Dans cet épisode de Vélotaf on reçoit, à nouveau, Mathieu François (ré-écouter le 1er épisode ici), le fondateur de Remorquable.
Mathieu François nous partage une vision inspirante du vélo comme moyen de transport impactant la société de multiples manières, à l’époque où les villes européennes encouragent la mobilité douce. Découvrez comment une initiative locale peut contribuer à un mouvement global pour un avenir plus durable. L’association Remorquable, établie à Bruxelles depuis 2018, se distingue par son initiative novatrice de prêt de remorques à vélo moyennant une modeste cotisation annuelle. Soutenue principalement par des subventions publiques, l’association propose également des animations éducatives visant à sensibiliser le public sécurité et à la mécanique du vélo.
Bon épisode !
Pour contacter notre invité, c’est par ici : https://www.linkedin.com/in/mathieu-fran%C3%A7ois-34732911b
Ce que vous apprendrez dans cet épisode :
- 00:00:53 – Présentation de l’invité Mathieu et Remorquable
- 00:01:55 – Définition et fonction d’une ASBL
- 00:02:27 – Financement de Remorquable : défis et solutions
- 00:05:40 – Comparaison avec les supermarchés coopératifs
- 00:07:30 – La fidélisation par les ateliers participatifs
- 00:09:43 – Argumenter pour des subventions régionales
- 00:13:40 – Les bienfaits du vélo sur la santé physique et mentale
- 00:15:54 – Défis sociaux liés à la mobilité cycliste
- 00:18:04 – Subventions européennes et développement des cyclo-projets
- 00:20:03 – L’avenir et la pérennité de Remorquable
- 00:22:58 – Encouragement à soutenir des politiques de mobilité douce
Restez connectés au podcast Vélotaf. A la semaine prochaine pour un(e) nouvel(le) invité(e) !
Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !
« Faut être vraiment très altruiste pour pouvoir s’y mettre. »
« Le vélo, c’est pas juste un moyen de transport, mais c’est presque un mode de vie. »
« Tout ce qu’on perd en confort on le gagne en autonomie. »
« Nous essayons de voir un peu ce qui pourrait se passer si jamais les subventions venaient à être coupées. »
Grâce à Autoscript.fr, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange.
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Ce podcast animé par Victor Blanchard est proposé par Bleen, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.
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Victor : Bonjour à toutes et à tous, aujourd’hui je retrouve Mathieu de l’association Remorquable. Mathieu, est-ce que tu peux te représenter rapidement et nous représenter un petit peu ce que fait l’association ?
Mathieu : Oui, salut. Du coup, moi je bosse sur Remorquable depuis deux ans. Je m’occupe de tout ce qui est des aspects financiers, administratifs. Entre gros guillemets, ressources humaines. Voilà, donc du coup, pour présenter Remorquable, nous on est une ASBL qui œuvre depuis 2018 à Bruxelles où on met en place un système de prêts de remorques à vélo. Donc ce n’est pas de la location, c’est-à-dire qu’on va installer des remorques à vélo dans plein d’endroits différents dans Bruxelles. Les gens qui sont intéressés pour s’en servir payent une cotisation chez nous qui ne rend pas cher. Ensuite, ils peuvent réserver leur remorque quand ils veulent, l’emprunter, transporter leurs affaires et après la ramener au même endroit. Voilà, c’est aussi simple que ça. Et à côté de ça, on fait aussi des animations dans les écoles, les espaces publics.
Victor : Petite précision pour les Françaises et Français qui nous écoutent, une ASBL, c’est une association sans but lucratif. Voilà, parce qu’on enregistre ça depuis Bruxelles où l’association est basée. Alors aujourd’hui, je voulais aborder avec toi l’aspect financement de ce genre d’association. Parce que j’ai vu que vous offriez un service qui est en fait super abordable avec, si je ne me trompe pas, une cotisation de seulement 40 euros par an. Donc en fait, comment vous faites pour offrir un tel service aux gens ? D’où vient l’argent ?
Mathieu : Alors du coup, comme tu disais, effectivement, notre cotisation, ça coûte 40 euros par an. On a aussi un tarif réduit pour les étudiants, les demandeurs d’emploi, les gens qui sont au CPAS. Donc c’est l’équivalent de, je crois, de l’URSA en France. Enfin ce genre de choses, là c’est 25 euros par an ou 60 euros par an si là tu prends le tarif solidaire, si t’as un peu envie de soutenir l’asso. Mais clairement, il faudrait qu’on ait des milliers de membres pour pouvoir juste payer les trois salaires en temps partiel qu’on a chez Remorquable. Mais clairement, il faudrait qu’on ait des milliers de membres pour pouvoir juste payer les trois salaires en temps partiel qu’on a chez Remorquable. C’est pas avec ça qu’on se finance. Nous, à l’heure actuelle et depuis 4 ans, on est subventionnés en majorité. Donc il y a plus de 90% de nos financements qui vient du ministère de la mobilité de Bruxelles. Cette année, tout récemment, un peu aussi de la ville de Bruxelles Bon, passons les détails Nous, actuellement, on essaye maintenant de trouver des solutions pour un peu diversifier nos sources de financement. Trouver de l’argent ailleurs. Mais ça, c’est pas quelque chose qui est évident Ce qu’on essaie d’éviter, c’est de bêtement monter le prix de nos cotisations et de nos services Pour pouvoir gagner plus d’argent et être plus autonome. Parce que, je peux pas te le cacher, c’est pas évident de gagner des nouveaux membres et de convertir des gens à l’usage de la remorque. Donc c’est pas en augmentant nos prix que ça va nous aider. Non, l’idée c’est de trouver des subventions ailleurs. Via d’autres acteurs publics. Je sais qu’il y a aussi des fondations privées Auxquelles on essaie de contacter ou quoi. Franchement, c’est pas facile. Il y a beaucoup d’associations qui sont dans la même problématique tout le temps. Ce que nous, on essaie de financer, c’est les postes qui vont être structurels. C’est-à-dire le mien, la gestion administrative, financière. La coordination, donc la personne qui va faire le lien avec l’extérieur de l’assaut, les membres, tout ça. Et la personne qui est un poste rentable qui va s’occuper de la maintenance des remorques Qui va les installer, qui va faire les animations. Nous on a besoin, on a identifié ces 3 postes-là. C’est les 3 postes clés à maintenir pour que l’activité s’inscrive dans le temps. Mais le truc c’est que, moi je fais des papiers, je fais de la compta, de la gestion admin, tout ça. Mais en fait je ne produis rien, je ne suis pas rentable. Donc il faut forcément que l’argent vienne d’ailleurs. Ou alors… Ça c’est encore une autre hypothèse. Mais pour l’instant on n’y est pas encore Dans l’idéal, ce serait de fonctionner comme d’autres assos le font. Ce serait exclusivement sur du bénévolat, du volontariat Il y en a qui arrivent à fonctionner comme ça. Mais pour nous c’est pas évident. Il faudrait qu’on ait une communauté qui soit beaucoup plus grande. J’ai envie de dire plus active Mais qu’on ait vraiment des personnes qui soient impliquées. Et c’est pas évident Il faut trouver des gens qui sont plus actifs Qui sont prêts à donner de leur temps libre et à faire du boulot gratos. Mais les gens n’ont pas toujours le temps pour faire ça.
Victor : Et surtout que ce service de remorque n’est pas quelque chose dont on a forcément besoin de façon régulière Et donc on va pas forcément l’identifier comme quelque chose Pour lequel on est prêt à investir du temps. Je dis ça parce qu’en fait je pense à un modèle qui s’est développé à Bruxelles. Qui est aussi, il y a des gens à Paris qui nous écoutent Ça s’appelle la Louvre À Bruxelles il y a la Biscope et d’autres supermarchés coopératifs Moi je fais partie de la Biscope Je pense à ça C’est juste pour expliquer rapidement. Un supermarché coopératif Où en fait il y a très peu de salariés Puisque l’immense majorité du travail. Est fait par les coopératrices et coopérateurs de façon bénévole. Donc moi en fait une fois toutes les 4 semaines Je vais travailler 2h45 Pour juste faire de la mise en rayon Du ménage, des choses comme ça Et ça fait tourner le magasin Mais en fait manger et faire ses courses. C’est quelque chose dont on a besoin Pour faire des choses comme ça Manger tous les jours, faire ses courses toutes les semaines. Donc je pense que c’est plus facile D’atteindre une taille critique Et d’engager les gens De faire en sorte de les filiser. Et de créer cette communauté Que pour un service de remorque j’imagine.
Mathieu : Effectivement Dans ce genre de modèle. Toi tu vas travailler un peu là-bas Et après en échange. Tu peux avoir accès à des prix qui sont avantageux Et à du bio Et des trucs de qualité Nous c’est pas aussi évident. Moi j’aimerais bien Qu’il y ait des gens qui prennent mon job Et qu’ils soient vraiment chauds à le faire. Mais le truc c’est qu’en fait, comme tu disais. T’as pas besoin d’une remorque à vélo tout le temps Faut être vraiment très altruiste. Pour pouvoir s’y mettre. Je pense aussi aux ateliers participatifs de vélo. Donc voilà pour l’explication pour ceux qui ne connaissent pas C’est un endroit …. si t’écoutes ce podcast, j’imagine que vous avez dû en parler…
Victor : Oui parce qu’on a notamment reçu dans le podcast Marina Cox qui est directrice des ateliers de la rue Vaud Qui font des ateliers participatifs de mécanique vélo.
Mathieu : Donc, du coup, c’est ça le principe. Tu vas dans l’atelier et puis tu as un bénévole qui va t’accompagner et t’aider à comprendre la mécanique. Mais en fait, tu as un lieu qui est fixe dans lequel les gens vont se rencontrer, ça crée du lien et tu t’engages. C’est vachement gratifiant de faire ce genre d’activité. Enfin, moi, y’a personne qui veut faire le job que je fais gratos, mais ce qui est normal. Donc je dirais que c’est pas du tout aussi évident à faire ce truc d’arriver à fidéliser autant de gens pour que l’assaut fonctionne par elle-même. Franchement, je ne dis pas que c’est impossible. Si le projet atteint vraiment un engouement super dans le futur et qu’on a plein de membres, peut-être que ça pourrait se faire. Moi j’y crois un peu. Non, je pense que ce qu’il faut qu’on fasse pour l’instant, c’est de proposer d’autres services à côté, sur lesquels on va facturer, on va faire de l’argent, et qui vont permettre de financer en partie l’activité principale qui est du prêt de remorque, qui elle par contre, n’est pas rentable du tout. Donc en fait, c’est une sorte de financement croisé. C’est-à-dire qu’on reçoit une partie de subvention et il y a une partie qu’on va aller chercher nous-mêmes. Donc nous, ce qu’on fait, c’est qu’on répond à des demandes qui viennent d’autres ASBL, des communes, des écoles, parfois des privés, pour aller faire des animations chez eux. Donc ce sont des animations, on va faire de l’apprentissage de la sécurité routière à vélo. On va venir avec notre atelier de vélo pour faire comme un atelier participatif, apprendre aux gens la mécanique. On va faire une animation ludothèque avec des jeux, une animation photo. Là, on est plus dans la prestation de services, donc c’est normal que du coup on soit rémunéré pour ça. Et l’excédent qu’on retire de cette activité, hop, ça part dans ce qu’on appelle la remorquothèque, donc notre service de prêt de remorque.
Victor : Demandez des financements de la région, chose comme ça par exemple. Quels arguments vous mettez en avant en fait ? Qu’est-ce que vous présentez comme apportant de la valeur pour la région ?
Mathieu : Bruxelles, comme beaucoup de grandes villes, maintenant ma référence c’est vraiment la France, mais je pense un peu partout en Europe. Donc, je pense que ça bouge vachement là-dedans, pousser vers la mobilité active, la mobilité douce, remplacer la voiture. On va dire qu’ils cherchent un peu tous les moyens pour atteindre cet objectif. Donc, ça passe par limiter l’accès à la voiture en centre-ville, encourager – même si là-dessus je pense qu’il faudrait mettre un peu plus d’énergie – l’accès au transport en commun, et aussi du coup encourager les ASBL qui ont des projets un peu innovants quoi. Et nous c’est ce qu’on propose en fait, c’est le postulat qu’on essaie de mettre en valeur. C’est ben voilà, vous nous subventionnez, en échange nous, on propose un service qu’on va assurer nous-mêmes, qu’on va maintenir, et dont on va prendre soin de nos membres et tout, pour que les gens puissent avoir accès à ce service de prêt de remorques à vélos, auquel en fait sans quoi ils n’auront pas accès quoi. Donc franchement, sans prétention, je pense qu’on peut dire qu’on essaie un peu de faire une sorte d’extension du service public quoi, parce qu’au final ça revient au même quoi. Que tu prennes le bus ou une remorque à vélo, tu payes ta cotisation et puis après tu as accès à un service quoi.
Victor : Et est-ce que les communes ou la région ont des objectifs de réduction du trafic routier, du trafic de voitures ? Parce que je me dis en fait, ça peut être un vrai argument aussi. Si elles veulent vraiment réduire le trafic, il y a beaucoup de gens qui, comme tu le dis, s’ils ont besoin de faire un déménagement, le premier réflexe ça va être de prendre une voiture, ce qui est logique. Et du coup, est-ce que c’est ton seul objectif ? Parce que si oui, c’est quand même un vrai argument. Mettre en valeur de votre part, de dire en fait nous on peut à travers notre service vous permettre d’atteindre cet objectif quoi.
Mathieu : Ah oui, oui, oui, complètement, oui. Ben, ils ont des objectifs dans lesquels nous, on coche des cases quoi. Donc, il y a les objectifs d’amélioration de la sécurité routière. Clairement, si tu te déplaces à vélo ou avec une remorque attelée, ben tu as moins de risque de te faire mal ou de faire mal à quelqu’un qu’en voiture. Enfin, quoi que, si tu es dans une voiture… Bon bref, mais enfin, le fait que le vélo prenne moins de place et que t’aies une remorque et tout, ça limite les risques en matière de sécurité routière. Et puis en plus, comme tu es actif, tu fais plus attention dans tes déplacements. Il y a le fait d’améliorer la qualité de l’air. Du coup, ben voilà, tu es à vélo, tu n’émets pas de particules fines ou de CO2. Ça, ça rentre dedans. Ça fait partie des objectifs sur lesquels nous on joue. Et après, je pense qu’il y a aussi le côté, on va dire, humain et l’impact sur la santé. Parce qu’en fait, les gens en prenant le vélo, ils font un effort, c’est meilleur pour leur santé, aussi pour la santé mentale et tout. Enfin, je ne sais pas si tu as déjà pris une voiture à Bruxelles ou dans d’autres grandes villes dans lesquelles il y a… Voilà, à Bruxelles maintenant, la limitation de vitesse est à 30 km/h de partout. Tu as plein de sens unique dans tous les sens. En fait, voilà, avec le plan Goodmove, la région essaie de faire en sorte que le trafic soit régulé et que ce soit… Bon enfin, c’est tiré à gros traits, on va dire que ce soit un peu plus compliqué de se rendre en voiture dans le centre-ville. Alors, au grand malheur des voitures, au grand bonheur des piétons et des cyclistes. Mais donc du coup, oui, ça fait que maintenant tu prends ta voiture à Bruxelles, je comprends que tu sois énervé tout le temps. Donc oui, le fait de prendre le vélo, ça t’enlève ce stress et donc ça a aussi un vrai impact, je pense, sur le quotidien des gens, sur leur santé mentale.
Victor : Oui tout à fait. C’est un peu ce que j’essaie de mettre en valeur dans ce podcast. En fait, le vélo, ce n’est pas juste un moyen de transport, mais c’est presque un mode de vie. Faire du vélo au quotidien, c’est être plus en forme physiquement, moins stressé, et se sentir mieux aussi psychologiquement. Comme tu l’as dit dans un autre épisode, j’ai oublié la formule… perdre en confort et gagner en…
Mathieu : Oui, c’est ça. Tout ce qu’on perd en confort, on le gagne en autonomie. Moi, je pense que ça résume bien, de manière générale, plein de choses dans la vie, mais avec le vélo, ça s’applique tout particulièrement. Tu vois, à Bruxelles, il pleut très souvent. Je ne suis pas objectif, parce que moi, je viens d’une région où il fait un peu plus chaud du coup. Ce n’est pas confortable, il faut être motivé pour sortir l’hiver, quand il pleut, qu’il fait froid, qu’il y a du vent, qu’il fait nuit, qu’il y a des voitures. Mais en fait, ce que tu gagnes à côté de ça, c’est que tes temps de trajet sont moins longs. Je te dis, ça te maintient en forme, surtout à Bruxelles parce qu’il y a des côtes. Et puis, tu peux te garer de partout, tu es beaucoup plus autonome. C’est super. Pour moi, c’est le mode de transport le plus efficace qu’il peut y avoir en ville. Maintenant, il y a souvent le parallèle qui est fait entre l’utilisation du vélo et la catégorie sociale qu’on va appeler les bobos, et qui en fait sont des gens qui appartiennent à la classe moyenne, voire moyenne supérieure. Et je pense qu’il faut aussi parfois faire un peu gaffe avec l’envie qu’on pourrait avoir, moi en tant que cycliste, de me dire que toutes ces voitures qui m’embêtent, j’aimerais bien qu’elles ne soient plus du tout là. C’est bien qu’on enlève les voitures du centre-ville, qu’on mette des limitations de partout, des sens interdits. Mais moi, je comprends qu’il y ait un gros clivage entre les cyclistes d’un côté et les automobilistes de l’autre. Je ne dis pas que c’est une bonne chose, il faudrait que les gens arrivent à s’entendre, mais je comprends que ça existe. Je comprends que ce soit plus compliqué pour eux de rouler à Bruxelles, et je comprends que les cyclistes en aient marre de rouler au milieu des voitures, de la pollution. Ça fait peur des fois de rouler dans des rues qui ne sont pas très bien aménagées pour les vélos. Mais pour moi, ce n’est pas aussi simple que ça. Tu as beaucoup de gens qui viennent de classes sociales moins favorisées, qui habitent plus en périphérie de la ville parce que les loyers sont moins chers, et qui ne se retrouvent pas forcément avec les transports en commun. Par exemple, ils peuvent avoir des horaires décalés ou être moins bien desservis parce qu’ils sont en périphérie. De plus, l’offre de transports en commun n’est pas toujours optimale, surtout à Bruxelles. Il y a beaucoup de progrès à faire là-dessus. Donc, je pense que ces gens-là sont tout à fait légitimes pour se sentir un peu persécutés. Mais en tout cas, pour ne pas ressentir les effets bénéfiques, comme le fait qu’il y ait moins de voitures en ville.
Victor : Oui, tout à fait. Il y a un autre élément sur ce point que tu n’as pas abordé et dont j’ai discuté avec l’association Ride Your Future, qui est aussi basée à Bruxelles. C’est le fait qu’il y a certains quartiers de Bruxelles où l’usage du vélo est très compliqué et culturellement pas du tout ancré. Beaucoup de gens ne savent pas forcément faire du vélo, n’en possèdent pas, ou trouvent cela très peu pratique. Cette association essaie justement, via la mise en place de parcours vélo, de lever des freins à l’adoption du vélo. Mais bon, j’en dis pas plus, vous pouvez aller écouter cet épisode si vous voulez creuser ce sujet. Mais tu as tout à fait raison, c’est évidemment simpliste de dire qu’il faut juste que tout le monde arrête de prendre sa voiture et se mette au vélo. Et pour revenir un peu sur la partie financement où on a un peu dévié, tu avais mentionné dans un autre épisode la subvention Cargobike, si je ne me trompe pas, qui vous a vraiment permis de changer d’échelle. Et tu as dit que c’était au niveau européen, c’est ça ?
Mathieu : Ouais, c’est ça ouais.
Victor : Donc en fait l’Europe est aussi engagée dans cette voie-là, en termes de mobilité de développer la place du vélo en ville ?
Mathieu : Alors, que je me souvienne bien de mes fiches Bristol… En gros, l’Europe, via son organisme UIA (Urban Innovative Action), qui essaye de favoriser les innovations en milieu urbain. A mis en place cet appel à projet qui s’appelle Cargobike pour soutenir les initiatives visant à développer l’usage du vélo cargo et l’accès au vélo cargo à Bruxelles. Ces initiatives consistent au transport de marchandises à vélo. Donc nous, avec les remorques, on s’y retrouve aussi. On fait pas ecception je pense aussi à Urbike, qui a aussi des remorques, a également pris part à ce projet. Donc l’UIA. l’organisme, rattaché à l’Europe, coordonne le projet via Bruxelles Mobilité et nous a octroyé cette subvention, financée à 80% par l’Europe et à 20% par Bruxelles Mobilité.
Victor : Et donc c’est aussi déployé dans d’autres pays ce genre de programme de subvention européenne ?
Mathieu : Quand je m’y intéressais encore un peu pendant mes études, je sais que cela fait partie des objectifs du Green Deal de mettre en place des solutions pour favoriser la mobilité douce dans les grandes villes et pour limiter l’usage des voitures thermiques. C’est clairement intégré à leur agenda.
Victor : Dernière question. C’est quoi l’avenir de Remorquable? Qu’est-ce que tu envisages ?
Mathieu : Ah oulà. Je vais y aller avec des pincettes parce que c’est les élections dans pas longtemps. Mais non, clairement, Remorquable à l’heure actuelle est encore en grande majorité subsidié. Je ne pense pas que c’est un truc qu’il faut cacher du tout. C’est ce que j’expliquais tantôt. Et puis moi, je pense que ça me paraît aussi, tant qu’on se donne l’énergie et les moyens pour le faire, et que tout à petit ça marche parce qu’on a de plus en plus d’adhérents, je pense que c’est tout à fait pertinent que ce service-là soit subventionné. Maintenant, l’avenir de Remorquable, du coup, dépend si ces subventions continuent ou pas. On a un agrément avec la ville de Bruxelles sur plusieurs années pour que les subventions continuent un peu. Je disais, les élections, elles arrivent cette année. S’il y a un changement de politique publique, ça peut très bien changer. Donc, nous, on essaye d’être prudent. On essaye de voir un peu ce qui pourrait se passer si jamais les subventions venaient à être coupées. Comment ça pourrait se passer. Avec quels autres acteurs on pourrait du coup collaborer pour nous aider à soutenir toujours le projet. Et on a des idées de partenariats qu’on pourrait faire avec d’autres ASBL qui pourraient nous aider. Et il y a toujours aussi ce volet d’animation et de service qu’on propose au-delà du prêt de remorque à vélo. Pour nous financer, et en fait ça va, ça marche de mieux en mieux. Donc petit à petit, on gagne en autonomie financière. Je pense que l’avenir à long terme de Remorquable, franchement, ce n’est pas évident. L’avenir à court/moyen terme, je dirais que c’est ça : continuer à avoir le plus de membres possibles parce qu’on est loin d’être à saturation. Améliorer l’expérience utilisateur pour que ce soit vraiment facile et que les gens aient envie, et que ce ne soit pas une prise de tête pour s’inscrire et louer des remorques. Continuer à installer autant de remorques que possible dans la région de Bruxelles-Capitale parce qu’on en a encore en réserve. Et puis continuer à militer, je ne sais pas si c’est du militantisme, mais continuer à faire la promotion et à donner envie aux gens d’utiliser notre service, et à travers ça se mettre au vélo et à la mobilité active et à essayer d’aider un peu cet effet boule de neige qui fait que tout d’un coup il y en a de plus en plus de cyclistes à Bruxelles. Je pense qu’on y participe un peu et que plus il y a de cyclistes, plus il y a de chances qu’il y ait des gens qui ont envie d’utiliser leur vélo pour déplacer leurs affaires et nous on sera là.
Victor : Génial ! À tous ceux qui nous écoutent : si vous avez soutenu Remorquable, quand vous irez voter, n’hésitez pas à voter pour des gens qui soutiennent des initiatives fortes en matière de mobilité douce.
Mathieu : Je ne donne pas d’instruction de vote. Ce n’est pas ça que je voulais dire.
Victor : Bien sûr, ce n’est pas le but. Mais il ne faut pas ignorer qu’il y a quand même une vraie question de volonté politique en termes de mobilité en ville.
Mathieu : Clairement. Une vraie question de politique publique derrière l’évolution de la mobilité en ville. C’est sûr !
Victor : Mathieu merci beaucoup d’être venu sur Vélotaf ! Et puis bonne continuation à Remorquable !
Mathieu : Merci et à bientôt !