#48 – Quelles solutions pour limiter les accidents des cyclistes ?

Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’accueillir, à nouveau, Yann Foreix, journaliste et figure emblématique de la série Biclou, pour discuter des moyens de réduire l’accidentologie chez les cyclistes. Avec son expérience sur le terrain et son engagement en faveur de la sécurité routière, Yann nous apporte un éclairage précieux sur les défis à relever et les solutions à envisager pour promouvoir une mobilité cycliste plus sûre et plus inclusive.

Bon épisode !

PS : Nous avions déjà reçu ⁠Yann début Avril⁠.

Pour contacter notre invité, c’est par ⁠⁠ici⁠⁠ ( ⁠https://www.linkedin.com/in/yann-foreix-a6068a122⁠ ) !

Ce que vous apprendrez dans cet épisode :

  1. 00:00:53 – Hausse de la Mortalité des Cyclistes et Importance du Développement des Mobilités Douces
  2. 00:03:52 – Perceptions du Danger par les Cyclistes
  3. 00:04:23 – Réalités et Causes de l’Accidentologie Cycliste
  4. 00:06:15 – Différences entre Sécurité Cycliste en Ville et à la Campagne
  5. 00:07:17 – Rôle des Infrastructures dans la Sécurité des Cyclistes
  6. 00:09:46 – Exemples D’accidents et Importance des Amendements Routiers
  7. 00:11:12 – Justice et Responsabilité dans les Accidents impliquant des Cyclistes
  8. 00:19:46 – Impact des Accidents sur le Développement du Cyclisme
  9. 00:21:25 – Solutions Proposées pour Diminuer la Mortalité des Cyclistes
  10. 00:25:31 – Formation des Enfants au Vélo et Présentation du Programme « Un Vélo pour 10 ans »

Restez connectés au podcast Vélotaf, la suite de notre conversation avec Yann Foreix revient dans quelques semaines. A la semaine prochaine pour un(e) nouvel(le) invité(e) !

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« C’est vrai que dans la campagne, les indications que donnent les automobilistes qui viennent de créer un accident font un petit peu peur. Je n’ai pas vu le cycliste, j’ai été ébloui. »

« Les micro-actions, les actions qui paraissent anodines pour les automobilistes, peuvent parfois mener à des drames. »

« Diminuer les morts, c’est aussi côté cycliste de comprendre ce qu’il se passe dans la tête d’un automobiliste et qu’est-ce qui se passe en face sur la route. »

Grâce à ⁠Autoscript.fr⁠, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange.

Ce podcast animé par ⁠⁠⁠⁠⁠⁠Victor Blanchard⁠⁠⁠⁠⁠⁠ est proposé par Bleen, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.

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Victor : Entre 2019 et 2022, on a constaté une hausse de 38% des décès de cyclistes, qui est à mettre en regard avec une augmentation de 20% du nombre de cyclistes en agglomération et 18% hors agglomération. Donc on a en fait des décès qui augmentent plus vite que la pratique. Et en fait, le développement des mobilités douces, il est primordial pour différentes raisons, des raisons de santé publique, pour aussi décarboner notre secteur des transports, puisque la voiture, c’est la plus grosse part de l’empreinte carbone d’un Français moyen en 2019. Et aujourd’hui, on retrouve Yann Foreix pour parler de comment faire baisser l’accidentologie chez les cyclistes. En effet, il y a plusieurs vidéos de la série Biclou qui l’animent, qui expliquent bien les dangers auxquels peuvent faire face les cyclistes, que ce soit en ville ou à la campagne. Salut Yann ! 

  

Yann : Bonjour Victor, merci de m’inviter sur ton podcast. 

  

Victor : Avec grand plaisir. Est-ce que tu peux peut-être rappeler vraiment rapidement ce que c’est la série Biclou et de quoi ça parle ? 

  

Yann : Biclou, en quelques mots, ça a été créé il y a 4 ans. Les premiers épisodes ont été réalisés pendant le confinement lié au Covid-19. Au tout début, moi je ne participais pas à la série parce qu’en fait, j’ai eu l’accident du cycliste, c’est-à-dire que je m’étais cassé la clavicule. Et donc j’ai rejoint la série un petit peu après. Donc là, ça fait 3 ans que je réalise des épisodes. Je ne suis pas le seul. On est quelques-uns. Biclou, c’est Aurélien Viers, à l’époque, qui était rédacteur en chef du service vidéo du Parisien, qui a créé cette série. Et à l’époque, c’était justement accompagner l’essor du vélo. Il avait quand même le nez creux parce que, même si c’était déjà, évidemment, le vélo était un petit peu répandu, mais enfin, c’était quand même beaucoup moins qu’aujourd’hui. Et l’idée, c’était d’accompagner ces changements structurels, sociétaux, lourds et profonds, dans la ville de Paris, et évidemment aussi en dehors de Paris, pour montrer un peu un état des lieux. Et je pense que c’est vrai qu’on a été un peu parmi les premiers dans un grand média comme ça à le faire. Et au fil des épisodes, on rencontre évidemment des acteurs du vélo, on s’attarde sur des points de vue, on essaye de parler des structures cyclables, de comment tout ça est fait, d’aller voir les gens qui font, d’aller voir les gens qui sont contents ou qui subissent ou qui aimeraient que ça change. L’idée, c’est de ne pas du tout être blanc ou noir. On sait que de toute façon, tout est compliqué. La société est compliquée. On ne change pas en claquant des doigts. Je pense qu’on est plus ou moins tous peut-être automobilistes. Moi aussi, j’ai une voiture que j’utilise très peu, mais ça m’arrive quand même. Donc, on n’est pas anti voiture, ce n’est pas la question. C’est plus fin que ça. C’est essayer de voir comment on peut faire évoluer tout ça. Et donc, Biclou a cette caractéristique de faire tout à vélo. On fait nos interviews à vélo. Et d’ailleurs, ça fait souvent sortir des choses intéressantes de peédaler et de parler en même temps. 

  

Victor : En tout cas, je conseille à tous nos auditeurs et auditrices d’aller visionner les vidéos de cette série. Elles sont vraiment très bien faites. Alors, pour parler aujourd’hui de comment faire baisser la mortalité chez les cyclistes, je voulais commencer par te demander, toi qui as interviewé énormément de cyclistes justement, quelle est la perception du danger chez les cyclistes ? Moi, je sais que quand j’ai commencé à rouler à vélo, je me sentais totalement invulnérable. À l’heure actuelle, je me sens très, très vulnérable. Ça a énormément évolué. Donc, voilà. Comment les cyclistes se sentent par rapport à ces chiffres qui se font mine de rien un petit peu peur ? 

  

Yann : Alors, c’est vrai que les chiffres font peur. Il faut quand même regarder un peu finement quand même parce que les chiffres sont en augmentation. Mais c’est en France, en tout cas, beaucoup hors ville. En fait, l’accidentologie augmente énormément quand même. Donc, dans la campagne, elle augmente, mais un peu moins fort en ville. Alors, heureusement quand même parce qu’il y a quand même eu beaucoup d’infrastructures. À Paris, évidemment, c’est flagrant. Mais évidemment, aussi dans toutes les autres villes de France, on voit bien que les infrastructures se développent. Les infrastructures, clairement, permettent de faire baisser l’accidentologie. Évidemment, il n’y a pas de débat. On le voit bien, que ce soit en termes d’expérience personnelle, ressentie et dans les chiffres, puisqu’on voit bien qu’en ville, là où les structures cyclables se développent, il y a quand même une augmentation qui est un peu moins forte. Le gros problème, le gros point noir, c’est évidemment la campagne. La campagne française est encore très peu dotée de structures vraiment lourdes, cyclables. Il y a des petits essais à droite à gauche. Il y a des beaux essais dans certains endroits. Je pense, par exemple, au nord de Nantes. Je suis allé récemment. Là, c’est vraiment incroyable. Ils ont racheté une maison que des gens vendaient pour pouvoir creuser une piscine. Ils ont mis ce cyclable dedans. Ils ont créé un pont. En fait, il y avait deux champs avec des vaches qui passaient. Ils ont carrément créé un pont pour faire passer les vaches parce que ça gênait les cyclistes. Il y a un vrai engagement là-dessus. Et c’est assez hallucinant de parcourir vraiment des dizaines de kilomètres là-bas en pleine campagne et en étant totalement en sécurité par rapport aux automobiles. Mais c’est vrai que ça reste encore un problème vraiment conséquent. Malgré ces initiatives locales qui sont vraiment géniales.  

Quand on a dit ça, je pense déjà qu’on a quand même bien résumé le sentiment des cyclistes. Je pense quand même que le cycliste urbain, depuis quelques années, sait qu’il est de plus en plus mis en sécurité. Et donc, il connaît dans son trajet maintenant les zones où là, il va être vraiment dans la jungle routière où ça va être compliqué et les zones où il va être en sécurité. Donc, je pense que maintenant, il a bien cerné ces enjeux-là. Et je pense que le cycliste qui s’est lancé en milieu rural ou on va dire périurbain, lui, se sent en insécurité parce qu’évidemment, faire cohabiter une voiture d’une tonne, une tonne cinq qui va à 80 à l’heure, 90 à l’heure, même 70 contre une vingtaine de kilomètres heure et son vélo qui est léger, forcément, ça ne fait pas bon ménage. Donc, je pense que ces deux points de vue-là, vraiment le milieu rural et la ville, c’est vraiment à prendre en compte pour comprendre déjà ce ressenti-là. 

  

Victor : OK. Donc, effectivement, une vraie différence ville-campagne. Cette différence, en fait, elle s’explique seulement d’un point de vue d’infrastructure, en fait ? 

  

Yann : Ce n’est pas facile à répondre à cette question. Moi, j’aurais tendance à dire quand même que oui, puisque de toute façon, si dans un monde totalement idéal, dans un monde rêvé, s’il y avait des infrastructures absolument partout, en fait, le vélo ne serait plus avec la voiture, le vélo ne croiserait plus la route de la voiture et la mortalité serait vraiment drastiquement diminuée puisqu’on sait que cette mortalité, elle est vraiment liée évidemment au choc avec un véhicule qui est lourd, au choc avec un scooter, au choc avec un camion.  

Alors, il n’y a pas que les infrastructures, c’est vrai. Par exemple, en ville, beaucoup d’accidents de cyclistes sont maintenant encore liés au passage de camions. Récemment, à Paris, vraiment il y a peut-être un mois, un mois et demi, une femme est morte. Alors, c’est souvent le même genre d’accident. C’est-à-dire que le camion tourne à droite, il coupe le passage du cycliste et malheureusement, le cycliste finit sous les roues du camion. Et ça, il y a eu plusieurs tentatives pour essayer de régler le problème, avec… Alors, évidemment, il y a eu toute la communication autour des angles morts. Donc, ils ont mis des indications sur les camions pour dire, attention, angle mort, ne doublez pas sur la droite, etc. Alors, il faut bien comprendre qu’à vélo, on ne double pas sur la droite quand on est sur son axe. En fait, ça, les gens ont encore du mal à le comprendre quand ils sont en voiture ou à scooter ou même lorsqu’ils conduisent un camion. Quand on est sur une piste cyclable ou une bande cyclable et qu’on continue son chemin, ce n’est pas considéré comme doubler par la droite quand on est sur notre voie et c’est bien sûr au flux automobile de s’arrêter, de laisser passer et de continuer. Ça, c’est encore difficile et pour moi, ça, c’est un des enjeux majeurs de la sécurité routière parce que c’est vraiment souvent à ce moment-là que se font les accidents. Alors, on le voit bien, souvent, les articles de presse localisent les endroits et on voit bien que souvent, c’est traverser un carrefour qui est dangereux. Donc, c’est-à-dire, pour ça, qu’on est à ce moment-là. On peut inventer les carrefours hollandais avec l’impossibilité de tourner trop vite pour les voitures. Elles sont obligées vraiment de faire un peu un angle droit justement pour pouvoir regarder l’angle mort et les cyclistes qui arrivent. Ça, c’est vraiment important. Les carrefours sont vraiment très, très dangereux quand ils ne sont pas aménagés. Après, donc, en milieu rural, forcément, il n’y a pas que les carrefours. Il y a aussi, en fait, la vitesse tout simplement. Alors, lors des accidents, on voit souvent, c’est devenu presque une, alors c’est morbide, mais c’est devenu presque une sorte de, comment dire, d’argument finalement à chaque fois avec le fameux soleil qui éblouit, par exemple. Donc, un automobiliste va avoir un accident avec un cycliste et il va dire qu’il a été ébloui par le soleil. Et ça, c’est vrai qu’en tant que cycliste, je ne sais pas comment on peut entendre cet argument parce qu’on se dit que si on conduit un véhicule qui potentiellement peut aller à 100 km heure, 130, on se demande comment on peut tuer quelqu’un parce qu’il y avait du soleil. Enfin, dans ces cas-là, on a envie de dire, oui, dans ces cas-là, il faut ralentir avant ou il faut adapter sa vitesse ou il y a peut-être un problème dans ces cas-là sur même peut-être la construction d’une voiture, je ne sais pas. Enfin, il y a peut-être plein de pistes à explorer. Mais c’est vrai que dans la campagne, les arguments, en tout cas les indications que donnent les automobilistes qui viennent de créer un accident font un petit peu peur. Je n’ai pas vu le cycliste, j’ai été ébloui. Ça, en tout cas, si les cyclistes n’avaient pas été sur la chaussée, bon, bien sûr, il n’y aurait pas eu d’accident. Et à l’inverse aussi, si l’automobiliste roulait moins vite, peut-être qu’il aurait pu freiner. Si les gens étaient attentifs entre eux, peut-être qu’il y aurait eu moins d’accidents. 

  

Victor : Et est-ce qu’il existe une impunité, qu’elle soit ressentie par l’automobiliste ou réelle parce que les condamnations ne sont pas à la hauteur dans les affaires, justement, d’automobilistes qui renversent des cyclistes ? 

  

Yann : Alors là, on voit bien qu’effectivement, c’est vrai que c’est assez troublant de voir que la mortalité sur la route ne passionne pas. Alors, avant de parler de la loi et des sanctions, déjà, moi, je parlerais de comment ça peut mobiliser les gens. Parce qu’on s’aperçoit qu’en fait, un mort dans notre société, c’est quand même dramatique. On est toujours dans des sociétés qui sont en train de mourir. On essaie toujours de s’améliorer, d’évoluer, de supprimer les morts violentes. Enfin, je pense, la société tend vers ça quand même. On essaie d’inventer des choses qui suppriment et la douleur et la mort violente, etc. On essaie d’aller mieux, en fait, en tout cas dans des sociétés à priori un peu normales. Et c’est vrai qu’on a l’impression que finalement, les morts de la route, en parle, mais pas tant que ça. Finalement, ça ne va pas faire parler des jours et des jours. Ça va faire peut-être une petite ligne. Dans des journaux, sur un site internet. Mais c’est vrai que ça ne fait pas… En tout cas, selon moi, ça ne fait pas parler autant que ça devrait. Parce que Emma qui revenait à vélo, qui a 20, 22 ans, je ne sais plus, qui meurt écrasée par un camion à côté de… Enfin, au-dessus de la… À la sortie d’un pont sur la Seine. C’est dramatique. C’est une famille foutue en l’air. Une vie, évidemment, la Seine foutue en l’air. Mais aussi une famille, des amis, etc. Et c’est vrai qu’on a l’impression que… Et c’est vrai qu’on a l’impression que… En fait, c’est presque une normalité. Alors que non, c’est vraiment, vraiment, vraiment pas normal d’aller à son travail pour elle et de se faire écraser. Et à la limite aussi, pour celui qui a commis l’accident, lui aussi, de faire son travail et de finir avec une mort sur la conscience et, effectivement, une justice, évidemment, qui va essayer de connaître ce qui s’est passé. Ensuite, voilà, sur le volet pénal-justice, là, il faudrait reprendre un peu l’ensemble des affaires. Il faudrait reprendre aussi des chiffres. Mais on a du mal à comprendre comment la justice, finalement, punit ces drames de la route. On voit bien que dans la société, évidemment, on punit, évidemment, les crimes, etc. Et sur le thème de la sécurité routière, tous ces drames, effectivement, il y a un peu une zone grise. Alors, il y a des associations, par exemple, qui n’hésitent pas à promouvoir le fait qu’une voiture, en tout cas dans leur communication, pourrait être considérée, par exemple, comme une arme. Effectivement, c’est quelque chose qui va très vite et avec laquelle on peut tuer. D’ailleurs, on peut tuer eux-mêmes aussi volontairement, etc. Alors, c’est de la communication. C’est pour dire aux gens, attention, ralentissez, etc. Mais c’est vrai que ça, on ne le voit pas bien dans l’application de la justice. C’est vrai que les peines sont quand même assez clémentes. Encore une fois, je parle sous réserve. Je ne connais pas toutes les affaires, etc. Mais voilà, je venais de parler d’Emma, par exemple, qui s’est fait renverser, qui s’est fait écraser par un camion il y a quelques années. Ses parents se battent, vraiment, se battent encore tout le temps pour obtenir justice, pour comprendre exactement ce qui s’est passé et pour avoir, en fait, une réponse pénale en face. Ils ont du mal à l’obtenir. Donc, c’est vrai que ça fait vraiment bizarre de voir ça, de voir qu’en fait, on peut perdre la vie en un instant sur la route et que derrière, finalement, la justice, en tout cas, c’est le sentiment que ça donne, ne sache pas vraiment comment réagir à ça. Et moi, j’ai vraiment la conviction, en tout cas le sentiment que dans plusieurs années, les morts de la route, ça sera quelque chose qui sera intolérable. C’est-à-dire qu’on sait que potentiellement, il peut y avoir maintenant l’émergence de véhicules autonomes, par exemple, etc. Et je pense que dans quelques années, un mort sur la route, ça ne sera pas envisageable. On ne comprendra pas comment quelqu’un peut mourir comme ça, en allant au travail et puisse trouver la mort comme ça sur une route. Et malheureusement, aujourd’hui, il y a encore énormément de cyclistes qui meurent, de piétons, d’automobilistes aussi, évidemment, dans des accidents. Et finalement, c’est une chose presque banale, même si on le sait, la mortalité routière a évidemment beaucoup baissé aussi. Ça, c’est vrai, depuis 30 ans, évidemment, 40 ans, ça a beaucoup baissé. Alors, concernant la justice et les accidents mortels de cyclistes, ce qui est intéressant de noter, c’est que pour la première fois cette année, il y a quelques mois, je crois que c’était en février 2024, Rennes Métropole a été poursuivie par le parquet de Rennes pour ne pas avoir suffisamment aménagé un espace cyclable selon les préconisations en vigueur. Ce qui avait mené, en tout cas pour le parquet de Rennes qui poursuit Rennes Métropole, à la mort d’une jeune femme de 22 ans. Elle avait été mortellement heurtée par un camion. Et c’est intéressant de noter que pour une première fois, une collectivité est envoyée devant un tribunal correctionnel pour homicide involontaire. Et ça, c’est vraiment important parce qu’on voit que ça y est, ça commence à rentrer dans les mœurs, ça commence à rentrer dans les mentalités, le fait que les aménageurs sont responsables, les décideurs sont responsables, ils doivent aménager en conséquence les infrastructures cyclables. Et évidemment, quand ça se passe mal, quand il y a un accident et malheureusement mortel, ils doivent aussi en répondre devant la justice. Et d’ailleurs, en regardant un peu les articles qu’il y avait eu à l’époque, on peut noter, par exemple, le procureur de la République, je cite, « Force est de constater que dans le carrefour incriminé, la piste cyclable débouchait directement, sans aucune signalisation ni avertissement, sur un terre-plein central, obligeant un déport particulièrement dangereux. » Donc ça, c’est le procureur de la République, Philippe Astruc, qui dit ça. Et donc ça montre bien qu’un aménagement insuffisant, un aménagement dangereux, un aménagement qui n’est pas suffisamment pensé pour la sécurité des cyclistes, peut se retrouver au centre d’une attaque judiciaire et les aménageurs et les décideurs politiques peuvent se retrouver poursuivis. Alors c’est vraiment intéressant au niveau de la justice de voir que, pour la première fois, une collectivité est envoyée devant un tribunal pour, en fait, une infrastructure cyclable qui n’était pas à la hauteur de la sécurité et qui a, en tout cas selon le parquet, qui a mené à la mort d’une cycliste de 22 ans écrasée par un camion. Et ça, c’est vraiment une étape très importante pour la sécurité routière parce que, évidemment, ça va mettre un peu la pression pour les collectivités, donc les mairies, les communautés de communes, etc. pour bien aménager leur territoire et pour, évidemment, limiter les accidents, les empêcher en espérant évidemment que les accidents mortels n’existent plus avec des bons aménagements cyclables. 

  

Victor : Bon, j’attends avec impatience l’avènement de cette société qui ne tolérera plus de mortalité sur la route. 

  

Yann : Je l’attends moi aussi parce que c’est vrai que c’est vraiment quelque chose, moi, vraiment qui me marque énormément. C’est-à-dire que dès que je vois des articles, etc., qui parlent comme ça de la mort de personnes, je me dis mais c’est quand même incroyable. Voilà, qu’on s’en préoccupe si peu et qu’on puisse parler très longuement d’affaires, de meurtres, etc. et que finalement, les morts de la route, c’était au mauvais endroit au mauvais moment. En fait, non, ce n’est pas au mauvais endroit au mauvais moment. Il y a toujours une chaîne d’événements et de choses qui ont été mal faites à tous les niveaux. Ça peut être le conducteur qui n’a pas respecté, ça peut être l’infrastructure. Le cycliste peut avoir ses torts, même si on sait bien que porter des écouteurs, par exemple, n’est pas égal à une peine de mort. Ce n’est pas parce qu’on porte des écouteurs à vélo qu’on doit mourir. Ce n’est pas parce qu’on grille un feu rouge qu’on doit mourir, même si c’est vrai que l’automobiliste arrive en face. Mais en tout cas, tout ça pour dire qu’effectivement, il y a un ensemble d’erreurs qui fait que ça amène à ces drames. 

  

Victor : Et est-ce qu’aujourd’hui, tous ces drames représentent un frein au développement du cyclisme, que ce soit en tant que loisirs ou en tant que sport ? Ou en tant que moyen de déplacement au quotidien? 

  

Yann : Alors ça, là-dessus, c’est évident. On le voit bien en parlant avec… Moi, je l’ai bien vu en parlant avec tous ces cyclistes qui ne sont pas encore assez… qui ne se sentent pas encore assez, comment dire, capés pour passer les passages qui n’ont pas d’infrastructure. On le voit bien, il y a des gens qui me disent « Voilà, moi, j’aimerais bien m’y mettre, mais sur mon trajet, il y a tel pont qui n’est pas aménagé, c’est un pont avec trois fois trois voies, quatre fois quatre voies, où ça roule à 50 sur le panneau, ou 70 sur le panneau, mais dans les faits, ça roule plutôt à 80-90. » On voit bien qu’il y a tout un tas d’endroits comme ça, qu’on connaît tous, je pense que tous ceux qui nous écoutent connaissent, où les gens se disent « Franchement, là, non, je ne peux pas, j’ai peur, je vais me mettre en danger. » Surtout qu’évidemment, un trajet, ça peut être quand on fait du vélo, ça peut être sous la pluie, ça peut être dans le noir, ça peut être en pleine nuit. Ou très tôt le matin. Il faut que les conditions, un bon trajet, il ne faut pas que ce soit un bon trajet juste à midi quand il fait chaud, il faut que ce soit un trajet qui soit tout le temps sécure. Donc ça, ce n’est pas facile à obtenir. Et oui, ça c’est sûr que les morts, les accidents, etc., font peur aux cyclistes qui se sentent peut-être les moins armés pour affronter ça. Et notamment aussi, par exemple, quand on a évidemment des enfants, là, ça devient compliqué. Ça, c’est sûr qu’on hésite un peu à faire des trajets parce que ça fait peur. 

  

Victor : Pour conclure, en termes de solutions, on se dit OK, l’objectif, c’est vraiment de faire baisser à tout prix la mortalité des cyclistes sur les routes. On a évoqué donc de l’éducation, des infrastructures, la réduction de la vitesse, de la répression aussi avec peut-être une justice plus réactive, plus exemplaire sur ces sujets-là. Est-ce que tu vois d’autres pistes d’action ? 

  

Yann : Effectivement, sur les pistes de réflexion, en tant que cycliste, on voit bien que les micro-actions, les actions qui paraissent anodines pour les automobilistes, peuvent parfois mener à des drames. Et ça, là-dessus, les automobilistes oublient tout le temps. On oublie que se garer 5 minutes sur une piste cyclable ou une bande cyclable, eh bien, ça peut mener à un drame. Se garer sur un trottoir, ça peut mener à un drame, pour un piéton d’ailleurs ou un cycliste. Voilà, c’est toutes ces petites actions qui sont vraiment dangereuses. Et je trouve que la sécurité routière, n’insiste plus autant qu’avant, ou alors peut-être tout simplement n’insiste pas assez sur ces micro-actions. Il ne faut pas rendre anodin le fait de se garer sur une bande cyclable. En France, c’est considéré comme un stationnement très gênant. C’est 135 euros d’amende. Enfin voilà, c’est quand même quelque chose d’assez grave de le faire. Et donc, ça serait peut-être bien de le remettre en tête. Et il y a quelque chose aussi que je vois de plus en plus. Alors ça, c’était peut-être plutôt pour le milieu urbain. Et à la campagne, je vois aussi de… Enfin en tout cas, moi je me sens souvent en danger par des gens qui doublent des cyclistes qui arrivent en face de moi, mais qui du coup se retrouvent littéralement en face de ma trajectoire. C’est-à-dire qu’ils doublent… Ils sont vraiment totalement à gauche de la route. Et ça, alors moi j’en vois de plus en plus quand même, depuis quelques temps là. Alors, c’est bien de se décaler quand on double un groupe de cyclistes. Dans la campagne, c’est un mètre cinquante. Sauf qu’il ne faut pas qu’il y ait quelqu’un en face. Et doubler un groupe de cyclistes à un mètre cinquante et se retrouver totalement à gauche de la route et donc arriver en face d’un autre cycliste, franchement, ce n’est pas la solution. Et c’est vrai que ça, c’est pareil. Ça aussi, peut-être, voilà, diminuer sa vitesse encore une fois, attendre un petit peu, patienter derrière les cyclistes, et attendre évidemment que la voie soit libre pour doubler. Parce que franchement, ça c’est quelque chose que moi je vois de plus en plus. Je ne le voyais pas tellement avant. Et je vois de plus en plus peut-être des automobilistes un peu… un peu speed, un peu énervé. Ils ont tendance à doubler désormais en respectant les distances pour doubler avec les cyclistes, mais sans penser à ceux qui arrivent en face. 

  

Victor : Moi, je connais très bien cette situation, effectivement. 

  

Yann : Et puis, bien sûr, dans les pistes, évidemment, continuer à faire à l’école. Il y a un gros boulot à faire à l’école. Et ça, c’est déjà bien lancé. Les gens, les professeurs le font. Les écoles essayent. Mais c’est vrai que former aussi les écoliers, parce que les écoliers, ce sera évidemment les automobilistes de demain et les cyclistes de demain. Et en fait, quand on fait rouler à vélo les enfants, on l’a déjà dit plein de fois, mais quand on fait rouler à vélo, on comprend des choses. On voit ce qui se passe. On comprend parfois qu’on peut aller finalement en ville, en tout cas aussi vite. Donc, on n’a pas besoin de se presser. On comprend qu’à vélo, on est quand même plus fragile qu’en voiture parce qu’on n’a pas cette carapace d’acier. Donc, c’est important aussi vraiment de donner goût au vélo aux enfants dans les écoles et de leur faire travailler ça. Parce que toutes ces actions-là dans les écoles, ce sera vraiment des morts en moins après. D’autant plus aussi, on est cycliste, ça donne aussi une manière de s’adapter. On comprend mieux aussi ce qui se passe. Je vois quelqu’un qui est un petit peu perdu, qui n’a pas mis son clignot. Bon, attention, je sais que potentiellement, il va débouler d’un seul coup. Je reste un peu derrière lui. Tout ça, ça peut mener vraiment à des réflexes pour les futurs cyclistes qui pourront, et ils pourront s’en sortir aussi. Parce qu’en fait, diminuer les morts, c’est aussi côté cycliste de comprendre aussi ce qui se passe dans la tête d’un automobiliste et qu’est-ce qui se passe en face sur la route. 

  

Victor : Et sur le plan de former les enfants, je peux renvoyer nos auditrices et auditeurs vers un autre épisode de podcast que j’ai enregistré avec la directrice des Ateliers de la Rue Voot qui nous expliquait le fonctionnement de leur programme Un vélo pour 10 ans qui visait à donner le goût aux enfants du vélo et à leur permettre d’être totalement indépendants avec eux. Soit dans leur déplacement, soit sur la réparation, etc. Un très chouette programme à découvrir. 

  

Yann  : C’est super. On ne l’a pas encore vraiment fait, mais nous, à Biclou aussi, c’est vrai que ce serait bien un jour qu’on se penche un peu sur la question des enfants et le vélo parce que c’est vraiment tout un programme. J’avais rencontré un instit qui faisait beaucoup de vélo musculaire avec ses enfants et aussi du home trainer avec ses enfants. Il est situé dans l’Oise. Et lui, c’était vraiment un passionné de vélo et qui fait découvrir ça avec ce home trainer avec ses enfants pour qu’ils s’amusent. Alors, sportivement, on se comparait, mais ils font aussi du vélo plus classique sur des trajets. Et c’est vrai qu’on voit que vraiment, ça leur apporte énormément. Donc, c’est sûr que c’est une vraie piste, une vraie solution. 

  

Victor : OK. Écoute, Yann, merci beaucoup pour être venu nous exposer un peu tes pistes de solutions sur comment baisser la mortalité chez les cyclistes. 

  

Yann : Merci à toi, Victor. Merci. 

co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHLÈTE
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Podcasts, SwimRun, UltraRunner et Papa x 4 enfants je cours après le temps, mes passions et mes petits amours.