#74 – Tour de France des stations : enquête sur le bilan carbone du ski par Guillaume de Lustrac

Dans cet épisode de podcast, Victor reçoit Guillaume De Lustrac, aventurier et documentariste, pour explorer les enjeux environnementaux du ski alpin et de la gestion des stations de montagne.

Après son tour de France des stations à vélo, Guillaume partage les leçons apprises et dresse un portrait nuancé de l’industrie du ski.

Ensemble, ils discutent du bilan carbone des séjours au ski, des impacts des infrastructures et des défis économiques et climatiques auxquels sont confrontées les stations. À travers des témoignages d’acteurs locaux, Guillaume dévoile la dépendance des stations à l’immobilier, la complexité des investissements dans la neige artificielle, et le futur incertain de nombreux domaines skiables. 

Bonne écoute !  

📌 Retrouvez Guillaume et ses initiatives : https://linktr.ee/kokogichallenges

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Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« Grosso modo, dans cette étude, 50% du bilan carbone, ça vient du transport. »

« Le deuxième plus gros poste, c’est l’alimentation. »

« Finalement, qu’on fasse du ski alpin ou du ski de rando ou du ski de fond, le problème est toujours le même. »

« C’est un peu le serpent qui se mord la queue parce que plus tu fais venir du monde, plus tu as besoin d’infrastructures. »

« Ça rapporte énormément d’argent et il n’y a rien qui rapportera autant d’argent que le ski alpin. »

« Moi, personnellement, je suis convaincu qu’il faut juste leur donner de l’information, il ne faut pas leur dire, fais ceci, fais cela. »

« Une station qui sera bien adaptée, c’est une station où il y aura de la vie à l’année. »

« Les gens qui montent en montagne, même s’ils ne skient pas, ils ont kiffé quand même leur séjour. »

« Si les gens, ils viennent tous en train pour profiter, tu vois, train depuis Grenoble, ensuite bus jusqu’à Alpe d’Huez, c’est faisable. »

Grâce à ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Autoscript.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange. 

Ce podcast animé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Victor Blanchard⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ est proposé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://bleen.be⁠⁠, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.

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Victor : Salut Guillaume et bienvenue de nouveau sur le podcast Vélotaf.

Guillaume DE LUSTRAC : Salut Victor, merci pour l’invitation.

Victor : Avec grand plaisir. Pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, je vous invite tous et toutes à aller écouter l’épisode de la semaine dernière où j’ai eu l’occasion de te présenter en détail et où tu as pu aussi rebondir sur cette présentation. Dans cet épisode, on avait évoqué son Tour de France des stations à vélo, vraiment du côté de l’aspect aventure, l’aspect sportif et l’aspect organisationnel, financier. Donc si vous voulez en savoir plus sur tous ces aspects-là, je vous invite à aller écouter cet épisode. Et aujourd’hui, on va aborder toujours cette même aventure du Tour de France des stations, mais vraiment sous l’angle des enseignements que ça t’a apporté parce que tu en as profité pour parler avec plein de gens, d’acteurs et d’actrices du milieu de la montagne et du ski. Et pour en tirer un documentaire qui s’appelle Nouvelles Pistes et un podcast qui porte le même nom, si je ne dis pas de bêtises. Donc peut-être commencer par aujourd’hui, quand on va au ski, c’est quoi le bilan carbone un peu ? Comment ça se décompose ?

Guillaume DE LUSTRAC : Ouais, alors le bilan carbone aujourd’hui, on est à peu près… Donc ça, c’est le résultat d’une étude qui a été faite. On ne va pas faire une heure d’épisode là-dessus, mais tu parlais justement du podcast. Tu vois, donc pour les personnes… Pour les personnes qui s’intéressent sur vraiment l’aspect carbone, c’est le premier épisode du podcast Nouvelle Piste où j’interview la personne qui a fait cette étude-là. Mais en gros, grosso modo, dans cette étude, 50% du bilan carbone, ça vient du transport. Alors, c’est une moyenne parce que du coup, tu as des personnes qui vont venir, je ne sais pas, qui vont aller skier, qui vont venir d’Annecy, d’autres de Paris, d’autres de Londres et d’autres du Brésil. Donc, c’est une moyenne qui est faite. Et évidemment, là-dessus, ça va dépendre. Ça va dépendre pas mal d’où on vient et comment on y va. Typiquement, quelqu’un qui vient du Brésil en avion, évidemment, c’est hyper émetteur. Par contre, quelque chose qu’on sous-estime un petit peu, c’est les personnes même qui viennent de Grenoble ou d’Annecy skier. En fait, vu qu’elles prennent leur voiture à chaque fois et qu’elles vont peut-être aller skier 10 fois dans l’année au lieu d’une fois comme le Brésilien ou le Parisien, typiquement, quand on compare à Paris, la personne qui vient d’Annecy ou de Grenoble, et qui va skier régulièrement dans l’année, en fait, émet plus via son transport que quelqu’un qui viendrait de Paris. Donc, évidemment, là-dessus, première bonne pratique, je viens en train, puis en bus, ou si vraiment je ne peux pas faire autrement, je covoiture pour aller au ski. Ça, c’est le gros du bilan carbone. C’est un peu comme notre vie de tous les jours. D’ailleurs, la première source d’émission, c’est les transports. Je pars pour la moyenne de la population. Et ensuite, on a le deuxième plus gros poste. Alors, normalement, c’est les équipements, c’est-à-dire les vestes de ski, tes skis, etc. Sauf que si tu les prends individuellement, au final, c’est gros, mais c’est plein de petites choses. Il y a la paire de skis qui pèse 3,6 kilos. Donc, on va dire 7% de ton séjour. Mais par contre, encore plus important, à 8% de ton séjour, en fait, c’est ton alimentation. Donc, là-dessus, pareil, c’est comme la vie de tous les jours. C’est le deuxième plus gros poste, c’est l’alimentation. On sait que quand on est au ski, on aime bien manger raclette, fondue. C’est des choses qui sont assez énergivores et qui, en plus, sont assez carbonées parce que souvent, c’est accompagné de viande. Donc, voilà, on essaye d’être, si on veut réduire, pour les personnes que ça intéresserait, on essaye de passer sur plutôt des choses végétariennes. Ça ne fait pas de mal non plus, un petit gratin de pommes de terre. Ça se mange tout aussi bien. Et c’est quasiment tout aussi caractéristique. C’est très calorique dans les petites choses un peu secondaires, tu as le logement. Il y a des gros sujets aussi autour de la rénovation énergétique des logements. Et puis, dans les choses où on dit que ça doit émettre énormément, tu vois, les dameuses, finalement, ce n’est pas beaucoup plus de 3% du bilan total. Il y a beaucoup d’efforts. Les stations font beaucoup d’efforts là-dessus. Et pourtant, le premier effort sur lequel elles devraient faire, c’est de faciliter la venue en transport public pour leurs touristes. Donc, voilà, c’est un peu un faux problème. Et vu que du coup, cette empreinte liée à la station, elle est assez faible, finalement, qu’on fasse du ski alpin ou du ski de rando ou du ski de fond, le problème est toujours le même. Le gros, c’est comment est-ce que tu viens ? Et typiquement, sur du ski de rando, souvent, tu vas aller sur de leurs pistes. Donc, tu vas être plus obligé de prendre ta voiture. Parce que les transports publics, ils ne te déposent pas nulle part. Donc, en général, tu vois, le ski de rando ou le ski de fond est peut-être un tout petit peu plus émetteur.

Victor : OK. Et donc, les remontées mécaniques en elles-mêmes, vu que tu as l’électricité, l’électricité qui est fortement décarbonée en France, ce n’est pas si émetteur que ça, c’est ça ?

Guillaume DE LUSTRAC : Non, non, non, exactement. On est sur des choses assez faibles. La collectivité au total, c’est les infrastructures, les équipements, etc. C’est 17%. Mais vraiment, le domaine skiable, on est à 1,4 kg. Sur, du coup, une journée, c’est à peu près 50 kg. Donc, tu vois, ce n’est quand même pas grand-chose. On est à 2% du bilan du ski. Donc, oui, pas grand-chose.

Victor : Impressionnant, tu connais tous les chiffres par cœur.

Guillaume DE LUSTRAC : Oui, j’ai beaucoup bossé le sujet. Et vu qu’on vient de sortir l’épisode, je les ai en tête aussi.

Victor : Concernant toutes ces rencontres et tout, tu as contacté quelqu’un dans chaque station pour à chaque station rencontrer au moins une personne, c’est ça ?

Guillaume DE LUSTRAC : Exactement, oui. J’ai vraiment contacté partout. L’idée, c’était de rencontrer des maires, des gestionnaires de stations, donc de domaines skiables, des offices de tourisme, mais aussi, tu vois, peut-être un peu le lobby du ski, des moniteurs ou monitrices de ski, des agriculteurs et agricultrices. Donc, il y a vraiment une grande disparité dans les échanges qui ont été faits. Et pour moi, l’objectif, c’était de partir avec une vision la plus complète possible du sujet. Typiquement, tu vois, je ne pensais pas que le business model, on va dire, le modèle d’affaires des stations de ski dépendait tant de la promotion immobilière. Et en fait, c’était un peu ma première surprise. C’était à quel point l’immobilier tient les rênes, en fait, de tout ça. Je peux ça comprendre, tu peux développer un peu sur ce que tu as dit. Oui, pas de souci. En gros, aujourd’hui, les touristes, ils vont aller dans les stations de ski pour skier. Mais en fait, ce qui permet le financement d’infrastructures, etc., alors déjà, ce qui permet la venue de personnes, c’est l’immobilier. Donc là-dessus, les mairies, elles ont les terrains. Elles vendent au plus offrant. Les plus offrants, c’est des promoteurs immobiliers. Et donc, du coup, ils vont construire des logements neufs. Ce qui fait que dans certaines stations qui étaient des petits villages avant, je ne sais pas si tu prends Tignes, par exemple, on est à plus de 30 000 logements. Donc, on est sur une grosse ville, enfin, une ville, alors que le reste de l’année, tu vois, tu as 2 000 personnes grand max. Énorme, énorme max. Pour Ting, je pense qu’on est… Encore moins. Bref. Et donc, en fait, ils construisent ça. Sauf que derrière, il faut, du coup, construire plus d’infrastructures parce qu’il faut une plus grande station d’épuration, un nouveau réseau d’électricité, etc. Et donc, pour financer ça, on va refaire un projet immobilier. La mairie va avoir besoin d’argent, donc on va refinancer un projet immobilier. Et en fait, c’est un peu le serpent qui se mord la queue parce que plus tu fais venir du monde, plus tu as besoin d’infrastructures. Et donc, plus tu as besoin de nouveaux projets immobiliers. Et donc, en fait, ça, c’est vraiment quelque chose qui est vécu dans toutes les stations. Et un des problèmes, c’est que du coup, ça fait exploser les prix de l’immobilier. Les locaux, eux, ils n’arrivent plus à se loger dans des endroits où historiquement, leur famille était pendant des années et des années. Et vu qu’aujourd’hui, le modèle d’affaires met là plus orientée station de ski en elle-même, c’est-à-dire fonctionnement de la station, il est un peu au bord du… Enfin, il est même complètement au bord du gouffre. Je t’expliquerai après, juste après. Eh bien, du coup, mettons si demain, on n’a plus de touristes qui viennent en station, les logements, ils seront vides. Vu qu’aujourd’hui, dans la plupart des stations de ski, si je prends Megève ou Courchevel, par exemple, plus de 90% des logements, c’est des résidences secondaires. Donc, du coup, en fait, tu arriverais sur des territoires fantômes, des stations fantômes. Alors, il y en a plusieurs. Il y a Séuse dans les Alpes du Sud, la montagne de Lure aussi dans les Alpes du Sud. Dans les Alpes du Nord, tu as… Ah, le nom m’échappe. Saint-Honoré, Saint-Honoré 1500, à côté de la Mûre, à côté de Grenoble, au sud de Grenoble.

Victor : Ce sont des stations qui sont déjà devenues des stations fantômes ? Exactement.

Guillaume DE LUSTRAC : Il n’y a plus rien, plus personne. Donc, tu as les bâtiments. Tu vois encore parfois les pylônes. Je crois qu’à Lure, ils les ont démontés, mais à d’autres endroits, non. Et enfin, à Saint-Honoré, c’est hallucinant. Tu as l’énorme bâtiment, etc. Tu peux même regarder les images sur Google. Enfin, c’est… Waouh ! Tu peux même faire de l’urbex. Tu vois, là-bas, tu peux te faire plaisir, quoi. Et je te parlais tout à l’heure des frais de fonctionnement. En fait, les frais de fonctionnement qui sont en train d’exploser, c’est assez simple. Aujourd’hui, toutes les stations de ski, elles utilisent des canaux à neige. Il y en a une seule qui n’utilise pas de canaux à neige. C’est une station dans les Voges. Mais sinon, toutes utilisent des canaux à neige pour en fait faire une sous-couche de neige qui permet… qui fait en sorte que quand la neige tombe pour de vrai, la vraie neige, on va dire, elle accroche bien mieux. Donc, voilà. Il y a ce gros travail de neige de culture qui est fait et qui est obligatoire aujourd’hui quasiment pour proposer du ski. Sauf que cette neige-là de culture, elle dépend de trois choses. La neige de culture, c’est de l’eau, de l’électricité et du froid. Sur le froid, on voit qu’avec les dérèglements actuels, on est dans les Alpes, on est à plus 2,3 degrés. En France, en moyenne, on est à plus… Ouais, on est à 1,7 degrés. Et donc là, plus 2,3 degrés, tu imagines bien, sur Météo France, aujourd’hui, tu peux faire des estimations de… Tu as un calculateur qui te permet de voir combien il fera en moyenne sur l’année ou même spécifique par rapport au mois en 2050. Tu vois que dans beaucoup de stations, on sera plus sur des températures négatives. C’est plus 2,3 de moyenne. C’est ce qui fait que la température moyenne sur janvier, elle passe de peut-être moins 1 à plus 1,3 degrés. Et ça, ça change. Ça change quand même pas mal la donne pour la neige. L’autre sujet, c’est l’eau. Et ça, l’eau, c’est une énorme bombe à retardement qui est en train d’arriver. Et plus les spécialistes se penchent là-dessus, plus les résultats sont assez affolants. On découvre quasiment mois après mois que des stations puisaient de manière pas complètement légale dans certaines réserves d’eau. Il y a une étude, la Blast, un média qui a sorti une étude sur un reportage sur la Clusa qui pompait beaucoup d’eau, pas forcément de manière complètement légale. Et il y a beaucoup d’autres stations qui me l’ont dit hors micro, qui m’ont dit, alors l’eau, nous, ce serait pas mal que déjà on rentre dans les clous de la loi. Et l’électricité, depuis la guerre en Ukraine, mais après, de toute façon, on savait que les coûts de l’élec allaient augmenter, ça a fait x7, x9, parfois même x10 sur certaines stations. Et donc, on a des stations, je pense au Lac Blanc dans les Vosges, par exemple, où ils disent, si on ne rénove pas avec des canons plus efficaces, et là, il faut 2 millions d’euros à mettre sur la table, demain, on sait qu’on ferme. On ne peut pas ouvrir la saison prochaine. Tu as même des stations comme Courchevel, qui sont des énormes stations. En fait, leurs coûts énergétiques sont tellement importants aujourd’hui que ça les met quasiment dans le rouge financièrement. Donc, c’est des énormes sujets. Et donc, là-dessus, tu as des coûts de fonctionnement qui explosent. En même temps, tu as des saisons de plus en plus courtes. La neige arrive un petit peu plus tard et finit un petit peu plus tôt. Sur des domaines aussi de plus en plus fermés. Ting, par exemple, va fermer le glacier, donc la partie haute, mais aussi la partie basse. Ils savent que petit à petit, ils vont devoir fermer la partie basse. Donc, du coup, tu as toute cette accumulation qui fait que le modèle, c’est vraiment colosse au pied d’argile. Ça rapporte énormément d’argent et il n’y a rien qui rapportera autant d’argent que le ski alpin. Le VTT, toutes les solutions de diversification, c’est peanuts à côté du ski alpin. Par contre, aujourd’hui, le ski alpin est en voie de disparition dans beaucoup de stations. Ce n’est pas le cas de toutes. Il y a des stations qui continueront de pouvoir, si le modèle économique tient, de pouvoir avoir de la neige qui repose sur du coup de la neige artificielle aussi en 2050. Mais sinon, je dirais que la majorité des stations, vu que la majorité, c’est plutôt des petites stations, devraient disparaître d’ici 2050.

Victor : Un tableau réjouissant pour le ski, donc. Les stations qui vont pouvoir continuer à faire du ski alpin en 2050, ça va être les stations qui vont pouvoir faire du ski alpin en 2050. Ça va être celles, j’imagine, situées au-delà d’une certaine altitude ?

Guillaume DE LUSTRAC : Oui, au-delà d’une certaine altitude, en fonction de l’exposition aussi, parce qu’elles ne peuvent pas être trop exposées au soleil pour ne pas que tout fond. Et c’est celles qui auront aussi les meilleurs équipements, les meilleurs canons à neige, etc. C’est pour ça qu’aujourd’hui, les stations qui sont en danger économiquement, elles sont face à un dilemme. Est-ce qu’on investit dans des meilleurs canons à neige pour espérer tenir plus longtemps ? Ou est-ce qu’on investit dans des meilleurs canons à neige parce qu’on lâche l’affaire et on mise sur autre chose ? En sachant que tu as aussi beaucoup de stations qui arrivent à la fin de ce qu’on appelle les DSP, les délégations de services publics. Je vais te prendre un exemple d’à côté de chez moi, dans le Vercors, à Villard-de-Lans. L’échéance arrive fin 2025 ou 2026. Ils vont devoir rénover. Ça dépend, mais là, par exemple, ça fait 60 ans que c’est le même délégataire. Ils délèguent. C’est la mairie, la collectivité délègue à une entreprise la gestion de la station. C’est eux qui financent les équipements. Ça dépend des contrats, mais en général, c’est les équipements et l’exploitation du domaine. Typiquement, la Compagnie des Alpes, qui est une des entreprises les plus connues là-dessus, est un délégataire. La Compagnie des Alpes bosse avec Tignes. Pour Tignes, Courchevel, en gros, beaucoup de grandes stations.

Victor : Le tableau que tu brosses est super intéressant parce que moi, je suis hyper intéressé par les enjeux climatiques. Ça fait partie de mon boulot. Vraiment, j’ai un vrai intérêt pour ça. J’aime bien ce qui est fait aussi. Et je savais que c’était plus ou moins le… Comment ne pas dire un gros mot ? Enfin, que l’avenir du ski est en péril. Mais je ne me rendais pas compte à quel point c’était fragile comme ça. Je trouve que la perception que j’en ai dans la société française, personne n’en a réellement conscience non plus. Et du coup, la question que j’ai, c’est en montagne, les gens qui sont les premiers concernés, les gens avec qui tu as pu parler, à quel point ils ont conscience de cette date d’expiration, finalement ?

Guillaume DE LUSTRAC : C’est hyper variable. C’est hyper variable. Les gestionnaires de la station, ça, ils le savent. Après, même ces personnes-là, il y en a beaucoup qui sont un peu, je dirais, dans le déni parce qu’ils disent qu’il faut continuer à investir dans le ski. Parce que oui, il n’y a rien qui rapporte autant. Mais… Ah oui, c’est pour ça que je te parlais du… Excuse-moi. C’est pour ça que je te parlais des DSP. C’est qu’en fait, vu que tu dois les renouveler, du coup, tu dois remettre sur la table un chèque pour, par exemple, renouveler les remontées mécaniques, tu vois, les télésièges, etc. Ces choses, ça a une durée de vie, tu vois. Et je ne sais pas, le télésiège, par exemple, tous les 20 ans, il faut que tu les rénoves. Et donc, là-dessus, Villard se pose la question, est-ce qu’on doit remettre X millions d’euros sur la table pour rénover les télésièges ? Est-ce que ça vaut le coup en sachant que normalement, il va falloir 20 ans pour les amortir ? Et que, ben, est-ce qu’on va avoir les conditions suffisantes pour proposer du ski pendant 20 ans, tu vois ? Autre enjeu important, et c’est là-dessus où, en fait, les gestionnaires sont en dilemme entre eux, est-ce qu’on réinvestit ou est-ce qu’on fait autre chose ? Les touristes, je pense qu’ils sont encore moins conscients. Et c’est pour ça que moi, j’ai voulu faire cette aventure, que tous les soirs, du coup, je postais les stories du jour avec ce que j’apprenais, pas juste paysage, mais ce que j’apprenais. Ça me prenait 2 à 3 heures par soir en plus de ma longue journée de vélo. Mais ça me semblait important. Et pareil, le film Nouvelles Pistes et le podcast, ben, tout ça, en fait, ça fait partie de ce pourquoi, moi, du coup, je milite pour qu’on essaye d’avoir une meilleure compréhension pas forcément dire on arrête le ski ou… Moi, c’est pas ça mon envie. C’est juste de donner le plus d’informations possibles pour qu’après, on puisse prendre les bonnes décisions, tu vois. Et là-dessus, d’ailleurs, moi, je suis pas anti-ski. Tant que les conditions sont réunies pour proposer du ski, ben, il faut absolument pouvoir le proposer. Il n’y a rien qui rapporte autant que le ski alpin. Donc, on ne va pas se priver volontairement de gagner de l’argent. La seule chose, c’est est-ce qu’on a les conditions d’eau suffisantes et est-ce qu’économiquement, le modèle tient, tu vois. Parce que, du coup, c’est pas un truc que tu choisis année après année, quoi. C’est vraiment… Il faut que tu t’investisses sur du temps long et donc là, ben, c’est un pari, tout simplement. Et t’as des stations dans les Pyrénées, comme Puijmal, par exemple, ils en sont à leur deuxième faillite. Ils ont investi dans une première… Enfin, ils ont déjà fait une première faillite. Ils ont retrouvé des investisseurs qui ont réinjecté de l’argent, etc. Ils se sont mis sur un autre modèle avec du ski de rando, du VTT, etc. Ils ont re-eu… Alors, pour le coup, pas de chance. Ils ont eu 4 hivers pourris de suite. Bon, pas de chance. Oui et non, parce qu’on sait quand même qu’il y aura de plus en plus d’hivers pourris quand même par la suite. Mais… Et donc, du coup, re-faillite. Et là, ils re-recherchent un investisseur. Et on se dit, bon, ben, au pire, ils font faillite, etc. Oui, mais la commune, elle s’est endettée. Et donc, du coup, ben, pendant 10 ans, ils étaient en train d’essayer de rembourser ce que… leur financement. Et donc, pendant 10 ans, la commune, elle n’a pas pu investir sur d’autres choses, quoi. Donc, ben, pas de crèche… Enfin, moins de crèche, moins de place en école, moins de commerce, moins d’événements associatifs. Ben, voilà, tu vois, ça, forcément, ça te plombe la vie pendant 10 ans. Tu perds une génération, quoi.

Victor : Et donc, comment t’as abordé ce sujet ? Parce que moi, du peu que j’en connais, j’ai l’impression que cette question de l’adaptation au changement climatique, elle cristallise pas mal de tensions en montagne, mine de rien, entre les tenants un peu du tout-ski, ceux qui veulent changer de modèle.

Guillaume DE LUSTRAC : Alors, complètement. Et d’ailleurs, c’est… Moi, c’est… Je le voyais vraiment comme une preuve de maturité des stations dans leur transition. C’était à quel point les stations ou les communes arrivaient à mettre les gens autour de la table pour dialoguer. Tu vois des stations où la mairie, le gestionnaire du domaine et l’office de tourisme se parlent pas du tout. Bon, ben, déjà, ça commence pas hyper bien parce que, normalement, ils sont censés être concentrés autour d’un objectif commun, tu vois. Donc, vraiment, le dialogue, c’est une des parties les plus importantes. Et là-dessus, c’est… On met de côté le fait qu’on ne soit pas d’accord, etc. OK, d’accord. On ne va probablement pas être d’accord sur tout. Maintenant, sur quoi est-ce qu’on peut être d’accord ? Cette notion vraiment de commun, tu vois. Qu’est-ce qu’on a en commun ? Ben, au final, on a quand même pas mal de choses, tu vois. Il y a les intérêts des habitants, la passion de la neige parce que, vraiment, ça, pour le coup, même les stations qui essayent de sortir du ski, tout le monde a cette passion de la neige, tu vois. Une des dernières questions que je pose dans mon podcast, c’est qu’est-ce que je peux te souhaiter si on se revoit dans un an ? Et vraiment, tout le monde me disait de la neige en hiver, tu vois. Là-dessus, il n’y a pas de… Tout le monde est passionné de ski et de neige. Il n’y a pas d’anti-ski, en fait. Ça n’existe pas, l’anti-ski. Voilà. Et donc, je ne sais plus où est-ce que j’étais, mais ouais, mettre tout le monde autour de la table, ça, c’était la première chose. Tu as un label, aujourd’hui, qui s’appelle Flocon Vert, et qui, alors certes, est utile aussi pour dire à quel point la station avance sur d’autres choses, sur des actions de réduction, mais qui nécessite que les différents acteurs se mettent autour de la table. Et donc, rien que pour ça, tu as des stations qui me disent, en fait, nous, on s’est lancé dans la démarche Flocon Vert parce qu’au moins, ça force tout le monde à se mettre autour de la table et à discuter, tu vois. Donc ça, ça fait partie un peu, on va dire, des problèmes, mais aussi un peu des solutions. Ce genre de démarche-là. C’est un label qui a été lancé par l’association Mountain Rider, aussi. Donc, qui bosse toute l’année sur, de base, eux, ils étaient sur des montagnes zéro déchet et maintenant, ils ont lancé aussi sur ce sur cet aspect Flocon Vert, quoi. Ils font des ramassages de déchets dans beaucoup de stations en France. Voilà un petit peu le côté, vraiment, mettre tout le monde autour de la table. Et après, d’un point de vue plus touriste, moi, personnellement, je suis convaincu que il faut les… Il faut juste leur donner de l’information, il ne faut pas leur dire, fais ceci, fais cela. Et après, au fur et à mesure que tu donneras de l’information, les gens ne sont pas si bêtes, tu vois. Parfois, ils ont un peu de mal à faire le bon choix, entre guillemets. Et parfois, on se laisse un peu emporter par, allez, tant pis, on fera quand même ça. Mais plus tu as d’informations, normalement, plus tu iras dans la bonne direction, enfin, dans la direction la plus raisonnable, quoi. Et donc, du coup, là-dessus, il faut donner de l’information et, parce que je disais la décision la plus raisonnable, mais c’est aussi, parfois, enfin, même souvent, tu as une question de sentiment et d’empathie. Et donc, là-dessus, il faut aussi aller chercher les gens là-dessus. Et donc, moi, typiquement, le but de l’aventure, c’était ça. C’était de montrer avec des images, des émotions, à travers un projet commun. Tu vois, on adore tous l’aventure, le vélo. Et donc, on se dit tiens, je vais regarder un film d’un mec qui va faire 300 stations de ski à vélo. Et en fait, 70% du film, c’est du vélo et de l’aventure. Et 30%, c’est mettre des petites billes, donner des petites infos sur, en fait, les problèmes en station et qu’est-ce qu’il faut faire, solutions, comment est-ce qu’on peut imaginer les stations de demain, quoi. Voilà. C’est un peu comme ça que je le vois. Donner des informations et puis faire rêver et trouver de la sensibilité et des

Victor : choses en commun, quoi. Super chouette projet. En 2050, ça ressemble à quoi une station de ski qui s’est bien adaptée ?

Guillaume DE LUSTRAC : C’est hyper variable. C’est une des choses que j’ai le plus appris de mon tour des stations, c’est qu’il y a vraiment plein de stations différentes. Comme je le disais, il y a des stations qui vont continuer à avoir de la neige. Il y a des stations qui n’en auront plus. Donc la station qui s’est bien adaptée, ça dépend d’où est-ce qu’on est. Si on est en Tarentaise, Tignes ou autre, c’est peut-être une station qui continuera de pouvoir proposer du ski à certaines personnes. Et dans d’autres endroits, c’est une station qui aura plus de ski, mais qui ne sera pas devenue fantôme pour autant. Je pense que l’enjeu numéro un, il est vraiment là. Il est certes côté touriste, mais encore plus que les touristes, il est côté locaux. Parce que finalement, c’est eux qui sont le plus concernés. C’est vraiment les locaux. Et donc une station qui sera bien adaptée, c’est une station où il y aura de la vie à l’année, des conditions qui permettent de s’épanouir, d’être heureux et de continuer à accueillir des personnes. Là-dessus, ça veut dire qu’il y a un modèle économique de vie à l’année. Et donc aujourd’hui, ça veut dire qu’il faut trouver d’autres relais économiques avec des activités artisanales, peut-être de l’industrie, des services. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de télétravail. C’est quand même en termes de cadre de vie, c’est des cadres de vie exceptionnels. Je pense que beaucoup de personnes aimeraient pouvoir vivre à la montagne. Aujourd’hui, une des raisons pour lesquelles tout le monde ne peut pas vivre à la montagne, c’est notamment les coûts de l’immobilier. Donc probablement, si on arrive le reste de l’année à proposer ces logements-là à des prix plus bas, je pense que ça intéresserait énormément de personnes de passer trois mois d’été à travailler là-bas. Voilà, c’est un peu ça les pistes. On a évidemment de la diversification d’activités, mais ça, tu vois, le classique VTT, l’UT ou d’autres activités qui pourraient émerger, rando, trail, gravel, etc. Mais ça ne suffira pas, en tout cas, économiquement, à faire vivre la station toute l’année. Donc il faudra trouver d’autres choses. Et donc voilà, on peut un peu imaginer ça. Ça veut dire que tu as des crèches, tu as des écoles, tu as tout ce qu’il faut comme service, des commerces qui sont ouverts aussi toute l’année, parce que dans beaucoup de stations, tu arrives l’été, tu n’as rien. Je suis arrivé à plein de stations. Tu arrives sur l’immense parking, tu vois, je ne sais pas, 3000 logements. Et en fait, tu n’as pas une seule personne, pas une seule voiture, rien, rien, rien. Pas un commerce. Donc voilà. Il y a des stations, elles sont déjà fantômes le reste de l’année. Voilà, ça c’est un peu pour les stations qui sont en danger. Et puis pour les stations moins en danger, oui, on continuera à avoir du ski. Mais l’avantage, c’est que ces stations-là, elles ont utilisé le ski pour faire prendre conscience à d’autres personnes que notre équipe nature est hyper fragile. Et que du coup, il faut faire énormément de choses au quotidien. Je n’aime pas trop cette formulation, mais je pense qu’il y a une prise de conscience qui a été nécessaire, mais qui est déjà bien avant 2050, évidemment, puisqu’en 2030, tout le monde aura été conscient. Et donc tout le monde aura intégré ça et on vivra d’une manière différente. On sera concentré sur des choses plus essentielles, comme peut être nos relations sociales plutôt que nos relations matérielles. Et on sera plus épanoui, plus heureux. Et donc, du coup, on aura probablement plus de plus de liens et on s’intéressera bien plus à la culture de montagne plutôt qu’à juste consommer du ski et de la raclette.

Victor : En tout cas, ça me donne envie. Qu’est-ce qui bloque aujourd’hui dans la mise en place d’une stratégie de transition et qui serait mise en place dès maintenant ? Tu l’as dit, c’est le fait principalement que les acteurs ne se parlent pas, c’est ça ? Est-ce qu’il y a d’autres points de blocage ?

Guillaume DE LUSTRAC : Oui, il y a ça. Et l’autre que moi, j’ai vraiment identifié, c’est l’argent que rapporte le ski. Ils sont un peu piégés par… Le ski et l’immobilier, ils sont piégés par ça, en fait. Ça rapporte tellement d’argent que finalement, c’est difficile de cracher sur la soupe quand on te propose tant de lingots d’or à disposition. C’est difficile de dire non, on va faire autre chose, sauf qu’en fait si tu ne fais pas autre chose, dans 10, 20, 30, 40 ans, tu vas droit au mur. Donc en fait, c’est vision court terme, vision long terme, comme d’habitude. Tu as certains politiques décisionnaires qui sont très vision court terme. On peut questionner par exemple les Jeux Olympiques en 2030. C’est vrai que ça a l’air d’être quelque chose de très courtermiste. Et finalement, pas si long terme. Même s’ils le vendent comme un truc long terme. Finalement, si jamais c’est des Jeux Olympiques tels qu’on les connaît actuellement, les Jeux Olympiques d’hiver, ils misent sur l’attractivité du ski. Et c’est misé sur l’attractivité du ski avec un rayonnement international. Donc là-dessus, si vraiment c’est dans cette direction, c’est tout l’opposé de ce qu’il faudrait faire. Parce que tu vas miser sur du tourisme de l’étranger et tu vas miser sur du ski. Donc ce qu’il faudrait, c’est peut-être, si je continue de parler avec les Jeux, c’est peut-être mettre en avant le fait que dans les stations, il y a aussi de la vie à l’année. Si on fait des Jeux 2030 vraiment focus sur la vie de la montagne à l’année et les stations, les villages et la vie des citoyens à l’année, là-dessus, on pourrait utiliser les Jeux comme levier assez intéressant pour véhiculer un autre message. Il y a Megève qui fait une campagne de communication en ce moment que je trouve intéressant en disant « Venez pour le ski, restez pour la vie. » Et ils ont vraiment intégré cette notion que le ski peut permettre de prendre conscience qu’il y a autre chose que juste le ski et qu’on mise sur la vie à l’année. Ça, c’est vraiment le sujet le plus important. Mais vu que le ski rapporte tellement, tu as encore énormément de stations qui font leur pub uniquement en se vendant avec des images de ski, etc. Et donc, les gens, ils viennent, ils voient qu’il n’y a pas de ski. Finalement, ils sont déçus par rapport à ça. Par contre, ils kiffent quand même leur séjour. C’est quelque chose que tout le monde m’a dit. C’est que les gens qui montent en montagne, même s’ils ne skient pas, ils sont déçus sur le fait de ne pas avoir skié. Mais par contre, ils ont quand même profité. Comme quoi, tu peux aussi être heureux et t’épanouir sans forcément faire du ski en faisant d’autres activités. C’est ce genre de transition sur lesquelles il faut aller, je pense.

Victor : Ton documentaire Nouvelles Pistes, si je ne me trompe pas, il n’est pas encore disponible, c’est ça ? Est-ce qu’il le sera bientôt ?

Guillaume DE LUSTRAC : Alors, ça dépend. Ça dépendra à quel point il marche en festival ou pas. J’espère pouvoir le diffuser sur des festivals qui, notamment, certains, que je ne vais pas forcément nommer, mais qui font des tournées un peu dans toutes les villes en France ou même en Belgique et en Suisse.

Victor : Ok, j’ai compris.

Guillaume DE LUSTRAC : Montagne en Seine, ce serait le Graal. Mais il y en a d’autres. Il y a plusieurs Graals. Le Cycliste Film Festival, Tous en Seine, Montagne en Seine, c’est vraiment des choses… Si j’arrive à passer là, tu te rends compte, le nombre de personnes que tu arrives un peu à sensibiliser à ces sujets-là, ce serait passionnant. C’est un court-métrage de 26 minutes. Il est surtout orienté aventure plus que documentaire. Mais l’avantage, c’est qu’en général, la première ddiffusion était au Festival Eiffel à Annecy. Et il a été suivi d’une table ronde d’une heure d’échange pour rentrer dans le détail, comme on est en train de faire là. Finalement, il sert plus de prétexte à une table ronde que juste le film en lui-même. D’ailleurs, je trouvais ça un peu frustrant si on diffuse juste le film tel quel. En 26 minutes, tu n’as pas le temps de rentrer dans un niveau de détail vraiment profond avec des échanges et des discussions. Je vais essayer de me diriger vers des formats où on peut le diffuser dans des villes différentes mais avec un temps d’échange derrière. Ça serait vraiment l’idéal. Du coup, ça dépend de ça parce que, pareil, je ne connais pas du tout ce milieu-là. C’est vraiment le tout premier film qu’on a réalisé. Si tu mets ton film sur YouTube, tu ne peux pas le diffuser en festival derrière. Il faut attendre de voir s’il y a un peu de festival qui prend. Si je vois que je pose celui-là à 10-15 festivals et qu’il n’y en a aucun qui prend, je le mettrai sur YouTube direct. Parce que, clairement, la volonté, c’est de pouvoir le diffuser au plus grand nombre. Maintenant, si les festivals prennent, on attendra juste un an avant de pouvoir le diffuser. C’est la frustration. Pour moi, c’est la grande frustration. Mais bon, je me dis, allez, j’essaie de tenir.

Victor : Je te souhaite bon courage avec ça. Bonne chance. J’ai une petite question volontairement un peu provoque. Est-ce que le modèle de développement de l’Alpe d’Huez qui se diversifie en organisant Tomorrowland Winter est le bon ?

Guillaume DE LUSTRAC : Ce serait trop facile de dire non. La réponse évidente, elle est non parce que en fait, Tomorrowland, c’est de la musique, de la culture, etc. Mais par contre, côté positif, tu as cette culture qui arrive en montagne, etc. Et c’est vrai que souvent, les montagnes, c’est plus vu comme quelque chose de sportif que quelque chose de culturel. Et tu amènes un nouveau public à la montagne. Et là aussi, ça, c’est quelque chose de pas trop mal. Tu vois, il y a beaucoup de personnes qui critiquaient Inoxtag avec son film Kaizen, etc. Mais il va probablement mettre beaucoup de personnes à la montagne. Et ça, c’est quand même un premier point qui est quand même assez chouette. Par contre, d’un point de vue de la manière dont c’est fait, Tomorrowland, ils sont à 500 mètres du parc naturel des écrins. Vraiment, c’est quasiment s’ils ne sont pas sur la dévitation directe. C’est beaucoup d’activités nocturnes, donc pas forcément la meilleure chose pour la biodiversité. Et puis surtout, c’est faire venir des gens du monde entier. Oui, il y a le fait que tu as des files entieres de camions qui ramènent du matériel sur les 21 lacets de l’Alpe d’Huez, etc. Mais le gros de l’impact, il vient de gens qui viennent de l’autre bout de la planète en avion. Et là-dessus, le modèle est à revoir. Tignes, par exemple, ou Bourg-Saint-Maurice-Les-Arcs, ils ont décidé d’arrêter la promotion de leur destination hors Europe. Donc, on arrête les publicités Instagram ou même les agences de voyage, etc. au Brésil, aux Etats-Unis, en Chine, dans les Émirats Arabes Unis. Voilà, on mise sur la clientèle locale. Donc, Alpe d’Huez, Tomorrowland, why not, si jamais tu interdis la venue en avion et que tu fais peut-être des scènes plus petites avec des… des horaires qui se finissent plus tôt et peut-être, je ne sais pas, de la musique. Là-dessus, je m’enflamme peut-être parce que je ne sais pas à quel point c’est impactant pour la biodiversité. Mais en tout cas, voilà, que ça n’impacte pas la biodiversité et qu’on ait quelque chose avec… où les gens, si les gens, ils viennent tous en train pour profiter, tu vois, train depuis Grenoble, ensuite bus jusqu’à Alpe d’Huez, c’est faisable. Mais bon, aujourd’hui, on sait que ce n’est pas comme ça qu’ils viennent. Tu as des offres avec des jets et des hélicos qui arrivent. Ils directe sur place. Voilà, tu vois, ça ne peut pas marcher.

Victor : Merci pour cette réponse. Je trouve que tu es dans la droite ligne des gens que j’invite où parfois, je pose des questions un peu à la noix comme ça et les gens ne se laissent jamais avoir et font toujours une réponse précise et nuancée. Donc, félicitations.

Guillaume DE LUSTRAC : Merci, Justin, merci.

Victor : Écoute, j’invite tout le monde à aller se ruer sur le documentaire Nouvelle Piste s’il passe dans vos villes ou s’il devient dispo un moment en attendant, le podcast est déjà disponible, donc vous pouvez aller l’écouter.

Guillaume DE LUSTRAC : Ou à me contacter. Moi, je suis preneur de le utiliser un peu n’importe où. Donc, franchement, que ce soit une ville de station ou pas, je pense qu’il y a beaucoup même de zones touristiques qui ont ces mêmes problématiques-là. Donc, voilà, très preneur d’échanger où que ce soit en France ou en Europe sur ces choses-là.

Victor : Voilà, trop bien. N’hésitez pas à contacter Guillaume pour ça. S’il y a des personnes qui se demandent pourquoi on a parlé que de ski sur un épisode de Vélotaf, je rappelle que Guillaume a quand même relié toutes les stations de ski françaises, les 300 stations de ski à vélo. Ce qui représentait plus de 9000 kilomètres. Merci encore, Guillaume, d’être venu sur le podcast. Moi, j’ai trouvé ça super intéressant. Et bonne continuation, bonne chance.

Guillaume DE LUSTRAC : Un immense merci pour ces deux beaux échanges. Franchement, ça permettait d’être bien complet. Et t’es top dans les questions, dans l’information, etc. Donc, un grand, grand merci pour ce beau podcast de qualité. Merci, Victor.

co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHLÈTE
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