#79 – Dans la peau d’une coursière à vélo avec Marie de Fend la Bise

Découvrez l’univers fascinant de Marie, coursière à vélo pour l’entreprise Fends la Bise et créatrice du compte Instagram Une Particule, suivi par plus de 10 000 abonnés.

Avec son gravel nommé Archibald et son pignon fixe Princess Peach, Marie partage son quotidien riche en aventures et anecdotes. 

Bonne écoute ! 

🔗 Retrouvez Marie et ses initiatives : https://www.instagram.com/uneparticule / https://www.linkedin.com/in/marie-ravey-674235176

Bonne écoute ! 

🎧 Prêts à pédaler vers un avenir meilleur ? Écoutez l’épisode dès maintenant et découvrez tous les bienfaits insoupçonnés du vélo !

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« Être coursière à vélo, si on résume ça de manière très simpliste, c’est juste de livrer tout un tas de choses à vélo-cargo. »

« Uber Eats, déjà, c’est un système qui est un peu foireux et qui est vraiment pas respectueux du travailleur. »

« Moi, il n’y a pas un jour au travail où je ne suis pas mise en danger d’une quelconque manière. »

« Les violences motorisées, c’est pas un mythe. »

« Franchement, je n’ai pas aimé l’expérience, moi. Je n’ai pas aimé du tout et vraiment, le moins je conduis, le mieux je me porte parce que c’est terrible. »

« Je pense que ta vision, elle change du tout au tout. »

« C’est pas un métier que tu fais trop longtemps non plus. »

« La communauté cycliste est assez soudée et assez ouverte d’esprit. »

« Je connais personne qui a fait une grande carrière de coursier. »

« Les seuls facteurs de gêne qu’on voudrait éliminer sont extérieurs. »

« C’est juste ce qui va me rendre heureuse, donc au pire, je le fais, et on s’en fout, c’est pas grave. »

Grâce à ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Autoscript.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange. Ca se passe sur ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be/velotaf⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠

Ce podcast animé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Victor Blanchard⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ est proposé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be⁠⁠⁠⁠⁠⁠, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.

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Lire la transcription

Victor : Bonjour Marie et bienvenue sur le podcast Vélotaf. Tu es coursière à vélo dans l’entreprise Fend la Bise. Tu as aussi un compte Instagram qui s’appelle Une Particule sur lequel tu racontes tes aventures, essentiellement à vélo, et qui réunit aujourd’hui plus de 10 000 abonnés. Sur ce compte, j’ai découvert que ton vélo de gravel s’appelle Archibald, que ton pignon fixe s’appelle Princess Peach et que tu es hyper à l’aise pour rouler sans tenir ton guidon. Tu as aussi créé… Tu as créé un club de vélo qui s’appelle le Mâchon Cycling Club où tout le monde est le ou la bienvenue, où la performance est, je cite, « le cadet de vos soucis » et où l’essentiel c’est de passer un bon moment et de manger un morceau à la fin. Je tiens quand même à souligner que vous avez monté le mont Machon Cycling Clubentoux à Vélov, qui sont les vélos en libre-service de Lyon, et que ça, à mes yeux, c’est une vraie grosse performance. Enfin, puisque tu sembles n’être jamais à court d’idées ni d’énergie, tu as récemment lancé ton propre podcast, Pignon Particulier, sur lequel tu racontes les histoires singulières de cyclistes ordinaires. Est-ce que cette description, te convient ? Est-ce que tu souhaites ajouter ou corriger des choses ? 

Marie RAVEY : Euh… Ouais. Mon pseudo Instagram. 

Victor : Bon, je me suis trompé ? 

Marie RAVEY : C’est une particule. Mais c’est très mignon, la particule. J’adore. Mais ouais, c’est une particule. 

Victor : Ok. Ben du coup, une particule. Désolé pour cette erreur. 

Marie RAVEY : Sinon, le reste de la description colle parfaitement. J’aurais pas fait mieux. Voilà. Si tu veux faire toutes mes prochaines présentations de ma personne, je t’embauche direct. Super. 

Victor : Donc pourquoi ? Pour commencer, je t’ai dit, t’es coursière à vélo pour l’entreprise. Fends la bise. Alors, pour celles et ceux qui savent pas du tout ce que c’est, ça consiste en quoi, être coursière à vélo ? 

Marie RAVEY : Être coursière à vélo, si on résume ça de manière très simpliste, c’est juste de livrer tout un tas de choses à vélo-cargo. 

Marie RAVEY : Franchement, je pense que je pourrais pas le résumer mieux que ça, parce qu’en fait, on livre plusieurs types de choses. La marchandise, en fait, ça varie énormément. Et on livre différents types de personnes. Ça peut être des professionnels, ça peut être des particuliers. Voilà. Il y a plein de gens qui me disent, ah, mais c’est comme Uber Eats. Pas du tout. Ça n’a rien à voir avec Uber Eats. On fait pas du tout le même métier. Et c’est pas non plus les mêmes valeurs. C’est pas la même ambiance, les mêmes convictions. Enfin, ça n’a rien à voir. 

Victor : Pour celles et ceux qui sauraient pas trop la différence avec Uber Eats, justement, c’est quoi ? Uber Eats, c’est de la nourriture. Et c’est des auto-entrepreneurs. C’est ça ? Tandis que vous, c’est pas forcément la nourriture et vous êtes salarié ? 

Marie RAVEY : Uber Eats, déjà, c’est un système qui est un peu foireux et qui est vraiment pas respectueux du travailleur. C’est des conditions de travail qui sont vraiment pas cool. Pour moi, c’est clairement de l’exploitation. Quand on voit un peu les dessous d’Uber Eats avec des livreurs qui se partagent un compte, il a pas de sécurité de l’emploi. Et bref, on va pas parler de ça. Mais nous, pour le coup, chez Fends la Bise et dans beaucoup de boîtes de coursiers, après, je te parle principalement de ce que je connais et de ce que je vis. Nous, on a une partie de l’équipe qui est en CDI à Fends la Bise. Donc, avec une mutuelle, avec des garanties si t’es en arrêt maladie, etc. Et par contre, il y a une partie de l’équipe qui est en auto-entrepreneur, malgré tout, notamment moi. Moi, pour le coup, c’était un choix parce que je veux pas être en CDI. Je veux pouvoir garder la liberté de choisir quand est-ce que je travaille, de choisir plus ou moins mes horaires, mes jours de boulot, etc. Parce que ma priorité dans ma vie actuellement, c’est mes projets persos. Mais c’est pas le cas de tout le monde. Et du coup, Fends la Bise s’adapte plus ou moins au profil de chacun, on va dire. Mais même moi, tu vois, pour le coup, si je suis en auto-entreprise, j’ai quand même une certaine stabilité de je sais que je travaille avec eux. Je sais qu’on a une relation de confiance. 

Marie RAVEY : Puis, moi, j’ai une vie qui est plutôt stable. Je ne suis pas à plaindre, tu vois, je suis une femme blanche, une femme blanche au XXIème siècle. Enfin, voilà, j’ai une belle situation et j’ai pas à me plaindre. 

Victor : Effectivement, sur tes projets persos, on y reviendra un petit peu plus tard. Je voulais te demander, c’est un sujet pas hyper gay, mais je te promets, on abordera des sujets plus gays ensuite. Toi, en fait, tu es un peu une professionnelle de la route, si je puis dire, parce que tu passes énormément de temps à vélo sur la route. Moi, je me déplace tous les jours à vélo. Et comme l’espace public est encore très mal adapté au vélo, en tout cas, moi, je vis à Bruxelles et malgré des évolutions récentes, c’est encore pas trop ça, les conflits d’usages sont inévitables. Et je trouve qu’un ou une cycliste sur la route est super vulnérable face à une voiture, par exemple. Est-ce qu’en disant ça, tu trouves que j’en fais trop ? Ou bien toi, tu as l’impression aussi de te mettre régulièrement en danger en faisant ce métier ? 

Marie RAVEY : Moi, il n’y a pas un jour au travail où je ne suis pas mise en danger d’une quelconque manière par, généralement, un automobiliste ou un chauffeur de transport en commun, un peu plus rarement par un cycliste. Ça m’arrive d’être mise en danger par des cyclistes ou des trottinettes, mais c’est quand même plus rare. Et généralement, il y a moins de risques que ce soit mortel, quoi. Mais non, franchement, c’est assez hallucinant. Tous les jours, on voit des dingueries sur la route, c’est désespérant. Et en fait, les automobilistes ne se rendent pas compte. Parce qu’en fait, je vois, il n’y a pas longtemps, je me suis amusée à faire un petit comparatif des deux points de vue parce que je suis partie en week-end avec une voiture. J’ai emprunté la voiture. D’un pote pour partir deux jours en week-end. Et vraiment, ça m’a tendu d’être au volant et j’étais en mode. Mais c’est horrible. En fait, j’ai l’impression d’être un danger public derrière un volant d’une voiture parce que tu es dans une grosse boîte et tu prends énormément de place. Et c’est intéressant aussi d’avoir l’autre point de vue, de se placer de l’autre côté et de voir qu’en fait, tu constates que les usagers au global, il y en a beaucoup qui font vraiment pas attention, que ce soit des automobilistes ou des cyclistes, des piétons, n’importe qui en fait. Mais ouais, les violences motorisées, c’est pas un mythe. On n’invente pas et je pense que les cyclistes ont tout à fait le droit d’être en colère et c’est extrêmement justifié. Je crois que je me suis un peu perdue dans mon point, mais si je n’ai pas répondu à la question entièrement, n’hésite pas à me le dire. 

Victor : Si si, t’as très bien répondu et je partage l’aspect, moi aussi, quand je reprends très rarement le volant et quand je le reprends, je me dis, je suis assez tendue aussi, assez stressée. 

Marie RAVEY : Franchement, je n’ai pas aimé l’expérience, moi. Je n’ai pas aimé du tout et vraiment, le moins je conduis, le mieux je me porte parce que c’est terrible. 

Victor : Complètement. Moi, je partage ce constat et je trouve ça vraiment marrant parce que quand je repense à quand j’ai eu le permis, je conduisais un peu plus à l’époque et je trouvais ça trop chouette de conduire. Je me dis, j’ai énormément changé là-dessus et maintenant, je vois ça comme quelque chose qui est stressant et pas du tout ce sentiment de liberté que j’ai pu avoir au début. 

Marie RAVEY : Ouais, des ouf. J’avais exactement la même chose quand j’ai commencé à conduire. Je suis en mode, c’est trop bien, j’adore conduire et tout. Et en fait, quand tu t’habitues à un autre mode de transport et que tu te rends compte à quel point les autres sont vulnérables, je pense que ta vision, elle change du tout au tout. 

Victor : Ouais, complètement. Je suis d’accord. J’espère qu’un jour, il y aura un stage vélo inclus dans le permis de conduire. 

Marie RAVEY : Mais tu sais que… Moi, quand j’avais 10 ans, je pense, un truc comme ça avec mon école, on a passé le permis vélo je me rappelle, on avait une espèce de piste, genre une mini-route, tu vois, genre comme les conditions de la ville, mais en petit, adapté pour les vélos et on avait passé notre permis vélo et moi, j’avais été sélectionnée pour participer à un concours régional, je crois, parce que je conduisais trop bien. Vraiment, je me rappelle être allée un samedi avec mon père dans un endroit avec plein de gamins qui faisaient du vélo. Le but était de conduire le mieux possible. J’ai des souvenirs assez vagues de ce truc. Faudrait que je demande à mon père, mais c’est un peu chelou. Mais ouais, j’ai eu mon permis vélo, on peut le dire. 

Victor : Que de félicitations, c’était manifestement les prémices d’une grande carrière dans le vélo. 

Marie RAVEY : Non, mais ça, pour le coup, tu vois, je me dis, c’est trop cool à avoir dans les écoles. Je ne sais pas si c’est encore fait, si c’est plus ou moins généralisé ou pas. Mais franchement, c’est chouette d’avoir une éducation au code de la route aussi jeune, parce que déjà, ça m’a permis de prendre confiance en moi, en vélo. Je pense à l’époque, tu vois, ça permet de t’en sortir un petit peu mieux quand t’es livré à toi-même. Et puis, ça te met un premier pas dans le code de la route, quoi. 

Victor : Complètement. C’est un invité que j’avais sur ce podcast, qui est en région lyonnaise, comme toi, Cyril Vernet, qui bosse à la maison du vélo de Lyon, qui, lui, justement, intervient dans les écoles auprès des publics assez jeunes pour former sur le vélo. Et il parlait aussi de la nécessité de former les parents, parce que quand t’es enfant, en général, tu ne fais pas du vélo seul. 

Marie RAVEY : Ça, c’est cool, en vrai. 

Victor : Non, super chouette. 

Marie RAVEY : Je pense que c’est une belle initiative. On devrait tous le faire. Propagande du vélo. 

Victor : Dernière question pas cool et après promis que des questions cool. Quand t’es confronté à des comportements agressifs et ou dangereux sur la route, comment tu fais pour rester positive ? Parce que toi, c’est ton métier, tu sais que tu dois y retourner le lendemain ou même le jour même. Donc, qu’est ce qui te permet de rester positif et de continuer à kiffer ce que tu fais ? 

Marie RAVEY : déjà au niveau de mon attitude quand je suis au travail, pour le coup, je suis obligé de rester professionnel parce que je pars du principe que tu portes avec moi l’image de la boîte. C’est marqué sur le vélo. Il y a le nom de la boîte en gros sur le vélo. Je peux pas. Je me dis que je peux pas faire n’importe quoi, sachant qu’à ce moment là, je représente l’image de l’entreprise. Malgré tout, si on me met vraiment très en danger, je vais réagir et je vais me mettre en colère. C’est normal, mais pour l’instant, j’en suis pas arrivé à des cas trop extrêmes, juste pas ça m’agace et généralement, je me fais les automobilistes déjà s’en rendre même pas compte quand ils nous mettent en danger, donc ils s’en vont tout simplement. Ils ne cherchent même pas à comprendre s’il s’est passé quelque chose. Donc, généralement, si moi, je sens que ça ne va pas, je me pose 5 minutes sur le bord de la route. Si vraiment ça va pas du tout. Et que j’ai besoin d’extérioriser, j’appelle quelqu’un, que ce soit mon copain, ça m’est arrivé, je crois, un jour d’appeler quelqu’un du taf pour expliquer ce qui venait de m’arriver, pour dire que ça n’allait pas trop et je prenais une petite pause pour reprendre mes esprits. Et puis sinon, après, tu continues. En fait, les violences, ça ne m’arrête pas et ça va pas m’empêcher de faire mon travail parce que le vélo, c’est ma passion. Et que je pars du principe que un connard dans sa bagnole, c’est pas lui qui va m’empêcher de faire ce que j’aime faire parce que je sais qu’en plus, je fais rien de mal et que le fautif dans l’histoire, bah, c’est pas moi. Après, j’ai de la chance dans le sens où il ne m’est jamais rien arrivé de grave. Je touche du bois. Il ne m’est jamais rien arrivé de grave, donc ça me permet de continuer. Après, je me dis aussi que j’essaye du mieux que je peux. Avec la petite notoriété que j’ai de sensibiliser les gens aussi à tout ça, que ce soit sur les réseaux ou autour de moi dans mes connaissances, tu vois, parce que je pense qu’en fait, c’est l’action la plus concrète que je puisse avoir aujourd’hui. Je n’ai pas, j’ai pas un impact de ouf. Je ne suis pas une grande militante qui fait des grandes choses, mais je pense que si chacun de notre côté, on en parle un petit peu et on essaye de sensibiliser notre entourage. Ben, c’est ça qui va faire que les choses évoluent. Et après, pour le coup, à Lyon, parce que je roule majoritairement à Lyon, on est quand même plutôt pas mal niveau aménagement cyclable. Tout à l’heure, tu me parlais de Bruxelles. Je pense que, en comparaison, Lyon, on est vraiment très, très bien loti. La municipalité a fait vraiment des chouettes aménagements et même s’il y a beaucoup de gens qui vont trouver à redire là-dessus et dire que c’est de la merde, que c’est mal foutu et que c’est n’importe quoi. Quand je compare à d’autres villes, franchement, Lyon, c’est le paradis, quoi. 

Victor : Donc, je savais pas. 

Marie RAVEY : Pour moi, c’est une chouette ville cyclable. 

Victor : Je suis d’accord avec toi sur l’aspect de sensibiliser les gens autour de soi. Je trouve que cette dynamique de l’influence est souvent sous-estimée. Et un atelier de sensibilisation au dérèglement climatique que j’anime qui s’appelle l’atelier de deux tonnes dans lequel, justement, en fait, cette logique de d’influence, elle est super importante. Mais elle est difficile à faire comprendre. On a toutes et tous l’impression que, à notre échelle, on ne peut pas grand-chose. Mais en fait, l’influence qu’on a sur les gens autour de soi est vraiment assez importante. 

Marie RAVEY : Oui, c’est ça. C’est l’action la plus concrète qu’on puisse avoir, quoi. Donc, autant le faire, même si ça paraît minime. En fait, petit à petit, ça a un impact qui est grandissant, quoi. 

Victor : Bon bah, faire du vélo en ville, c’est pas que des altercations avec des automobilistes. C’est aussi, moi, je trouve, un sentiment super libérateur et juissif. Je sais que ça me fait énormément de bien avant d’arriver au bureau et en repartant de ma journée le soir, ça permet de faire une vraie coupure. Et toi, c’est quoi la meilleure partie de ton métier ? Ce que t’aimes le plus ? 

Marie RAVEY : J’aime beaucoup de choses. Ce que j’aime le plus, c’est de pouvoir être dehors. C’est un truc qui me manquait vraiment. C’est un truc qui manquait vraiment beaucoup. Et ça a été un peu mon déclic l’hiver dernier, quand je voyais que je passais toutes mes journées derrière mon écran. Elle peut avoir la lumière du jour. Parce qu’en fait, je finissais le boulot à 18h et il faisait nuit. Et du coup, je ne voyais pas le soleil. Genre, vraiment, il fallait que j’attende le samedi pour voir le soleil. Et c’était un gros point de frustration pour moi. Et aujourd’hui, ça, je kiffe parce que même les jours où il fait un peu gris, où il ne fait pas très beau, bah au moins, tu es dehors et tu vois le jour. Donc ça, c’est chouette. Il y a aussi le fait de faire du vélo, évidemment. Puisqu’à la base, c’est quand même ce que j’aime bien et c’est ce qui m’a attirée vers ce métier-là à la toute base. Et en vrai, une troisième chose que j’aime bien, c’est de voir des gens. Parce qu’en fait, on va chez des particuliers, on va dans des entreprises et on ne va jamais chez les mêmes personnes. Si en vrai, il y a des endroits où on va quand même régulièrement. Mais globalement, on voit des personnes différentes tous les jours. Et je trouve ça hyper cool et hyper enrichissant. Parce qu’il y a certaines personnes, au global, tu ne discutes pas forcément avec les clients, mais ça arrive de papoter un petit peu avec les gens. Et je trouve ça cool. Je trouve ça intéressant. 

Victor : T’es en train de me donner envie parce que moi aussi, en ce moment, je passe mes journées dans un bureau et je vois pas trop la lumière du jour parce que le jour, ça va à peine, je repars, il fait nuit. 

Marie RAVEY : Après, courtier à vélo, c’est pas le seul métier où on a la chance de voir la lumière du soleil. 

Victor : C’est vrai. J’ai le sentiment qu’il existe une chouette communauté dans la cyclo-logistique. Est-ce que c’est juste moi qui ai un peu cette image idéalisée ou est-ce que c’est le cas ? 

Marie RAVEY : Non, c’est le cas de ouf. C’est le cas de ouf. Moi, c’est un truc que j’aime trop. En tout cas, au moins à l’échelle de la boîte où je suis, c’est que vraiment, je travaille avec des gens formidables. C’est trop cool. C’est vraiment un plaisir d’aller au taf et de voir les collègues le matin. C’est vrai qu’après, sur le vélo, on est tout seul. Mais pour le coup, quand t’arrives le matin, quand tu rentres le midi, tu croises tes collègues. Et généralement, les coursiers, c’est des gens fort sympathiques. C’est une communauté assez soudée et assez ouverte d’esprit. Et ça fait du bien. On me demande souvent qu’est-ce que ça fait d’être une meuf dans un milieu d’hommes ? Est-ce que c’est pas trop chiant ? Et en vérité, non. Moi, je le ressens pas. Et j’ai jamais ressenti que mon genre était un sujet pour mes collègues. J’ai jamais été traitée différemment. J’ai jamais été rejetée parce que je suis une femme. On m’a jamais fait ressentir, en tout cas, que c’était un problème. Et globalement, je pense notamment à la communauté LGBT. Globalement, c’est un milieu qui est assez ouvert là-dessus aussi. C’est chouette. C’est un espace où, moi personnellement, je me sens en sécurité. Donc c’est… Ouais, non. Franchement, c’est une belle communauté que j’aime beaucoup. 

Victor : Trop bien. Ça me donne vraiment envie, en tout cas. Est-ce que tu te vois faire ce métier encore longtemps ? 

Marie RAVEY : Ça dépend ce que t’entends parler. Longtemps… 

Victor : Oui, c’est vrai. C’est complètement vague. 

Marie RAVEY : C’est très très vague, longtemps. Mais non, en vrai, je pense qu’au bout d’un moment, au bout d’un moment, j’aurai eu ma dose. 

Marie RAVEY : Je saurais pas dire au bout de combien de temps. Mais là, ça fait huit mois, pour l’instant, que je suis arrivée. Donc c’est encore assez récent et j’apprends encore des choses. Donc c’est chouette. Pour sûr, je vais faire ce boulot au minimum un an. Mais même au bout d’un an, je me vois pas partir. Pour l’instant, je me sens bien. Donc je me dis que si je peux faire au moins deux ans dans ce taf, c’est cool. Après, on ne sait jamais de quoi l’avenir est fait. Mais je me dis que c’est pas un métier que tu peux faire ad vitam aeternam non plus. Parce que c’est quand même… C’est physique. Je sais pas, c’est un métier un peu particulier aussi. D’être justement tout le temps sur la route, tout le temps exposée aux risques. T’es en permanence en alerte quand tu roules. Donc je pense que c’est pas un métier que tu fais trop longtemps non plus. En tout cas, je connais personne qui a fait une grande carrière de coursier. Je connais pas tous les coursiers de France non plus. Mais ouais, la plupart des gens finissent par partir et faire autre chose. 

Victor : Si tu devais changer un ou plusieurs choses pour rendre ce métier encore plus chouette, ce serait quoi ? 

Marie RAVEY : Les voitures ? Est-ce que c’est la bonne réponse ? 

Victor : Franchement, c’est ta réponse, donc c’est la bonne. 

Marie RAVEY : Franchement, actuellement, mon taf, il me plaît comme il est. Et en plus, j’ai beaucoup de chance là où je travaille. Encore une fois, je parle de mon expérience parce que je ne connais pas les autres boites. Je ne sais pas comment ils fonctionnent ailleurs. Mais je sais qu’à Fends la Bise, pour le coup, ils sont très ouverts sur nos retours. Tu vois, genre, s’il y a un process qui ne colle pas, qui nous convient pas en fait, qui nous fait perdre du temps ou qui a un problème quelque part, bah ils sont hyper ouverts. Au retour qu’on va leur faire. Et du coup, c’est sans cesse réadapter à la réalité du terrain, à ce que nous, on vit en tant que coursier et coursière. Donc en vrai, là, notre travail à l’heure actuelle, il est plutôt bien pensé par rapport à nos besoins. Donc je pense que les seuls facteurs de gêne qu’on voudrait éliminer sont extérieurs, en fait. Donc les mises en danger, je pense que moi, c’est ce qui me dérange le plus, quoi. C’est à chaque fois de te dire, oulala, faut que je fasse attention à cette voiture qui n’a pas mis son clignotant parce que du coup, je ne sais pas où elle va. Et tout le temps, dans la prédiction de ce que les autres vont faire et tout, au bout d’un moment, c’est un peu fatigant, quoi. 

Victor : Alors je comprends, pour me déplacer à vélo en ville, alors que c’est juste, quoi, une demi-heure, 45 minutes par jour, je vois bien ce que tu veux dire. Et pour finir sur cette partie, sur ton métier à la psychologistique, est-ce que t’aurais des conseils à donner pour des personnes qui voudraient se lancer dans ce métier ? 

Marie RAVEY : Franchement, je ne sais pas. En vrai, je ne sais pas trop. Déjà, c’est de te faire confiance. Moi, un des trucs qui m’a questionnée avant de commencer, et je ne sais pas si c’est le cas de plusieurs personnes, je sais que j’ai un collègue avec qui j’en ai déjà parlé, c’est que moi, j’étais en mode, mais attends, j’ai fait 5 ans d’études, euh… Et là, je fais ce métier-là, tu sais, non pas que c’est un faux métier, tu vois, mais je me dis, fais chier, quand même, j’ai fait 5 ans d’études pour faire un truc qui n’a rien à voir. Et en fait, au bout d’un moment, j’ai arrêté de me poser des questions, je me suis dit, c’est juste ce qui va me rendre heureuse, donc au pire, je le fais, et on s’en fout, ce n’est pas grave. J’ai fait mes études, c’était cool, c’était un passage de ma vie, et maintenant, j’ai envie d’autre chose, bah j’ai envie d’autre chose, et c’est OK. Donc se faire confiance, et avoir un bon sens de l’orientation. 

Victor : Voilà. Un sens de l’orientation que je n’ai pas du tout. 

Marie RAVEY : C’est plutôt utile, quand même, on ne va pas se mentir. 

Victor : Effectivement. Sur l’aspect des études, je trouve ça hyper pertinent comme point, je n’y avais pas pensé, mais effectivement, moi, j’ai souvent eu cette discussion avec des gens qui avaient un peu un métier de cœur, mais avaient peur de… leur expression, c’était gâcher leur diplôme. 

Marie RAVEY : Moi, ça n’était même pas tant ça, c’était plus le regard de mes parents qui me faisait peur. Parce que mes parents ont financé mes cinq années d’études, et puis j’ai travaillé deux ans, et puis au bout de deux ans, je leur ai dit, bon, écoutez, je vais changer de métier, je vais faire un métier qui ne rémunère pas très bien, et ça va être cool, et ça va être trop bien. Et du coup, c’est vrai que la première réaction de mes parents, ça a été… mais du coup, ça n’a rien à voir avec ce que tu faisais avant, on ne comprend pas trop. Et puis après, je leur ai expliqué, et ils ont compris, tu vois. Mais c’est ça qui me stressait le plus. C’était que… parce qu’en fait, je prends beaucoup de décisions aussi en fonction de mes parents, parce que leur avis compte pour moi, forcément, tu vois, et du coup, ça me stressait un petit peu. Mais quand ils ont vu que ça m’épanouissait, que ça me rendait hyper heureuse, ils ont arrêté de te questionner, ils m’ont dit, en fait, tout ce qu’on veut, c’est que tu sois bien, et si c’est comme ça que tu es bien, bah, vas-y, quoi. 

Victor : — Des chouettes parents, alors. — Oui. — Effectivement, c’est un argument aussi que j’ai déjà eu dans les discussions, justement, sur les diplômes, le regard des parents, des proches, et aussi ce que la société valorise ou non comme métier. 

Marie RAVEY : — Bah ouais. Bah, c’est ça aussi. Moi, si tu regardes sur le papier, je livre des trucs, quoi. Je sais pas… c’est pas un métier intellectuel, c’est… Et pour autant, c’est un métier qui est nécessaire, tu vois. On voit qu’on sert à quelque chose, et que les gens, ils ont besoin de nos services. Donc… c’est vrai que niveau légitimité, des fois, t’es un peu… t’es un peu en mode… c’est vrai que comparé à un chirurgien, des fois, je me sens un petit peu mal, mais après, je me rappelle que, bon, de toute façon, moi, j’aurais pas voulu être chirurgienne, ça m’intéresse pas. Donc c’est OK. 

Victor : Ouais, complètement. Bah, c’est cool si t’es à l’aise avec le choix, en tout cas. 

Marie RAVEY :  Ouais. C’est ouf. 

Victor : —Bah écoute, Marie, merci beaucoup d’être venue sur le podcast de Vélotaf. 

Marie RAVEY :  Avec plaisir.  

co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHLÈTE
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