Dans cet épisode de Vélotaf, nous accueillons Raphaël Romand-Ferroni, un jeune aventurier qui a décidé de repousser les limites du vélo solaire avec son projet L’Échappée Solaire. Son objectif ?
Parcourir 18 000 km de Paris au Cap avec un vélo assisté par l’énergie du soleil. Mais ce voyage n’est pas qu’un défi sportif et écologique : il a aussi une dimension humanitaire, avec la distribution de sacs à dos solaires aux écoliers en Côte d’Ivoire. Une aventure inspirante entre innovation, engagement et dépassement de soi ! 🚴♂️☀️
Bonne écoute !
Pour suivre l’aventure de Raphaël qui est parti de Paris le 28 janvier 2025 regardez son parcours sur Polarsteps : https://www.polarsteps.com/EchappeeSolaire/14788511-lechappee-solaire
Et pour donner un coup de pouce au financement et à la cause solidaire du projet rendez-vous sur le site du projet : https://echappeesolaire.com/
🔗 Retrouvez Raphaël et ses projets : https://www.linkedin.com/in/rapha%C3%ABl-romand-ferroni-0560b11b7
Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !
« Je viens de terminer les études et j’avais dans la tête de réaliser un grand projet, une grande aventure, un peu hors du temps, donc à vélo et pas n’importe quel vélo, avec un vélo solaire. »
« On a une grosse inégalité entre les métropoles, où l’accès à l’électricité est très dense, et dans les campagnes, dans les zones rurales, c’est très compliqué d’avoir ce lien au réseau électrique. »
« Je trouve que c’est quelque chose qu’on peut faire à hauteur d’homme. Donc, faisons-le et n’attendons pas. »
« Ton vélo est recouvert de panneaux solaires et tu as profité d’un ensoleillement du continent africain pour t’aider un peu dans ton trajet, c’est ça ? »
« J’ai regardé beaucoup de vidéos YouTube. Après, je suis un peu mécano, donc j’aime bien faire du bricolage. C’est des choses qui m’intéressent. »
« Les voyageurs à vélo, il y en a partout, même dans les zones où on ne s’en rend pas forcément compte. »
« Avec l’assistance électrique, c’est quand même quelque chose qui est largement faisable. »
« Je veux montrer qu’en fait, c’est possible. N’importe qui peut le faire. Peu importe qui on soit, c’est quelque chose qui est réalisable. »
Grâce à Autoscript.fr, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange.
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Ce podcast animé par Victor Blanchard est proposé par https://bleen.be, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.
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Lire la transcription
Victor : Bonjour Raphaël et bienvenue sur Vélotaf.
Raphaël ROMAND-FERRONI : Bonjour, merci de me recevoir.
Victor : Avec plaisir. Tu es étudiant, enfin plus maintenant puisque tu viens de finir tes études. Et avant de te lancer dans une morne vie de travail qui te mènera inévitablement à une incertaine retraite puis à la mort, tu as décidé de te lancer dans un projet que tu as nommé l’échappée solaire. Ce projet est évidemment un projet de vélo. Sinon, tu ne serais pas sur ce podcast aujourd’hui, mais c’est aussi un projet humanitaire. Alors, est-ce que tu peux nous présenter un peu plus ce projet, s’il te plaît ? Et si tu as envie d’ajouter ou de corriger des choses sur cette présentation, n’hésite pas.
Raphaël ROMAND-FERRONI : Alors, merci. Très bien présenté. C’est effectivement ça l’idée. Donc, je viens de terminer les études et j’avais dans la tête de réaliser un grand projet, une grande aventure, un peu hors du temps, donc à vélo et pas n’importe quel vélo, avec un vélo solaire. Alors, d’où m’est venue cette idée de vélo solaire ? C’était l’été dernier, quand j’étais en stage de fin d’études, quand j’avais du coup la vision que j’allais finir inévitablement dans une entreprise à travailler juste après ma diplomation. Je voulais quand même profiter les derniers temps d’un voyage à vélo. Et j’étais tombé sur un podcast de France Inter à l’époque, qui présentait l’association « Vélo solaire pour tous », et qui avait lancé le projet Vhélio à l’époque, et qui partait du constat qu’il y avait une carence dans la gamme des véhicules individuels disponibles sur le marché entre le vélo cargo de roues et la voiture électrique. Et donc, ils ont lancé le Vhélio, qui est en gros un utilitaire solaire à trois roues, qui est efficace en termes de sobriété, de coût et de performance. Et c’est plutôt destiné pour des usages vélo-taf, à des gens qui travaillent et qui veulent faire des aller-retours entre chez eux et le travail. Donc en fait, je suis tombé là-dessus, et c’est la première fois où j’entendais parler du vélo solaire. Et ensuite, je me suis beaucoup intéressé à la chose, j’ai fait mes recherches sur Internet, et je suis tombé après dans un second temps sur le Sun Trip, qui est une course de vélo solaire organisée depuis 2015-2016, je ne me rappelle plus trop bien, et qui est une course de vélo solaire organisée à travers le monde. Donc la dernière grande édition, c’était une course entre Paris et Guangzhou. Et donc le but, c’était que… Chaque participant a une certaine énergie qu’il développe avec ses panneaux solaires, mais il doit rester dans les bornes. Il y a un certain nombre de batteries, il y a un certain nombre de règles qui font que tous ses participants ne sont pas libres d’avoir autant de panneaux solaires qu’ils veulent. Et ça m’a beaucoup, beaucoup intéressé, et c’est à partir de ce moment-là où j’ai commencé à appeler pas mal de gens, des gens qui ont fait cette course solaire, et des gens qui connaissaient le vélo solaire, pour avoir leur retour d’expérience, et pour pouvoir connaître un peu mieux le véhicule. Et c’est comme ça que je me suis lancé début novembre, que j’ai lancé le projet, et que c’était parti, j’allais partir à vélo solaire de Paris au Cap. Donc c’est à la fois une aventure écologique, une aventure sportive, parce que c’est quand même 18 000 kilomètres qu’il faut réaliser, même s’il y a une assistance électronique, il y a quand même un effort physique qui est conséquent. Et c’est également un projet solidaire, qui est de distribuer des sacs à dos solaires. Et dans le nord de la Côte d’Ivoire, dans les régions de la Bagoué et de Ouoroudougou, et ça part aussi du constat qu’en Afrique, on a une personne sur deux qui actuellement n’a pas accès à l’électricité. Et pour les écoliers, c’est un vrai problème pour l’éducation, puisqu’en rentrant chez eux, ils n’ont pas forcément la possibilité d’apprendre leurs leçons qu’ils ont apprises le jour même, et le soleil se couche très tôt. Donc j’ai voulu associer à ce projet sportif et écologique une dimension solidaire, pour aussi alerter les personnes sur ce problème-là, et pour également apporter une aide du haut de mon individualité. Je pense que tout le monde peut réaliser ça, et je veux montrer que c’est possible et que tout le monde peut le faire. Et après, on pourra rentrer dans les détails si tu souhaites.
Victor : Tout à fait. Alors j’imagine que la partie humanitaire du projet de distribuer des sacs, tu ne l’as pas inventé de toute pièce. Tu as rencontré un partenaire avec qui tu as développé ce projet, c’est ça ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Oui, c’est ça. En fait, j’avais eu un premier contact en 2019 avec une entreprise ivoirienne, SolarPak,
Raphaël ROMAND-FERRONI : qui faisait des sacs à eau solaire destinés aux enfants. C’était exactement ce que je faisais moi. Et c’est eux aussi qui m’ont donné l’idée de faire ce projet. C’était mes premiers contacts. Quand j’ai élaboré le projet solidaire, c’était avec eux que j’avais bâti tout le projet. Et finalement, je me suis quelque peu écarté de ce partenaire ivoirien pour diverses raisons. Mais la principale raison, c’était que les produits étaient fabriqués en Chine et importés en Afrique. Et moi, je voulais vraiment réaliser un projet qui soit complet, tant sur le plan écologique que sur le plan économique. Je voulais que les produits soient réalisés en Afrique et qu’il y ait le moins d’empreintes carbone possibles. Donc, j’ai fait mes recherches et je suis finalement tombé sur deux autres partenaires. D’un côté, Ecoplast Innov. Ils réalisent des sacs, donc des sacs à dos classiques, pas du tout solaires. Et d’autre part, Lagazel, qui est une entreprise française qui a des entreprises en Afrique et qui réalise des lampes solaires détachables. Donc, ils sont détachés du sac. Et moi, j’ai rapproché ces deux partenaires. Je les ai mis ensemble pour pouvoir créer un sac à dos solaire. Je mets la lampe solaire à l’intérieur du sac, ce qui forme un kit que je donne aux enfants. Les enfants, en arrivant à l’école, sortent la lampe du sac. Ils peuvent la poser dehors, puis la ramènent chez eux. Et ils peuvent l’utiliser. Donc, tous ces produits sont produits localement. Et c’est, pour moi, une grosse avancée dans le projet. Et ça parle plus aux gens. Et c’est quand même beaucoup plus pertinent.
Victor : Parce qu’il me semble, tu m’expliquais, que, tu l’as un peu mentionné tout à l’heure, il y a un accès à l’électricité qui est très inégal sur pas mal de parties du continent africain. Et donc, ça ne permet pas, dans les zones rurales, aux élèves de travailler le soir, c’est ça ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : C’est ça. On a une grosse inégalité. En fait, entre les métropoles, où l’accès, il est dense. L’accès à l’électricité est très dense. Le réseau électrique est déjà construit. Mais dans les campagnes, dans les zones rurales, c’est très compliqué pour eux d’avoir ce lien au réseau électrique. Donc, la plupart des gens ont des téléphones. La pénétration mobile en Afrique, elle est 90%. Elle est énorme. Sauf que les personnes, pour aller recharger leur téléphone, ils doivent faire souvent 50, 100 bornes. Et le soir, pour éclairer… Ne serait-ce que pour les devoirs pour les enfants, mais il y a aussi les tâches ménagères, la cuisine, etc. C’est toutes ces tâches du quotidien qui nécessitent la lumière et qui les empêchent en raison du soleil qui se couche très tôt. Donc, moi, un objectif, c’est de résoudre ce problème. Mais c’est sûr que ce n’est pas une solution qui va être pérenne. C’est une première solution que j’apporte. Mais je trouve que c’est quelque chose qu’on peut faire à hauteur d’homme. Donc, faisons-le et n’attendons pas que des personnes vont construire les réseaux électriques qui arriveront dans peut-être 20, 30 ans.
Victor : Et donc, la partie humanitaire de ton projet, c’est uniquement en Côte d’Ivoire, c’est ça ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Oui. Alors, à la base, j’avais construit le projet pour faire une distribution de sacs à dos solaires dans tous les pays africains que je traversais. Donc, il y en avait 22 au total. Je me suis vite rendu compte que niveau logistique, financier, matériel, ça allait être infaisable. Enfin, ça allait être très, très compliqué. Je me suis focalisé sur une zone. Donc, je préférais le faire mieux dans une zone plus restreinte, avec des partenaires que je connaissais, avec des écoles, où je savais où j’allais aller, où j’allais avoir un vrai travail d’investigation en amont. J’allais pouvoir dialoguer avec les directeurs des écoles, avec les responsables de la région. Et donc, c’est le cas actuellement. Donc, avec ces deux régions que j’ai mentionnées, j’ai deux écoles actuellement à Flatier-Vogau et Canis. C’est des petites localités. Et donc, je parle tous les jours, de manière quotidienne, avec ces personnes. Avec ces responsables, pour organiser la distribution qui arrivera, du coup, en avril, lors de mon passage en Côte d’Ivoire.
Victor : Du coup, c’est toi-même. Enfin, j’imagine, du coup, la Côte d’Ivoire, c’est le pays où tu vas passer le plus de temps. Parce que toi-même, tu vas participer à la distribution des sacs.
Raphaël ROMAND-FERRONI : C’est ça. Je vais arriver à Abidjan. Donc, les sacs seront produits à Abidjan. Les lampes solaires seront produites à Ouagadougou. Les lampes seront acheminées vers Abidjan. Et donc, à Abidjan, c’est là où on va concocter, du coup, les kits. On va mettre les lampes à l’intérieur des sacs, s’assurer qu’on a le bon nombre. On prendra un utilitaire avec mes partenaires Ecoplast Innov et une station étudiante qui nous aide également pour la distribution des sacs. On prendra un utilitaire qui nous conduira, du coup, jusqu’au nord de la Côte d’Ivoire, dans les régions du nord. Et donc, ici, on va réaliser la distribution.
Victor : Et ça représente combien de sacs ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Alors, actuellement, on a une première école dont on est sûr. Donc, dans la Flativogo, c’est une soixantaine d’élèves. Et dans la localité de Canis, c’est environ 100 élèves. Donc, on a actuellement 160 sacs à faire. À savoir qu’un sac, donc un kit. Un kit, sac plus lampe, c’est environ 38 euros, 25 000 francs CFA. Donc, c’est une somme assez conséquente parce que c’est des produits de qualité, évidemment, qui sont produits localement. Donc, ça demande également un peu de financement.
Raphaël ROMAND-FERRONI : Pour financer ces sacs, j’ai créé une cagnotte où chacun peut participer. C’est vraiment les individus, donc les amis, la famille, les partenaires qui peuvent participer à cette cagnotte. Actuellement, on a levé 2000 euros. Pour produire l’entièreté de ces sacs, il faudrait un peu plus de 3000 euros.
Victor : On va rester sur la partie solaire, mais on va parler un peu plus de ton vélo maintenant. Parce qu’il me semble… Moi, j’ai vu les images, je n’avais jamais vu un vélo comme ça. Donc, il est recouvert de panneaux solaires, c’est ça. Et tu as profité d’un ensoleillement du continent africain pour t’aider un peu dans ton trajet, c’est ça ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : C’est ça. Alors, juste je te fais une petite note, mais le vélo, il a changé parce que c’est pour ça aussi du mont retard. Il y a eu quelques changements. Donc, je devais partir sur un trike à la base pour plusieurs raisons. Notamment, la première raison, c’était que le SunTrip, la course de vélo solaire que je t’avais mentionné au début, la plupart des participants utilisent un trike dont c’est un vélo trois roues couché. Ils mettent les panneaux solaires au-dessus d’eux. Et moi, je voulais faire la même chose. Mon idée, c’était de partir sur le même principe. Et j’ai réussi à me fournir un trike dans le sud de la France. J’ai fait un premier essai début décembre entre Aix et Paris pour remonter à la France avec ce trike. Qui était déjà électrifié, avec une roue motorisée à l’arrière. Et j’ai eu quelques soucis, notamment de stabilité, de confort et aussi avec la structure de panneaux solaires que j’avais construite. Donc, qui mesurait un mètre soixante sur un mètre de large, qui était assez lourd de 15 kilos. En termes de stabilité, c’était encore pire. Donc, début janvier, il y a eu une remise en question, donc j’ai dû vite changer mes plans. Parce que je savais qu’en six mois, en Afrique, ça allait être compliqué de gérer un problème de casse si, avec la stabilité, je tombais à droite ou à gauche. Et également pour le trafic africain, qui est très dense. J’avais appelé pas mal de gens qui m’ont dit, qui m’ont déconseillé, en fait, finalement, de partir sur un trike avec la largeur du véhicule. Où dans les villes, le trafic est très, très dense. Donc, grosse remise en question début janvier. Et je suis finalement passé sur mon VTT avec une remorque que j’accroche à l’arrière. Et donc, la structure ne va plus, finalement, au-dessus de ma tête, mais va directement sur la remorque. Donc, c’est un système où la structure est en aluminium, comme toujours. Et un système de charnière me permet, en fait, de faire basculer la structure pour pouvoir, après, récupérer des choses dans la remorque. Là, c’est deux panneaux solaires au lieu de trois, ce qui correspond à environ 250 watts de puissance générée. Donc, ça, c’est la puissance des panneaux. Après, sur une journée d’ensoleillement optimal, en Afrique, par exemple, je peux générer jusqu’à 1 200 watts de puissance grâce aux panneaux solaires. Donc, moi, j’ai à peu près deux batteries qui correspondent à 1 300 watts. Donc, je peux envisager être autonome sur une journée, dans une journée d’ensoleillement parfaite.
Victor : Donc, tes panneaux sont reliés à des batteries qui sont elles-mêmes ensuite reliées à l’assistance électrique qui est placée sur ton vélo, c’est ça ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : C’est ça. Alors, très schématiquement, c’est ça. Les panneaux solaires sont reliés à ce qu’on appelle des régulateurs. De puissance, en fait, qui vont réguler, parce que la puissance qui est apportée au soleil, elle est discontinue, c’est une puissance qui va varier. Donc, on a besoin de régulateurs pour pouvoir envoyer une puissance continue à la batterie. La batterie est elle-même reliée au moteur et après, il y a tout un système de câblage qui me permet aussi d’avoir un panneau d’affichage devant moi qui me permet de voir, de contrôler ma consommation, de contrôler ma vitesse et aussi contrôler l’énergie que je… que j’apporte grâce au solaire. Tout ça, ce sera sur un tableau de bord qui sera sur mon guidon et je pourrai contrôler tout ça.
Victor : tout ça, tu l’as conçu toi-même, alors ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Alors, sur la partie motorisation, re-rayonnage de la roue, etc., je ne l’ai pas conçu moi-même parce que je n’avais pas beaucoup de temps pour le faire. Donc, j’ai des partenaires qui m’aident, des professionnels du vélo qui m’aident à faire tout ça. Donc, sur la partie électrique, sur la motorisation, sur tirer les rallonges de câbles, etc. Après, moi, je m’occupe de toute la partie solaire qui est faire les soudures de câbles entre régulateur, panneau solaire, construction de la structure, pose de la structure, voilà, parce que c’est des choses que je peux faire. Et après, il faut évidemment que moi-même, je connaisse très bien mon système électronique puisque s’il y a un problème sur la route, s’il y a une panne moteur, s’il y a un câble qui saute, je dois pouvoir être à même de le réparer. Donc, il faut que je connaisse parfaitement mon système électronique et solaire, évidemment.
Victor : Et sur cette partie-là, tu t’es formé tout seul ? Tu avais des compétences de base ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Pas vraiment. En vrai, pas vraiment. J’ai regardé beaucoup de vidéos YouTube. Après, je suis un peu mécano, donc j’aime bien faire du bricolage. C’est des choses qui m’intéressent. Mais sur la partie vélo électrique, vélo solaire, c’est vraiment quelque chose que je découvrais en juillet. Donc, ça a été très rapide. J’ai appelé beaucoup de gens, beaucoup, beaucoup de personnes qui m’ont formé, qui m’ont appelé, enfin, qui m’ont conseillé. Et après, YouTube, c’est vraiment une source d’informations infinie. Donc, ça m’a vraiment beaucoup aidé.
Victor : Sur le plan, un peu plus, préparation du projet. Donc, on a parlé de ton vélo, de tes partenaires, des sacs que tu vas distribuer en Côte d’Ivoire. Maintenant, sur la partie itinéraire, un peu logistique, tu traverses, il me semble, 22 pays, tu as dit ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Oui, 24, du coup, en comptant aussi France et Espagne. 22 pays africains en tout. Ah oui, effectivement.
Victor : Comment, en fait, tu as un peu planifié ça ? Comment tu as fait ton itinéraire et qu’est-ce que tu as dû prendre en compte sur les aspects logistiques ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Alors, à la base, l’itinéraire, moi, je l’ai construit en regardant une carte du Monde. Je n’ai même pas appelé des gens, etc., avant de construire l’itinéraire parce que je trouvais ça assez logique de suivre la côte. Bon, après, il y avait aussi une autre raison, c’est que traverser le Sahara, passer par le Mali, le Niger, toutes ces zones qui ne sont pas forcément top pour faire du vélo actuellement. Donc, l’idée, c’était de passer par la côte. Après, évidemment, sur la côte, il y a des zones plus ou moins à risque que je vais traverser. Officiellement, il n’y a aucune zone rouge que je traverse. Donc, ça, c’est vraiment aussi un point que je voulais… Je ne voulais pas prendre des risques inutiles et je ne voulais pas mettre des gens en danger par ma faute. Donc, je voulais vraiment respecter aussi les recommandations du ministère des Affaires étrangères là-dessus. Il n’y a aucune zone rouge que je traverse, mais au pire, c’est des zones oranges. Donc, il y en a six au total. Il y a le passage entre le Sahara occidental et la Mauritanie. C’est un passage de frontière qui peut être assez risqué parfois. Mais dans les faits, en fait, en appelant les personnes, etc. qui ont fait le même trajet que moi, ce n’est pas des zones finalement où on ressent vraiment le danger. Il y a d’autres zones frontalières. Mais la grosse zone qui est actuellement la plus problématique dans mon itinéraire, ça va être le Nigeria. Actuellement, j’ai toujours prévu de le traverser. Après, il se peut qu’il y ait des changements, que finalement, je me dise que ça n’en vaut pas la peine et que je fasse machine arrière. Donc, ce n’est pas encore 100% sûr que je traverse le Nigeria. Peut-être qu’au Bénin, je trouverai un convoi en voiture où je pourrai mettre le vélo à l’intérieur. Donc, je suis quand même ouvert à toutes les options et je ne suis pas borné dans une idée qui est de « je veux absolument traverser le Nigeria ». Si je vois qu’il y a des risques et que ce n’est pas viable, ce n’est pas grave, je ferai machine arrière. Alors ça, l’itinéraire, je l’ai construit comme ça. Et après, c’est aussi également en prenant le retour d’expérience de toutes les personnes qui avaient fait ce trajet à vélo. Dans ma tête, c’est comme ça. En fait, il n’y avait personne qui l’avait fait avant. J’allais être le premier, mais en fait, ce n’est pas vraiment le cas. On se rend compte qu’en fait, il y a énormément de personnes qui font ce trajet. Je suis dans un groupe WhatsApp où on est environ 500, où ce ne sont que des personnes qui sont actuellement à vélo sur ce trajet. Donc, c’est assez impressionnant de se rendre compte que les voyageurs à vélo, il y en a partout, même dans les zones où on ne s’en rend pas forcément compte. Et ça, c’est une mine d’or d’informations vraiment infinie. De pouvoir être sur ce groupe WhatsApp puisqu’on a des informations sur les risques en temps réel, sur les passages de frontières, sur les potentiels bike shops qui peuvent réparer nos vélos. Donc ça, ça m’a beaucoup aidé. Et j’ai pu appeler aussi. J’ai eu des longues heures au téléphone avec ces personnes qui m’ont conseillé sur l’itinéraire à suivre, sur la procédure de visa, sur les vaccins, toutes ces choses auxquelles on ne pense pas forcément, mais qui sont nécessaires avant le départ.
Victor : Tu dois faire un visa pour chaque pays que tu vas traverser en fait ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Oui, quasiment. Il y a certains pays. Comme le Maroc. Comme le Sénégal où je n’ai pas besoin de visa. D’autres pays comme le Ghana, comme le Bénin où il faut des visas. Des e-visas qu’on peut faire sur Internet. Et après, parfois, il y a des pays comme le Sierra Leone, le Libéria où il n’y a pas du tout de système numérique, où les visas se font sur place au poste frontière.
Victor : En tout cas, je trouve ça trop chouette qu’il y ait autant de personnes qui traversent le continent à vélo. Je ne m’en rendais pas compte. D’ailleurs, j’ai juste une petite précision. Tu as parlé de zones rouges et oranges. C’est une classification que tu as fait dans ta tête ou il y a vraiment un truc officiel à ce niveau-là ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Non, c’est vraiment le ministère des Affaires étrangères qui envoie des recommandations aux voyageurs à travers le monde et qui va en fait coloriser certaines parties du monde en fonction du danger qu’il y a. Les zones rouges, ce sont des zones interdites. Si tu es dans une zone rouge et que tu as un problème, tu connaissais les risques encourus, donc c’est un peu de ta faute. Il y a les zones oranges où ce sont des zones à risque. Mais il faut faire attention. Il faut garder une vigilance. Les zones jaunes, un peu moins. Et après, les zones classiques, les zones blanches où on a une liberté de circulation totale.
Victor : Tu dors comment ? Tu as prévu une tente ou tu vas loger en dur ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Oui. J’ai prévu tout le matériel de camping qui est fourni par un de mes partenaires H2R Equipements. J’ai prévu de faire du bivouac globalement. Même si l’idée, c’est quand même d’aller à la rencontre des gens, d’aller dormir chez l’habitant. C’est vraiment quelque chose que je veux faire, de partager le quotidien des personnes, d’apprendre un peu plus sur les choses. Sur la culture locale. De partager aussi également mon projet. Donc, au maximum, dormir chez l’habitant. Et si ce n’est pas possible, dormir en bivouac, évidemment. Dans les grandes villes, je prévois quand même de prendre des auberges. Puisque ça va être quand même plus compliqué de dormir à la belle étoile dans les grandes villes. Mais au moins, dans toutes les autres zones, c’est bivouac et dormir chez l’habitant.
Victor : Est-ce qu’outre les zones oranges, est-ce qu’il y a des choses qui te font peur, que tu appréhendes avant de te lancer là-dedans ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Un peu tout. Oui. Enfin, je veux dire, c’est la peur de l’inconnu. De se lancer dans un grand voyage de six mois où on ne sait pas vraiment. Parce qu’il va y avoir des galères, c’est sûr. Mais on ne sait pas où les galères vont arriver. La peur de ne pas forcément arriver jusqu’au cap. Parce que c’est quand même l’idée aussi finale, c’est d’arriver jusqu’au cap. Et un peu cette appréhension de vouloir finir ce projet. Donc oui, évidemment, il y a beaucoup de peurs. Elles ne sont pas encore matérialisables. C’est assez difficile à… À décrire comme sensation. Mais c’est aussi grisant, en fait, comme sensation. Je veux dire, c’est une peur, mais qui, je pense, peut être bénéfique. Qui pousse aussi à aller plus loin. Qui pousse à redoubler tous les efforts pour être vigilant, faire des efforts, etc.
Victor : Est-ce qu’au contraire, il y a des choses dont tu as super hâte ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Oui, carrément. Hâte de rencontrer du monde sur le continent africain. Moi, je n’ai jamais mis un pied en Afrique. Donc ce sera vraiment une première pour moi. J’ai extrêmement hâte de ça. La grande hâte de rencontrer cette culture en Afrique. Un continent où je n’ai jamais mis les pieds. Et aussi d’expérimenter le vélo solaire. Finalement, je n’ai pas vraiment eu la chance de tester jusqu’à là. Donc ça va être une grande première.
Victor : Je ne me rends pas compte. Physiquement, ça va être un gros défi ou avec l’assistance solaire, ça va aller ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : En tout, c’est 18 000 kilomètres. En 6 mois, c’est à peu près 100 kilomètres par jour qu’il faut réaliser. Avec l’assistance électrique, donc avec les panneaux solaires qui alimentent en continu la batterie, c’est quelque chose qui est largement faisable. Après, comme moi, je prévois quand même de m’arrêter dans certains pays, de pouvoir me poser notamment en Côte d’Ivoire où je vais rester au moins 2-3 semaines pour pouvoir réaliser le projet solidaire. Il y aura des jours où forcément je vais devoir réaliser 200-300 kilomètres. Ça va être un défi évidemment physique. Mais avec l’assistance électrique, c’est quand même quelque chose qui est largement faisable. C’est quelque chose qui m’aide vraiment grandement. Pour réaliser ça en 6 mois, le solaire est quand même très bienvenu.
Victor : Pour finir, on avait aussi un petit peu discuté tous les deux en préparant ce podcast de certaines dérives de l’humanitaire. Toi, quel regard est-ce que tu portes là-dessus ? Et qu’est-ce que tu mets en place pour éviter de tomber dans ces travers-là ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : C’est vrai que l’humanitaire, avant que je réalise ce projet, c’est quelque chose qui ne me parlait pas forcément. J’ai toujours un peu méprisé en quelque sorte les personnes qui faisaient de l’humanitaire, qui allaient payer un billet d’avion pour aller retaper une école au fin fond du monde. En fait, j’ai un peu changé mon regard là-dessus. Et je me dis qu’en fait, l’humanitaire, s’il est réalisé d’une manière personnelle, c’est-à-dire si tu as réalisé toi-même ton projet, que tu t’es donné les moyens d’aller contacter les personnes sur place, d’aller trouver des partenaires locaux, de construire un projet de A à Z, je pense que ça peut sensibiliser d’autres personnes à faire ce genre d’action. Mais n’importe quel individu pourrait le faire. Moi, c’est juste ça que je veux montrer. Je veux montrer que moi, qui ne suis pas forcément quelqu’un qui va faire de l’humanitaire, qui va aller payer mon billet d’avion pour aller je ne sais pas où, pour faire de l’humanitaire, je veux montrer qu’en fait, c’est possible. N’importe qui peut le faire. Peu importe qui on soit, en fait. C’est quelque chose qui est réalisable. Et j’ai quand même changé mon regard là-dessus. Voilà. Je pense que c’est quelque chose qui est louable. Et en fait, en parlant avec les personnes avec qui je réalise ce projet sur place, elles sont de tout cœur avec moi dans ce projet. Et ça fait plaisir aussi d’aller contacter les personnes qui vont recevoir ces dons, donc le directeur des écoles, etc., qui confirme que c’est quand même quelque chose qui est nécessaire, qui est vraiment important pour eux. Donc moi, ça me fait vraiment chaud au cœur de savoir que c’est quelque chose qui est nécessaire pour eux et que j’apporte une solution.
Victor : Est-ce qu’il y a des parties, des éléments de ton projet dont tu aimerais parler que je n’ai pas abordé ?
Raphaël ROMAND-FERRONI : Alors peut-être la partie financement. J’avais pas mal construit le projet en cherchant des partenaires financiers pour financer le budget personnel. J’ai trouvé pas mal de partenaires, notamment l’ESSEC qui m’a donné 3 000 euros pour le budget personnel. La mairie de Clamart, donc là où j’habite, dans le 92, qui m’ont donné 1 000 euros. Et le département des Hauts-de-Seine qui me finance 800 euros. Donc tout cet argent, ça m’aide à hauteur de 50% dans mon budget perso. Donc c’est vraiment une somme conséquente. Ça m’aide énormément. Et après, partenaires logistiques, j’ai trouvé pas mal d’aides, notamment sur la partie des pneus. Donc j’ai réussi à faire un partenariat avec Chevalbleu qui me fournit des pneus increvables. APOG qui me fournit des sacs à charrière. Et également Energimobile qui me fournit des panneaux solaires qui est quand même assez conséquent parce que les panneaux solaires, c’est quand même un coût. Donc j’ai eu la chance de pouvoir être sponsorisé par Energimobile qui me finance tout ça.
Victor : Eh bien écoute, vu que tu pars dans trois jours, il me reste juste à te souhaiter bonne chance, bon courage, bon goût. J’espère pour toi que tout se passera bien et que tu pourras résoudre tous les petits problèmes qui vont t’arriver. Et puis je te souhaite d’arriver en pleine forme. Et heureux au Cap dans six mois.
Raphaël ROMAND-FERRONI : Top. Eh bien écoute, je vais faire le maximum. Merci beaucoup Victor.
Victor : Allez, bon voyage !
Raphaël ROMAND-FERRONI : Merci !