#75 – Un mode de vie à vélo en zone semi-rurale c’est possible avec Guénaëlle des Vélotaffeurs Tressois

Dans cet épisode de Vélotaff, Victor discute avec Guénaëlle Leroux, fondatrice de l’association Les Vélotaffeurs Tressois en Gironde, qui milite pour une meilleure sécurité des cyclistes.

Ensemble, ils abordent les défis d’une mobilité à vélo en zones semi-rurales et l’importance d’une infrastructure adaptée pour encourager le vélotaf, inspirant ainsi une dynamique locale en faveur du vélo. 

🔗 Pour en savoir plus sur Guénaëlle et son association, suivez leurs actions sur https://www.helloasso.com/associations/velotaffeurs-tressois  et découvrez toutes les initiatives des Vélotaffeurs Tressois. 

Rejoignez-nous pour un épisode inspirant et, qui sait, adoptez-vous aussi le vélo pour vos trajets du quotidien ! 🚴‍♂️💚 

Bonne écoute ! 

📌 Retrouvez Guénaëlle et ses initiatives : https://www.linkedin.com/in/guena%C3%ABlle-leroux-8385aa267

🎧 Prêts à pédaler vers un avenir meilleur ? Écoutez l’épisode dès maintenant et découvrez tous les bienfaits insoupçonnés du vélo !

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« C’est en créant des infrastructures qu’on va avoir des vélos. »

« Quand on fait une demi-heure de vélo le matin, on a plein d’hormones très positives qui font du bien au corps. »

« Être coincée dans les bouchons, c’est un sentiment affreux qu’on n’a pas quand on est en vélo. »

« Le but, c’est de rendre séduisant ce mode de déplacement, ce mode de transport et on y arrive. »

« Entre 60 et 80% des personnes souhaiteraient faire du vélo pour faire les courses et pour aller travailler. »

« Je me sens toujours beaucoup plus en sécurité quand on est plusieurs cyclistes que quand je suis seul. »

« Expliquer que tout ce qu’on fait là aujourd’hui ça n’a plus de sens, vraiment. »

« Tous ces enfants ça sera nous demain. Et c’est pour moi dès le plus jeune âge que cette sensibilisation elle doit être faite aussi. »

« Je pense qu’on a tous en nous un petit côté engagé où on passe pas le pas. Je pense qu’il suffit de passer le pas. »

Grâce à ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Autoscript.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange. 

Ce podcast animé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Victor Blanchard⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ est proposé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be⁠⁠, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.

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Victor : Alors aujourd’hui, on enregistre ce podcast dans un contexte très triste et que je trouve à titre personnel vraiment rageant. Il y a trois jours, il y a un automobiliste parisien qui a tué Paul Varie, cycliste, en lui roulant dessus. Je m’identifie beaucoup à Paul, j’ai le même âge que lui et à travers ce podcast, je partage le même engagement en faveur du vélo. On a constaté pas mal d’avancées ces derniers temps. Par exemple, depuis cette année, le vélo est plus utilisé que la voiture pour se déplacer à Paris. Mais le fait qu’un automobiliste ait tué Paul nous ramène au constat suivant, il reste encore énormément de travail à faire pour garantir la sécurité des cyclistes sur les routes. Dans ce contexte, je suis super fier de pouvoir enregistrer l’épisode du jour avec Guénaëlle. Guénaëlle, vous ne la connaissez sans doute pas. Il y a deux ans, elle a monté une association dans sa ville de Tresses, en Gironde, qui s’appelle les Vélotaffeurs Tressois. Elle a obtenu des résultats assez impressionnants dans une zone semi-rurale, où le vélo a encore beaucoup de mal à se frayer un chemin. C’est grâce à des gens comme Guénaëlle, qui oeuvrent au quotidien pour la place des cyclistes, que Paul ne sera pas mort en vain et que son combat continuera d’être mené. Salut Guénaëlle, et bienvenue sur le podcast Vélotaff. 

Guénaëlle LEROUX : Bonjour à toutes et tous, et merci pour cette invitation et cette possibilité de mettre en lumière, encore une fois, le vélo et toutes les personnes qui utilisent le vélo comme mode de déplacement au quotidien. 

Victor : Comme je l’ai mentionné en introduction, tu es la fondatrice et la présidente de l’association des Vélotaffeurs Tressois. Est-ce qu’il y a d’autres éléments de ta biographie que tu souhaites ajouter à ta présentation ? 

Guénaëlle LEROUX : Non, enfin, je suis de toute façon, quoi qu’il arrive, dans la vie, assez engagée sur tous les plans, que ce soit environnemental, réduction de notre empreinte carbone. Je me bats aussi pour que les enfants puissent prendre le vélo pour aller à l’école. Je suis aussi, de toute façon, assez engagée sur tous les plans, que ce soit environnemental, réduction de notre empreinte carbone. Je me bats aussi pour que les enfants puissent prendre le vélo pour aller à l’école. Et aussi, je suis aussi féministe et engagée pour que les femmes aient la possibilité de prendre le vélo quand elles en font le choix. 

Victor : Qu’est-ce qui t’a amenée à créer cette association des Vélotaffeurs Tressois ? 

Guénaëlle LEROUX : Alors, à l’origine, j’ai commencé à prendre mon vélo pour aller travailler au début, plutôt l’été, et finalement, de plus en plus, parce que sur Bordeaux, nous avons énormément de bouchons. Et donc, c’est quand même un avantage de se dire que je pars le matin, Je mets quoi qu’il arrive, quel que soit le temps, toujours le même temps de trajet. C’est plutôt un confort et quelque part une charge mentale en moins. Et en fait, je me suis rendue compte que sur la métropole, parce que j’allais travailler sur la métropole bordelaise, les aménagements se développaient assez rapidement et pas du tout sur ma commune. Donc j’ai commencé un peu à me poser des questions et à aller voir les autres associations qui existaient déjà. Et en fait, dès qu’on sort des métropoles, dès qu’on arrive dans le rural ou le semi-rural, c’est beaucoup plus difficile de déployer du vélo, déjà parce qu’il y a très peu de cyclistes. Sur notre communauté de communes, il y a 1% de par modèle du vélo, ce qui est vraiment quasiment insignifiant. Et en plus, là, il va falloir convaincre, convaincre les élus, convaincre que ça a un intérêt, parce que souvent, les élus ont tendance à croire que, parce qu’ils ne voient pas de vélo, il n’y a pas intérêt à le développer. Et en fait, voilà, le but, c’est de leur expliquer que c’est en créant des infrastructures qu’on va avoir des vélos. Sur notre communauté de communes, on a eu la chance quand même d’avoir des élus qui étaient quand même sensibles, engagés. Et il a été mis en place un plan vélo à peu près au même moment où j’ai créé l’association. Et en fait, j’ai été très, très bien accueillie. Ils ont été enchantés que je crée cette association. Et donc, voilà, mon rôle aujourd’hui est de représenter les usagers et les usagères de la bicyclette et d’essayer toujours encore de convaincre. Parce que malgré tout, même si l’envie est là, je pense que tant qu’on n’est pas sur un vélo, tant qu’on ne vit pas le vélo taf, tant qu’on n’est pas au milieu des voitures, aux heures de pointe, parce que souvent, dans l’esprit des personnes qui ne pratiquent pas le vélo comme vélo de déplacement, on imagine toujours le vélo le samedi matin, le dimanche, comme le feraient des cyclotouristes, en fait, finalement. Et là, il y a vraiment, vraiment intérêt à expliquer qu’on est seul sur notre vélo au milieu de voitures énervées, d’automobilistes énervés. Et que c’est là que les infrastructures sont indispensables pour nous protéger. 

Victor : Oui, effectivement. Tu as mentionné le fait que le vélotaf, c’était un confort pour toi. Est-ce que tu peux développer un peu ça ? Parce qu’à première vue, pour l’automobiliste classique, sortir de sa voiture pour faire le même trajet à vélo, ce n’est pas un confort, c’est plutôt un inconfort, non ? 

Guénaëlle LEROUX : Oui, c’est pour ça que dans un premier temps, j’ai commencé que les jours où il faisait beau, parce qu’on a toujours le sentiment finalement que quand il ne fait pas beau, quand il fait froid, c’est un inconfort. Dans les premiers temps, c’est comme ça que j’ai commencé. Mais quand on voit finalement tout le bénéfice, alors déjà, voilà, le fait que quand je pars le matin, je sais exactement le temps que je vais mettre et à quelle heure je vais arriver. Le fait qu’on lâche prise avec le temps, parce que si je pars en retard, je sais que je ne rattraperai pas le temps perdu. Je suis partie en retard, j’arriverai en retard, c’est un fait. J’aurais pu pédaler très fort, je ne vais pas gagner énormément de temps. Donc en fait, on lâche prise avec le temps. Tous les matins, quand je prenais mon petit déjeuner, que j’allais travailler en voiture, j’étais l’œil fixé sur mon Google Maps pour voir les bouchons qui augmentaient, c’est augmenté, ça, c’est terminé. Donc voilà, il y a quand même une espèce de soulagement et de lâcher prise avec cet aspect de temps. En plus, on se rend compte du bénéfice. Quand on fait une demi-heure de vélo le matin, on a plein d’hormones très positives qui font du bien au corps. Il y a la dépense physique. J’arrive au travail, j’ai une super pêche, ce que je n’avais pas du tout quand j’arrivais en voiture. Quand j’arrivais en voiture, j’étais souvent très énervée. Je ne suis pas du tout dans les mêmes dispositions quand j’arrive au boulot le matin et d’ailleurs quand je rentre aussi le soir parce que j’ai ma petite demi-heure de décompression après le boulot qui fait que j’arrive aussi de bonne humeur à la maison. Voilà, donc il y a tous les aspects santé et en fait, petit à petit, on passe le pas et on se dit finalement, même quand il ne fait pas beau, même quand il pleut, je vais m’équiper. Il y a des équipements qui ne coûtent pas très cher et qui permettent d’arriver sec au travail et au final, après, on passe le cap et finalement, aujourd’hui, les seules fois, c’est exceptionnel où je prends ma voiture pour aller travailler parce que vraiment, je n’ai pas le choix. Je suis dépitée et je regrette tout de suite au bout de cinq minutes mon vélo parce qu’être coincée dans les bouchons, c’est pareil, c’est un sentiment affreux qu’on n’a pas quand on est en vélo puisqu’on arrive toujours à trouver la solution pour s’échapper, passer sur un côté. Il n’y a pas ce sentiment d’emprisonnement, quand on est à vélo. 

Victor : Oui, effectivement, c’est une vision que je partage, évidemment. Tu as combien de kilomètres pour aller au boulot ? 

Guénaëlle LEROUX : J’ai 11 kilomètres, donc je fais 22 par jour et sur les coteaux bordelais, on est plutôt en hauteur. Il y a un relief qui, alors sur Bordeaux même, c’est plutôt assez plat, mais voilà, nous, sur nos communes, en tout cas, la communauté de communes s’appelle d’ailleurs les coteaux bordelais parce qu’on est sur les coteaux, donc on a du relief et surtout une montée le soir qui fait que, quand on commence à pratiquer 22 kilomètres, on est plutôt en vélo électrique. Parce que je pense que si j’étais en vélo musculaire, je ne pourrais pas le faire tous les jours. 

Victor : Pour revenir à l’association que tu as créée, les Vélostaffeurs Tressois, ça a été quoi les premières actions ? 

Guénaëlle LEROUX : Alors, les premières actions, c’était de prendre contact avec les élus, d’expliquer, de montrer qu’on était là. C’était prendre contact avec les seuls cyclistes, que je pouvais essayer de capter, de faire venir vers moi. Donc, en fait, je suis allée vraiment au contact. C’est-à-dire, dès que je voyais un cycliste en Tresses, il y a 5000 habitants, le bourg est tout petit, il y a deux écoles dans le bourg, primaire, maternelle, donc il était assez facile, finalement, d’aller tout de suite au-devant des cyclistes que je voyais, accompagner leurs enfants ou non, aller travailler. Donc, en fait, au début, c’était un petit peu comme ça, que j’essayais un petit peu de créer, comment dire, un lien, un collectif et j’avais quand même plein d’idées parce que j’avais vraiment l’envie de créer un vélo-bus qu’on a réussi à faire en mars dernier. Du coup, aujourd’hui, je ne suis plus seule. J’ai plein de bénévoles autour de moi qui sont aussi très engagés et motivés. Et voilà, on a plein d’idées pour essayer de donner l’envie parce que je crois que c’est ça, c’est vraiment donner l’envie. Le but… C’est de rendre séduisant ce mode de déplacement, ce mode de transport et on y arrive, finalement. 

Victor : Tu as mentionné le vélo-bus. Est-ce que tu peux expliquer ce que c’est ? 

Guénaëlle LEROUX : Alors, en fait, sur Tresses, on n’a quasiment pas d’infrastructures cyclables sécurisées. Donc, si on se dit qu’on attend les infrastructures sécurisées pour que les enfants puissent aller à l’école à vélo, ben, en fait, on va sans doute attendre trop longtemps. Et on s’est dit que pour sécuriser le groupe, on a vu, hein, on avait vu sd’autres communes le faire, on s’est dit, on va aller à l’école à vélo en groupe. Donc, on crée un convoi, les enfants sont deux par deux, encadrés par les parents, devant, derrière, et en fait, on forme un bus. Et on se déplace dans la commune, on essaye au maximum de passer par des lotissements, mais il y a quand même des petits tronçons, on va passer sur des tronçons un peu inconfortables, donc dans ces cas-là, les parents arrêtent les voitures, le convoi d’enfants passe, et voilà, en gros, on a créé des lignes en fonction des parents volontaires et des enfants qui étaient amenés à vouloir aller à l’école à vélo, et on a créé trois lignes, et en fait, en gros, on est entre deux kilomètres cinq et un kilomètre en fonction des lignes. Donc, ces deux kilomètres cinq, ben, en fait, les enfants pédalent, vont à l’école à vélo, garent les vélos à l’arrivée, et repartent le soir chez eux. Et ça a eu beaucoup de succès, les enfants sont ravis, et je pense que ça apporte beaucoup de bienfaits à tout le monde, parce qu’il y a une cohésion, il y a un groupe qui s’est créé, et du lien social aussi, et voilà, ça fait aussi moins de voitures dans le centre-bourg, parce que le matin, c’est vraiment sous tension au moment de déposer les enfants à l’école, parce qu’il y a beaucoup de voitures, donc on libère un peu aussi, ce centre-bourg, de cette tension en venant à vélo. 

Victor :  Génial. C’est quoi un peu les autres actions que tu as développées avec l’association ? 

Guénaëlle LEROUX : Alors, on fait partie du réseau FUB, on est membre actif, donc en fait, on s’inspire un petit peu de ce qui se fait ailleurs, on a fait une fête de vélo, maintenant ça va faire deux ans qu’on fait une petite fête du vélo, en fait, on essaye de mettre en lumière le vélo, de montrer que le vélo c’est chouette, donc on demande sur cette fête du vélo, on décore nos vélos, et puis on fait un petit circuit de 5 km dans Tresses, sécurisé, voilà, avec des bénévoles voltigeurs qui arrêtent les voitures, et voilà, le but c’est d’avoir des enfants, des parents, des familles. Donc l’année dernière, on était 30, cette année on était 50, donc c’est plutôt chouette sur une commune de 5000 habitants. Ensuite, dernièrement, on a commencé à faire des ateliers mécaniques vélo pour aider les personnes à entretenir leur vélo ou à faire des réparations assez simples. On participe à beaucoup d’événements, on a fait la rue est à vous, on a fait des parcours vélo pour les enfants, avec de la signalisation telle qu’il pourrait être en ville ou même dans des communes comme la nôtre, où il y a aussi des stops, des cédés de passage, et des ronds-points, et ça, pareil, ça a eu beaucoup de succès. Et puis on fait aussi du plaidoyer, on a été au conseil municipal de 13, expliqué tous les bienfaits de passer la ville en ville 30, ce qui est en place depuis cet été. Donc voilà, on a aussi un rôle de plaidoyer, et puis on communique avec la mairie pour expliquer que tel endroit est très dangereux pour les cyclistes et qu’il faudrait prévoir autrement la signalisation, et donc il y a des échanges qui se font avec la commune pour représenter les usagers de la bicyclette. 

Victor : Tu l’as déjà un petit peu mentionné, l’accueil que vous avez reçu, mais est-ce que tu peux développer un peu là-dessus ? Comment ça a été perçu à la fois par les gens autour de toi, les citoyennes et les citoyens de la commune, et par la mairie ? 

Guénaëlle LEROUX : Alors, les citoyens de la commune, tous ceux que je rencontre, même qui ne sont pas cyclistes, me disent « Oh là là, mais moi j’aimerais tellement venir à vélo, j’aimerais tellement faire du vélo ! » Donc en fait, du côté des usagers ou non-usagers d’ailleurs, ou futurs peut-être usagers, l’accueil est toujours très positif. Ce qu’on a fait avec le vélo-bus, beaucoup beaucoup de personnes trouvent ça vraiment super et chouette. Maintenant, il y a encore énormément de personnes qui ont peur et qui ne veulent pas s’engager aussi par peur du manque de sécurité. Au niveau de la communauté de communes, on a été très bien accueillis dès le départ, et au niveau de la commune, il a fallu convaincre quand même, parce que je pense qu’ils se demandaient au départ si on n’était pas trop revendicateurs. Mais il a fallu, je dirais, six mois pour que la confiance se mette en place et surtout qu’on prouve la bonne volonté de nos actions. Je pense qu’aujourd’hui, tout le monde a compris les bienfaits et les bénéfices d’avoir une association comme ça sur la commune, et on aimerait s’étendre même au-delà de notre commune. Et d’aller faire des événements sur la communauté de communes. 

Victor : Tu as mentionné quelque chose que je trouve hyper intéressant. Tu as dit que globalement, les gens autour de toi avaient tous un avis super favorable quant à l’action de l’association, et que tout le monde voulait se mettre au vélo. Et je trouve que ça va un peu à l’encontre d’une impression qu’on peut avoir, en tout cas que je peux avoir parfois, que finalement, les gens qui veulent plus de vélo sont une minorité face à une majorité d’automobilistes. Mais ce que tu constates, ce n’est pas ça en fait. 

Guénaëlle LEROUX : Oui, et puis je pense que les statistiques le disent de toute façon. Je crois qu’aujourd’hui, j’ai vu plusieurs statistiques qui disaient qu’entre 60 et 80% des personnes souhaiteraient faire du vélo pour faire les courses et pour aller travailler. Oui, moi je n’ai personne qui me dit, en tout cas quand on est en face à face et qu’on en discute, tout le monde me dit c’est super, c’est génial, j’adore ce que vous faites, mais moi j’ai trop peur. C’est souvent ce qu’on entend et c’est dommage. 

Victor : Donc ce que tu constates, c’est que le principal frein au passage au vélo, c’est cette perception d’insécurité. 

Guénaëlle LEROUX : Oui, je pense que c’est le principal. Il n’y a pas que celui-là, il y a aussi l’équipement, l’organisation de vie, changer ses habitudes. Parce que forcément, quand on a des enfants, souvent les gens s’organisent en voiture, ils vont travailler, en même temps en revenant ils vont s’arrêter faire les courses, ils vont chercher les enfants, etc. C’est le cas pour les parents. Et là, dès qu’on dit on va le faire à vélo, ça change la donne parce qu’il faut quand même des équipements beaucoup plus conséquents pour pouvoir mettre les enfants derrière. Et ça nécessite un changement d’organisation aussi, personnel. C’est aussi ce frein-là qui fait qu’il y a la sécurité et aussi l’organisation. Une fois qu’on a passé le cap, ça va. Donc c’est là que nous, on est là aussi pour aider, écouter, donner des conseils. Parfois au début, on me dit ok, c’est super, mais je ne le ferai pas. Et puis quelques fois, six mois après, la personne revient nous voir en disant j’ai réfléchi, je vais peut-être essayer. Donc voilà, je pense que par tous ces événements, par toute cette mise en lumière, il y a quelque chose aussi qu’on fait avec notre association, c’est qu’on fait des portraits. Des portraits de vélotaffeuses et de vélotaffeurs où on explique le trajet que la personne fait, comment elle s’est mise au vélo, pourquoi elle s’est mise au vélo, avec une jolie photo de la personne. Et ça, ça marche beaucoup parce que des personnes me disent ah oui, mais ils vont jusque là-bas. Et donc voilà, on donne aussi des chemins, on explique par où passer, quel chemin sécurisé peut être, alors sécurisé, on est entre guillemets, c’est-à-dire plutôt cool, on évite les voies roulantes, on passe plutôt par des lotissements ou des voies qui sont un peu en retrait. Mais voilà, on va donner aussi des déplacements types pour aller à tel ou tel endroit. On a même essayé de développer du co-vélotaff, c’est-à-dire aller travailler ensemble à vélo. Et ça, on en a testé deux ou trois fois et c’est plutôt chouette aussi d’aller bosser ensemble à vélo en petits groupes de deux ou trois. 

Victor : Oui, effectivement, je n’y avais jamais pensé. Je sais que quand je roule sur la route, je me sens toujours beaucoup plus en sécurité quand on est plusieurs cyclistes que quand je suis seul. 

Guénaëlle LEROUX : Ah oui, c’est assez vérifié, c’est que l’automobiliste n’a pas du tout le même comportement quand on est seul ou quand on est deux ou trois, ça c’est évident. 

Victor : Quand on avait discuté pour préparer ce podcast, je me souviens que tu avais insisté sur un point, c’était que toi tu avais développé cette association dans un milieu que tu qualifies de semi-rural et tu avais expliqué qu’il y avait quand même des enjeux spécifiques à ce milieu et que le vélo était beaucoup moins développé que dans les zones plus urbanisées, comme sur Bordeaux par exemple. Comment ça se fait ? Quel est cet écart ? Quels sont les enjeux spécifiques à ces zones moins urbanisées ? 

Guénaëlle LEROUX : Je pense que les villes, les métropoles ont compris l’enjeu et l’intérêt que les gens se déplacent à vélo plutôt qu’en voiture parce qu’aujourd’hui les routes sont saturées, les parkings relais sont saturés et donc les métropoles se sont mises, ont relevé les manches, se sont dit maintenant on développe de l’infrastructure vélo, on ne fait que ça. Dans les zones rurales, je pense que cet intérêt n’a pas été vu et ce que j’ai dit tout à l’heure c’est qu’il faut même convaincre encore aujourd’hui de l’intérêt parce qu’en fait le déplacement en voiture finalement il est assez facile. C’est-à-dire que si je veux aller faire mes courses à trois kilomètres d’ici, j’ai un parking pour me garer, tout est facile. Hormis le matin à l’école où c’est le seul moment où ça peut être éventuellement compliqué, tout le reste de la journée si je veux aller à cinq kilomètres autour de moi, je peux le faire mais sans problème en voiture, même 500 mètres je peux le faire sans problème en voiture. Donc aujourd’hui, quel est l’intérêt d’aller déranger ça et embêter finalement les habitudes des automobilistes qui disent moi c’est facile, je peux aller à la poste, je peux aller à la mairie, je peux aller au supermarché du coin en voiture. Donc c’est là où nous on va essayer de convaincre et de donner des arguments positifs comme les bienfaits santé, les bienfaits environnementaux. Alors voilà, après bien sûr quand on va travailler sur la métropole, là du coup l’argumentaire est beaucoup plus convaincant. Mais malgré tout, toutes ces zones rurales et semi-rurales, représentent 80% du territoire français. Et si on parle d’un but purement environnemental, on sait qu’aujourd’hui 60% de nos déplacements c’est pour faire moins de 3 km. Et que voilà, l’empreinte carbone du déplacement voiture est énorme en France. Et donc si on se base sur l’aspect purement environnemental, l’enjeu il est énorme en fait de se dire que ces 80% de territoire si ces 2-3 km étaient faits à vélo, tous les bienfaits environnementaux qu’on peut en tirer. Donc là voilà, c’est aussi un autre plaidoyer. Là on est dans un plaidoyer purement environnemental et aussi santé bien sûr, parce que ça va quand même avec. 

Victor : Et en parlant de santé, comment ça se fait que selon toi, selon ce que tu m’expliquais un petit peu, les communes ne voient pas cet enjeu des mobilités actives ? 

Guénaëlle LEROUX : Je pense qu’il y a un manque peut-être d’information ou de compréhension. Finalement cette information que 60% de nos déplacements pour faire 3 km est assez récente, moi c’est ce qui m’a presque convaincue de monter l’association en fait. C’est quand j’ai vu ça où je me suis dit, c’est complètement anormal en fait, on est devenu extrêmement fainéant pour faire 2-3 km, même 500 mètres. Je vois autour de moi des personnes qui habitent à Tresses et qui font 500 mètres en voiture pour aller à la boulangerie. Et donc je pense qu’on est vraiment dépendant de notre voiture. Il y a une dépendance énorme à la voiture, même pour sur des trajets où on pourrait juste marcher en fait. Donc voilà, je pense que l’idée c’est de mettre le doigt quand même sur des fonctionnements et des habitudes qu’ont pris les Français qui n’ont pas de sens en fait. Expliquer que tout ce qu’on fait là aujourd’hui ça n’a plus de sens, vraiment. Et qu’il faut essayer de revenir un peu en arrière et privilégier les modes de déplacement actifs. 

Victor : Je partage ce constat. Tu avais aussi évoqué quand on avait discuté un petit peu qu’une des priorités selon toi c’était de mettre les enfants. Pourquoi ? 

Guénaëlle LEROUX : Déjà parce qu’on a un gros problème de sédentarité chez les enfants. Je pense qu’aujourd’hui on a tellement peur de tout qu’on ne fait plus confiance aux autres, pas à nos enfants. Mais voilà finalement ça impacte sur nos enfants où on les prend, on les met dans une voiture, ils ne participent pas au déplacement, on les redépose. Moi je trouve que c’est hyper important de leur permettre d’avoir ce type de déplacement de 2,5 km où on va éveiller tous les sens. On leur demande aussi d’être vigilants, de faire attention. Il y a une collaboration qui se met en place. Il faut qu’ils restent deux par deux les uns à côté des autres. Qu’ils soient à l’écoute des plus petits qui sont un peu plus lents. Donc le fait qu’ils soient acteurs de leurs déplacements ça a un bénéfice énorme pour eux. Et ensuite tous ces enfants ça va être les adultes de demain. Et je pense qu’aujourd’hui si on a aussi un conflit perpétuel entre automobilistes et cyclistes, c’est aussi parce qu’on ne se comprend pas. Et je me dis que tous ces enfants qui vont prendre des habitudes. Il y a aussi leur montrer que faire 2,5 km à vélo c’est chouette. Donc peut-être essayer de changer ces habitudes justement de cette dépendance à la voiture. Et aussi de faire des adultes qui, quand ils prendront leur voiture auront aussi la capacité et l’empathie de comprendre comment se déplace un cycliste et qu’est-ce qu’on peut ressentir finalement quand on est doublé trop près ou suivi derrière trop près. Enfin voilà tous ces ressentis-là. Je pense que l’enjeu est énorme c’est-à-dire que tous ces enfants ça sera nous demain. Et c’est pour moi dès le plus jeune âge que cette sensibilisation elle doit être faite aussi. 

Victor : Ça fait écho avec ce qu’un autre invité Cyril m’a dit assez récemment sur le podcast qui expliquait qu’en fait c’était difficile de mettre des adultes au vélotaf s’ils n’avaient pas eu une expérience du vélo orientée plaisir en fait dans leur enfance loisir et plaisir. Et donc effectivement dans cette optique je suis d’accord que c’est super important de mettre les enfants au vélo dès l’enfance donc et de leur faire en sorte qu’ils aient des bonnes sensations et des bons souvenirs du vélo en fait. 

Guénaëlle LEROUX : Et quand on voit à l’arrivée leur sourire c’est la meilleure des récompenses. Ils sont enchantés et ils réclament ils demandent ce trajet à vélo. Une fois qu’ils ont commencé et qu’ils ont fait plusieurs trajets en groupe ils sont demandeurs. 

Victor : Une dernière question moi je suis hyper impressionné par le succès que tu as eu et que tu continues d’avoir avec cette association et tout ce que vous avez pu faire. Et donc je me demande qu’est-ce qu’il manque qu’est-ce qu’il faut pour que à la fois le vélo et des associations comme la tienne se développent partout en France en dehors des métropoles. 

Guénaëlle LEROUX : Déjà, il faut trouver des personnes engagées parce que, voilà, cette association, même si elle est de mon initiative au départ, repose aujourd’hui sur beaucoup de parents très engagés. Elle fonctionne aussi grâce à cela, et je les remercie énormément d’ailleurs, tous ces bénévoles investis ! Je pense qu’on a tous en nous un petit côté engagé, mais parfois, on n’ose pas franchir le pas. Il ne faut vraiment pas hésiter à se lancer. Au début, je menais un peu mon combat toute seule : j’écrivais à la mairie, j’en parlais autour de moi, mais en fait, ça ne suffit pas. Je pense qu’il est vraiment utile de monter une structure officielle. Créer une association, lui donner un statut et un but, ce n’est pas si compliqué. Au début, nous étions trois ou quatre, et c’était suffisant. On se dit parfois qu’on ne va pas réussir à convaincre les autres, qu’on n’y arrivera pas. Mais en fait, si ! On y arrive, car il y a beaucoup de personnes qui ont aussi envie de faire du vélo. Aujourd’hui, quand je vois le nombre de gens qu’on a réussi à convaincre, des personnes qui vont travailler à vélo juste parce qu’on leur a montré que c’était possible, je suis moi-même épatée. Je trouve ça formidable, surtout dans les zones semi-rurales. Dans les grandes villes, les associations sont déjà bien présentes et elles font un travail remarquable. Mais dans le rural et le semi-rural, cela manque cruellement. Je pense qu’il faut franchir ce cap et se dire : ‘Je vais monter une association.’ Bien sûr, il y a un engagement personnel en termes de temps, car tous ces événements sont organisés sur notre temps libre. Mais on y prend vraiment beaucoup de plaisir, surtout quand on voit les retours quenous avons. 

Victor : super inspirant, merci beaucoup Guénaëlle d’être venue sur le podcast Vélotaf et encore félicitations pour toute ton action avec les Vélotaffeurs Tressois.  

Guénaëlle LEROUX : merci. 

co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHLÈTE
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Podcasts, SwimRun, UltraRunner et Papa x 4 enfants je cours après le temps, mes passions et mes petits amours.