#84 – Les coulisses des berges cyclables de la Seine – racontées par leur initiatrice

Dans ce nouvel épisode de Vélotaf, Isabelle Lesens revient sur l’un de ses plus grands accomplissements : la fermeture des berges de la Seine aux voitures, une idée qui a transformé Paris.

De son entrée audacieuse au ministère de l’Environnement à la stratégie pour convaincre le préfet de police et le maire de Paris, elle dévoile les coulisses de cette révolution douce.

Entre anecdotes personnelles, défis politiques et passion pour le vélo, cet épisode montre comment une initiative visionnaire peut changer une ville. Une leçon de persévérance à ne pas manquer !

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Bonne écoute !

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« Je n’ai pas vraiment fait une politique du vélo, mais j’ai posé des pierres importantes. »

« Oui, depuis la Datar, j’ai toujours roulé à vélo dans Paris. Toujours, toujours, toujours. »

« C’était la bonne stratégie, c’est-à-dire de ne pas prendre les gens de face, mais en douceur, d’une certaine façon. »

« Dès l’ouverture à 9h, il y a eu un monde fou. Tous les gens à vélo, alors qu’on croyait que les Parisiens n’avaient pas de vélo. »

« Mais avant de terminer cet épisode, je tiens à rendre hommage à M. Barnier. C’est quand même lui ou son équipe, qui a donné le feu vert. »

Grâce à ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Autoscript.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange.

Ce podcast animé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Victor Blanchard⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ est proposé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.

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Lire la transcription

Victor : Bonjour Isabelle et bienvenue de nouveau sur le podcast Vélotaf pour un deuxième épisode avec toi.  

Isabelle LESENS : Bonjour Victor, je suis bien contente de revenir.  

Victor : Aujourd’hui, on va parler de ce que tu as intitulé, il me semble, toi-même, l’histoire des berges. 

Isabelle LESENS : Ah, oui, le miracle. L’ange qui passe. 

Victor : Si j’ai bien compris, tout commence, il me semble, avec un discours de Michel Barnier sur le vélo en 93, c’est ça ? 

Isabelle LESENS : Oui, une déclaration de sa part. La première sortie, une fois qu’il a été nommé ministre, se fait à l’Assemblée générale de France Nature Environnement, comme il était de coutume à l’époque, d’ailleurs, et il fait une déclaration sur le vélo. Boum, je me dis… Il ne suffit pas qu’il veuille, il faut qu’il puisse faire, et ce n’est pas lui qui va faire. Donc, il faut que je m’en mêle, en très clair. Et ensuite, de quoi il y a un journal professionnel d’environnement qui propose à ses lecteurs de poser une question au nouveau ministre, et que cinq vont être retenus. Laquelle a été retenue en premier ? Celle de Bobonne. Et cette question que je lui ai posée… C’était, monsieur Barnier, serez-vous le ministre qui, le premier, lancerait une politique pour le vélo ? Enfin, quelque chose d’équivalent. Voilà. Et il répond, évidemment, enfin, c’était comme ça que c’était prévu, il répond, oui, je serai le premier, blablabla, etc. Donc, avec cette armure-là, eh bien, je prends contact avec son cabinet, c’est là ce que j’appelle le siège, malgré tout, parce qu’il faut se rendre compte que, d’une part, il ne me connaissait pas, que, d’autre part, je n’étais pas du Serail, c’est-à-dire, je ne sortais pas de l’ENA, quoi, en très clair. Or, en France, malgré tout, et pour le gouvernement, c’est largement ça qui peut jouer. En revanche, le fait que je sois une ex, une ancienne de la Datar, rattrapait un peu le coup. Ça, je dois dire que ça a été précieux, parce que, sans ça, je ne suis pas absolument certaine que j’aurais réussi, quand même. Mais donc, je fais le siège. Alors, faire le siège, ça veut dire être aux aguets, que, dès qu’il y a une nouvelle intéressante vélo, hop, je l’envoie au ministre. Enfin, j’occupe le terrain. Je lui fais, je ne sais plus, des notes, peut-être. Enfin, je ne sais plus très bien, mais, en tout cas, je suis très réactive. Je m’arrange pour que, voilà. Et, finalement, ils m’ont convoquée pour un entretien. Je ne sais pas si je vais raconter tout le détail, mais, en tout cas, je suis recrutée comme chargée de mission auprès du ministre. Auprès du cabinet du ministre, pardon. Pas auprès du ministre. Et les gens de Bordeaux me font la tronche, à nouveau, rebelote, et disent au ministre qu’on voudrait être reçus, mais on ne veut pas que Mme Lesens soit là. Enfin, ça a continué, les choses tout à fait sympathiques et idiotes. Voilà. Et c’est la vie. 

Victor : Et pour nos auditrices et auditeurs qui se demandent pourquoi tu dis ça, je t’invite à écouter notre premier épisode ensemble sur le palmarès des pistes cyclables que tu as réalisé. Et, d’ailleurs, je ne l’ai même pas précisé, mais si vous voulez en savoir plus sur Isabelle de manière générale, je la présente un peu plus en détail dans ce premier épisode. Donc, tu es recrutée. Félicitations. Auprès de ce siège du ministère de l’Environnement. Et ta mission, c’est de créer une politique du vélo en France, c’est ça ? 

Isabelle LESENS : Oui, oui, oui, c’était ça, en fait. Je ne l’ai pas vraiment fait, en réalité. On n’a pas eu le temps, ça s’est mal goupillé. J’ai posé des pierres importantes, par contre. La première, je vais vous dire, c’est le ministre, avant que j’arrive, avait dit à la ville de Paris, je voudrais une piste cyclable entre mon ministère et, et des bureaux qu’on a, on a d’ailleurs, qui était à 300 mètres de l’autre côté, dans la rue, à un angle droit. Je reçois les ingénieurs de la ville de Paris, évidemment, pas la piétaille, c’est pour un ministre, quand même, et je leur dis, ils en sont encore blêmes, je suppose, je leur dis, le ministre vous a demandé une piste cyclable, sa chargée de mission n’en veut pas. Bon, merde. J’en dis, mais par contre, je veux autre chose, en échange. Et lui, en échange, c’était des arceaux à vélo le long du, du bâtiment du ministère. Et ça, ça a été une histoire terrible, qui a pris un temps fou, parce qu’il fallait convaincre les trois ministres qu’on allait enlever un peu de place pour les voitures et qu’on allait mettre des arceaux à vélo. Et j’ai fini, d’ailleurs, par demander l’aide de la chef de cabinet, parce que je ne m’en sortais plus, et il y avait qu’elle qui pouvait écrire aux autres ministres, évidemment. Donc, ça s’est arrangé comme ça. D’ailleurs, j’ai réussi, ils y sont toujours. Donc, il suffit d’aller, vous pouvez faire le pèlerinage, c’est pas mal. Ils y sont toujours. Et puis, l’autre truc que j’ai obtenu à ce moment-là, le même jour, j’ai dit, et je voudrais que vous me fassiez des sas à vélo dans la rue qui passe devant le ministère, où ça ne sert strictement à rien. Je le dis franchement, et je le savais parfaitement. Seulement, ça faisait un exemple, parce que je savais, par ailleurs, que l’association MDB réclamait des sass à la ville de Paris, qui se braquaient, braquaient, braquaient, et ne voulaient pas en faire. Mais l’erreur de l’association, c’était de les demander à un endroit où ils auraient été très utiles, mais à un endroit extrêmement dangereux. Qu’il est toujours, d’ailleurs. C’est l’intersection entre la rue du Renard, la rue qui descend vers la Seine, et puis la rue de Rivoli. C’est tout près de l’hôtel de ville, de Paris. Et ça, c’était pas jouable de commencer par ça, alors que c’était là que c’était utile. Ça, je suis bien d’accord. Et moi, il n’avait aucune utilité, mais ça leur a appris à le faire. Et ils se sont aperçus que c’était faisable, que ça marchait, machin, truc, et tout. Et donc, j’ai débloqué la situation. Donc, c’est pas négligeable, non plus. Et les arceaux à vélo, la ville commençait à en poser devant les grands commerces. Il y en avait, par exemple, devant la grande librairie professionnelle du boulevard Saint-Germain, la librairie du bâtiment et travaux publics, une grande librairie très importante, qui est toujours, devant la FNAC du haut de la rue de Rennes, qui n’est plus, pour le coup, maintenant. Mais c’était lié au commerce, en fait. Ce qui n’était pas une mauvaise stratégie, du tout. Mais donc, les premiers qui ont été posés à un endroit de ce qu’on appelle maintenant le vélotaf, c’est-à-dire, soyons sérieux, on va travailler, c’était le premier. Et certains me disaient, mais Isabelle, quand même, vous êtes chargée d’une mission nationale, vous faites que des trucs sur Paris et tout ça. Et je disais, oui, mais il faut montrer le bon exemple aussi. Si je dis aux autres de faire des trucs que nous, on ne fait pas, ça ne colle pas. Voilà. Et donc, je l’ai fait, parce que je savais que j’avais raison. Et le lendemain ou le lendemain de l’inauguration, enfin, de l’installation, eh bien, le ministre dans Le Monde, première page, je suis très fière des garages à vélo de mon ministère. Tadam, tadam, tadam, gagné. Voilà, c’était bon. Voilà ce que j’ai fait, entre autres. Enfin, et puis donc, il y a eu l’affaire des berges. Bon. C’est le plus connu, visible et tout ça. Il y en a eu un petit peu des autres choses, mais bon. 

Victor : Et tu as parlé un peu de Vélotaf. Est-ce que toi, à l’époque, tu venais au bureau en vélo ? 

Isabelle LESENS : Quelle question ! Oui, depuis la Datar, enfin, même avant la Datar, j’ai toujours roulé à vélo dans Paris. Toujours, toujours, toujours. Y compris sans lumière et y compris en pleine nuit. Oui, madame. Parfaitement, comme tout le monde. Mais en revanche, quand j’étais au ministère, j’utilisais un vélo que je considérais comme étant plus élégant que l’autre vélo, qu’un autre que j’avais, parce que je considérais que, étant au ministère, je me devais d’être élégante sur un vélo élégant. Enfin, élégante, ça s’impose, évidemment, mais voilà, qu’il me fallait un vélo qui soit pas un vélo pourri de je ne sais pas où. Et là, je me suis d’ailleurs aperçue, mais tu vas me couper parce que je vais te raconter un petit peu. Enfin, je termine là-dessus, en tout cas. Je me suis aperçue que dans le cabinet, il y avait plusieurs chargés de mission ou membres du cabinet qui venaient à vélo et qui rangeaient leur vélo à l’autre bout, dans un coin. Et ces gars-là, je leur ai dit, mais non. Il faut que votre vélo soit beau et qu’il soit visible. Il faut absolument montrer le bon exemple, entre guillemets. Enfin, vous considérez, vous, que c’est normal de faire un vélo, de venir à vélo, puisque vous venez à vélo, vous n’êtes pas un acte militant, évidemment pas. Mais il faut que ça devienne un peu un acte militant, en fait. En tout cas, il ne faut pas le cacher, il faut le montrer. Voilà, bon. L’histoire est finie. 

Victor : Non, mais ça me plaît beaucoup, cette logique de mettre son plus beau vélo pour aller travailler. 

Isabelle LESENS : Oh oui, oui. C’était mon vélo d’apparat, je l’appelais. 

Victor : Tu l’as mentionné, il y a eu ce gros accomplissement qui est arrivé ensuite parce que tu peux te targuer, lors de ton passage dans ce ministère de l’Environnement, d’avoir fermé les berges de la Seine. Alors, première question, comment tu as eu cette idée un peu folle ? 

Isabelle LESENS : Ah ! Je vais te faire une mauvaise réponse, je ne sais pas. Non, c’est pas vrai, je sais. Je sais, là, quand même. Ça s’est passé qu’un soir, je m’apprête à quitter le bureau, j’ai mon manteau sur mon bras et mon sac de l’autre côté, bon. Et je passe devant une porte entrebâillée, et là, il y avait les deux ou trois membres du cabinet qui discutaient, ils me disaient Isabelle, Isabelle, venez, on voudrait faire quelque chose pour la fête de l’Environnement, mais on voudrait faire quand même pas du tout la même chose que Ségolène. Ségolène, c’était Ségolène Royale, qui était avant, et qui avait fermé le boulevard Saint-Germain aux voitures pendant une journée entière, un dimanche entier. Et puis, ça n’avait aucun intérêt, en fait, de l’avoir fait. C’était, bien évidemment, pour les familles et les grands-parents et tout ça, qui se sont promenés, ça, évidemment, mais ça n’avait pas de valeur d’enseignement. Donc, c’était un… Voilà, c’était un truc bien comme ça. Et pour les cyclistes, ça n’avait strictement aucun intérêt, puisqu’il y avait tellement de piétons qu’on ne pouvait pas passer. Donc… Or, moi, je m’occupais de vélo, il faut le rappeler. Et donc, je leur dis, si j’étais vous, je fermerais les voies sur berge, le dimanche. Un dimanche. Et là, je vous le promets, Victor, il faut me croire, il y a un ange qui est passé, dans mon dos, avec ses ailes. Et ils m’ont dit, ah, vous êtes sûre ? Ben, on y va. Et voilà, c’était gagné. Première étape. Première étape était gagnée. La deuxième, parce que quand même, il ne suffit pas d’avoir une bonne idée et c’était déjà bien que je passe et que je sois pile au bon moment et au bon endroit. C’est évidemment que c’est le hasard et la chance, enfin, tout ce qu’on veut. La deuxième étape, c’est que… Alors, on avait deux personnes à convaincre. C’était le maire de Paris et le préfet de police. Quel était le plus méchant des deux ? Je n’en sais rien. Tous les deux, c’était des gros méchants. En tout cas, des terreurs, tous les deux. Le maire de Paris, c’était Jacques Chirac. Et le préfet de police, c’était je ne sais pas qui. Je ne me souviens pas du tout. Bon, mais c’était lui qu’on a décidé de convaincre en premier parce qu’on savait très bien que si le préfet de police disait oui, s’il disait non, c’était cuit. De toute façon, le maire pourrait dire tout ce qu’il voudrait, c’était de toute façon non. Et s’il disait oui, le maire ne pourrait pas dire non, fait. Parce que le seul argument du maire pour ce genre d’hypothèse, c’est un peu ce que dit le préfet de police, en fait. Même si la vérité est différente, mais ce qu’on dit publiquement. Donc, c’était une très bonne stratégie, qui n’est pas de moi, c’est le cabinet. Bon, et je vais donc, je suis reçue, la préfecture de police de Paris, je suis reçue par la directrice adjointe du cabinet du préfet de police. Param, param. Eh bien, ça a été très facile. Le pire, c’est que c’est vrai, c’était très facile. C’était une dame. Je lui expose mon affaire. J’ai vu passer dans son cerveau, je l’ai vraiment vue, qu’elle se voyait, en tenant par la main, ses deux petits-enfants sur les berges de la Seine. Et ça, c’était gagné. Elle s’y est vue elle-même. Donc, c’était complètement gagné. Et là, elle me dit, oh là là, mais on va faire beaucoup mieux, madame, que ce que vous proposez, on va aller du bois de Boulogne jusqu’au bois de Vincennes. Et oui, et là, je lui dis, non, madame. Non, madame, je ne veux pas. Je suis vraiment gonflée, mais… Et pourquoi je ne voulais pas ? Et c’est moi qui ai gagné. Alors que je ne lui ai pas tout dit, en fait, bien sûr. Pourquoi je ne voulais pas ? C’est parce que je voulais que cette opération soit très facile à mettre en œuvre. Et c’était le cas, puisqu’en fait, il suffisait d’abaisser le matin 6 ou 7 barrières, ou 8 ou 10, je ne sais pas, mais en tout cas, les barrières d’entrée sur la voie sur berge et les sorties, il n’y avait pas besoin de les barrer, puisqu’il n’y avait plus de voitures qui sortaient, donc il n’y avait pas besoin d’en parler. Et il n’y avait que ça à faire. Alors que si on avait fait un truc complexe depuis les deux bois, là, c’était, il fallait des arrêtés de fermeture de la circulation, rue par rue, il fallait mettre des barrières partout, il fallait mettre des surveillants partout, ça devenait une affaire très compliquée. Or, moi, je pensais que je ne savais pas du tout ce qui allait se passer après, bien entendu, mais que si jamais on voulait reproduire, il fallait que ça soit facile à reproduire. J’avais raison. C’est comme ça que ça s’est passé. C’est que ça a été reproduit, alors après, par M. Tibéry, l’hiver suivant, et là, il a fait un jour, un week-end à la Toussaint, et ça n’a pas du tout marché parce qu’il a fait un temps très mauvais, mais ça ne fait rien. Ils ont reproduit après, au mois de du 14 juillet au 15 août. Et c’est vachement bien de faire comme ça parce qu’ils l’ont fait à chaque fois, ou même moi, en juillet 94, donc, quand il y avait moins de voitures, ça a été parfaitement accepté par tout le monde. Parce que nous, alors, et après, il y avait toujours plein, plein, plein de monde, donc personne ne pouvait dire rien et regarder, il n’y a pas de cyclistes. Au contraire, il y en avait plein, donc personne ne pouvait s’en plaindre et tout le monde comprenait que c’était une bonne idée et comme il y avait moins de voitures qu’aux heures d’embouteillage de la semaine, en fait, ça se passait correctement. Donc c’était la bonne stratégie, c’est-à-dire de ne pas prendre les gens de face, mais en douceur, d’une certaine façon. Parce que, voilà, voilà un peu l’histoire. Voilà, et ensuite, ça a été reproduit toute l’année, etc. Et quand la gauche, c’est arrivé, eh bien, je crois qu’ils n’avaient même pas remarqué que ça existait. Parce qu’alors, donc, M. Bertrand Delanoë est élu deux fois de suite. La première fois, son adjoint au transport, c’était Denis Beaupin. Et dans son cabinet, Denis Beaupin, il y avait un type du 15ème que je connaissais. Donc je vais voir Jean-Luc, en espèce, et je lui dis, écoute Jean-Luc, je t’offre un truc. C’est un cadeau que je fais à la ville de Paris. Tu sais, les berges, machin, il y a le pont au milieu, il est en sens unique, et donc, comme il faut changer de côté, puisqu’on passait de la rive gauche à la rive droite, tous les dimanches, on oblige les cyclistes à faire un truc interdit. C’est quand même moyen. Vous devriez régler ce truc-là, en faisant des bandes cyclables, un truc dans ce genre, quoi. Enfin, ce que vous voulez, quoi. Donc je leur offre ça. Eh bien, je crois qu’on les attend encore. Non, j’exagère un peu. Mais ils n’ont rien fait. Ils n’ont rien fait du tout. Alors, qu’est-ce qu’ils ont fait, les services de la ville, qui avaient pris l’habitude, tous les dimanches, de baisser les barrières, et tous les dimanches soirs, de les remonter… De l’inverse. De les rebaisser, enfin, d’ouvrir et de fermer. Ben, ils ont continué. Pas d’ordre. Pas de contre-ordre. Donc, on continue. Et c’est évidemment… Enfin, ça ne peut être que ça qui s’est passé. On continue, puis tant qu’on ne nous dit pas qu’il faut arrêter, ben, on continue. Alors, ça a duré comme ça, 20 ans.  

Victor : Parfois, finalement, il vaut mieux ne pas demander la permission, plutôt que de s’exposer à un potentiel refus. 

Isabelle LESENS : Ah ben, oui. Oui, mais… Oui, parce que certainement, en plus, dans les services et tout, il y a un tas de gens qui trouvaient ça très bien. C’était un truc qui était gratuit, facile, et qui plaisait énormément. Il y avait plein d’enfants qui apprenaient à rouler. Il y avait plein de gens qui ne savaient pas bien rouler, qui y allaient. Il y avait ceux aussi, comme moi. Moi, j’y allais, évidemment, parce que c’était mon bébé. J’allais surveiller. Mais il y avait pas mal de gens à qui ça permettait de traverser Paris d’un coup, facilement et agréablement. C’était bien, quoi. 

Victor : Et donc, est-ce qu’on peut dire que c’est grâce à toi qu’aujourd’hui, les berges sont totalement piétonnisées ? Enfin, en tout cas, pas forcément piétonnisées, parce qu’il y a aussi les vélos, mais en tout cas, qu’il n’y a plus de voitures dessus, quoi. 

Isabelle LESENS : Oui, oui, absolument, c’est grâce à moi. Ça, il n’y a aucun doute là-dessus. Oui, oui. Voilà. 

Isabelle LESENS : Même si tout le monde ne le reconnaît pas. Si tu vois à qui je pense. 

Victor : Je vois. 

Isabelle LESENS : Une dame qui a des cheveux noirs. 

Victor : Et ce premier événement, tu m’as dit qu’il y avait quand même des incertitudes sur est-ce que ça aurait dû… succès ou pas, et que finalement, il y a eu un nombre de vélos auxquels vous ne vous attendiez pas du tout, il me semble. 

Isabelle LESENS : On allait à la catastrophe. Parce qu’en fait, on avait choisi une date au mois de juin, et puis finalement, c’est un jour où il y avait plein de ministres étrangers, tout ça, qui venaient à Paris. Donc, c’était impossible. La police était occupée avec ses personnalités, et on ne pouvait pas s’amuser à ce genre d’histoire. Donc, on l’a fait finalement en reportant le 10 juillet. Un dimanche. Pareil, un dimanche. Mais le 10 juillet. Et ça, on allait à la catastrophe, parce qu’on pensait qu’il n’y aurait personne, tout simplement, que tout le monde était déjà parti. Et donc, on y va quand même. Et en réalité, dès l’ouverture à 9h, il y a eu un monde fou. Tous les gens à vélo, alors qu’on croyait que les Parisiens n’avaient pas de vélo. Et je ne sais pas d’où ils sortaient, tous ces vélos, mais ils existaient bel et bien, en tout cas. Donc, tout le monde à vélo, et le tout dans un silence. Un vrai semblable. Un silence indicible, on pourrait presque dire. Et je le dis d’autant plus volontiers que c’est ce que les journalistes ont retenu. C’est-à-dire qu’ils ne savaient pas quoi dire. Tellement c’était un truc extraordinaire. Vraiment. Vraiment. Et tout le monde a un grand sourire, etc. etc. Mais avant de terminer cet épisode, je tiens à rendre hommage à M. Barnier. Ça se fait peut-être pas, mais moi je le fais. Parce que c’est quand même lui ou son équipe, qui a donné le feu vert. Bon, il faut être honnête aussi. C’est quand même eux qui ont donné le feu vert. L’idée, évidemment, on sait, mais voilà. Donc c’est quand même bien. Et puis deuxièmement, M. Barnier est venu et il m’a serré la main en public, en disant « Merci Isabelle, tout ça c’est grâce à vous. » Voilà. Et voilà un type bien. 

Isabelle LESENS : Eh oui ! 

Victor : Bah écoute, on va dire Michel, si tu nous écoutes, en ces temps difficiles pour toi, d’échecs personnels, j’espère que ça te fera plaisir. J’espère de voir qu’il y a des gens qui se souviennent de tes succès. Voilà, je me suis permis de tutoyer notre ancien Premier Ministre. Ok, bah écoute, Isabelle, merci beaucoup d’être venue de nouveau sur Vélotaf. 

Isabelle LESENS : De rien, écoute. Avec plaisir encore. 

co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHLÈTE
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