Dans cet épisode spécial de Vélotaf, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous recevons Mathilde, Audrey et Maria de l’association Les Roues Libres.
Créée en 2023, cette structure unique œuvre pour l’inclusion des femmes et des minorités de genre dans les métiers du vélo.
Pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans cette filière ?
Quels sont les freins et comment les lever ?
De la mécanique au réemploi en passant par l’entrepreneuriat, elles nous racontent leurs parcours, les réalités du terrain et les solutions pour bâtir une économie du vélo plus égalitaire.
À écouter sans tarder !
🔗 Retrouvez l’association Les Roues Libres : https://www.lesroueslibres.ong/
Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !
« Cette association, elle est à la croisée des enjeux d’égalité et de mixité professionnelle et des métiers du vélo. »
« C’est multifactoriel, en fait. C’est le constat de plein de choses. »
« Il y a une vraie présomption d’incompétence. »
« C’est des sujets qui sont clivants aussi, c’est pas comme par exemple l’écologie où tout le monde est plutôt d’accord. »
« C’est important qu’on se positionne fort sur le fait que quand il y a une situation de discrimination, une situation de racisme, de sexisme, d’homophobie, qu’on dit non à ça. »
« Pourquoi le monde du vélo ne peut pas être adapté à n’importe qui pour dire bienvenue, pour l’inclure dans le monde, dans la mécanique et tout ça. »
« Plein de projets. On a plein de projets. »
Je pense que c’est parfait comme mot de la fin. »
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Ce podcast animé par Victor Blanchard est proposé par https://bleen.be, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.
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Lire la transcription
Victor : Aujourd’hui sur Vélotaf, j’ai la chance de recevoir Mathilde et Audrey de l’association Les Routes Libres. Les Roues Libres a été créée en avril 2023 par Mathilde et Audrey. C’est la première école d’orientation, de formation et d’insertion des femmes dans l’économie du vélo. Pour cet épisode, on a aussi la chance d’avoir avec nous Maria qui est mécanicienne vélo et membre de la communauté Les Roues Libres. Bonjour à toutes les trois. Bienvenue sur Vélotaf. Pour commencer, est-ce que vous pouvez peut-être tout simplement nous présenter un peu l’association et ses missions ?
Audrey : Alors, l’association Les Roues Libres a été créée en 2023. Donc, ça va faire bientôt un peu plus de deux ans. Mathilde et moi, on a travaillé dans le monde associatif depuis déjà une dizaine d’années sur les sujets : égalité professionnelle, mixité professionnelle, lutte contre les discriminations, dans différentes associations. Sur différentes thématiques. Et on avait à cœur de créer notre propre association qui ressemble à nos valeurs. Et par ailleurs, on aime beaucoup le vélo. Donc, cette association, elle est à la croisée des enjeux d’égalité et de mixité professionnelle et des métiers du vélo. C’est pour ça qu’on l’a créée toutes les deux en avril 2023. Donc, c’est une association qui a plusieurs activités dont la mission principale est d’encourager la mixité professionnelle dans les métiers du vélo. Donc, comment donner envie à plus de femmes et de minorités de genre de travailler dans cette économie qui est très florissante, notamment en région Île-de-France. C’est une économie qui est ancrée territorialement. Donc, la région Île-de-France est le deuxième bassin de l’emploi. Et l’Île-de-France, c’est pareil, concentre 60% des métiers du vélo. Et c’est comment accompagner plus de femmes dans ces secteurs-là, les former à un métier. Donc, il y a différents métiers. On en reparlera dans l’économie du vélo. Et comment les accompagner vers l’emploi afin que les entreprises les accueillent dans les bonnes conditions. Donc, pour ça, on a mis en place un certain nombre de programmes dans une approche dite intégrée. C’est-à-dire qu’en fait, on travaille avec l’ensemble des acteurs et des actrices de l’écosystème du vélo. À la fois les prescripteurs à l’emploi, notamment France Travail, les missions locales, les associations de quartier, mais aussi les entreprises qui recrutent pour que les recruteurs, les employeurs accueillent dans les bonnes conditions les personnes. Il faut savoir que dans le secteur du vélo, il y a très, très peu de femmes. On n’a qu’un chiffre aujourd’hui. 13%. Et aujourd’hui, on ne sait pas vraiment où elles sont. Donc, ce n’est certainement pas ou peu dans les filières techniques. Donc, c’est comment on fait pour que les femmes et les minorités de genre se retrouvent un peu partout dans cette économie-là. Et puis, on travaille avec les entreprises et on travaille évidemment en direct avec les bénéficiaires.
Mathilde : Au Roues Libres, on a plusieurs programmes qui sont plus ou moins éloignés de l’emploi. Oui, parce qu’en fait, on s’adresse essentiellement à des personnes qui sont, principalement des femmes, qui sont éloignées de l’emploi. Donc, on cible toutes les femmes indépendamment. De leur âge, de leur parcours professionnel, de leur longévité à France Travail ou pas, de là où elles habitent, on est large. Et donc, du coup, on a différents programmes plus ou moins éloignés de l’emploi. Celui qui est le proche de l’emploi, c’est la formation au métier de mécanicienne vélo qu’on mène avec un partenaire qui s’appelle Études et Chantiers, avec qui nous, on travaille en partenariat. Et en fait, l’idée dans cette formation, c’est de former des femmes et des minorités de genre au métier de mécanicienne vélo. Études et Chantiers s’occupe du volet de la mécanique. Et nous, on apporte des modules d’inclusion. Les modules d’inclusion, ça veut dire quoi ? Ça veut dire déjà aller chercher des femmes. Et déjà, c’est un gros boulot d’aller trouver des femmes, d’aller leur donner envie de faire ces métiers-là, de créer l’étincelle, créer l’envie d’aller vers ce métier. Parfois, c’est un impensé. Il y a des femmes qu’on rencontre, elles nous disent « Je fais du vélo, je fais du bricolage. J’ai même des bases en réparation de vélo. » Mais pour autant, c’est quand j’ai vu votre communication, quand j’ai parlé avec vous, que je me suis dit « En fait, je pourrais faire ce métier-là. Et avant, je n’y avait absolument pas pensé. » D’aller aussi, comme disait Audrey, convaincre les prescripteurs à l’emploi qu’en fait, les femmes, elles ont leur place aussi parce que ce sont des métiers qui charrient beaucoup de stéréotypes. L’idée que les femmes, elles n’auraient pas à faire ces métiers-là, mais c’est les prescripteurs à l’emploi. Et nous, tous et toutes, on charrie aussi beaucoup de stéréotypes sur les métiers que doivent faire les femmes aussi. Donc, c’est typiquement des discours qu’on peut entendre parfois chez les prescripteurs à l’emploi. Et donc, ensuite, nous, on va former l’équipe pédagogique avec qui on travaille. Là, en l’occurrence, c’est des chantiers sur tout ce qui est comment est-ce qu’on fait pour mener une formation inclusive. On les a formés sur la prévention des violences sexuelles en tant que formateur-formatrice. On les forme sur les stéréotypes. Et puis, on fait la même chose avec les apprenants-apprenantes. En plus de leur module mécanique, elles et ils ont des modules aussi sur ces sujets-là. Il y a du mentorat pour les femmes et les minorités de genre de nos formations pour pas qu’elles décrochent, pour qu’elles continuent à être motivées pendant la formation. Puis nous, on a aussi une cellule d’écoute, en fait, pour prévenir toute forme de violences. Et voilà. Et donc, du coup, là, on lance la troisième session en mars de cette formation de mécanicienne. Et puis, on a, comme à chaque fois, eu au moins 50 % de femmes et de minorités de genre. On en a même eu plus à chaque fois. Et donc, en fait, on ne connaît pas d’autres organismes de formation qui atteignent cette mixité puisque, comme le disait Audrey, aujourd’hui, il y a 13 % de femmes dans les métiers du vélo. Et puis, 20 % d’ailleurs en formation. Un peu moins, en vrai, quoi. Mais voilà. Et je pense que la meilleure personne pour en parler, c’est Maria. Parce que Maria, elle a suivi la formation de mécanicienne vélo.
Victor : Oui, complètement. Si ça vous va, on peut rentrer un peu dans le détail du programme mécanicienne vélo un peu plus tard. Enfin, je pense qu’il y a des éléments de réponse dans un peu tout ce que vous avez dit depuis le début. Mais peut-être plus spécifiquement, comment vous en êtes arrivée à cette conclusion qu’il fallait… Alors, je ne sais pas si c’est bien dit, mais qu’il fallait créer quelque chose, en fait, qui permette aux femmes de se faire une place dans le biais du vélo. Est-ce que c’est la découverte de ce chiffre de 13% ?
Audrey : C’est multifactoriel, en fait. C’est le constat de plein de choses. Déjà, de manière un peu générale, on sait que les femmes ne sont pas représentées dans toutes les classes professionnelles de la vie active. Elles sont souvent restreintes dans des classes de métiers qui entourent le care, par exemple, le soin, la littérature, la fibre artistique, créative, et moins dans les métiers dits techniques. Voilà. Nous, Mathilde, et moi avant de créer les Roues Libres, il y a quelques années, on s’est rencontrées dans une structure, une association qui a pour vocation d’encourager la mixité professionnelle dans les métiers de la tech, du développement et de l’informatique. Et il s’avère qu’il y a beaucoup de similitudes entre ces deux secteurs, puisqu’il y a 9% ou 10% de femmes, par exemple, qui sont développeuses, et encore moins qui sont data scientistes. Et en fait, ce sont des raisons sociétales qui font l’orientation genrée, l’éducation genrée, comme le disait Mathilde aussi, les représentations stéréotypées des métiers, la représentation masculine très large de ces métiers qui font que les femmes n’y vont pas. Donc déjà, ça, c’est un constat général. Et nous, qui avons de l’expérience dans la mixité des métiers et l’envie de faire bouger les lignes dans le monde du vélo, on est allées un peu confronter ces constats sur le terrain. Et donc, ce qu’on a fait avant de créer Les Roues Libres, enfin, en parallèle, on est allées interviewer un certain nombre de professionnels, donc d’entreprises, des apprenantes, des anciennes stagiaires, et notamment, c’est là où on a fait la rencontre de Maria, pour comprendre un peu là où étaient les freins des personnes à se rendre dans ces métiers-là et où étaient finalement aussi les motivations pour rejoindre ces métiers, parce qu’évidemment, ce sont des métiers qui ont beaucoup de sens pour les raisons qu’on connaît. Et donc, il n’y avait pas de raison que les femmes n’y rentrent pas. Donc, c’est un constat de société, d’éducation, d’orientation genrée, de représentation stéréotype des métiers. Et pourtant, il y a quand même des femmes qui y sont, puisqu’il y a quand même, même si c’est peu, ces 13% de femmes, elles existent et elles font beaucoup de bien à l’économie. Donc, il fallait aussi aller à la rencontre et les rendre visibles à travers nos programmes. Donc, on y reviendra, mais on fait en sorte que dans l’ensemble de nos actions et nos programmes, les femmes qui sont présentes soient visibles, témoignent, soient des figures de représentation aussi pour les futurs stagiaires, apprenants, apprenantes, ça leur donne envie aussi de rejoindre ces métiers-là. Donc, et pour terminer, je laisse peut-être Mathilde le raconter, mais on a lancé une enquête en 2023 pour aussi asseoir notre légitimité dans le secteur. C’est une enquête, on a interrogé 600 personnes pour confronter nos hypothèses et constater les freins et les motivations des femmes à rejoindre les métiers du vélo. Je ne sais pas si vous voulez en parler maintenant, mais en tout cas, ça peut être un élément de réponse aussi à ta question.
Victor : J’avais prévu la question pour plus tard, mais on peut en parler maintenant complètement.
Audrey : Est-ce que tu veux du coup le raconter, Mathilde ?
Mathilde : Oui, on a fait une enquête où on a été interrogé 600 personnes en quanti et puis on a aussi interrogé, comme disait Audrey, une vingtaine de personnes de manière qualitative. Et le but, c’était de comprendre où sont les limites, en fait, et puis ce qui motive les femmes à rejoindre les métiers du vélo. Et il ressort vraiment plein de choses intéressantes de cette enquête et notamment que les femmes, elles voient les métiers du vélo comme des métiers d’avenir, comme des métiers qui les attirent, comme des métiers du futur parce qu’elles cherchent comme, d’ailleurs, indépendamment de l’argent, comme plein de personnes, des métiers qui font du sens. Pour autant, elles continuent de percevoir les métiers du vélo comme des métiers dits masculins et où elles n’auraient pas leur place, en fait. Et ça, c’est un frein, en fait, au fait d’accéder à ces métiers-là et de se former à ces métiers-là. Dans notre étude, on a identifié aussi le fait que les femmes qui ont répondu à notre enquête, bien sûr, c’est restreint aux répondantes, mais ont aussi cette idée qu’il faudrait avoir certaines qualifications, certaines surcompétences, presque, pour pouvoir travailler dans le vélo aussi. Là où on voit un différentiel quand on voit les réponses qui sont fournies par les hommes. Et puis aussi, ce qu’on voit dans l’enquête, c’est que, comme dans n’importe quel secteur, il y a aussi des violences. Ça, c’est les professionnels qui travaillent déjà dans le vélo qui le disent, qu’elles sont victimes de violences sexistes et sexuelles. Il y a 58% des personnes interrogées qui ont déjà été victimes de violences sexistes et sexuelles, particulièrement de harcèlement sexuel et de sexisme parmi les personnes qu’on a interrogées. Donc, ça fait pas mal. Il y a… Ce qui ressort, c’est qu’il y a une vraie présomption d’incompétence. Même quand les femmes, elles sont formées au métier du vélo, les clients, leurs collègues, les élus, les entreprises continuent de les percevoir comme des personnes qui ne sont pas compétentes pour ça. Elles ont souvent les diplômes, les formations, et puis elles travaillent, elles travaillent souvent depuis longtemps dans le vélo. Voilà, sur l’enquête.
Victor : Ça résonne un peu parce que récemment, dans le podcast, j’ai eu une dame qui s’appelle Madeleine qui a créé son atelier vélo à Liège, en Belgique. Et elle dit que ça arrive de temps en temps qu’un homme entre dans le magasin et demande à voir le responsable du magasin alors que c’est elle.
Audrey : Oui, ça, ça revient très souvent, ça. C’est souvent… La présomption de compétence, elle est en interne, mais elle est souvent aussi de la part des clients et de l’extérieur qui rentrent dans les ateliers. Et même si vous avez le tablier ou le t-shirt avec écrit mécanicienne, ça irisse les poils de certains et qui demandent d’avoir le chef. Alors qu’en plus, c’est une chef d’atelier qui arrive, là, c’est encore plus compliqué.
Victor : Peut-être pour finir un peu sur l’asso et vos profils un peu. Vous, en fait, vous êtes experte des questions de genre et d’égalité. Une de vous deux qui m’expliquait que c’est souvent perçu plutôt comme des connaissances générales. Est-ce que c’est aussi cette expertise qui vous a permis de vous lancer dans cette aventure des Roues Libres ?
Audrey : Je pense qu’on peut le faire à deux voies. En fait, toutes les deux, on travaille dans ce milieu depuis déjà une dizaine d’années. Ça nous colle à la peau. C’est des sujets que ce soit dans la vie professionnelle ou dans la vie privée. Nous militons activement pour l’égalité, pour l’équité, pour la lutte de toutes formes de discrimination. Donc, ça avait du sens pour nous de poursuivre dans ce secteur-là, en fait, qui est effectivement une approche transverse à tous les secteurs d’activité. Par ailleurs, on a formé les entreprises des collectivités. On rentre dans les collèges, dans les lycées, sur d’autres sujets pour aborder le genre de manière générale. Et donc, le vélo étant un secteur qui n’est pas exemple de sexisme, comme l’a prouvé notre enquête et expliqué Matilde, ça avait du sens aussi de rentrer par cette approche pour permettre à la fois, parce que c’est pas tant le nombre de femmes, bien sûr, qu’il faut des femmes, il faut qu’elles restent aussi, qu’elles restent dans les formations et qu’elles restent dans l’économie du vélo. Pour celles qui ont testé et qui ont été courageuses à rentrer dans les formations, pour avoir accueilli certains témoignages, il y a des femmes qui soit sont parties pendant la formation ou soit à l’issue de la formation se sont dit finalement, c’est pas pour moi. Ou bien, quand elles sont allées à la rencontre d’entreprise, elles ont réalisé qu’il n’y avait pas les conditions qui leur permettaient d’être bien accueillies. Et donc, parce qu’exposées à du sexisme au quotidien, les fameuses blagues qui ne sont pas des blagues, qui sont banalisées, donc de fait, elles se disent moi, après mon CDD ou ma mission, je ne souhaite pas poursuivre. Ou alors, qui par principe ne veut pas de CDI, de crainte de rester dans un atelier où elles se sentiraient mal à l’aise. Donc, c’est pas tout qu’elles y soient, c’est le tout, qu’elles y restent et qu’elles puissent aussi grimper, si elles le souhaitent, dans les ateliers, dans les enseignes, dans les coopératives dans lesquelles elles travaillent. Donc, c’est pour ça qu’on a à cœur aussi de former les entreprises et les professionnels au recrutement inclusif, à la culture de l’inclusion, à la lutte contre la discrimination, à savoir, à les accompagner pour mener des enquêtes s’il y a suspicion de sexisme ou de harcèlement, etc.
Mathilde : Je ne sais pas si ça répond à ta question, mais c’est vrai que souvent, les structures aussi nous disent oui, nous, on sait faire, on n’a pas besoin, on a déjà de l’égalité, regarde, on a recruté une femme en 2012, enfin, et du coup, oui, parfois, je pense que l’expertise qu’on a avec Audrey, elle n’est pas comprise, aussi, c’est assez nouveau en France, même si ça fait quand même des années qu’on a des écrits là-dessus, c’est vrai que c’est des sujets qui sont clivants aussi, c’est pas comme par exemple l’écologie où tout le monde est plutôt d’accord, les questions de genre, ça vient heurter, ça vient, voilà, et puis, surtout, ça demande aussi derrière, déjà, il faut comprendre comment ça marche, etc., accepter d’être conseillé et puis aussi mettre les moyens sur la table aussi, et en fait, ça demande de mettre en place des choses, de se faire accompagner et puis, dès qu’on arrête, en fait, les résultats baissent, en fait, c’est une politique volontariste qui doit jamais s’arrêter, en fait, il faut jamais s’arrêter de former les personnes, il ne faut jamais s’arrêter d’être vigilant, vigilante sur ces stéréotypes, sur ces processus de recrutement, sur la manière dont on forme les personnes, sur où on pose le cadre, en réunion, en formation, dans l’accueil des clients, des clientes, et du coup, ça demande une formation constante, une vigilance constante.
Victor : Si, si, complètement, et oui, je suis entièrement d’accord sur le côté, sur l’écologie, enfin, en tant qu’animateur de la fraise du climat, j’ai encore jamais eu une personne qui est arrivée sur un atelier en me disant franchement, c’est un canular, il n’y a pas de dérèglement climatique et là, depuis tout récemment, je suis animateur de la fresque du sexisme et je pense que la probabilité d’avoir quelqu’un qui vienne et qui me dit non, enfin, c’est sexiste, ça n’existe pas, c’est pas le cas, je pense que c’est beaucoup plus élevé et j’appréhende un peu ce moment.
Mathilde : C’est intéressant comme retour, c’est intéressant.
Victor : Maintenant, plus concrètement dans les programmes de l’asso, on en a parlé au début, j’ai identifié deux grands programmes, vous me dites si je me trompe, le programme “mécanicienne de vélo” et le programme “découverte des métiers du vélo”. Donc, vous avez déjà présenté un petit peu et peut-être que là, pour le coup, le témoignage de Maria peut être super intéressant pour le programme mécanicien de vélo.
Maria : En 2023, j’ai suivi deux formations avec Études de Chantier. C’était un programme que j’ai trouvé très intéressant, car il portait sur l’Ur-Implor et m’a permis de découvrir un aspect du vélo qu’on ne voit pas toujours. Souvent, on pense au vélo à travers les boutiques qui vendent des modèles neufs, mais il y a aussi tout un autre côté à explorer. Avant cela, je ne connaissais presque rien à la mécanique vélo. J’étais simplement un·e utilisateur·rice : je savais à peine changer une chambre à air. J’ai donc commencé avec la formation Opératrice Cycle, qui durait environ un mois et demi. C’était ma première immersion dans le monde du vélo, avec un premier stage et une première découverte du métier. Ensuite, j’ai enchaîné avec une autre formation d’environ cinq mois, toujours en lien avec les chantiers, où j’ai appris le métier de mécanicien·ne réemploi cycle. Cette formation m’a permis d’approfondir la mécanique vélo, mais avec un aspect particulier : le réemploi. J’ai appris tout ce qui touche à la récupération de pièces et de vélos, leur stockage, leur nettoyage et leur remise en état. En gros, j’ai découvert comment créer une économie circulaire autour du vélo et du réemploi des pièces. Après cette formation, j’ai pu commencer à travailler immédiatement dans les ateliers d’une association appelée Solicycle. Là, j’étais vraiment plongé·e dans le monde du vélo : ce n’était plus un stage avec un cadre de formation, mais un véritable travail. Au début, tout allait bien, mais très vite, j’ai réalisé que ce milieu était difficile pour moi, surtout en tant que femme lesbienne. L’ambiance était compliquée, car les personnes avec qui je travaillais n’avaient pas une grande sensibilité dans leur manière de parler. Je ne me sentais pas respecté·e en tant que professionnel·le. J’avais l’impression d’être vu·e comme leur sœur, leur femme ou quelque chose comme ça, mais pas comme une collègue mécanicienne à part entière. C’est ce que j’ai toujours répété à notre responsable : je veux juste être respecté·e comme un·e professionnel·le, c’est tout. Nous étions sur un lieu de travail, dans un cadre professionnel, et moi, j’exerçais un métier. Je ne demandais pas aux gens d’être d’accord ou pas avec qui je suis, c’est un autre débat. Mais je voulais au moins du respect. Malheureusement, ce respect n’était pas là, et ça a été difficile. J’ai donc dû quitter les ateliers, car ma santé mentale et émotionnelle passait avant tout. Suite à cela, j’ai décidé de développer un autre projet. Je me suis formé·e à l’entrepreneuriat et j’ai commencé à me poser des questions : Est-ce que c’est possible ? Est-ce que je peux le faire ? Est-ce que je peux être accompagné·e ? J’ai exploré ces pistes et, aujourd’hui, cela fait presque un an et demi que je travaille sur ce projet. J’ai pu obtenir un petit financement grâce à une association, ce qui m’a permis de lancer un atelier itinérant. J’ai un vélo-cargo, dans lequel j’ai installé un pied d’atelier, des outils et quelques pièces essentielles comme des câbles, des gaines, des patins de frein, etc. Je vais à la rencontre des clients autour de moi, souvent par le bouche-à-oreille, via des amis et leurs connaissances. C’est comme ça que j’ai commencé. C’est un peu mon parcours. Mais je tiens à dire que, malgré les difficultés, j’ai pu compter sur des collègues et des personnes engagées pour l’égalité au travail. Sans elles et eux, cela aurait été encore plus compliqué. Ce que je veux souligner, c’est qu’il est essentiel de se positionner clairement contre toute forme de discrimination : racisme, sexisme, homophobie… Peu importe le milieu professionnel. Dans le vélo, c’est d’autant plus marquant, car nous sommes là pour réparer des vélos, pour faire du bien aux gens, leur permettre de profiter de moments agréables sur leur vélo et dans leur quotidien. C’est pourquoi il est crucial que nous continuions à créer du lien entre nous, à construire un réseau solidaire. Il faut qu’on se soutienne et qu’on se retrouve sur ce chemin, car c’est ensemble qu’on pourra faire avancer les choses.
Victor : Merci beaucoup pour ton témoignage. Et en fait, ce que tu as dit à la fin fait un peu le lien vers la question suivante puisque sur ces questions de sensibilisation à l’inclusion et à la diversité. Avec Les Roues Libres, vous avez aussi développé des formations, il me semble. Moi, j’en ai comme des étés six en tout. Et si j’ai bien compris, c’est des formations dont le but, c’est de faire progresser les entreprises sur les questions d’inclusion et de diversité. C’est bien ça ?
Audrey : Alors oui, en effet, on fait des formations. Alors les formations que l’on donne aux entreprises, on les donne aussi aux organismes de formation et en partie auprès des bénéficiaires. On fait notamment une formation sur la prévention des stéréotypes de genre, donc déjouer les stéréotypes, les comprendre, comprendre leurs mécanismes, comprendre les conséquences sur la vie des personnes et des groupes de personnes et comment en prendre conscience et savoir les déjouer au quotidien en formation dans son travail. Donc ça, c’est une formation que l’on donne dans le cadre de la formation mécanique Remploi Cycle auprès des stagiaires, aussi auprès de l’équipe pédagogique comme le disait Mathilde et en effet auprès des professionnels. On a notamment sensibilisé et formé la maison du vélo de Toulouse avant Noël sur ces sujets-là. On donne aussi, en règle générale, c’est coupler la prévention des violences sexistes et sexuelles où on rappelle les définitions, les obligations, l’obligation de santé et de sécurité des employeurs à prendre soin des salariés mais aussi des bénévoles, des adhérents, des personnes qui rentrent dans leurs ateliers. Donc ça, c’est très important parce que beaucoup de personnes n’ont pas connaissance du cadre juridique dans lequel les employeurs travaillent et donc, de fait, c’est là où il peut y avoir des situations problématiques ou une banalisation des agissements sexistes. Il faut savoir qu’un comportement sexiste, une fameuse blague qui n’est pas une blague, c’est interdit en fait par la loi et donc, il y a sanction. Donc ça, c’est quand on leur explique et les personnes se disent “ah oui, quand même”, donc c’est là où on voit qu’il y a des limites. Le cadre juridique, il n’est pas négociable. Et puis, on forme aussi sur différents sujets, on travaille main dans la main avec les acteurs sur les bonnes pratiques à développer, soit dans le cadre d’un recrutement, donc ce que disait Mathilde, le recrutement inclusif, qu’est-ce que c’est ? La communication inclusive qu’est-ce que c’est ? Comment on travaille une offre d’emploi pour qu’elle s’adresse à toutes et à tous ? Comment on détechnise aussi la manière dont on présente les offres d’emploi ? On a souvent des vocabulaires un peu jargonneux ou qui n’est pas forcément accessible. Comment on le rend plus accessible ? Comment on communique de manière inclusive avec les prescripteurs à l’emploi ? Donc, on utilise des visuels de personnes et pas forcément que des hommes blancs d’un certain âge. Dans la manière dont on s’exprime, voilà, c’est ce qui fait que parfois ce sont des petites choses qui sont faciles à mettre en place. C’est ce qu’on explique en fait aux employeurs, aux organismes de formation. Il y a pas mal de choses qui se font avec un peu de volonté et d’effort qui sont très accessibles. Donc, on fait aussi de la formation sur des enquêtes aussi. On peut former sur des procédures d’enquête auprès des employeurs pour celles et ceux qui identifient des violences au sein de leurs équipes. On met en place une enquête interne. On peut aussi mener des enquêtes le cas échéant. Je ne sais pas si tu vois, Mathilde, d’autres formations que l’on peut mener ou qu’on a déjà menées.
Mathilde : Oui, on a des formations aussi sur l’égalité professionnelle de manière générale en fait, avec un focus sur le vélo. Et puis aussi des formations sur la pédagogie inclusive. Ça, on en a parlé tout à l’heure, mais sur comment est-ce qu’en tant que formateur, formactrice, j’arrive à diffuser des contenus, à les transmettre de manière égalitaire, non discriminante. C’est des choses qu’on fait aussi, des formations sur la lutte contre les discriminations, les discriminations LGBT. Voilà, grosso modo, c’est un panorama.
Victor : Pourquoi est-ce que c’est important ces questions d’inclusion et de diversité, notamment en entreprise ? Et pourquoi ce n’est pas juste une question pour une entreprise de se donner bonne conscience ou de répondre à un impératif moral ? Enfin, même si c’est important moralement, mais…
Mathilde : Il y a plusieurs enjeux, en fait, d’avoir plus de… Enfin, de travailler les questions d’égalité de genre dans le vélo et donc d’accroître la place et le rôle des femmes et des minorités de genre dans le vélo. Il y a plusieurs enjeux derrière ça. Le premier, c’est, comme tu disais, un enjeu de justice sociale, d’égalité, tout simplement, qui par ailleurs est systématiquement rappelé par les organisations internationales, les instances onusiennes. Enfin, voilà, ce n’est pas dans le vent. C’est une obligation. Il y a une obligation légale en France d’égalité professionnelle. C’est écrit dans la loi. Donc, ce n’est pas tant quelque chose qui relèverait de quelque chose d’idéologique ou de moral, en fait. C’est vraiment écrit noir sur blanc dans la loi. Cela étant, il y a aussi des enjeux produits. Le fait d’avoir aussi… Si on forme des femmes et des minorités de genre aux différents métiers du vélo, on va produire des produits qui vont être aussi divers. Et aujourd’hui, on sait que si on prend les vélos, on n’a pas de vélo divers, en fait. Ils ne sont pas adaptés à tous les corps qui existent. Voir plus de femmes travailler dans le vélo, c’est aussi voir plus de femmes et de minorités de genre pratiquer le vélo. Parce qu’aujourd’hui, on sait qu’en France, on a moins de femmes et de minorités de genre sur les pistes qui roulent que d’hommes. C’est favoriser la pratique par d’autres personnes comme les enfants aussi. Voilà. On sait que souvent, les mères sont prescriptrices. Et puis, il y a des enjeux aussi assez transverse business. Ça, c’est pas nous qui le disons, mais c’est McKinsey qu’en fait, plus on a de diversité dans des équipes, plus on est créatif et plus on fait de business et on rentre d’argent. Du coup, si les boîtes veulent aussi faire plus de business, elles ont un intérêt aussi à recruter plus de femmes, plus de minorités de genre, plus de personnes qui viennent d’autres cultures que la culture un peu classique, enfin, stéréotypée du vélo aujourd’hui.
Maria : Oui, le vélo, c’est merveilleux, car il ne discrimine personne. Il offre uniquement de la liberté et permet à tout le monde de se déplacer de manière autonome, quel que soit l’âge ou la situation. Je pense que, dans la culture et le monde du vélo, nous devons refléter cette philosophie. Ce que le vélo nous apporte, nous devons le retransmettre, pour lui rendre hommage.
C’est une invention magnifique, et je remercie toutes les personnes qui y ont contribué. C’est vraiment génial ! Et c’est dommage que, alors que n’importe qui peut adapter un vélo pour se déplacer sans discrimination, le monde du vélo ne soit pas lui-même inclusif et accessible à toutes et tous. Pourquoi ne pourrait-il pas accueillir tout le monde, offrir une place à chacun·e, notamment dans la mécanique et les autres aspects de cette culture ?
Nous avons déjà une base d’égalité : nous ne devons pas la briser. Car, en réalité, le vélo est fait pour tout le monde. Nous pouvons tous et toutes rouler, sans qu’aucune barrière ne nous arrête.
Victor : Je partage complètement ce point de vue. Vous avez aussi une mission de plaidoyer il me semble. En quoi est-ce qu’elle consiste et pourquoi c’est important pour vous cette mission de plaidoyer ?
Audrey : Oui, la base de notre mission de plaidoyer ça a été l’enquête parce que déjà, il n’y avait pas de chiffres, très peu de chiffres. Donc même si nous, on est arrivés avec notre bagage sociologique de connaissances, d’expériences sur différents métiers et qu’on est allés échanger avec quelques professionnels, il fallait qu’on… Enfin, à notre sens, une de nos missions, c’était apporter autant que possible des données, des verbatims, confronter des hypothèses et puis partager autant que possible ces documents, ces préconisations parce que l’enquête, ça a été des chiffres, des constats, une analyse, mais aussi derrière des recommandations, des préconisations pour accompagner les structures. Donc cette enquête, elle a été diffusée dans l’écosystème du vélo et puis présentée lors d’événements, notamment un événement qui a été déroulé à Ghent. Eurovélo, Vélocity. Tu dois connaître, du coup, Victor, parce que c’est chez toi. Et donc, on essaie de diffuser les bonnes pratiques. Après, ça a été une échelle… On a quand même interrogé 600 personnes, mais ça reste une petite enquête. C’est pour ça qu’à venir, il y a une grande étude nationale qui va être lancée sur la place des femmes de manière générale dans la filière économique du vélo, sur tous les secteurs. Mais bon, peu ou prou, ça nous a permis quand même de valider des orientations et des tendances. Donc, se plaidoyer, c’est prêcher la bonne parole, la partager, communiquer le plus possible, sensibiliser auprès des entreprises, des acteurs publics, des acteurs privés, des organismes de formation, pour qu’ils et elles comprennent qu’en fait, ça a du sens d’accueillir plus de femmes dans les formations et dans les entreprises.
Victor : Maintenant, sur le sujet plus générales du secteur du vélo, vous en avez parlé un petit peu au début, les violences sexistes et sexuelles dans cet univers, c’est une réalité. Et pour y faire face, soulignez notamment l’importance de former les adhérents et les bénévoles qui travaillent dans les associations vélo. Et donc ça, ça fait aussi partie de ce que vous faites. Et ce que vous avez fait à Toulouse à Noël, c’est ça ?
Mathilde : Oui. Alors, en décembre, en effet, on est allé à Toulouse former des bénévoles de l’association, enfin, la Maison du vélo Toulouse, qui est une grosse asso vélo, française. Je crois qu’il y a comme 25 salariés. Donc, ça fait beaucoup de bénévoles derrière. Donc, on était vraiment super contents d’y aller. On a formé un certain nombre de bénévoles sur des enjeux d’égalité, d’inclusion et en effet, sur la prévention aussi des violences sexistes et sexuelles. On s’est mis sur le stéréotype avant, mais aussi sur la prévention des violences. Et on a aussi travaillé pour la FUB, pour la Fédération des usagers et usagères de bicyclettes. On a produit des contenus qui ont été injectés dans un MOOC qui va voir le jour en avril. C’est un MOOC qui va être diffusé pour les structures qui portent un programme français qui s’appelle Vélo & Go. Donc, en gros, ça va permettre de former des animat-eur-rices mobilité vélo sur la prévention des violences sexistes et sexuelles. Voilà, on a d’autres projets qu’on aimerait mener, d’autres associations, mais je ne vais pas en parler. C’est en cours, c’est dans les tuyaux, mais il n’y a rien encore fait. Oui, de toute façon, en fait, pour prévenir les violences, il faut d’abord savoir ce que c’est qu’une violence sexuelle. Il faut savoir la définir pour pouvoir la reconnaître et puis savoir surtout qu’on est tous et toutes responsables et que cette responsabilité-là, elle repose aussi beaucoup sur les présidents, présidentes d’assaut, même quand ils et elles sont bénévoles parce que c’est vrai qu’en fait, le tissu économique du vélo, c’est beaucoup de petites structures, de PME, de TPE, beaucoup d’associations et on entend beaucoup oui, non, mais nous, on est une petite asso, en fait, on n’a pas de salariés, on fait comme on peut. Justement, il faut redoubler de vigilance parce que vous êtes une petite structure et souvent, c’est un peu paradoxal et difficile à comprendre. Mais du coup, voilà, former sur ces sujets-là, savoir reconnaître les violences, savoir comment réagir, nous, voilà, quand on forme, on donne des techniques concrètes, rappeler les obligations légales, rappeler comment faire des enquêtes, les sanctions qui doivent être prises. Voilà, ça, c’est quelque chose qu’on fait et qui est important. Je ne sais pas si ça répond à ta question.
Victor : Si, si, complètement. En plus, il n’y avait pas particulièrement de questions. Non, c’est nickel, merci. Vous travaillez aussi avec pas mal de partenaires si je ne me trompe pas, il me semble que ça vous tenait à cœur d’en parler un peu et de saluer leur travail. Donc, est-ce qu’il y en a que vous voulez citer ici ?
Audrey : On est une association. Donc, on repose sur un modèle économique hybride où, effectivement, on est soutenu par des collectivités, notamment la ville de Paris qui nous soutient depuis le début sur le programme formation mécanicienne, mécanicien et remploi cycle, mais aussi des fondations qui nous ont accompagnées, la fondation RATP, la fondation Massif, le département aussi du 93. Donc ça, c’est vrai que ce sont des collectivités qui ont à cœur, indépendamment aussi du vélo, de mettre au cœur de leurs appels à projets la dimension égalité et mixité professionnelle. C’est aussi ce qu’on dit aux entreprises, aux organismes de formation. Certaines collectivités ou fondations souhaitent voir dans leurs programmes plus de mixité professionnelle. Donc, ils et elles ont tout intérêt à travailler main dans la main avec des structures qui sont au service de ces enjeux-là. Aussi, pour une question d’image, de réputation, même si d’abord la justice sociale est au cœur de nos projets, mais parfois, ça peut convaincre certains acteurs ou certaines actrices de faire bouger les lignes. Et puis, en termes d’organismes de formation, notre principe, c’est de la collaboration avec les partenaires. Donc, on invite tous les organismes de formation qui souhaitent intégrer plus de mixité et d’inclusion dans leur formation de travailler et de collaborer avec nous. Certains, ça a été plus facile comme études des chantiers où ils ont accepté qu’on les accompagne et qu’on les forme. Et bon, il y a quelques résistances avec d’autres, mais on espère que ça bouge. Et puis, au-delà même de la région Île-de-France, aujourd’hui, on est à Paris, mais on a travaillé un peu partout en France, on se déplace. C’est très simple pour nous d’aller à la rencontre des personnes qui souhaitent faire bouger les lignes. Même si l’économie du vélo se développe, voilà, ça reste encore un petit monde. Donc, on est ouvert pour aller à la rencontre des professionnels qui souhaitent avancer avec nous sur ces enjeux-là.
Victor : À quoi ressemble le futur pour Les Roues Libres ? C’est quoi vos projets ?
Audrey : Eh bien, plein. On a plein de projets. On a parlé de la formation mécanicienne réemploi cycle. Donc ça, ce sont des formations que chaque année, on mène. Donc, cette année encore, on va mener des nouvelles sessions et l’année prochaine aussi. On a un projet dont on n’a pas évoqué qui est un programme de découverte des métiers du vélo qui s’appelle “En piste vers les métiers du vélo”. On a un programme pilote qui a été mené en janvier. C’est un programme de quatre semaines pendant lesquelles, on a un certain nombre d’acteurs. On va à la rencontre des acteurs, donc des entreprises, des organismes de formation, des femmes qui travaillent dans le vélo et qui témoignent. Et on travaille aussi sur le projet professionnel avec un partenaire qui s’appelle Targo qui est un acteur de l’ESS et qui travaille à consolider ou affiner le projet professionnel de nos bénéficiaires dans le monde du vélo. Et ça, c’est un projet qui a bien bien fonctionné et qu’on souhaite maintenant essaimer à la fois d’abord en région Ile-de-France et dans d’autres régions mais surtout démultiplier les sessions puisque les personnes qui sont passées par ces sas d’orientation et de sensibilisation sur les métiers du vélo, donc pas que la mécanique, on leur fait découvrir la cycle logistique, le cyclotourisme, l’animation mobilité vélo, le design du vélo, on a fait intervenir des cadreuses, notamment des associations. Enfin, c’est aussi l’occasion de rendre visible à toutes les personnes qui travaillent dans le monde du vélo et notamment les femmes. Maria fait des ateliers d’initiation où les bénéficiaires ont adoré, donc c’est aussi voir des personnes comme Maria qui font de la mécanique pour donner envie à d’autres femmes de faire de la mécanique. Donc ça, c’est un projet qu’on souhaite développer en plus de la formation mécanique. On a aussi un autre projet dont on n’a pas parlé qui vient, je dirais, à la croisée de la pratique du vélo mais de la découverte des métiers. En fait, on travaille avec Solicycle sur des programmes notamment dans le 93 où on accompagne des femmes sur la remise en selle, faire du vélo où Maria est intervenue quelques fois puisqu’on voit qu’il y a un lien très étroit entre la pratique du vélo et les métiers du vélo. Dans notre enquête, les personnes qu’on a interrogées qui sont professionnelles du vélo, 90% d’entre elles pratiquent le vélo. Alors ça paraît être du bon sens mais c’est surtout qu’est-ce qu’on fait de cette donnée-là ? C’est-à-dire que l’idée, c’est d’aller dans les vélo-écoles et de leur dire vous savez, vous pouvez monter sur un vélo. Comme dit Maria, vous êtes un générateur et vous pouvez trouver du travail aujourd’hui de plus en plus dans le vélo qui sont des emplois non délocalisables et près de chez soi. Donc c’est vrai que c’est un impensé pour elles. Déjà, de se remettre en selle sur le vélo puisqu’on sait que les femmes pratiquent moins les hommes sur le vélo et en plus de se dire d’ouvrir leur chambre des possibles professionnels. Donc on a fait cette session-là. On en a aussi à Paris et l’idée, c’est de démultiplier sur les prochaines années. Et enfin, accompagner autant que possible les actrices qui souhaitent des entreprises qui souhaitent travailler ensemble. On va travailler main dans la main notamment avec La Poste sur un consortium qui s’est mis en place sur le renouvellement des vélos Véligo en région Île-de-France et qui nous ont démarché parce qu’ils avaient à cœur de faire bouger les lignes et de recruter plus d’équipes techniques notamment sur ces métiers-là. Donc voilà, on a plein de projets dans le pipe pour l’année 2025-2026.
Mathilde : Et juste pour compléter, c’est vrai que nous on travaille comme disait Audrey en partenariat et en fait on est ouvertes à travailler avec tous les acteurs de l’écosystème vélo et on a beaucoup parlé de la mécanique vélo mais il y a d’autres métiers du vélo auxquels on pourrait aussi appliquer la même démarche, l’animation mobilité à vélo, le tourisme à vélo, etc. Et on est aussi ouvertes à travailler en partenariat avec d’autres acteurs sur ces référentiels métiers-là.
Audrey : Justement, en écoutant Mathilde aussi, sur lesquels on travaille sur la cyclo-logistique et c’est aussi l’occasion notamment de remercier Chloé Bouilloux des Cargonautes puisque c’est grâce à elle qu’on a été mis en contact Victor, sur ce podcast et Chloé en fait a particulièrement à cœur aussi de faire bouger les lignes dans sa coopérative donc les Cargonautes elle fait déjà beaucoup et on travaille main dans la main aussi, Chloé est une mentor aussi dans le cadre de nos programmes donc on met en relation des bénéficiaires, des apprenantes avec des femmes qui travaillent dans le vélo pour les aider aussi à leur donner confiance en elles et puis de leur ouvrir des réseaux quand c’est possible et c’est vrai que travailler sur un réseau de la cyclo-logistique ,cyclo-logisticien, cyclo-logisticienne on sait que voilà c’est une activité qui se développe beaucoup à Paris en région de France c’est le dernier kilomètre et bien ça c’est des choses qu’on aimerait pouvoir développer à terme voilà donc petit clin d’œil et merci à Chloé pour ça.
Victor : Effectivement merci à elle est-ce qu’il y a des sujets dont vous voulez parler ou qui vous tiennent à cœur que je n’ai pas abordé
Audrey : Je ne sais pas si Maria tu veux rajouter quelque chose ou si c’est bon aussi pour toi
Maria : e pense que ce serait bien de commencer à réfléchir à la place des personnes dans le monde du vélo, en particulier les femmes ou celles qui ne sont pas cis-hétéro. Toutes les autres expressions de genre et de sexualité doivent aussi être prises en compte. Il est important de penser à comment nous pouvons développer une économie ensemble dans ce domaine.
Par exemple, comment peut-on créer des coopératives ? Comment peut-on mettre en place des services et se former mutuellement ? Comment peut-on créer des opportunités pour nous dans le monde du vélo tout en offrant des espaces de plus en plus inclusifs ? C’est une question essentielle, et je constate que ce n’est pas encore assez développé.
Quand on se forme comme mécanicien·ne, on nous dit qu’il faut aller travailler dans un atelier pour acquérir de l’expérience et découvrir ce milieu. C’est normal, mais je pense qu’il manque parfois des formations qui nous montrent qu’il est aussi possible d’en faire une véritable carrière. Pas seulement en tant que mécanicien·ne, mais aussi comme chef de projet ou dans d’autres rôles au sein d’un atelier, entre nous. Il faudrait qu’on commence à se voir comme des personnes capables de gérer un atelier et d’occuper différents postes.
Par exemple, en tant que mécanicien, j’ai aimé travailler dans des ateliers, mais certaines choses m’étaient impossibles. Il y avait des projets que je voulais réaliser dans la mécanique, des idées créatives à tester, mais ce n’était pas toujours possible. Si je voulais, par exemple, transformer un vélo de course en y installant un guidon de BMX juste pour expérimenter, c’était interdit. Il manque donc des espaces où l’on peut exprimer notre créativité. Pourtant, le vélo, c’est aussi ça ! Dans le monde, il existe des endroits où les gens créent des vélos originaux, et même des compétitions autour de la créativité dans le vélo.
Si nous arrivons à nous organiser et à travailler ensemble, à créer un réseau solidaire, nous pourrons influencer la manière dont nous travaillons et collaborons. En développant notre propre façon de faire, nous nous renforcerons, attirerons plus de monde et pourrons réellement changer les choses.
Victor : Je pense que c’est parfait comme mot de la fin merci beaucoup Maria, Mathilde et Audrey merci beaucoup d’être venues sur Vélotaf.
Audrey : merci à toi merci !
Maria : à la prochaine !
Audrey : à bientôt !