#43 – L’anti-cyclisme, d’où nait-t-il et comment il se manifeste-t-il ?

Notre invité Yann Foreix est journaliste et l’un des réalisateurs de la série Youtube Biclou.

Yann partage ses réflexions sur les défis auxquels les cyclistes urbains font face au quotidien, incluant les confrontations avec l’anti-cyclisme et la nécessité d’une meilleure cohabitation entre les vélos, les voitures et les piétons.

Le bon sens est-il suffisant pour résoudre ce problème ?

Bon épisode !

Pour contacter notre invité, c’est par ⁠ici⁠ ( https://www.linkedin.com/in/yann-foreix-a6068a122 ) !

Ce que vous apprendrez dans cet épisode :

  1. 00:01:27 – Découverte de Yann et la Série Biclou
  2. 00:04:07 – La Mission de Biclou: Documenter le Monde du Vélo
  3. 00:05:09 – Analyse de la Mouvance Anti-Cycliste
  4. 00:10:00 – L’enjeu des Centres-Villes et le Défi Cycliste
  5. 00:13:40 – Le Débat Public sur la Coexistence Cycliste-Piéton
  6. 00:14:03 – La Perception de l’Anti-Cyclisme par le Grand Public
  7. 00:16:09 – Expérience Personnelle du Cyclisme en Ville
  8. 00:19:28 – Les Dangers de la Conduite agressive envers les Cyclistes
  9. 00:24:24 – Vers une Meilleure Coexistence dans l’Espace Public
  10. 00:25:33 – Recommandations pour l’Intégration du Vélo dans la Formation des Conducteurs
  11. 00:26:10 – L’Importance de la Séparation des Flux entre Cyclistes et Piétons
  12. 00:27:17 – Conclusion: Education et Aménagements Comme Solutions

Restez connectés au podcast Vélotaf, la suite de notre conversation avec Yann Foreix revient dans quelques semaines. A la semaine prochaine pour un(e) nouvel(le) invité(e) !

Quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« La calicule, c’est la blessure du cycliste, ça, non ? Tu as fait ça à vélo ? »

« Alors, la mouvance anticycliste, c’est évidemment un gros morceau. »

Ce podcast animé par ⁠⁠⁠⁠⁠Victor Blanchard⁠⁠⁠⁠⁠ est proposé par Bleen, et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique du Vélotaf.

Retrouvez Bleen sur les réseaux : ⁠⁠⁠⁠⁠Facebook⁠⁠⁠⁠⁠ ⁠⁠⁠⁠⁠Linkedin⁠

Send in a voice message: https://podcasters.spotify.com/pod/show/velotaf/message

Grâce à Autoscript.fr, je vous propose de retrouver la transcription de notre échange :

Victor 

Victor : Yann, tu es journaliste au Parisien. Tu réalises la série Biclou de 260 000 vues sur Youtube. Cette série de vidéos est présentée ainsi. Biclou, ce n’est pas qu’une série sur le vélo, mais sur ceux qui en font, les conçoivent, dessinent les infrastructures cyclables d’aujourd’hui et de demain. Merci beaucoup de venir sur le podcast VéloTaf. Ça me fait très plaisir de te recevoir. J’aime beaucoup les vidéos. Ce que je te propose, c’est de commencer par te présenter toi et te dire comment tu en es arrivé là. 

  

Yann : Bonjour Victor. Déjà, merci beaucoup pour ton attention sur Biclou et merci beaucoup aussi de m’inviter. Je suis très heureux de participer à ce podcast. C’est le premier podcast que je fais. Je n’ai pas trop l’habitude, mais ça va bien se passer. Quand on parle vélo, ça se passe de toute façon toujours bien. Mais pour parler très rapidement de Biclou, en fait, Biclou a été lancé en 2020 pendant le confinement. Ce n’était pas moi qui faisais les épisodes de début. C’était Claire et Laura, du Parisien aussi. C’est Aurélien Viers, l’ancien rédacteur en chef du service vidéo qui avait lancé cette série. Il avait eu le nez creux parce qu’à l’époque, évidemment, on parlait déjà vélo. Mais quand même pas autant qu’aujourd’hui. Et il s’était dit que c’est vrai que c’était bien à l’époque de parler vélo. Il m’en avait parlé à l’époque parce qu’on faisait aussi une autre série sur les déplacements électrifiés. Vraiment sur plutôt tout ce qui est véhicules, donc les voitures électriques, etc. Il m’avait parlé de cette série sur le vélo. Et il se trouve qu’en fait, moi, je me suis blessé. Je me suis cassé la clavicule. Donc, je n’ai pas pu, évidemment, commencer à travailler sur Biclou. Mais assez vite, j’ai rejoint l’aventure Biclou assez vite. Et donc là, ça fait trois ans que je réalise des épisodes. Je ne suis pas le seul à réaliser des épisodes. On est plusieurs. Mais on va dire que peut-être que c’est moi qui en fais un peu le plus depuis trois ans. On va dire un peu en poste, on va dire fixe un peu sur Biclou. 

  

Victor : La clavicule, c’est la blessure du cycliste, ça, non ? Tu as fait ça à vélo ? 

  

Yann : La clavicule, tout à fait, j’ai fait ça à vélo sur une sortie en vélo de route. Parce que je fais aussi beaucoup de vélo de route à côté. Et donc, voilà, je ne sais pas trop ce qui m’est arrivé. Il y avait beaucoup de vent, j’étais fatigué. Et je pense que j’ai dû mal tenir le guidon. Et donc, j’ai fait un beau soleil qui s’est transformé en un retour de la clavicule. Et avec l’épaule touchée, etc. Donc, c’était assez lourd. J’ai été opéré. Donc, forcément, pour faire les tournages Biclou, c’était compliqué. D’autant plus que, et donc là, on va rentrer un peu plus peut-être sur la production de cette série vidéo Biclou. On réalise vraiment tout à vélo. Les interviews. Les plans, etc. Donc, c’est vrai qu’il faut quand même pouvoir pédaler. Il faut être en forme parce que, bien sûr, le vélo transport, ce n’est pas du sport. Mais à Biclou, il faut quand même pouvoir suivre les gens. Des fois, il y a des tournages. Il faut, on laisse le vélo, on repart d’un côté pour filmer. Enfin, bref, on est toujours un peu dans l’action. Donc, voilà, avec une clavicule en moins, c’était compliqué. 

  

Victor : Quand j’ai un peu regardé les vidéos que vous avez faites, etc. J’ai eu cette impression qu’il y avait quand même quelques vidéos. Et qui expliquaient que, globalement, faire du vélo, se déplacer à vélo, ce n’est pas toujours facile. Et donc, depuis que j’ai commencé ce podcast, en fait, j’ai rencontré des gens, notamment à Bruxelles, où je suis basé, moi. Qui m’expliquent qu’il y a une réelle prise de conscience au niveau des pouvoirs publics de l’importance de développer la mobilité douce. Et notamment le vélo. Et même en dehors de Bruxelles, j’ai l’impression que, même si ça ne va pas assez vite, à mon goût en tout cas, ça va quand même dans le bon sens. Avec de plus en plus de cyclistes, à Paris par exemple, depuis la création des grandes pistes cyclables, rue de Rivoli, et dans pas mal de villes. Et puis, un jour, je tombe sur une vidéo de Biclou, dans laquelle j’apprends qu’Agen et Nice ont décidé d’interdire leur centre-ville aux cyclistes. Et ça m’a donc amené à la question suivante. Est-ce qu’il existe une mouvance anticycliste ? Est-ce que, toi, c’est quelque chose que tu as pu constater au fil de tes années d’expérience ? 

  

Yann : Alors, la mouvance anticycliste, c’est évidemment un gros morceau. Puisque, déjà, l’anticyclisme, finalement, il s’incarne par de nombreuses caractéristiques. Ça va évidemment de… On va dire que ça part des gens, tout simplement, qui ont peut-être un peu peur de voir ce changement arriver, de voir ces cyclistes. Quand on est automobiliste depuis très longtemps, et je pense que, franchement, on est beaucoup à être automobiliste depuis très longtemps. Moi, maintenant, je fais quasiment tout à vélo, mais je reste encore automobiliste. D’ailleurs, j’ai une voiture encore. Et je pense qu’effectivement, au début, ça peut peut-être faire un petit peu peur de voir tous ces cyclistes débarquer. Parce qu’en fait, c’est un monde, finalement, un peu nouveau qui s’offre à nous ou qui s’oppose à nous en fonction de comment on se place. Et donc, l’anticyclisme, je pense qu’à la base, il prend un peu cette racine à ce moment-là. C’est-à-dire que c’est, voilà, peut-être des automobilistes qui ne voient pas encore vraiment… l’intérêt majeur de se déplacer à vélo et qui ne voient finalement que l’intérêt… qui ne voient que, pardon, l’inconvénient. C’est-à-dire, il va falloir faire plus attention en voiture. Ce qui est quand même dingue de dire ça, mais c’est vrai. Il va falloir regarder à droite quand on va tourner, par exemple, pour ne pas croiser la route d’un cycliste. Il va falloir rouler moins vite. Il va falloir… Voilà. Je pense qu’il y a une vraie peur sur, finalement, la place que la place de la voiture est en train de diminuer. Pour faire émerger le vélo, on est obligé. Il n’y a pas le choix. La place de la voiture doit diminuer. C’est presque mathématique, puisqu’en ville, il n’y aura pas de place pour tout le monde. Pour l’instant, il n’est pas du tout question d’interdire la voiture partout, mais en tout cas de la diminuer… pour faire, évidemment, émerger encore plus le vélo. Et évidemment, ça, ça fait peur aux gens. Et ces gens manifestent une sorte d’anticyclisme, mais qui peut aussi se manifester de manière très différente. Ce qui est d’ailleurs assez amusant de noter, c’est que, finalement, quand on leur parle, il y a aussi beaucoup quelque chose, peut-être, de réseau social. Effectivement, on voit bien sur X, maintenant, le réseau social X, ou sur d’autres réseaux, la parole est vindicative assez facilement. Mais quand on parle aux gens, et à Biclou, moi, j’ai toujours aussi beaucoup parlé, y compris aux automobilistes, etc., finalement, les gens arrivent quand même au consensus suivant, qui est le fait que c’est quand même bien qu’il y ait des cyclistes, et c’est bien que ça se développe. Donc, finalement, quand on parle en face, vraiment, avec les automobilistes, on va dire, ça se passe quand même, finalement, plutôt bien, finalement. Parce que les gens comprennent, et essayent quand même de prendre les arguments des uns et des autres. Ensuite, l’anticyclisme, c’est aussi, évidemment, du côté de ceux qui décident, forcément. Et ça, pour moi, c’est plus grave, parce que, autant les comportements individuels, forcément, ils vont changer avec les habitudes. Quelqu’un qui prenait tout le temps sa voiture, et qui, au début, pestait parce qu’il devait laisser passer, les vélos, en fait, au bout d’un moment, il va discuter avec son fils, qui lui-même devient cycliste, avec des gens de sa famille, avec des amis, il va changer, et il va s’apercevoir que, peut-être, lui aussi, pour certains trajets courts, il peut peut-être utiliser le vélo. Ou, en tout cas, s’il ne peut pas utiliser le vélo, il va comprendre qu’il y a une vraie place, une vraie légitimité pour les cyclistes d’être à leur place. En revanche, quand l’anticyclisme est au niveau des prises de décisions, et au niveau politique, là, c’est un vrai problème, parce que là, forcément, on ne peut rien faire, et c’est comme ça que les choses n’avancent pas. Et, effectivement, à Biclou, dans un certain nombre d’épisodes, c’est un peu ce qu’on montre aussi, même si on essaie vraiment de comprendre, on essaye, en tout cas, vraiment de comprendre au maximum tous les enjeux, parce que ce n’est jamais facile non plus. On ne peut pas dire que telle ou telle commune est anticycliste sans connaître exactement tous les enjeux de ces communes. Il y a des communes en région parisienne qui sont traversées par des flux monumentaux, de voitures, de camions, de deux-roues motorisées, de scooters, de motos. Je pense, par exemple, à Boulogne, qui est traversée par 50 000 véhicules jour dans un sens, 50 000 dans l’autre sens, donc c’est 100 000 véhicules qui transpercent cette ville, qui est quand même une des plus grandes villes de France. Et ça, c’est vrai, j’en conviens, et bien c’est compliqué pour une commune comme ça de gérer. Il y avait très peu de… d’infrastructures il y a plusieurs années, donc là, arriver comme ça avec des idées d’infrastructures dans un tel cafarnaum de voitures et de motos et de camions, franchement, c’est vrai, c’est très complexe. Mais ceci dit, ça peut se faire, et on voit bien qu’il faut que ça se fasse. Le problème aussi, c’est… Alors, j’ai fait un reportage, on a fait un sujet, par exemple, sur ces fameux centres-villes qui commencent petit à petit à être interdits aux cyclistes pour privilégier les piétons. Alors ça, c’est intéressant, parce qu’en fait, bon, c’est de l’anticyclisme, mais pour privilégier les piétons, en tout cas dans le discours. Voilà, ça, c’est un vrai sujet complexe, parce qu’évidemment, c’est une liberté en moins pour les cyclistes. Quand on le dit comme ça, être obligé de marcher à côté de son vélo, ça n’a aucun sens. On ne demanderait à aucun autre moyen de locomotion de marcher ou de pousser sa voiture, ou de marcher à côté, ça n’a même pas de sens, en fait. Sur le terrain, on s’aperçoit, encore une fois, les choses, de toute façon, ne sont jamais toutes simples, ne sont jamais toutes noires, toutes blanches. Sur le terrain, on s’aperçoit qu’il y a peut-être des zones, effectivement… Je pense, par exemple, au vieux Nice. Donc, Nice a pris un arrêté pour interdire vraiment le vieux Nice et quelques parties du centre aux cyclistes, pour les réserver aux piétons. Le vieux Nice, c’est des toutes petites rues, souvent avec un peu des étals commerciaux, des commerçants, beaucoup de touristes. Donc, c’est un arrêté, d’ailleurs, je n’ai pas précisé, c’est un arrêté qui court pour la saison estivale, pour l’été. Donc, il y a beaucoup de touristes. Là, effectivement, peut-être, on peut le comprendre, pour certaines rues vraiment minuscules. Et d’ailleurs, les gens que j’ai rencontrés là-bas me disaient souvent, les gens de Nice me disaient souvent, oui, mais de toute façon, moi, quand il y a plein de monde, je n’y vais même pas à vélo, ou alors je prends mon vélo à côté, il n’y a pas de souci, je fais cinq minutes à pied. Après, ça les dérangerait plus que l’arrêté soit, par exemple, pour toute l’année, ou sur des zones plus grandes. Il y a quelque chose qui est quand même complexe avec ces arrêtés, c’est qu’il y a beaucoup, on le voit bien quand on est cycliste, il y a beaucoup d’infrastructures, par exemple, qui passent sur les trottoirs. Alors, on sait que ce n’est pas du tout une recommandation, on sait qu’il ne faut pas le faire, mais ça existe encore. Elles existent, on a le droit de les emprunter. Donc là, qu’est-ce qu’on fait dans le cadre d’un arrêté où, finalement, il y a des touristes qui sont en train de se déranger ? Il y a un dispositif cyclable qui est sur une zone piétonne. Alors, l’arrêté va interdire le cycliste. Voilà, on comprend, c’est vrai qu’il y a des accidents graves, notamment à Agen, donc Agen fait partie de ces villes qui ont interdit quelques rues du centre-ville aux cyclistes. Il y avait un petit garçon de cinq ans, je crois, qui avait été très gravement blessé. Alors, on comprend, il y a certains cyclistes qui vont très vite, il y a des trottinettes aussi qui peuvent aller très, très vite. Mais on ne peut pas enlever une mobilité comme ça dans une ville. Ça paraît compliqué. Ça paraît compliqué pour les gens qui habitent là-bas, qui avaient l’habitude de faire leur trajet. Alors, comment faire ? Eh bien, encore une fois, ce n’est pas si facile. Il faut trouver des axes de réponse. Il faut en tout cas que les décideurs et ceux qui sont chargés de penser aux aménagements trouvent des solutions. À Agen, par exemple, quand j’étais allé, moi, j’avais trouvé que cette une des rues interdites par arrêté aux cyclistes était quand même très large. Alors, moi, je ne suis pas aménageur. Je suis journaliste. Et je fais état des choses et de l’avancement et de la société et, on va dire, du côté technique de qu’est-ce qui se fait, qu’est-ce qui se réalise. Mais je pense que les aménageurs peuvent essayer de plancher sur une idée, sur cette grande rue large, peut-être réserver une partie aux cyclistes, etc. C’est loin d’être facile, cette question, d’autant plus qu’on voit que ça fait un peu tâche-ville. Et les centres-villes interdits aux cyclistes, ça arrive dans d’autres centres-villes, comme Lille, par exemple. Donc, c’est vrai que ça devient un petit peu compliqué. 

  

Victor : Oui, tout à fait. On a le même problème à Bruxelles, ici, sur les centres-villes piétons. Je reprends un petit peu ce que tu disais. Tu disais, au début, que, finalement, l’anticyclisme se manifestait beaucoup sur les réseaux sociaux, beaucoup moins quand on parlait aux gens en face-à-face. Donc, est-ce que, finalement, cette mouvance anticycliste que j’ai plus ou moins théorisée, parce que je ne sais pas si elle existe vraiment, est-ce qu’elle serait plus ressentie que réelle, finalement ? 

  

Yann : Alors, j’ai dit ça, mais ceci dit, sur le terrain, en fait, quand on parle de manière active à quelqu’un, c’est-à-dire quand c’est moi qui vais parler à quelqu’un en lui posant des questions, évidemment, ça se passe bien. Après, il y a quand même une énorme tension, alors, en tout cas, je ne sais pas comment ça se passe à Bruxelles. Nous, à Paris, on le voit bien, évidemment. Il y a une énorme tension des gens qui sont en deux roues motorisées, en voiture. Et non, cet anticyclisme, quand même, il existe. On l’entend bien par des noms d’oiseaux, par des comportements dangereux d’automobilistes qui, clairement, ne veulent pas que le vélo existe. C’est-à-dire que, moi, quand on me serre exprès, quand même un camion serre exprès, quand une voiture serre le cycliste exprès, je pense vraiment comme une volonté que le vélo ne doit pas exister, en fait. On a fait un sujet, par exemple, est-ce que les pistes cyclables sont obligatoires ? En fait, à Paris, par exemple, très peu de pistes cyclables sont obligatoires. On peut être sur la chaussée. Alors oui, peut-être, ça embête un peu les voitures parce que, logiquement, elles doivent respecter un mètre pour doubler, etc. Mais c’est vrai que, quand on se fait serrer comme ça, c’est bien que l’automobiliste a une certaine envie de repousser le vélo en dehors de son périmètre, en dehors de son champ d’action. Donc, l’anticyclisme, pour moi, c’est ça. Ensuite, je pense que ce n’est plus un mode de transport à Paris balbutiant. Au contraire, là, il est bien implanté. Ça y est, il y a beaucoup de monde, il y a beaucoup de pistes. Mais il est encore en phase où les gens n’ont pas encore tous pris vraiment ni la mesure. Peut-être. Ni leur place, en fait. Donc, je pense que c’est pour ça aussi que les automobilistes, pour certains, ont encore du mal à comprendre. Moi, quand je prends ma voiture, par exemple, je me rends bien compte qu’un cycliste qui roule sur la chaussée à 25, peut-être 30 km heure, je n’ai aucun intérêt de doubler. Je vais le retrouver au feu, il va me redoubler. D’ailleurs, j’ai une conduite très souple. C’est-à-dire, si je vois un feu rouge de loin, je vais laisser ma voiture vraiment perdre sa vitesse tranquillement. Ça, ce n’est pas ce que je vois, moi, pour beaucoup d’automobilistes à Paris qui vont doubler, vont accélérer, alors que moi, en étant cycliste, au même endroit qu’eux, je vois bien que le feu est rouge. Il n’y a aucun intérêt d’accélérer. Donc, c’est vrai qu’on se demande toujours un peu pourquoi la société routière comme ça, et là, je parle des vélos, des cyclistes et des automobilistes, n’arrive pas, effectivement, à se pacifier en se disant, de toute façon, en ville, c’est vrai que ça n’a pas vraiment d’intérêt de foncer. De toute façon, Paris, maintenant, c’est limité à 30. Donc, la question se pose, normalement, ne se pose même pas. 

  

Victor : Tout Paris est limité à 30, maintenant ? 

  

Yann : Tout Paris est limité à 30. Il y a des axes limités à 50. Il y a des axes qui sont restés limités à 50, qui sont quand même des gros axes, et qui, d’ailleurs, sont de moins en moins utilisés par les cyclistes. Bon, il y en a certains qui sont aménagés. Bon, voilà, il y a encore quelques complexités, mais tout Paris est limité à 30. 

  

Victor : Et donc, en termes des formes que ça peut prendre, cet anticyclisme, tu disais, c’est surtout des comportements dangereux et agressifs de la part des automobilistes ? 

  

Yann : Oui, c’est ça. C’est vraiment agressif dans le sens physique et verbal, d’insultes, de gestes. Ça va être, par exemple, quand je roule, par exemple, à un endroit… Moi, j’utilise des pistes, mais parfois, je suis aussi sur la chaussée parce que je roule à 30 à l’heure, parce que la piste ne va pas du tout être adaptée à quelqu’un qui roule à une vitesse relativement rapide parce qu’elle va être encombrée, etc. On l’avait montré dans un épisode. Là, ça va être, par exemple, l’automobiliste qui va nous faire signe, comme ça, d’aller sur la piste, comme si je n’avais pas le droit, finalement, d’être sur la chaussée, des grands signes. Le klaxon aussi, le klaxon, ça, c’est un vrai sujet pour moi parce que je pense que les automobilistes ne se rendent pas compte qu’un vélo, se faire klaxonner, en fait, c’est une vraie violence. Déjà, c’est interdit. Le klaxon, il est autorisé quand il y a un vrai danger immédiat. Quelqu’un qui nous fonce dessus, on klaxonne parce qu’il ne nous a peut-être pas vu. OK, quand je suis à vélo, tranquillement, sur ma voie, et qu’un véhicule arrive derrière moi en klaxonnant pendant 10 secondes, alors, j’ai du mal à voir où est le danger, en tout cas pour lui. Et c’est une véritable agression. Et ça, encore une fois, c’est compliqué de faire comprendre ça aux automobilistes qui ont vraiment le klaxon facile. Pour eux, klaxonner, c’est normal. Sauf que quand on est cycliste, ça fait peur, ça énerve. Ça mène dans un état de stress, évidemment. Et ce klaxon, encore une fois, moi je l’analyse encore une fois, c’est que moi, automobiliste, j’ai le droit d’être là. Et toi, cycliste, tu n’as pas le droit d’être là. Donc, je klaxonne pour que tu partes, pour que… Voilà, il y a beaucoup de… Je pense qu’il y a un vrai autoritarisme de l’automobile. En fait, quand on est au volant de son automobile, on est un peu autoritaire. On ne comprend pas qu’il puisse y avoir, comme ça, des objets non identifiés. En tout cas, on prend ça de nous, en tant qu’automobilistes, pour des objets non identifiés, comme ça, sur la chaussée. 

  

Victor : Je partage tout à fait cette analyse, notamment sur le klaxon qui est très pénible au quotidien. Et que moi aussi, je perçois comme une vraie violence en tant que cycliste. Je me posais aussi une question. On parle beaucoup, du coup, de cet anticyclisme de la part des automobilistes. Est-ce qu’il existe aussi un sentiment similaire de la part des piétons vers les cyclistes, une animosité entre ces deux populations ? 

  

Yann : Évidemment, les piétons et les cyclistes aussi, c’est très compliqué. Comme j’en ai déjà un peu parlé, je ne vais pas le reparler, mais c’est vrai qu’il y a déjà tous ces arrêtés contre les cyclistes et à destination des piétons, parce qu’en fait, c’est fait pour que les piétons aient leur vraie place. Donc ça prouve, ça montre bien, parce que si les maires font ça, si les dirigeants font ça, c’est qu’évidemment, il y a quand même une demande un peu populaire de certaines personnes. Si c’était mal vu et pas porteur politiquement, je ne pense pas qu’ils prendraient ces arrêtés a priori. Donc il y a quand même une sorte de volonté aussi de répondre à une demande qu’ils ont. Ensuite, alors là encore, c’est compliqué, parce que les chiffres, en fait, ne suivent pas du tout le… comment dire… le… le sentiment que peuvent avoir les gens. On sait bien que le sentiment de quelqu’un, il faut quand même toujours… D’ailleurs, c’est pour ça, c’est ce qu’on fait à Biclou, on essaye quand même tout le temps de revenir, c’est le boulot d’un journaliste, ce n’est pas Biclou en soi, c’est tout journaliste, de revenir évidemment pas seulement au sentiment de son voisin, de son frère, de sa femme, de sa cousine, mais quand même à des chiffres et au moins à des analyses qui sont issues d’études et de chiffres. Et par exemple, on voit bien que les piétons tués par des cyclistes, il y en a très très peu, vraiment très très peu. C’est vraiment la majorité, mais ce n’est même pas la majorité, c’est écrasant, plus que la majorité, c’est, il me semble, 99,5% des piétons sont écrasés par des automobiles ou des scooters ou des motos. Il me semble qu’il y a eu l’an dernier un piéton écrasé par un vélo. Voilà, effectivement, ce n’est pas du tout un phénomène de société, il n’y a pas du tout des centaines de piétons qui sont écrasés par les cyclistes, ça c’est clair. Ensuite, quand même, ça c’est vrai, c’est important de le noter, il n’y a pas que les accidents mortels, il y a aussi des accidents qui peuvent causer des traumatismes graves. Ça, c’est un peu plus compliqué peut-être d’avoir les statistiques. Et c’est vrai que les piétons, par exemple à Paris, se plaignent souvent des cyclistes, mais là encore, c’est parce qu’ils n’ont peut-être pas encore pris la bonne conscience du flux. Moi, il y a toujours quelque chose qui m’amuse, c’est que certains piétons peuvent littéralement se jeter sous les roues des cyclistes pour les faire s’arrêter. Alors, ils ont raison, il faut impérativement respecter les piétons, ça c’est clair. Ils sont de toute façon prioritaires, quand ils s’engagent, ils sont prioritaires. Quand ils attendent aussi devant le passage piéton, ils sont prioritaires, on doit les laisser passer. Mais c’est amusant parce qu’ils rejettent vraiment parfois une sorte d’agressivité sur les cyclistes, ils peuvent littéralement se jeter devant. Et évidemment, ils ne font pas ça, évidemment, devant les automobiles, je pense que ça serait plus grave pour eux. Mais encore une fois, j’ai un peu analysé ça, et je pense que le fait aussi d’être à vélo et donc de ne pas avoir cette carapace d’acier, en fait, je pense qu’on est aussi plus… Les gens peuvent se plaindre facilement, on est plus accessibles à vélo, on nous entend… Une voiture, elle passe très vite, on ne l’entend pas, ça ne sert à rien de râler, on sait de toute façon qu’elle sera bien loin. Un cycliste, c’est plus facile de râler contre un cycliste. Donc je pense que ça peut mettre un peu en exergue, la confrontation entre les piétons et les cyclistes, puisque forcément, les piétons peuvent de manière plus facile, entre guillemets, peut-être insulter un cycliste, ou même faire des gestes, etc., et qui seront peut-être un peu plus perçus que par l’automobiliste. Et puis après, évidemment, l’automobile est ancrée depuis très longtemps dans la culture, donc c’est presque, en France, je remarque, normal d’attendre un passage piéton sans qu’aucune automobile ne s’arrête. Ça, les gens n’ont pas encore… Moi, j’essaye vraiment d’imposer mon passage, même quand il y a une voiture, on est prioritaires quand même, mais on voit bien que les gens ont encore du mal. Alors que pour les cyclistes, comme c’est nouveau, j’ai l’impression que les gens, maintenant, essayent justement de faire valoir leurs droits. Et ce qui est bien, parce qu’effectivement, et là, je vais me faire un peu l’avocat du diable, mais c’est vrai, on voit bien à Paris qu’il y a quand même beaucoup de cyclistes aussi qui ont du mal quand même à respecter le rythme urbain, etc., c’est-à-dire les piétons passent tranquillement, ensuite on passe, et on ne fonce pas à 25, 30, 35 km heure comme ça sur les passages routiers sans laisser passer les gens. 

  

Victor : Pour finir sur une note peut-être un peu plus positive, est-ce que tu verrais des éléments de réponse, de solution, pour sortir en fait de cette opposition, de cette guéguerre pour l’espace public entre les automobilistes, les cyclistes, les piétons ? 

  

Yann :  Des pistes de réflexion et d’action peut-être pour pacifier un peu tout ça. Déjà, il y a un truc qui est très simple, et je crois que tu en as déjà parlé dans les podcasts, on en avait déjà un peu parlé entre nous, mais tu avais déjà abordé ça dans les podcasts. Si au permis, il y avait une épreuve de vélo, déjà, je suis sûr moi que ça ferait changer les choses, parce que quand on est à vélo et qu’on se fait doubler à 50 cm par une voiture, déjà, ça fait réfléchir. Je pense qu’il faudrait impérativement que quand on passe le permis voiture, attention je ne parle pas de permis vélo, que quand on passe le permis voiture, eh bien on roule aussi à vélo, pour qu’on comprenne bien ce que ça fait et qu’on comprenne les enjeux. Voilà, ça j’en suis persuadé. Ensuite, il faut, mais ça on l’a dit souvent, il n’y a rien de révolutionnaire, il faut évidemment bannir au maximum les espaces partagés entre piétons et cyclistes. Le cycliste est moins dangereux que la voiture, ça c’est clair. Les études le montrent, un cycliste est plus léger. S’il y a un accident, bon, il y a toujours un risque de mourir, mais le risque est quand même plus minime qu’avec une voiture. Donc il faut quand même que le flux cycliste soit orienté vers des espaces où il n’y a pas de piétons. Ça c’est clair et net, mais ça c’est vraiment les recommandations, je pense que c’est assez unanime. Et puis bon, après, en termes de bonnes conditions, une bonne entente entre cyclistes et piétons, c’est un peu un vœu pieux, c’est quasiment impossible, mais c’est vrai que faire les choses un peu en bonne intelligence, c’est-à-dire, là je reviens de Montpellier, je discutais avec justement un cycliste qui me disait, ben voilà, je sais que je suis sur une zone piétonne, c’est pas interdit, je roule, mais c’est vrai que je vais rouler vraiment quasiment au pas, à 10 km heure, ça me permet quand même d’avancer avec mon vélo, mais si je rencontre quelqu’un, j’ai le temps de freiner, il n’y a pas de souci. Bon, c’est peut-être un peu compliqué, c’est vrai que, un code de la route, un code urbain, pour faire déplacer comme ça des milliers de gens, des centaines de milliers de gens, c’est peut-être compliqué de faire appel juste au bon sens. Je ne sais pas, en fait, c’est une vraie question. 

  

Victor : Ouais, mais effectivement, on retrouve des pistes que j’ai pu entendre chez d’autres personnes, qui sont l’éducation et les aménagements. Ouais, tout à fait. Ok, ben écoute, merci beaucoup Yann pour tous ces éclaircissements sur le sujet de la mouvance anticycliste.  

 

Yann : Merci beaucoup Victor, merci. 

co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHLÈTE
About the Author
Podcasts, SwimRun, UltraRunner et Papa x 4 enfants je cours après le temps, mes passions et mes petits amours.