Cette semaine, Léry Jicquel, expert du secteur vélo, revient sur son parcours depuis son dernier passage en 2022.
De la vente de son site Vélook à ses réflexions sur le contenu sponsorisé de sa newsletter Le Concentré Vélo, il partage ses réussites, ses défis et l’évolution de l’écosystème vélo.
Un échange passionnant qui montre comment la bicyclette devient un prisme pour explorer politique, économie, innovation, et bien plus.
À ne pas manquer !
🔗 Retrouvez Léry et ses initiatives :
– Le Concentré Vélo : https://leconcentrevelo.fr/
– Le Job Vélo Platform : https://www.lejobvelo.fr/
Bonne écoute !
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– Le Concentré Vélo : https://leconcentrevelo.fr/
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🎧 Prêts à pédaler vers un avenir meilleur ? Écoutez l’épisode dès maintenant et découvrez tous les bienfaits insoupçonnés du vélo !
Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !
« Le vélo c’est juste un… C’est un moyen de parler d’autres choses. »
« Quand est-ce qu’on va former en masse les présidents d’associations, les entrepreneurs, les actrices du secteur du vélo pour qu’ils assument et qu’ils prennent la parole sur ces réseaux sociaux d’une manière qui est utile, qui crée de la valeur ? »
« Est-ce qu’on arriverait à un budget qui nous permette de réaliser un clip promotionnel diffusé pendant un mois chaque soir avant le JT ? »
« C’est terrible ce qui est arrivé à Paul. Et vraiment, il n’y a pas d’autre mot. C’est un cauchemar, en fait, de voir ça. »
« Plus il y a de cyclistes, plus il y a de cyclistes. »
Grâce à Autoscript.fr, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange. Ca se passe sur https://bleen.be/velotaf
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Ce podcast animé par Victor Blanchard est proposé par https://bleen.be, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.
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Lire la transcription
Victor : Salut Léry et bienvenue sur le podcast Vélotaf. Salut Victor, merci pour l’invitation. Tu es, entre autres choses, le fondateur du site Vélook, grâce auquel tu conseilles les gens sur l’achat de vélos d’occasion, le fondateur du site lejobvélo.fr qui est une plateforme permettant de mettre en lien les personnes qui veulent travailler dans le vélo et les recruteurs de ce secteur, le fondateur de l’infolettre, j’adore ce mot au passage, je ne connaissais pas, je ne connaissais que la version anglaise newsletter, de l’infolettre donc le concentré de vélo qui s’est peu à peu imposé comme un solide média dans l’univers du vélo. Tu as aussi l’immense qualité d’être déjà venu sur le podcast Vélotaf en mai 2022, lors de la première saison animée par Ermanno. A l’époque, tu venais d’arriver à New York et de lancer le job vélo. En écoutant cet épisode, je me suis notamment rendu compte que j’avais une représentation complètement fausse de la ville de New York. J’ai donc appris que cette ville avait de superbes pistes cyclables et que les automobilistes étaient respectueuses et respectueux des cyclistes. Bref, tout ça pour dire que deux ans et demi plus tard, il est l’heure de faire une petite mise à jour et donc je vais commencer par te poser une très simple question. Comment tu vas depuis ton dernier passage sur ce podcast ?
Léry JICQUEL : Écoute, ça va bien. Je te propose qu’on switch, tu vois, je commence déjà, qu’on passe l’entretien en anglais puisque ça fait deux ans et demi que maintenant je suis bilingue. Non, non, c’est une blague, on va continuer en français mais, pardon, écoute, le plus important c’est que j’ai vraiment progressé en anglais. Attends l’écoute que à l’orale. Mais tout va bien. Un petit changement par rapport à l’intro. Je ne suis plus le propriétaire de vélook le blogue des vélos d’occasion. Je l’ai cédé à une start-up dans le secteur du vélo en France il y a quelques semaines. C’est tout récent, tu vois, ça fait trois semaines.
Victor : Il me semblait avoir vu passer cette information, je n’étais plus sûr. Ok, bonne précision, merci.
Léry JICQUEL : Non, avec plaisir. Sinon, tout va bien. Tu vois, on est rentré dans la période des fêtes ici, c’est très important pour les Américains. Vraiment très important, ils adorent fêter des choses. On a eu Thanksgiving, je ne saurais pas vraiment décrire à quoi ça sert. Un moment où les gens se réunissent en famille ou entre amis, c’est plus important que Noël. On a eu Halloween juste avant et là, il y a Noël qui arrive. Et donc, c’est un moment où tout est décoré, les gens sont hyper sympas, il y a des chocolats partout. Voilà, c’est un peu l’ambiance.
Victor : Effectivement, c’est d’ailleurs une chose que m’aura apprise mon visionnage de la série Gossip Girl, c’est que Thanksgiving, c’est super important.
Léry JICQUEL : C’est ça, exactement.
Victor : Écoute, moi j’ai découvert ta newsletter, le Concentré Vélo, il y a un mois et demi. C’est une autre invitée de ce podcast qui m’en a parlé. Et moi qui suis quand même un grand amateur de ce qui est vélo de compétition, en fait, je me suis rendu compte que je prenais beaucoup de plaisir à lire cette newsletter qui n’abordait jamais le sujet du cyclisme en compétition. Peut-être finalement parce que ce genre de contenu est assez rare. Toi qui connais assez bien l’écosystème des médias du vélo, est-ce que ta newsletter est vraiment unique en son genre ?
Léry JICQUEL : Alors, je dirais que le brief qui est « Faites grandir votre culture cyclable » sans un mot sur le cyclisme sportif, d’autres le font. Il y a Wheels qui le fait bien, il y a Transition Vélo qui sont des médias en ligne, tu peux apprendre des choses. Il y a quoi d’autre ? Il y a le magazine 200 qui est un magazine papier, un peu plus sur l’aventure et le voyage. Ils ne font pas que ça, ils parlent aussi d’économie. Il y en a d’autres, disons que… Donc il y en a d’autres, non franchement il y en a d’autres. C’est ce format newsletter tous les jeudis, très incarné, avec des actualités que justement tu ne vas pas retrouver dans ces médias-là facilement, ou plus rarement. C’est vrai qu’avec le temps, j’ai pu aller sourcer des médias, pas forcément que sur le vélo, mais qui vont parfois parler des sujets autour du vélo. Et puis, si tu me lis, tu vois bien que moi le vélo c’est juste un… C’est un moyen de parler d’autres choses. On va parler politique, on va parler économie, on va parler tourisme, on va parler science, innovation, design, par le prisme du vélo. Mais c’est juste parce que c’est un moyen d’assouvir ma curiosité et que ça a l’air de plaire effectivement aux gens qui me lisent. Mais je ne suis pas unique, je ne suis pas le seul au monde à faire des actus sur le vélo. Peut-être la différence aussi avec les autres médias, c’est que je ne crée pas vraiment d’informations. Je ne fais que… C’est une revue de presse, à part l’édito qui est en partie pris chaque semaine. Mais pour le reste, c’est vraiment l’objectif de partager un étonnement, une curiosité, et d’inviter ceux et celles que ça intéresse à aller plus loin en allant lire, écouter ou regarder les liens vers les médias, que ce soit des blogs, des vrais médias, des podcasts, des vidéos YouTube, peu importe, même des images parfois. Donc c’est un peu ça, peut-être la principale différence avec les autres sites.
Victor : Écoute, à travers ce podcast, je partage une partie de ce que tu as décrit, à savoir que moi je trouve que le vélo c’est un super moyen de parler de plein d’autres choses en fait. Tu as récemment lancé une consultation auprès de tes abonnés. Le message qu’on est ressorti, c’est que globalement tout le monde était super content. Mais à l’heure actuelle, tu te poses quand même la question de, il me semble, la présence du contenu sponsorisé. Est-ce que tu dois le laisser, l’enlever, faire une version payante sans contenu sponsorisé ? T’en es où avec ce dilemme ? Est-ce que tu t’en sors ?
Léry JICQUEL : Oui, oui, je m’en sors, je m’en sors, je m’en sors. Il y a une particularité aussi dans la manière dont j’essaye de faire les différents produits, médias, on peut les appeler comme on veut, t’as cité en introduction. C’est que j’essaye qu’ils aient un bénéfice réel pour les gens. Donc, quand je fais une enquête, un sondage auprès de mon audience et que la majorité de tous me disent, voilà ce qu’on adore, c’est ton édito et tes brèves d’actualité, ta revue de presse. Et qu’il y a une minorité, mais qui existe quand même, qui me dit, voilà, les brèves, ce serait bien d’en avoir moins, d’en pas en avoir. Les offres d’emploi, ça m’intéresse moins. Voilà, c’est que je leur apporte pas de bénéfice en leur montrant ça. Et je pense qu’aussi une partie des bénéfices qu’ils retirent en me lisant, c’est de savoir ce qui se passe dans ma tête quand j’écris pour eux, d’être assez transparent sur ça. Certains s’en foutent et ils lisent pas du tout cet édito quand ils sentent que ça part sur ces sujets-là, d’autres, ça les intéresse plus. Et c’est l’exercice que je voulais faire, c’était, je suis pas hyper transparent, on peut pas avoir la transparence totale, mais en tout cas, sur ces sujets-là, je pense que je peux essayer d’être transparent. Et donc, il y a un truc que j’ai peut-être pas écrit, mais qui peut expliquer ce que je vais faire par la suite. C’est un adage qu’on a dans le product management, dans la gestion de produits, qui est mon métier le jour, parce que tout ce dont on vient de parler, c’est plutôt la nuit que je fais ça et le week-end. C’est que c’est hyper, hyper important d’écouter ce que disent tes utilisateurs, tes lecteurs, ton audience. Mais encore plus important, c’est d’observer ce qu’ils font. Et donc moi, quand j’ai des gens qui me disent « j’aime pas trop la pub, ça me gêne », je les écoute et je vais essayer d’en tenir compte. Mais plus important encore, ils ne sont pas désabonnés, ils continuent de me lire chaque semaine. C’est donc le grain de sable ou le caillou dans cette chaussure est pas si grave, puisqu’ils arrivent à passer outre, mais ils ont aussi la transparence de partager que c’est pas les contenus qu’ils préfèrent. Donc à moi d’améliorer ce contenu et je vais continuer de chercher à le faire. Je le fais déjà de plusieurs manières, par exemple en choisissant des images qui soient belles, en essayant quand c’est possible avec mes sponsors, pour qu’au moins il y ait un aspect esthétique qui soit pas dérangeant. Ensuite, je travaille le contenu pour que si ça les intéresse pas d’acheter un sac à dos jaune, au moins ils apprennent quelque chose. On peut parler de design, on peut parler, voilà, à moi de trouver un moyen de rendre ça informatif ou divertissant avec des jeux de mots, des blagues, ça dépend. Donc voilà un peu où j’en suis. Ce qui est certain, c’est que pour la majorité, il n’y a pas eu de problème avec ça. Et pour une minorité, c’est un souci, mais c’est pas si important que ça, puisqu’ils sont toujours. Ils sont là et ils continuent de me suivre. Donc à moi d’être vigilant et c’est un peu le choix que j’ai décidé de prendre.
Victor : Moi, à titre personnel, par exemple, au début, je n’avais même pas remarqué qu’il y avait une partie qui était du contenu sponsorisé et d’autres qui n’étaient pas sponsorisés.
Léry JICQUEL : C’est un problème pour moi, par exemple, comme feedback. Il faut que je sois meilleur là-dessus, parce qu’aujourd’hui, il y a un bandeau où c’est écrit « la brève sponsorisée ». C’est vraiment un gros titre. Pour ceux qui nous écoutent, qui ne sont pas familiers avec la hiérarchie de l’information, quand on est sur un contenu écrit, que ce soit numérique ou papier, je le fais très rapidement. Le texte au milieu qui est très grand, c’est l’information principale. Tu as un texte un peu taille moyenne en dessous et un bouton avec l’illustration spécifique. Je sais que je vulgarise rapidement, mais c’est ce que j’essaie de faire. Quand je mets de la pub, il faut que ce soit… Les gens comprennent bien que c’est de la pub. C’est un super feedback que tu me partages. Il va falloir que je trouve un moyen d’être plus explicite sur ça pour qu’il n’y ait pas de quiproquos et que les gens n’aient pas l’impression que je les piège ou que je ne sais quoi. Il faut que je fasse gaffe à ça.
Victor : Après, on va voir si c’est partagé. C’est peut-être juste moi qui ne suis pas du tout attentif.
Léry JICQUEL : Ça a de la valeur.
Victor : Merci. Tu disais aussi, il me semble, que les brefs sponsorisés, c’était parmi les liens les plus cliqués.
Léry JICQUEL : Oui, exactement. Il y a d’abord un biais lié à la construction de la newsletter. Pour ceux qui ne connaissent pas mon média, on va dire qu’il y a quatre parties. Une première qui est un édito qui fait 200 mots, 300 mots. Ensuite, il y a la brève sponsorisée de la semaine qui est une image, un texte et un bouton. Et enfin… Et après, il y a une troisième partie qui va être les six brèves d’actualité. Pas d’actualité chaude d’ailleurs, mais des sujets divers et variés sur le vélo. Un peu improbable, un peu drôle, un peu sérieux. Ça dépend, un peu choquant. Ça dépend. Et enfin, tu as les offres d’emploi de la semaine à la fin. Il y a des sous-parties, mais c’est un peu les principales. Et donc, parce que c’est le premier lien cliquable de la newsletter, il y a ce biais-là qui fait que statistiquement, il y a plus de clics. Mais j’ai une seconde brève sponsorisée au milieu de la newsletter qui parfois fait aussi plus de clics que les premiers. Donc, ça dépend vraiment des sujets. Ce que moi, j’ai appris, c’est que tout ce qui va être sujet très innovant, des produits qu’on ne connaît pas, il y a vraiment beaucoup de curiosité là-dessus. Les gens aiment vraiment, ça les intéresse. Dès que je fais une forte recommandation, ça les intéresse aussi. Et puis après, j’ai des sponsors qui ne cherchent pas du tout le clic. C’est ça qui est intéressant. Je pense par exemple à une boîte qui fait des vélos cargo pour la campagne. Donc, c’est une sorte de trait de voiture à quatre roues. Et eux, ce dont ils avaient besoin, c’est de réussir à planifier des entretiens, des interviews avec des collectivités en milieu rural principalement. Et donc, ils ne cherchaient pas du tout à avoir 250, 300, 500 personnes qui cliquent sur le lien, mais juste suffisamment pour bloquer des rendez-vous. Ils en ont bloqué 10 et ils étaient contents. Donc vraiment, ça va dépendre de l’objectif du sponsor. Mais quand c’est très grand public, effectivement, ça clique pas mal.
Victor : Comment est-ce que tu expliques ton succès ? Parce que c’est quand même, on parle d’un format, la newsletter, qui semble presque suranné à l’heure actuelle avec tous les réseaux sociaux qu’on utilise. Et toi, tu as plus de 2600 abonnés. Si je ne dis pas de bêtises, ça peut croître.
Léry JICQUEL : On est à 5700. Ok, je ne suis pas du tout à jour. Non, il n’y a pas de fait, parce que je n’en parle peut-être pas assez, mais il y en a 5700. Et surtout, je ne sais pas si on peut parler d’un succès. Je ne sais pas à quel moment on met le critère du succès. Mais si le succès, c’est je prends du plaisir, des gens prennent du plaisir à me lire, moi, ça me va si c’est ça ta définition. Après, je ne suis pas Mediapart, je ne suis pas Le Monde, je ne suis pas Climax, je ne suis pas Wheels ou Transition Vélo qui ont des audiences bien plus importantes que la mienne. Alors après, pourquoi les gens continuent de me lire ? C’est intéressant, pourquoi ils continuent chaque semaine ? J’ai un taux d’ouverture, c’est-à-dire sur la masse de mes abonnés, combien l’ouvrent chaque semaine sur trois mois ? Je suis entre 55 et 60%. C’est un chiffre que j’ai pu comparer avec d’autres newsletters qui est assez important. Alors, il y a les explications académiques qu’on apprend dans les livres et dans les formations. On va m’expliquer que c’est parce que c’est un carnet, qu’il y a un ton qu’on reconnaît, que j’engage un peu ma communauté régulièrement, mon audience, en leur posant des questions, en les invitant à faire des choses. Moi, je pense aussi qu’il y a le côté la routine. Je suis rentré dans la routine le jeudi. Pendant le café, le jeudi matin, ou dans les transports en commun, tu peux pas y aller à vélo. Ça, c’est devenu une routine pour eux. Il y a ça. Et puis, il y a probablement l’information que je partage. Ils auraient du mal à la trouver par eux-mêmes ailleurs. Vraiment. Vu le temps que j’y passe, moi, si chacun devait le faire, on n’y arriverait pas forcément. Donc, probablement qu’il y a un peu de ça aussi. Je n’ai pas d’autres explications à ce stade. Je ne saurais pas donner de recettes à quelqu’un, si ce n’est lance-toi vite, sollicite tes lecteurs aussi souvent que possible, teste des choses régulièrement et surtout, sois discipliné. C’est ça. C’est plus dur.
Victor : Quand tu dis discipliné, c’est être toujours régulier, jamais manquer un rendez-vous ?
Léry JICQUEL : C’est ça. Ce n’est pas manquer un rendez-vous. C’est mettre en place des routines. C’est répondre à tous les commentaires, répondre à tous les e-mails, accepter toutes les demandes de rendez-vous. Savoir dire non systématiquement à certaines règles. Par exemple, je dis non systématiquement pour la promotion d’événements, faire relayer des actions d’associations, faire relayer des levées de fonds caritatives. Parce qu’il y en a tellement, je suis tellement sollicité que si je devais en faire un, ce serait compliqué. Il y a des exceptions. Par exemple, cette semaine, j’en sors un parce que c’est une brève d’actu. Pour moi, c’est une actualité qui m’a plu. C’est une association dans le Nord qui propose de mettre un vélo sur le sapin d’enfants plutôt défavorisés. En tant que particulier, on peut acheter un vélo qui va être reconditionné par cette association pour 80 euros. Leur objectif, c’est d’offrir à la sauvegarde du Nord, qui est une association assez impliquée là-haut, offrir un vélo à chacun de ses enfants. Et trois séances de sensibilisation à la pratique du vélo. Je trouve ça très cool. C’est une actu. Mais voilà, je vais en parler. Il y a aussi ça qui est important, savoir dire non. C’est compliqué parfois. Et puis quoi d’autre ? Et puis oui, accepter de se tromper vite. Moi, c’est ce qui me plaît perso. C’est tester des trucs.
Victor : Mais je prends les conseils, même pour moi, avec ce podcast qui sort aussi de façon hebdomadaire. D’être rigoureux, de ne jamais manquer un rendez-vous. Ce sont des choses que je dois améliorer de mon côté.
Léry JICQUEL : Si tu peux. Il n’y a pas d’injonction à faire. C’est vraiment chacun fait comme il peut. Mais en tout cas, j’ai compris que ça m’aidait. Et tu vois, tu as un média qui a un podcast. Je ne sais pas comment tu acquiers sur tes auditeurs. Moi, dans ma newsletter, je peux le mesurer parce qu’on a des outils avancés pour ça. C’est le bouche à oreille. Je sors une édition dans les 24 heures qui suivent. J’ai un pic de vingtaine de nouveaux abonnés. Ils ne viennent pas d’Internet. Ils ne viennent pas des réseaux sociaux. Parce que je peux voir le nombre de partages de ma newsletter. Donc, c’est des choses qui fonctionnent. Les gens, tu crées de la confiance. Je pense que c’est important.
Victor : Très bon à savoir. Sur un tout autre sujet que le concentré vidéo. Tu as écrit en partenariat avec plusieurs associations le guide qui s’intitule « Laissant un métier du secteur vélo ». Il y a de ça un peu plus d’un an, il me semble. Alors moi, j’ignorais qu’il y avait autant de jobs possibles dans le secteur du vélo. Même si en y réfléchissant, ça paraît logique. Est-ce que tu pourrais nous brosser un rapide panorama des opportunités qui existent dans ce secteur ? Parce que je pense qu’on a tous et toutes en tête le mécanicien ou la mécanicienne vélo. Mais j’imagine que les métiers sont en fait super variés.
Léry JICQUEL : Oui, il y en a beaucoup, beaucoup. Il y a les métiers cœur. Les métiers qui sont liés au vélo au sens propre. Tu as parlé de mécanicien vélo, par exemple. Tu as vendeur, vendeuse cycle. Tu vas avoir livreur à vélo. Tu commences à sortir un peu de ce cercle-là. Tu as les ingénieurs qui conçoivent les vélos. Les assembleurs, ceux qui les assemblent, pardon. Tu as ceux qui vont s’occuper de la roue spécifiquement. Tu as les peintres. Tu as tous ces métiers qui touchent vraiment au vélo. Et puis, tu peux augmenter comme ça. Et puis, tu as d’autres secteurs du vélo que le vélo en lui-même. Tu as le tourisme, par exemple. Les aménageurs. Les agences de voyage. Les applications pour voyageurs à vélo. Il y en a beaucoup. On avait fait une liste avec l’équipe de Loki, par exemple. Une centaine. Et puis, tu peux aussi faire un pas de côté. Tu as toutes les politiques publiques par rapport au vélo. Tu as des chargés de mission vélo. Il y a des gens qui ne font que ça en collectivité dans les mairies, notamment les métropoles. Tu peux encore faire un pas de côté dans le secteur du numérique. Les vélos connectés. Ce qu’on appelle l’IoT. Les objets connectés. Comment ça fonctionne avec les vélos. Tu peux aller dans tous les services support. C’est des organisations, des DRH qui recrutent des gens qui s’y connaissent un peu dans le vélo. C’est aussi une expertise de savoir recruter quelqu’un qui a une passion ou une expertise dans le secteur du vélo. Tu as tous les secteurs de la formation. Au final, tout à fait transport avec toi, il y a probablement un peu plus de 120 métiers dans le secteur du vélo. Mais c’était surtout un moyen pour moi de casser un peu l’idée selon laquelle il n’y a que mécanicien, vélo, cycle. Il n’y a que ce type de métier un peu manuel. Alors qu’en fait, quand on veut basculer dans le secteur du vélo, on peut quasiment faire le métier qu’on fait aujourd’hui dans un autre secteur et le faire dans le secteur du vélo. J’exagère. Mais globalement, c’est possible. Que ce soit de la communication ou du marketing, c’est la même chose. On a besoin de gens qui savent parler aux cyclistes. Et donc, c’est tous ces métiers-là. Donc, ils sont bien plus larges finalement. Est-ce qu’il a eu du succès ce guide ? Il a trouvé son public ? Oui, il est souvent téléchargé. J’ai souvent des demandes d’associations qui font des interventions dans des lycées, des écoles pour pouvoir le partager. Alors, ils sont sympas parce qu’ils me demandent l’autorisation alors que tout ce que je fais, c’est public et donc accessible et réutilisable. Qui est-ce qui le souhaite ? C’est plus sympa s’il mentionne. C’est l’origine du guide. Mais oui, je sais qu’il circule. Je sais qu’il est relayé par quelques associations ou par quelques recruteurs. Et puis surtout, il aide ceux qui veulent basculer dans des métiers. Alors, avec plus de sens, c’est un peu l’expression aujourd’hui. Mais tu vois, qui ont peut-être un impact social, environnemental plus positif. De se poser la question de s’ils ont vraiment besoin de faire une formation intensive de 4 semaines en mécanicien vélo s’ils sont commerciaux. Tu peux être commercial dans le secteur du vélo. Ça recrute plein de marques. Donc voilà, c’est aussi possible de faire une bascule avec ses compétences métiers et les proposer dans l’industrie du vélo. Ça marche aussi.
Victor : Alors avec toi, c’est quoi un peu la situation sur le marché du vélo ? Je te pose la question parce qu’avant-hier, j’étais au téléphone avec une future invitée du podcast qui m’expliquait, elle, que dans sa région, il y a de nombreux acteurs, notamment de la formation, qui ont identifié le créneau du vélo et proposent des formations dans ce secteur-là. Et en fait, il n’y a pas assez de demandes pour embaucher tous les gens qui y sont formés. Donc comment tu vois cette situation, toi ?
Léry JICQUEL : Alors moi, les seules données que j’ai, elles sont complètement qualitatives. Elles ne sont pas quantitatives. Je n’ai pas de données statistiques propres. On ne sait pas qu’elles existent aujourd’hui. Et les acteurs qui pourraient faire ça, ils essayent de s’y mettre, mais ce n’est pas encore le cas. Moi, à travers le job vélo et la veille que je peux faire dans le secteur, ce que je vois, c’est que d’abord, il y a quand même pas mal de boîtes qui sont en redressement judiciaire ou en faillite. Donc il y a des boîtes qui vont disparaître. Donc ça va libérer de la… Il y a des nouveaux professionnels qui s’y connaissaient. Il y en a d’autres qui recrutent aussi. Il y a quand même des marques qui arrivent à vendre énormément de vélos en ce moment. Je vais dire aussi bizarre que ça puisse paraître parce que ce n’est vraiment pas le message qui est passé en ce moment, alors qu’en l’occurrence, je les accompagne sur une mission de marketing. Et je vois bien qu’ils vendent beaucoup de vélos. Donc c’est tout à fait possible. Dans le secteur du cyclotourisme, c’est pareil. Il y a vraiment des viviers de croissance qui sont vraiment assez importants. Il y a des acteurs qui font des choses super bien. Il y a des petits artisans, des petites agences de voyage ou des plus grosses. Vraiment, ça marche bien. Donc pour répondre à ta question, j’ai l’impression que comme les autres secteurs, c’est assez tendu. Probablement moins que l’automobile ou que la construction, où c’est vraiment la galère en France. Et que probablement ça prendra un peu plus de temps qu’il y a trois ans de trouver du boulot dans le secteur du vélo. Mais à la fin, on peut y arriver. Si on est mobile, si on est curieux, si on applique un certain nombre d’approches pour trouver son job dans le secteur du vélo.
Victor : Dans ce secteur, tu as déjà un petit peu répondu à cette question. J’ai entendu qu’il y a pas mal de magasins qui sont face à des difficultés pour écouler leur stock. Et qui évoquent un gros ralentissement de la demande. Est-ce que toi, tu confies vraiment à ce problème ?
Léry JICQUEL : Oui et non. La question, c’est est-ce que l’offre qui est proposée correspond à la demande ? C’est plutôt ça, moi, qui me pose question. J’ai l’impression qu’en ce moment, la demande, c’est plutôt pour des vélos qui sont beaucoup moins chers que ce qui est vendu aujourd’hui. Les vélos en stock, pour certains en tout cas, se coûtent trop cher pour le public qui est intéressé. Que ceux ou celles qui en avaient les moyens se sont déjà équipés ces trois dernières années à la sortie du Covid. Et c’est positif, finalement, peut-être que les prochains néo-acheteurs de vélos sont des gens qui ont des ressources financières peut-être moins importantes que les premiers qui s’y sont mis. Évidemment, c’est des généralités. Je n’ai pas de chiffres précis à porter, malheureusement. Moi, ce que j’observe, c’est que quand je bosse avec une boîte qui vend des vélos à moins de 3000 euros, ils arriveront à en vendre pas mal. Je parle de long-tail. Quand je bosse avec une boîte qui les vend plus de 6000 euros, ils n’y arrivent pas. Donc, c’est qu’il y a un problème entre l’offre et la demande. Il y a d’autres problèmes. Clairement, d’autres soucis. Mais moi, ce que je vois, c’est plutôt ça. Et j’en parlais avec un professionnel qui fait venir des vélos d’une marque italienne et qui les commercialise dans des magasins. C’est hyper intéressant ce qu’il expliquait. C’est dans une boulangerie, quand tu y rentres, tu vas avoir une baguette à je ne sais plus combien coûte la baguette en France, mais un euro peut-être, un truc comme ça. Mais tu vas aussi avoir un pain spécial à 7 ou 8 euros. Il y a certains magasins aujourd’hui, il n’y a pas de baguette. Dans les magasins de vélos, il n’y a pas de produits accessibles. Tout le monde ne va pas s’y retrouver. Ils vont tout de suite se retrouver avec des super marques allemandes ou françaises un peu haut de gamme. Ils n’ont pas la capacité de proposer un vélo à ces gens qui ont un budget plus faible, mais qui cherchent quand même à accéder à la mobilité à vélo. Et donc, ils vont se réorienter vers soit le reconditionner. Il y a des super plateformes qui marchent très bien et qui vendent des vélos de marque à des prix plus accessibles. Il y avait les aides à l’achat, mais c’est bientôt terminé. En tout cas, celle de l’État en France, c’est fini dans quelques semaines. Donc voilà, je pense que c’est plutôt ça. La demande, elle existe, mais est-ce que l’offre est adaptée à la demande actuelle ? J’ai des doutes dans certains magasins. Parce qu’aussi, ils ont besoin de faire une marge. Je me mets à leur place dans un magasin, ils ont besoin de faire une marge. Donc ils se disent, je fais une plus grosse marche et je vends un vélo plus cher. Est-ce que tu as le public qui est dans ton magasin, ils ont le portefeuille pour ça ? Ça va être vérifiable.
Victor : Sur un autre sujet encore. Toi, comme tu l’expliquais dans ton premier passage sur ce podcast, tu aimes beaucoup documenter ce que tu fais. Et donc, dans cette logique-là, tu réalises souvent des livres blancs. Et je regardais un petit peu, tu avais partagé récemment que tu avais aidé, par exemple, Tandem à guider les référents vélo en entreprise. Tu as accompagné le rapport parlementaire sur l’économie du vélo en France. Tu as fait d’autres choses comme ça. Moi, j’ai une question toute bête. Ces livres blancs, en fait, à quoi ça sert ?
Léry JICQUEL : C’est une bonne question. Ces livres blancs, un peu comme les newsletters, c’est un peu la remarque que tu faisais juste avant. C’est vraiment des expressions qui sont tellement utilisées à mauvais escient. On peut très vite se retrouver à s’abonner à une newsletter et on reçoit du contenu publicitaire chaque semaine. On peut croire qu’on télécharge un livre blanc et qu’on se retrouve avec 14 pages taille 15 espace 1,14. On peut croire qu’on télécharge un livre blanc et qu’on se retrouve avec 14 pages taille 15 espace 1,14. Et à la fin, tu as compris qu’on t’a juste chopé ton email et que tu vas te faire harceler pendant les prochaines semaines. Et donc, si tu as eu l’occasion de télécharger, tu as parlé des 100 métiers du vélo. Mais quand je me lance dans un livre blanc avec un acteur du secteur, je vérifie ça. C’est quoi leur objectif ? Est-ce qu’on est aligné ? J’en ai parlé en introduction. Est-ce qu’on est aligné sur une chose ? Le minimum, c’est que ce qu’on va créer doit créer du bénéfice pour ceux ou celles que tu cherches à aider. C’est la règle. Sinon, ça ne peut pas marcher. Ça ne peut vraiment pas marcher. Ou plutôt, tu peux faire croire que ça peut marcher. Mais une fois que tu as téléchargé ton feuillet qui s’appelle livre blanc, tu ne crois plus en cette entreprise. Tu ne leur fais pas confiance. Et il y a très peu de chances que tu signes quoi que ce soit avec eux par la suite. Il va falloir vraiment être très naïf. Donc, à quoi ça sert ? On le mesure. Donc, quand on fait ces livres blancs, on le fait comme je le fais avec cette newsletter. On crée un premier draft. On va voir celles et ceux qu’on cherche à aider. J’essaie de comprendre c’est quoi leurs problèmes au quotidien. C’est quoi leurs problèmes chaque année ? Quelles sont les solutions qu’ils ont trouvées pour résoudre ces problèmes ? Et là, je documente, je documente, je documente. Ça nous aide à comprendre quel est l’angle qu’on doit utiliser pour ce livre blanc. Quelle est la typologie à qui on s’adresse spécifiquement. Et puis, à constituer du contenu, des infographies, des illustrations, des schémas, parfois même des outils numériques pour que ça réponde à au moins un de leurs problèmes. Et ensuite, on le teste avec un petit échantillon. Est-ce que ce contenu vous est utile ? Qu’est-ce qu’on pourrait améliorer ? Et on apprend comme ça. On itère. Oui, ça marche en français. On fait des évaluations périodiques de ce qu’on est en train de construire jusqu’à ce que la version finale soit terminée. Et là, on est plutôt à l’aise quand on le diffuse. Parce qu’on a pu tester avec des vrais humains que ça leur avait créé de la valeur ajoutée. Ça, c’est important. Et puis après, on est plus à l’aise. Et alors, pour ce qui est, par exemple, prenons celui de le manifeste de Rutile. Rutile Bike qui est un des acteurs leaders sur vélo électrique reconditionné en France. Je les ai aidés à écrire leur manifeste pour une filière économique des vélos reconditionnés en France. C’était ça leur objectif. C’était parler aux acteurs du secteur et de les aider à se rassembler et lancer un peu la première pierre en disant et on y va les gars, on lance une perche plutôt. Qui veut venir avec nous ? Et grâce à ça, ils ont créé cette filière. Ils sont rattachés à l’Union Sport ici, qui est un peu le gros syndicat français sur le sport et le vélo. Et ils ont leur propre groupe, leur propre comité. Ils peuvent faire avancer leurs besoins et les besoins de leurs clients à travers ce véhicule-là. Donc, tu vois, ça a servi très concrètement à ça. Si je prends celui de Tandem, quand on a, je ne sais pas si les chiffres, je peux les donner, mais je pense qu’on doit s’approcher des 500 diffusions, téléchargements dans un secteur qui est une niche. Ça ne s’adresse pas à tous les gens qui aiment les vélos, mais vraiment aux gens dans une entreprise. À quel moment on va dire c’est toi qui va être chargé de mettre en place une politique vélo en interne, soit à temps plein, soit à temps partiel, soit je ne sais comment ? Eh bien, on va l’outiller. Qu’est-ce qu’on avait compris ? C’est que comment je convaincs ma direction ? Ce n’est pas les mêmes arguments que convaincre son directeur financier. Ce n’est pas la même manière de convaincre son directeur des ressources humaines. Ce n’est pas la même manière de convaincre les syndicats. Ce n’est pas la même manière de convaincre son collègue qui vient tous les jours en voiture. Donc, quel outil on te donne pour avancer, progresser avec cette approche-là ? Et donc, voilà, on est content que ça ait pu marcher. Pour ce qui est, par exemple, du rapport parlementaire, la demande, elle était très claire. C’était, on va faire un rapport parlementaire. Victor, tu as déjà ouvert un rapport parlementaire ? Jamais. Tu imagines que ça ressemble à quoi ? Moi, j’imagine un PDF de 150 pages, écrit petit, noir sur blanc, et franchement, peu digeste. Voilà, donc à peu de choses près, c’était ce qu’ils avaient fait, même si le fond était excellent. Et donc, ils m’ont dit, est-ce que tu peux nous aider à en faire une version utile et utilisable ? C’est l’expression que j’aime bien utiliser aussi. Et donc, on en a fait une de 10 pages, parce qu’on était sûr qu’on allait avoir 4 journalistes spécialisés qui allaient le lire, les 20 présidents d’associations spécialisées en France. Puis le reste, comment on fait ? Pour les toucher. Donc, on a fait cette version plus light, en 10 pages, avec une illustration à la fin très explicite sur les 10 actions fortes qui étaient recommandées. Et puis, une première de couverture qui, pour un rapport parlementaire, plutôt rare. On a essayé de faire un truc un peu accrocheur, qui donne envie d’être lu. Donc, tu vois, parfois, c’est juste ça. C’est comment ton message peut être passé au plus grand nombre. Mais je pourrais continuer. Je pourrais en parler d’autres. Mais voilà un peu l’esprit de la manière dont je construis des livres blancs. Et après, j’arrête pour te dire, je viens de terminer une mission pour un client. Je ne peux pas en parler aujourd’hui. Mais explicitement, dès le début, on s’est dit, on ne va pas baisser un livre blanc. Parce que ça a tellement été utilisé à temps et à travers que les gens n’y croient plus. On a utilisé un autre terme. Ça sortira au début de l’année prochaine. Mais voilà, c’est un peu comme ça que je travaille.
Victor : Pour l’histoire de faire une version 10 pages du livre blanc, ça me fait un peu penser à ce que fait le GIEC avec son rapport qui, de base, fait 6 000 pages. Et qui est décliné en des formats beaucoup plus petits, résumés pour décideurs, etc. Ce qui permet d’augmenter sa diffusion. Pour finir. Toi qui suis beaucoup l’actualité du vélo. Je voulais un petit peu te conseiller, te demander ton avis. Parce qu’on est dans un contexte, peut-être que je me trompe, mais que moi je perçois comme vraiment pas facile pour le vélo à l’heure actuelle. Il y a un bon mois de ça, il me semble. Un automobiliste qui a tué Paul Vary à Paris. Sur une rue que moi, j’empruntais à l’époque où je faisais du vélotaf à Paris. Qui m’a, à titre personnel, pas mal touché. Et donc, pas mal de mobilisation, d’ailleurs, qui m’a donné de l’espoir. Mais finalement, on aboutit à un plan vélo qui est supprimé en France. Et aussi, tu l’as mentionné il y a quelques minutes, des aides à l’achat qui vont aussi être supprimées. Donc, la question est, je pense, hyper complexe pour le coup. Comment faire en sorte de remettre le vélo à l’agenda des gouvernements ?
Léry JICQUEL : Dans un de mes derniers éditos, c’était il y a trois, quatre semaines, je parle de ça. Et je ne voudrais pas être trop long, mais en gros, en quelques phrases. Alors, c’est terrible ce qui est arrivé à Paul. Et vraiment, il n’y a pas d’autre mot. C’est un cauchemar, en fait, de voir ça. Pour lui, sa famille, ses proches, c’est un cauchemar. Mais voilà, si j’arrive à isoler ça, je me dis aussi, il faut regarder les progrès qu’on a fait en trois ans. En termes d’usage, d’infrastructures cyclables, c’est beaucoup mieux qu’il y a trois ans. Beaucoup, beaucoup mieux. En termes de structuration aussi de la filière, vélo, économique, associative, tout ça, il faut aussi le reconnaître. Après, là où on a peut-être péché, mais on ne pouvait pas le savoir, et puis ce n’est pas un gros échec, c’est qu’on avait Elisabeth Borne, qui a été ministre des Transports, puis première ministre, qui a toujours soutenu cette filière-là. Et voilà, elle n’est plus là. Et on avait, je ne sais pas, je n’ai pas eu l’expression, on avait parié sur le bon cheval. Mais malheureusement, elle n’est plus au pouvoir. Et donc aujourd’hui, on se retrouve un peu en difficulté. Mais aussi comme plein d’autres, il faut reconnaître, je pense que ce n’est pas que les cyclistes. D’une manière ou d’une autre, on est tous dans d’autres secteurs. Et on voit bien que tous les secteurs sont touchés quand même par cette crise générale. Donc la question, c’est comment on va réinventer un peu la manière dont on faisait du lobby. Moi, je peux t’en citer. Alors, ça va être du « il n’y à qu’à » « faut qu’on ». Il faut m’excuser pour tes auditrices, tes auditeurs. Moi, je n’ai pas la faisabilité, mais en tout cas, j’espère que certains vont se poser la question. La première, c’est et si tous les fabricants, constructeurs, vendeurs de vélos en France mettaient dans une petite enveloppe magique 100 ou 200 euros ? Est-ce qu’on arriverait à un budget qui nous permette de réaliser un clip promotionnel diffusé pendant un mois chaque soir avant le JT ? Est-ce qu’on arriverait à faire un truc cool ? Toi, tu vis, je crois, en Belgique. Là-bas, vous faites des pubs, des vidéos de promotion du vélo qui sont vraiment acceptables. C’est professionnel avec beaucoup d’humour. Est-ce qu’on ne serait pas capable aussi de sortir un peu des subventions publiques et de l’attentisme des pouvoirs publics ? Ensuite, il y a tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Il y a, je ne sais plus, 2 ou 3 % seulement des gens qui ont un réseau social, qui communiquent et qui partagent des informations dessus. Le reste, c’est des fantômes qui ne font que consommer. Quand est-ce qu’on va former en masse les présidents d’associations, les entrepreneurs, les actrices du secteur du vélo pour qu’ils assument et qu’ils prennent la parole sur ces réseaux sociaux d’une manière qui est utile, qui crée de la valeur ? La valeur n’est pas qu’ils ne fassent que du bruit. Je pense que c’est quelque chose qui est accessible. On pourrait essayer de le faire. Encore une fois, c’est du « il n’y à qu’à » « faut qu’on ». C’est facile à dire, mais ce sont des pistes auxquelles je pense. Et puis, il y en a une dernière. Là, on s’y est mis avec un ami à moi. C’est de trouver un moyen de plus récompenser les cyclistes. Tu connais l’adage, l’expression qui dit « plus il y a de cyclistes, plus il y a de cyclistes ». Donc, plus tu vois de cyclistes dans la rue, plus les gens se disent « je peux moi aussi faire du vélo ». Et plus les infrastructures sécurisées se mettent en place, et plus les automobilistes ont l’habitude de voir des cyclistes. Et théoriquement, ils sont moins dangereux au volant. Donc, on est en train d’essayer de travailler sur une application qui va récompenser les cyclistes avec l’idée qu’elle peut servir à deux choses. La première, c’est toi, Victor, tu fais 10 km par jour à vélo. Si je te dis qu’à la fin du mois, tu peux avoir un bon d’achat pour t’acheter un café dans ton café de proximité préféré, si tu fais 20 % de plus de vélo ou 10 % de plus, toi, tu repars avec un café latté offert. Tu auras fait un peu plus de vélo. Donc, ce n’est pas plus mal pour ta santé. Et en plus, statistiquement, les gens dans la rue te verront un peu plus sur un vélo que d’habitude. Donc, ça participe à cet effort. Et enfin, peut-être que tu as de la famille ou des amis que tu n’arrives pas vraiment à convaincre à passer au vélo malgré tous tes bons arguments, tous les bons arguments qu’on connaît. Et peut-être que tu peux leur dire qu’il y a une application qui leur permet d’être récompensé s’ils commencent dès demain à faire 500 mètres de vélo et que s’ils sont réguliers, ils peuvent, pareil, s’offrir un bon café, une nouvelle paire de chaussures, je ne sais pas quoi. Mais on travaille là-dessus pour essayer de trouver un modèle vertueux. On ne sait pas si ça va marcher. On avance, on a déjà une centaine de préinscriptions au moment où je te parle. Donc, on voit qu’il y a un peu d’attente par rapport à ça. Voilà un peu les trois pistes que j’avais en tête pour répondre à ta question.
Victor : Sur cette dernière piste, c’est vraiment marrant parce que c’est exactement le pitch de la boîte où j’ai fait mon premier stage.
Léry JICQUEL : C’est qui ? Raconte-moi que je les appelle.
Victor : Ça s’appelle Sport Heroes Group. À l’époque, ça s’appelait Running Heroes. Le slogan, c’était vraiment « courrez, soyez récompensés ». C’était ce principe-là. Tu synchronisais ton Garmin Connect, ton Strava, à l’application. Du coup, elle enregistrait toutes ces activités et plein de partenariats avec des marques où tu pouvais avoir des réductions à droite et à gauche.
Léry JICQUEL : C’est cool Running Heroes et Cycling Heroes. Mais c’est très communautaire sport. Moi, ce que j’ai appris de par ma newsletter, c’est que beaucoup de gens se tapent complètement d’avoir la tenue Rafa en lycra. Ce n’est pas leur truc. Donc, c’est un modèle un peu différent. Mais oui, c’est très inspirant ce qu’ils font en tout cas.
Victor : Ok. Lérry, merci beaucoup d’être venu une deuxième fois sur Vélotaff. Et bonne continuation à toi.
Léry JICQUEL : Rendez-vous dans deux ans alors. Salut Victor.
Victor : Oui, ça va.
Léry JICQUEL : Salut. Ciao.