opposer du coup à une réduction d’une bande cyclable qui permettait de créer une troisième voie voiture parce qu’il y avait des travaux par ailleurs dans l’agglomération qui faisait qu’il y avait un report des voitures sur cet axe mais en disant que c’était pas acceptable pour les cyclistes parce que si on réduit une bande cyclable en fait on met en danger ces cyclistes parce que s’ils sont trop proches des voitures qui sont stationnées bah en fait il y a le sujet des portières qui fait qu’en fait c’est dangereux en fait voilà on accentue les risques des accidents pour les cyclistes et que c’était pas acceptable et donc il y a eu une forte mobilisation et du coup le pouvoir en place a dû un peu reculer et a un peu dit mais si vous continuez un peu à nous critiquer nous on arrête de vous donner effectivement les subventions et donc là l’association tout de suite a réagi en disant bah ok il n’y a pas de soucis nous on refuse en fait votre subvention et on tient évidemment notre position de contestation sur ces projets là et du coup on va dire que voilà depuis cette année là bah on tient cette posture de vraiment avoir aucune subvention de la part du pouvoir local et de d’avoir une indépendance complète dans les postures qu’on prend par rapport au pouvoir en place
Victor : c’est hyper louable je trouve surtout en ces temps où la probabilité en politique semble être une notion de plus en plus floue et donc les questions logiques qui viennent après pour moi c’est comment vous financez vos activités c’est quoi un peu le modèle économique
Mélodie : ouais et ben alors le modèle économique avant d’avoir la salariée c’était essentiellement du coup l’argent des adhésions et un petit peu de dons mais bon vraiment c’était surtout sur les adhésions depuis qu’on a une salariée c’est grâce à une subvention de l’ADEME qui nous a permis du coup de recruter cette salariée donc il y a effectivement un enjeu à conserver une subvention qui nous permet de poursuivre le poste de la salariée et donc aujourd’hui on a un questionnement vu le contexte économique budgétaire à se dire comment on peut diversifier un peu nos ressources pour essayer de fiabiliser ce poste en espérant quand même que l’ADEME renouvellera cette subvention parce que ce poste est devenu quand même hyper important on a un territoire qui est hyper grand et donc la salariée a un rôle clé quand même pour coordonner tous ces groupes locaux et puis animer un petit peu les événements et puis porter des projets avec les groupes locaux et le conseil d’administration mais un peu je dirais la force quand même de notre association c’est justement comme on a une force bénévole très forte bah finalement on a un budget de fonctionnement qui est quand même beaucoup moins important que d’autres associations et donc quelque part on a de fait par construction une indépendance financière parce que finalement c’est pas très cher parce qu’en fait les ressources sont bénévoles et que les actions qu’on porte sont pas forcément très coûteuses parce que des manifestations enfin voilà on a des moyens d’action qui sont peu coûteux en fait même si ils ont un fort impact c’est pas pour ça qu’on a pas besoin quand même d’argent parce que c’est quand même le nerf de la guerre mais voilà on essaye de trouver un équilibre
Victor : j’ai posé des questions hyper spécifiques en fait sur l’assaut des aspects de la ville à vélo que tu voudrais aborder dont moi j’ai pas parlé
Mélodie : bah ce que je peux te dire parce qu’à un moment donné tu avais parlé des réussites de l’association on peut dire quand même qu’effectivement lors des dernières élections municipales bah l’association en partenariat avec d’autres associations locales aussi a porté en fait ce qu’on appelle un plan vélo auprès des candidats et notamment ce qu’on prenait dedans un réseau structure en vélo et c’est aussi ce sur quoi se sont appuyés le pouvoir en place et donc le projet aussi des voilonnaises qui fait un prolongement en fait de cette proposition de plan vélo donc nous on est l’action de la ville à vélo il est très fort au niveau du territoire de la métropole de Lyon il y a aussi la multiplication des doubles sens cyclables qui s’est améliorée où le pouvoir en place précédent était plutôt défavorable à cet aménagement et aussi le passage à 30 kmh dans l’agglomération lyonnaise était quand même aussi assez fort qui est aussi un plaidoyer de la ville à vélo très fort pour diminuer la vitesse pour favoriser les modes actifs donc voilà un peu dans les réussites de l’association et ensuite
Mélodie : oui dans les ambitions peut être la question sur c’est quoi les ambitions on a des réflexions sur la cohabitation entre le vélo la marche et la voiture et comment on apaise un peu les relations sur la route en lien avec la violence routière c’est un peu un sujet d’actualité en ce moment et comment on fait comprendre à une personne qui prend sa voiture que c’est dangereux de stationner sur une bande cyclable ou sur un trottoir parce que le cycliste doit faire un écart que la visibilité elle est réduite et que ça peut obliger des cyclistes des fois à aller sur des trottoirs pour se sécuriser et aussi comment on fait comprendre aux cyclistes que quand il y a un passage piéton il faut qu’il s’arrête et qu’il laisse passer le piéton ça on a fait beaucoup de sensibilisation et on est je pense un peu précurseur aussi sur ce sujet avec des actions priorité piéton on s’est mis en partenariat avec l’association droit du piéton et puis ensemble on est allé sur le terrain sur des passages piéton et voilà on faisait un peu du bruit un klaxon plop plop plop plop quand le cycliste ne s’arrêtait pas pour le piéton et puis on faisait marcher les trompettes quand les cyclistes s’arrêtaient et donc voilà l’idée c’est vraiment de redire ok nous on va favoriser le développement du vélo par rapport à la voiture il faut prendre de l’espace sur la voiture mais par contre on prend pas d’espace sur le piéton et le piéton c’est la personne la plus vulnérable et on a un intérêt en fait à favoriser aussi le déplacement des piétons et donc c’est important que ça soit un peu la priorité voilà donc ça c’est aussi des actions qu’on fait en interne un peu plaidoyer interne sur améliorer la cohabitation entre les différents usagers et usagères
Victor : ok trop bien c’est un sujet que je trouve aussi hyper intéressant que j’ai déjà eu l’occasion d’aborder dans ce podcast mais en tout cas félicitations pour toutes vos actions merci beaucoup d’être venu sur le podcast nous partager toute ton expertise et toutes les conclusions de ton mémoire sur la mobilité des femmes à vélo et puis merci pour son engagement en tant que coprésidente de l’association la ville à vélo et encore une fois félicitations pour tout ce que vous faites je pense qu’on en a bien besoin donc voilà un grand merci
Mélodie : merci à toi d’avoir proposé ce podcast c’était un super échange
Victor : super merci beaucoup allez à la prochaine
Mélodie : au revoir à la prochaine