Comment développer le vélotaf et l’utilisation du vélo au quotidien … tout en développant et s’inscrivant encore plus dans ses convictions personnelles ?

Ingénieure mécanique de formation, Imane Lallali-Benberim ( https://www.linkedin.com/in/imane-lallali-benberim-25b1802a ) a répondu à cette question en inventant un vélo en matériaux bio-sourcés (bambou, cuir de raisin, etc …) ou en matériaux recyclés.

Dans cet épisode, je vous propose d’échanger avec la co-fondatrice de Mobius Bike ( https://mobius.bike ) et de découvrir son engagement et pourquoi nous devrions toutes et tous nous y intéresser !

Bonne écoute !

Pour contacter notre invitée via Linkedin, c’est par ici ( https://www.linkedin.com/in/imane-lallali-benberim-25b1802a ) !

Ce podcast animé parErmanno DI MICELIest proposé par l’ONGTwoWheelTuesday(@2wteu), et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique duVélotaf.

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Full Trancript 

Ermanno : Bonjour à toutes et à tous, bienvenue pour un nouvel épisode du podcast Vélotaf, je suis Ermanno et je suis très heureux de vous recevoir aujourd’hui. Aujourd’hui on va évidemment parler vélo, on va parler écolo aussi avec mon invité du jour, je veux parler de Imane. Salut Imane ! 

  

Imane : Salut Ermanno, merci beaucoup pour l’invitation, je suis ravie d’être là. 

  

Ermanno : Je t’en prie, c’est un plaisir. Alors on a mis un petit peu de temps à setupper cette invitation, surtout qu’on a déjà fait une première tentative mais on s’est un peu pris les pieds dans le tapis. Donc cette fois-ci on recommence, on est posé. Alors j’espère malgré tout que tout va bien se passer pour toi parce qu’on en parlait en off, tu as la gorge qui gratte un petit peu. 

  

Imane : J’espère que ça va aller pour toi. Oui ça va, ça va. 

  

Ermanno : Imane, j’ai une tradition dans ce podcast, c’est que je laisse la parole à mon invité pour se présenter, pour débuter un petit peu l’aventure Vélotaf, pour que nos auditrices et nos auditeurs sachent avec qui on parle. Donc dis-nous tout, qui est Imane, que fais-tu dans la vie, pourquoi es-tu là aujourd’hui ? 

  

Imane : Je suis Imane Lallali-Benberim, j’ai 39 ans dans quelques mois, je suis ingénieure mécanique notamment mais aussi plein de choses. J’ai créé Mobius Bike il y a deux ans maintenant et avant ça je travaillais il y a une quinzaine d’années dans le design d’usines à gaz, c’est-à-dire des trains de liquéfaction. Et puis dans le conseil en management dans le secteur énergie et utilities. Et puis en début 2020, j’ai une révélation sur l’impact qu’on a tous les jours sur les villes qui deviennent de plus en plus polluées à la fois l’air et d’un point de vue sonore et j’ai décidé d’agir et d’avoir un impact et c’est comme ça que Mobius Bike est né. 

  

Ermanno : Alors attends parce que tu nous dis que tu designais des usines à gaz, c’est ce fameux terme usine à gaz qu’on utilise pour dire que c’est un peu le bazar ou c’était… C’était littéralement des usines à gaz. 

  

Imane : Ouais, c’était littéralement des usines à gaz donc en l’occurrence des trains de liquéfaction. Après la complexité des trains de liquéfaction, t’as des tyaux qui passent partout, c’est un énorme truc, a donné lieu à l’expression c’est une usine à gaz. 

  

Ermanno : Ok, bon je pense qu’on voit tous à peu près de quoi on parle. Donc tu nous dis que tu faisais ça, t’as une formation d’ingénieur mécanique c’est ça ? 

  

Imane : Ouais, j’ai fait pour être précise… J’ai fait polytechnique en Algérie, ingénieur mécanique, ensuite je suis venue à Paris pour faire un master énergétique à l’école des mines de Paris et puis quelques années plus tard je décide, poussée par la curiosité, de faire ce qu’on appelle un executive MBA à Oxford où en gros tu travailles, tu gères ta famille et tu étudies et c’est d’ailleurs là que j’ai rencontré mon associé Rubi qui est basé à Pékin. 

  

Ermanno : Wow, donc un petit peu hyperactive ? 

  

Imane : En tout cas une curiosité insatiable. Hyperactive. Hyperactive, je sais pas, mais clairement une curiosité insatiable et cette obsession d’aller voir au fond du trou du lapin ce qu’il se passe. 

  

Ermanno : Alors petite question quand même, ingénieur mécanique pour une femme, moi dans le podcast Vélotaf et de manière générale je mets un point d’honneur à mettre en avant la parité, pour moi il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes, entre les blancs, les noirs, les jaunes, etc. Tous ces sujets qui parfois peuvent un petit peu porter, être motif de discussion. Pour toi, être une femme et ingénieur en mécanique, est-ce que ça n’a pas été un peu dur pendant ta formation et pendant tes premières expériences professionnelles, est-ce que tu n’as pas été un peu trop embêtée ? 

  

Imane : Alors c’est un vrai sujet que tu abordes-là qui est la diversité et d’ailleurs l’inclusion c’est une des valeurs fortes de Mobus Bike, notamment au travers de mon parcours personnel. Non, ça n’a pas été dur d’être ingénieur mécanique parce que tu étais ingénieur grâce à tes neurones et le fait d’avoir des ovaires  n’empêche pas d’avoir des neurones, breaking news, donc pas de problématique liée à ça. Quelques barrières, on va dire, parce que j’ai fait mon premier cycle d’ingénierie Polytechnique Algeo, effectivement il n’y avait pas beaucoup de femmes, j’étais la seule femme de ma promo mécanique d’ailleurs. Quelques barrières au début, ensuite qui s’abaissent assez vite quand on voit que tu bosses aussi bien que les autres, voire parfois mieux. Et puis des difficultés, on va dire, liées à la diversité, parfois, pas tout le temps, mais en tout cas en France et quand j’en parle effectivement avec mes amis qui sont aux Etats-Unis, en Angleterre ou dans des pays extrêmement divers, où il y a beaucoup de diversité en tout cas, je trouve que la France qui est un pays merveilleux dans lequel j’adore vivre est un peu en retard sur le sujet de la diversité. Quand tu regardes dans les startups, on parle énormément d’inclusion, de diversité, on en parle beaucoup, mais on ne fait pas grand chose. Quand tu regardes les équipes de startups, c’est assez monochrome ou alors tu as en général une personne qui est de couleur ou qui n’est pas blanche pour légitimer un peu le reste de l’équipe. Et donc on en parle beaucoup, mais on ne fait pas grand chose et chez Mobius, on traite le sujet de l’inclusion à bras le corps. Et d’ailleurs, on recrute quelques profils et venez comme vous êtes, c’est que les compétences et le mindset qui comptent. 

  

Ermanno : Super, écoute, le message est passé. Quand je te demandais si ça n’avait pas été difficile de faire des études en tant que femme, ce n’était pas pour dire que justement le fait d’avoir des ovaires te faisait étudier moins bien, mais c’était justement plutôt dans cette relation, surtout dans un domaine qui, c’est malheureux, mais qui est plutôt typé masculin, typé testostérone. Et voilà, j’espère que pour toi, tout s’est bien passé, mais je sens une personne à la personnalité bien trempée, donc ça a dû bien se passer quand même. 

  

Imane : Ouais, mais tu as raison d’évoquer le sujet, c’est un vrai sujet. Tu vois, on a fait les Pro Days en juillet dernier, on avait certains regards masculins dans le milieu du cycle qui étaient très masculins. Il y a encore aussi dans l’industrie du cycle en tant que fondatrice, il y a très peu de femmes, et d’ailleurs, je salue les femmes fondatrices d’autres marques, il faut qu’on soit solidaires. C’est un vrai sujet, tu as raison d’en parler. Et tu vois, j’étais à Eurobike, là j’élargis un peu plus au-delà de femmes sur la diversité en général, et je tiens à le dire, j’étais à Eurobike cet été où je suis passée une journée, je suis allée voir une marque française d’équipement que je ne citerai pas, et la personne m’a dit d’où vous venez, je dis de France, elle m’a dit, ah bon, vous venez de France ? Donc c’est encore un vrai sujet. 

  

Ermanno : Je pense que c’est un combat que l’on mène au quotidien, aussi bien toi, via Mobius Bike, et les valeurs que tu défends, et d’ailleurs, on va en parler, et puis moi, ma petite échelle avec le podcast, en ouvrant justement la porte à la diversité, que ce soit d’origine ou que ce soit de sexe. On est sur un podcast où on parle vélotaf, on parle vélo, on parle mobilité, du coup, j’en viens à te poser une question, est-ce que toi-même, tu pratiques le vélotaf ? 

  

Imane : Alors, je pratique le vélo. Pas suffisamment le vélotaf, parce que j’essaie de réduire au minimum les distances travail-maison-école. Je pratique le vélo, évidemment. Je ne sais pas si on peut appeler ça du vélotaf, sauf quelques rendez-vous où je fais un vélo. Et j’adore ça. 

  

Ermanno : Justement, comment est-ce que tu en es venue au vélo ? Souvent, ce qui va déterminer après l’utilisation du vélo, c’est un petit peu le passé des invités. Il y en a qui ont commencé à faire du vélo quand ils étaient tout petits, quand papa et maman les ont mis sur le vélo, et ils ont découvert les joies de pédaler sur un de roue. Toi, comment ça s’est passé ? Quels sont tes premiers souvenirs, justement, d’utilisation du vélo ? 

  

Imane : Oui, alors la découverte s’est faite effectivement enfant, où je passais beaucoup d’heures de mes étés à vélo, à tourner dans le jardin ou sur la terrasse, ou à une époque où on ne pouvait pas beaucoup sortir. Et donc, mes premiers souvenirs remontent effectivement à l’enfance. J’ai eu des moments où je pouvais faire un peu de vitesse et les premières sensations d’adrénaline quand tu es enfant, en général, elle se passe à vélo. C’était mon cas. 

  

Imane : Et après, comment on est arrivé à Mobius, en fait, on a fait le constat, et on n’est pas les seuls, et il faut se réjouir de ça, qu’aujourd’hui, le transport thermique, et notamment avec des véhicules, causait plus de problèmes que de solutions. Et d’ailleurs, concrètement, en France, c’est 30%. C’est 20% de pollution de l’air qui est liée à la pollution thermique, quand on monte, c’est 20%. Ça cause 48 000 décès directement en France, 8 millions dans le monde, c’est énorme. Et donc, on a décidé d’attaquer ça. Et la meilleure alternative pour la majorité des trajets dans les villes qui sont du domicile-travail, la meilleure alternative se trouve être le vélo, et en particulier le vélo électrique. Et c’est comme ça qu’on a décidé de concevoir un vélo qui est destiné pour les gens comme nous, c’est-à-dire les gens tous les jours qui veulent faire les trajets tous les jours à vélo, et pas du tout des athlètes du cyclisme. Et c’est comme ça qu’on a imaginé, et en allant un cran plus loin, on a découvert, et je t’en parlerai peut-être un peu plus tard, que le vélo était vert dans l’usage, mais pas forcément sur le fait du produit, et c’est comme ça qu’on a agi sur les autres actions. Et tu vois, si dépolluer les villes, et le premier axe pour dépolluer les villes, ça avait été de faire… Des shorts en lin, on aurait fait des shorts en lin. 

  

Ermanno : Engagée, engagée, moi je vous l’ai dit, c’est quelqu’un qui sait ce qu’il a le vœu. Alors justement, tu as un petit peu devancé ma question, qui était en fait, quelles sont tes convictions personnelles sur le sujet, que ce soit de la mobilité, de la mobilité douce, ou même environnementale de manière générale ? 

  

Imane : Alors il y a deux questions là-dedans, les deux sont intéressantes. Environnementale d’abord, moi comme je te disais, j’ai commencé ma carrière il y a une quinzaine d’années de ça, dans l’industrie du gaz, à l’époque où on pensait que le gaz était propre, en tout cas c’était un bon business case par rapport au charbon et au pétrole, et il y a une quinzaine d’années de ça, il y avait déjà les rapports du GIEC, mais on pensait qu’on avait le temps, et que c’était pas du tout à la mise. Donc je ne suis pas une écolo de la première heure, j’ai eu une vraie prise de conscience il y a quelques années, qui est arrivée avec la parentalité en fait, et où j’ai commencé à me demander quelle qualité d’air mes enfants allaient respirer, dans quoi ils allaient grandir, et qu’est-ce que je vais leur laisser quand je ne serai plus là. Donc c’est là où s’est passée la première prise de conscience écolo, et puis quelques années plus tard, pendant le confinement, où vraiment j’ai décidé de prendre acte. Donc la partie environnementale elle est là, après mes convictions environnementales ne sont pas du tout dans une décroissance, je pense que plutôt que de mettre tous les indicateurs en berne, et personne n’a envie de voir quoi que ce soit en berne, ce serait de changer les indicateurs. Et donc de ne pas mesurer le succès d’un… d’être un pays uniquement avec un PIB, mais d’introduire d’autres indicateurs comme a fait la Nouvelle-Zélande avec des indicateurs de bien-être, des indicateurs de qualité de vie, de qualité de la santé, et donc de qualité de l’air, et voir ces indicateurs croissant plutôt qu’en mer. Donc ça c’est sur la partie environnementale. Et ensuite sur les convictions sur le vélo, en fait quand tu regardes l’industrie, tu vois qu’il y a quelques écoles qui se dessinent. Une école qui vient de l’industrie automobile avec cette approche où il faut suréquiper, suréquiper, suréquiper. Donc tu vois des vélos avec de plus en plus de couple, de plus en plus de newton-mètres, des moteurs de plus en plus puissants, des capacités de batterie de plus en plus élevées. Je ne suis pas persuadée que cette tendance au suréquipement ait un impact positif pour la planète et ait un réel intérêt pour le vélotaffeur de tous les jours. Et donc… Cette école-là qui vient de l’automobile, je ne suis pas certaine qu’il vienne du futur, ces gens-là. Tu as une deuxième école qui, elle, s’inspire plutôt de… Où le Graal, c’est Apple, c’est iPhone, où tu as énormément de connectivité. Il y a des choses intéressantes à regarder, notamment la géolocalisation, la sécurisation, aussi la gamification du vélotaff. Il y a des choses… Et le niveau de qualité… Du produit avec un design à la Apple hyper slick. Il y a des choses intéressantes à prendre, évidemment, de cette école-là, mais pas non plus tout sur de l’hyperconnectivité, sur un vélo qui t’oblige… D’ailleurs, nous, c’est un choix qu’on a fait très tôt, à avoir ton téléphone et à connecter tout le temps ton téléphone et à avoir l’application qui, dans quelques années, deviendra payante. On est d’accord. Et nous, on ne s’inscrit, ni dans la première école, tu l’auras compris, un peu, mais pas complètement dans la deuxième, mais plutôt dans une voie alternative qui s’inspire un peu de l’industrie de la mode parce que c’est là où les actions d’éco-responsabilité sont les plus avancées. Et d’ailleurs, c’est comme ça qu’on a eu l’idée de mettre du cuir de raisin sur nos vélos. On cherchait une alternative éco-responsable. Et à ce moment, au moment où on finalisait le concept, il y a une marque que j’admire beaucoup qui s’appelle Zeta qui a lancé des baskets éco-responsables en cuir de raisin. Et c’est comme ça qu’on a eu. 

  

Ermanno : Tout ça, ça va nous amener… On va nous amener justement un petit peu sur Mobius. Tu disais que toi, à titre personnel, tu essayes de limiter au maximum, enfin, limiter au minimum ou maximalement limiter tes déplacements. Est-ce que tout ça, ça contribue aussi justement à tes convictions ou du moins aux actes que tu essayes de mettre en place en face de cette prise de conscience ? 

  

Imane : Oui, absolument. J’agis concrètement et directement sur ce qu’on appelle les 3 V. Donc, viande, voiture et vêtements. J’ai arrêté de manger de la viande il y a plusieurs années de ça. J’ai limité et ça m’arrange énormément parce que c’est un gain de temps et d’argent incroyable ma consommation de vêtements. Je n’ai jamais vraiment été une fashionista, mais là, en plus, j’ai une raison écolo et je suis ravie de le faire. Et on s’est défait de notre voiture, pareil, il y a quelques années de ça. Et j’essaie d’avoir ce qu’on appelle… J’essaie de tendre vers ce qu’on appelle la ville à 20 minutes où toutes les actions clés autour de moi sont à 20 minutes. Pour l’instant, j’y arrive. Je ne suis pas certaine d’y arriver tout le temps, mais effectivement, ça permet d’optimiser les déplacements et de réduire son impact. 

  

Ermanno : Ça t’embête si on rentre sur un sujet un petit peu épineux, justement, parce qu’on parlait de diversité, d’inclusion tout à l’heure. La ville à 20 minutes, c’est bien pour les gens qui habitent dans les grandes villes. C’est un peu plus compliqué quand on habite justement en milieu rural. Qu’est-ce que ça t’inspire ? Quelles seraient tes préconisations ou comment est-ce qu’on pourrait faire justement pour limiter cette exposition, cet impact au 3V, quand on habite à 5, 10, 15 kilomètres d’un centre-ville et que 5 bornes à pied, quand on n’est pas coureur, ça fait loin quand même ? 

  

Imane : Oui, tu as raison, c’est un vrai sujet. D’ailleurs, à titre perso, je me le suis posé à un moment où on se demandait est-ce qu’on quitte Paris, est-ce qu’on ne quitte pas Paris ? Déjà, sur les deux premiers V qui sont viande et vêtements, que tu sois en ville ou en dehors de la ville, tu peux agir de la même manière. Sur le dernier qui est voiture, tu remplaces avec le vélo autant que possible. Effectivement, il y a la solution du télétravail, du remote, qui depuis le Covid a clairement eu un impact positif et les entreprises ont moins de freins autour de ça. Donc, si tu peux télétravailler deux fois par semaine, je pense que c’est super. Après, je suis aussi d’accord pour dire que le vélo, pour inscrire la mobilité dans une démarche d’intermodalité et que le vélo,  il ne va pas faire, si tu fais 100 bornes par jour, tu ne vas pas faire 100 bornes forcément par jour à vélo. Il s’inscrit dans une intermodalité où donc il faut connecter le vélo, le train et s’il y a un peu de voiture à faire, autant qu’elle soit électrique. Électrique et pas hydrogène, ça c’est un autre sujet. 

  

Ermanno : Pourquoi pas hydrogène ? Parce qu’on nous dit quand même que c’est un peu le futur, après la voiture électrique, c’est un peu plus écolo. Non, tu n’en es pas persuadée ? 

  

Imane : Non, honnêtement, la communauté d’ingénieurs  dit depuis plusieurs années, l’hydrogène potentiellement pour les camions. Mais en fait, aujourd’hui, ce qui se passe, c’est que l’hydrogène est produit à 99% à partir de vapeur et fromage, qui est un procédé hyper polluant. Et le seul moyen de dépolluer ça, c’est de faire de l’électrolyse. On n’y arrivera pas tout de suite parce que ça coûte cher. Et de toute façon, quelle que soit l’origine de l’hydrogène, qu’il soit vert ou gris, le bilan global en termes d’efficacité de l’hydrogène, il est tellement mauvais qu’en l’état, si tu fais un véhicule d’hydrogène typiquement, ça revient à utiliser du pétrole avec un moins bon rendement. Donc, c’est complètement… Mais écoute, je n’ai pas non plus de boule de cristal. C’est ma condition et l’avenir nous le dira. 

  

Ermanno : Bon, toi qui as bossé justement dans des usines à gaz, je pense que tu es bien placé pour parler de ce sujet-là. Du coup, ça m’amène un petit peu dans le vif du sujet. Tu nous disais que le vélo, il est vert à l’utilisation, mais pas forcément à la conception. C’est aussi ça, ce constat-là qui vous a amené à penser à Mobius Bike. Tu peux nous en dire un petit peu plus déjà sur le premier sujet, c’est-à-dire comment est-ce que c’est possible qu’un vélo ne soit pas si vert que ça à la conception ? Parce qu’il n’y a pas autant de technique, il n’y a pas autant d’électronique, il n’y a pas autant d’acier, il n’y a pas autant de tôle que sur une voiture. Donc, pourquoi est-ce que ce ne serait pas aussi vert à la conception ? 

  

Imane : Quand on parle de la conception, d’un point de vue général, on n’est pas en train de comparer à une voiture. Effectivement, par rapport à une voiture qui contient plus de composants, plus de plastique, c’est probablement la voiture qui est la moins vertueuse sur tout le cycle de vie produit. En revanche, quand tu prends le vélo, effectivement, dans l’usage, il est vert parce qu’il vient remplacer des solutions de mobilité carbonées et bien la décarbonée, donc ça, c’est super. Mais dans la conception, tu as déjà un vélo produit toutes les 4 secondes à partir de matériaux vierges, comme l’aluminium, qui utilise des bauxites, ce qu’on appelle des matériaux d’origine extractive, où tu vas extraire le bauxite. Dans les pays africains, ça génère des pollutions extrêmes de boue rouge, etc. C’est un procédé hyper énergivore que de produire l’aluminium, qui n’a pas beaucoup évolué depuis la révolution industrielle. Et en fin de vie, c’est une estimation de 15 millions de vélos qui sont jetés tous les ans par leurs propriétaires et qui finissent rouillés, au fond de la Seine ou dans des cimetières. Donc, effectivement, c’est un gros problème. On est en train d’effectuer une ACV pour chiffrer d’un point de vue avec un bilan carbone précis tout ce cycle de vie. ACV, analyse de cycle de vie, en gros, bilan carbone sur l’ensemble du cycle de vie pour chiffrer tout ça. Mais rien qu’avec ça, tu te rends compte assez vite que c’est dégueulasse. 

  

Ermanno : Et donc, c’est un petit peu ce qui a mené votre réflexion. C’est un peu cette prise de conscience qui vous a amené avec ton associé à penser à Mobius Bike. 

  

Imane : Exactement. Et c’est d’ailleurs Mobius, c’est le signe, un peu le cycle, le ruban de Mobius, le cycle du recyclage et de la complétude ou de boucler la boucle. Et on intervient à chaque étape du cycle de vie produit pour minimiser l’empreinte carbone, donc du design ou de l’éco conception avec des matériaux biosourcés et ou recyclés comme le bonbon, le cuir de raisin, l’aluminium recyclé, en passant par la réparabilité jusqu’à la gestion de la fin de vie où on recycle nos produits à nos frais. Et ça a été conçu dans ce qu’on appelle une démarche 4 R. Réduire, réutiliser, réparer, recycler. Et donc, tu as un sujet de réparabilité qui est fort et qui a induit aussi un certain nombre de nos choix techniques. Tu vois, il y a des marques qui font tout custom, les freins custom, le moteur custom, etc. On pense qu’en termes de réparabilité, ce n’est pas terrible. Ça induit aussi des choix de motorisation ou sur un moteur central, tu as besoin d’avoir un cadre spécifique. Et si tu changes de moteur, globalement, tu changes de cadre. Donc, ça nous a orientés vers un moteur moyeu arrière, etc. 

  

Ermanno : Du coup, c’est peut-être le moment de nous en dire plus encore sur Mobus. Donc déjà, peut-être l’histoire, parce que tu nous as dit que tu avais rencontré ton associé pendant ton Executive MBA. Alors, pour ceux qui ne connaîtraient pas parmi notre audience, qu’est-ce que c’est qu’un Executive MBA ? Et puis, qu’est-ce qui a été le déclencheur avec ton associé ? Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes retrouvé sur ce sujet-là ? Est-ce que c’était un sujet d’étude pendant votre MBA ? Ou est-ce que, tout simplement, vous vous êtes retrouvé là, vous avez échangé et puis vous avez dit, mais il y a un truc à faire là-dessus parce que je ne suis pas convaincu de l’industrie du cycle. Au-delà du business, évidemment, parce qu’évidemment, on imagine bien les dollars qui coulent à flot, etc. 

  

Imane : Non, on aimerait bien, peut-être un jour. Déjà, un Executive MBA, en gros, c’est un MBA Master of Business Administration pour les vieux, ça veut dire que… 

  

Ermanno : Non, ce n’est pas pour les vieux, c’est pour ceux qui sont déjà occupés par ailleurs parce qu’il arrive qu’il y ait des gens jeunes, qu’il y ait des enfants, tu vois. 

  

Imane : Des jeunes d’années d’expérience. Et d’ailleurs, la moyenne d’âge, elle est à peu près de 40 ans. Et ça fait en fait une cohorte super stimulante où tu as des gens qui viennent de plein de secteurs différents, qui viennent apporter leur expérience, leur expertise. Ça fait une vraie richesse de partout dans le monde. Et tu appliques aussi les apprentissages tout de suite parce que tu travailles. Donc, c’est… Je recommande vraiment cette expérience quand on peut la faire. Ensuite, comment est venue l’idée ? Je te racontais tout à l’heure ma prise de conscience environnementale. Ça, c’était le premier déclencheur. Ensuite, pendant le premier confinement, j’habite sur une rue parisienne assez polluée où le trafic est assez dense. Vraiment, c’est un peu Gotham City. Il y a beaucoup de voitures, beaucoup de bruit. J’adore mon quartier. Et pendant le premier confinement, on est littéralement passés du jour au lendemain de Gotham City parce qu’il y avait une ville apaisée, on entendait à nouveau le son des oiseaux, l’air était plus pur et on voyait plus aucune voiture et quelques vélos passer. Et donc là, Eureka ! 

  

Ermanno : Tu veux dire que le soir à 20 heures, quand tu te mettais à ta fenêtre pour applaudir les professionnels de santé, t’arrivais à respirer sans sentir cette chape de plomb qui… 

  

Imane : Mais oui, mais ou quand tu ouvres les fenêtres pour aérer ton appart, t’as pas la même qualité d’air. T’as pas les yeux qui piquent, t’as pas les poumons qui piquent. L’odeur est différente. Le ciel était plus dégagé aussi, mais littéralement. Et d’ailleurs, il y a eu une baisse du taux de mortalité liée à la pollution pendant le premier confinement. Donc c’est pas juste une impression. Et donc là, Eureka ! Des vélos. On a regardé de plus près, j’en parle à Ruby, qui elle, a été jusqu’à peu ex-general manager de JD.com, qui est l’équivalent d’Amazon chinois, donc la supply chain, c’est son truc. Elle connaît de l’intérieur et elle me dit effectivement, c’est un sujet, la pollution dans la supply chain, déjà pour elle. On regarde l’industrie de plus près. On se rend compte des chiffres que je t’ai mentionné tout à l’heure sur la pollution, sur l’ensemble du cycle de vie produit. Et c’est comme ça qu’elle m’a poussé. 

  

Ermanno : Alors juste pour préciser, supply chain, c’est la chaîne d’approvisionnement logistique au sens large. C’est pas que mettre dans un camion et aller livrer. C’est vraiment de l’approvisionnement, donc de l’achat des matières premières jusqu’au stockage, jusqu’au déplacement des produits dans les entrepôts, jusque et après livrer chez le particulier ou chez les professionnels. Mobius naît un petit peu comme ça. Alors ça, c’est l’idéation. Et comment est-ce qu’on passe de l’idée, de l’idéation, de tiens, et si on se penchait sur ce sujet-là, on monte une boîte et on commence à produire des vélos. 

  

Imane : Alors on commence, donc on a l’idée, on a le point de bascule ou l’Eureka. Donc là, on commence à chercher un peu des chiffres sur le marché. On se rend compte effectivement qu’il y a quelque chose qui se passe autour du vélo à ce moment-là. Ça nourrit une réflexion. C’est une réflexion sur OK, c’est un marché qu’on appelle un marché océan rouge, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup d’acteurs, c’est hyper concurrentiel. Et donc, tout de suite, ça nourrit une réflexion sur la différenciation, tenant compte de l’impact positif qu’on voulait avoir sur la planète et partout dans le monde. Pas juste localement, c’est super, mais on va créer de la pollution en Afrique, comme c’est le cas parfois dans la fashion. Donc cette vision un peu globale d’avoir un impact positif et cette obsession pour la différenciation, parce que c’est le seul moyen de bien se positionner sur un marché qu’on appelle océan rouge. Donc là, on décrit un petit peu les contours du projet. Très, très vite, on décide de s’entourer d’un board pour nous challenger un peu sur nos réflexions. Donc ça, c’était dès le début. Ensuite, est-ce qu’on a fait, et c’est peut-être pas… Une bonne chose, d’ailleurs, c’est qu’on a assez rapidement créé les statuts de l’entreprise, pendant qu’on faisait la R&D. Avec le recul, peut-être qu’on aurait pu faire un peu plus de… On aurait pu finir la R&D avant de créer les statuts. Et là, on a commencé à faire un travail de sourcing des matières, faire un travail de sourcing des partenaires industriels. On avait fait des premiers croquis de vélo. Ensuite, on a… On a travaillé avec… Un designer industriel pour les professionnaliser, parce que moi, je ne suis pas designer industriel. Donc, vous m’avez fait le cahier des charges, le sourcing des matières premières, les premiers designs. On est allés voir… On a fait un tri d’usines, d’usines partenaires. On a pris ce qui nous semblait être la meilleure usine. On a retravaillé la partie technique. On a fait les CAO, etc. On a sorti un proto, qu’on a testé en premier lieu. Ensuite, sur le proto, on a fait un peu de marketing. On a vu que ça prenait. Donc, c’était les premiers tests marchés, alors qu’on était encore en R&D. On a vu que ça prenait. Ensuite, on a lancé des précommandes pour voir si ça prenait un peu. Mais c’était vraiment un test avec zéro budget marketing, tu vois, vraiment en ressources hyper rationalisées. Et c’est comme ça qu’on a commencé. Ce qu’on a fait très bien, c’est qu’on est allés très vite au début et on savait qu’on ciblait les vélos taffeurs et les personnes comme nous. Donc, on savait très bien qu’il fallait tout de suite aller vers du pneu relativement large, 75 pouces, une selle confortable, une position quasi 90 degrés. On avait des convictions très fortes là-dessus. Et tu vois, quand on est un peu tard, et ça, c’était pas mal aussi, on a commencé à essayer de challenger le produit avec des pros du secteur. On a eu des feedbacks du type, ouh là là, il faut une selle beaucoup plus fine. Il faut des roues beaucoup plus fines, tu vois, avec un prisme cyclisme pro. Et nous, ce n’était pas du tout notre sujet. On a su être droit dans nos bottes et ça, ça a bien marché. Après, on a fait plein d’autres erreurs. On n’a pas fait que des bonnes choses, mais en tout cas, ça, c’était bien. 

  

Ermanno :  Tout ça dans un mouchoir de poche parce que ça a été super vite finalement. Justement, tu parles des erreurs. Moi, je suis persuadé que ce sont les erreurs qui aident à nous construire parce qu’en général, on fait une erreur une fois, on ne la fait pas deux. Surtout certaines quand elles sont fatales, mais ça, c’est autre chose. Oui, c’est ça. Tu peux nous en partager quelques-unes, des erreurs gentilles. L’idée, ce n’est évidemment pas de vous donner des coups de bâton, mais quelques erreurs ou quelque chose que vous auriez peut-être pu faire un peu mieux, peut-être pour accélérer un peu plus, peut-être pour fonctionner un peu plus. Qu’est-ce que, en d’autres termes, s’il y avait des choses que tu devais faire différemment, ce serait quoi ? 

  

Imane :  Déjà, par rapport à la gestion des erreurs, on a un vrai process de gestion des erreurs en fait. C’est-à-dire que déjà, on essaie d’identifier le plus rapidement possible qu’on est en échec, qu’on a fait une boulette. On l’analyse et on a un engagement, c’est vraiment dans nos OKR, de jamais refaire deux fois la même erreur. Ça ne nous empêche pas de le faire. En tout cas, il y a une vraie intentionnalité dans ce processus de gestion d’échec et c’est important pour nous. Ensuite, concrètement, clairement, on aurait dû faire une pré-série avec plus de volume. Le vélo musculaire, on l’a décliné suite à beaucoup de demandes. Je pense qu’on aurait dû le décliner un peu plus tard et se focaliser sur la version électrique. Et là, je n’en dirai pas plus, je vais rester mystérieuse, mais tu vois, on a fait tester le premier proto à un journaliste qui se reconnaîtra peut-être, mais qui a été super sympa. Et le truc n’était franchement pas abouti. C’était le tout premier proto et il a été super cool avec nous. Donc, on a fait tester quand même une version bien finalisée au journaliste. 

  

Ermanno : Ouais, c’est vrai que si c’est quelqu’un de bienveillant, il va te donner des conseils, il va t’aider et il va te permettre de grandir. Sinon, tu risques de voir un papier pas très agréable, mais je pense que tu étais plutôt dans la première démarche. Et tout ça, en plus, avec la « difficulté » que toi, tu es en France et ton associée, elle est en Chine, si je ne m’abuse. 

  

Imane : Ouais, ce qui a plutôt bien marché, en fait, on communique assez souvent. Moi, ça m’a permis jusqu’à maintenant de ne pas faire le voyage jusqu’en Chine parce qu’en termes d’empreintes carbone, je n’ai pas pris l’avion depuis plusieurs années de par mes engagements environnementaux. Je vais potentiellement être obligée de le faire à un moment donné. On a aussi un sujet de relocalisation, mais en apprenant aussi de nos partenaires chinois, notamment sur la partie produits ligneux et bonbons parce que c’est les meilleurs du monde. Et donc, ça a plutôt super bien fonctionné. J’ai pas eu à vayager grâce à ça. Elle va faire le tour des usines, s’assurer de l’alignement de valeur, des conditions de travail, du niveau technique. Elle gère la communication, les négociations. Donc, ça a été clairement un atout. 

  

Ermanno : Oui, parce que c’est un sujet qu’on n’a pas abordé, mais vos vélos, ils sont conçus finalement entre Paris et Pékin. Mais où est-ce que vous les fabriquez ? Et puis, tu parles d’empreintes carbone, mais au final, pour faire venir des vélos de Chine ou d’ailleurs jusqu’en France, tu as quand même une certaine empreinte carbone. 

  

Imane : Tu as raison, c’est un vrai sujet. Nous, on est hyper transparent sur le sourcing. Donc, on a le cadre, l’électronique et l’électrique qui viennent d’Asie et l’électronique et l’électrique incontournablement, ça vient d’Asie et ça sera difficile de faire venir. D’ailleurs, en tout cas, on n’est pas dans une démarche où une entreprise fait l’assemblage pour nous en France. On achète de l’entreprise française et du coup, ça fait un made in France. On est vraiment dans ce cas-là, on préfère sourcer nous directement d’Asie et être transparent sur le sourcing. On a le cuir de raisin qui vient d’Italie, les pneus qui viennent d’Allemagne, les roues qui viennent de France et l’assemblage qui se fait en France. Et on travaille à relocaliser davantage la fabrication vraiment, notamment sur le cadre du vélo en France, en tout cas en Europe et idéalement en France. Donc, c’est un vrai sujet. Après, donc ça, c’est sur la production. Après, sur le shipping, on essaye de shipper par bateau plutôt que par avion. Et on se dit quand même que sur, comme je te disais, l’électrique, l’électronique ou de toute façon, ça passe par l’Asie. On préfère sourcer nous-mêmes et être transparent là-dessus que passer par un acteur local et dire regardez, c’est un produit local alors qu’on sait très bien que pas tout. 

Ermanno :  Toujours encore une fois, droite dans tes bottes, transparente et quand on achète un vélo Mobius, on sait d’où il vient et où et comment il est fabriqué. Bon, on a quand même pas mal de parler de toi, on a parlé des vélos, mais on n’en a pas dit plus sur les vélos. On a cru comprendre que c’était du cadre en bambou, qu’il y avait de la selle en cuir de raisin, etc. Mais il faut que tu nous en dises plus, il faut que tu nous en dises encore plus, il faut que tu nous donnes envie d’aller monter sur un vélo Mobius Bike. 

  

Imane :  Ouais, alors déjà, le premier critère d’achat qui revient sur tous les vélos, c’est le design. Il faut que l’esthétique t’appelle. Au-delà des valeurs, des co-responsabilités, de la performance, c’est le premier sujet qui revient. Nous, le retour qu’on a systhématiquement, ça a un effet wow sur nos designs et ça nous fait hyper plaisir. Et on partage avec tous nos partenaires. Il faut savoir qu’il y a à peu près 150 personnes qui bossent en premier niveau de sous-traitance sur un produit comme ça. T’as toutes les co-responsabilités que je t’ai décrites, mais t’as aussi le fait qu’un vélo en bambou, en tout cas en produit ligneux, est plus confortable qu’un vélo en ferraille parce que ça absorbe les vibrations et ça fait que tes rides, surtout quand tu fais tous les jours du vélo, sont beaucoup plus agréables sur le long terme. T’as moins mal au dos, t’as moins mal tout court. Et ça, c’est un vrai retour qu’on a aussi sur le long terme. Et puis, t’as l’aspect connectivité qui te permet d’avoir ce côté Smart Bike, mais ce qu’on appelle Smart Good No-Fuels, c’est-à-dire Smart sans fioritures. T’as vraiment l’essentiel de la connectivité. On n’est pas là pour te vendre une appli et on a cette approche qu’on appelle innovation en service. C’est-à-dire qu’on a une approche en service de l’usage. On a d’ailleurs vu beaucoup ça dans l’industrie du cycle, des innovations pour se faire plaisir, un peu des lâcher-prise d’ingénieurs. On fait vraiment attention à ce que l’innovation serve l’usage et pas le contraire. Et on a… 

  

Ermanno : Vous êtes un peu dans la deuxième école dont tu parlais tout à l’heure, un peu l’école Apple. C’est-à-dire qu’il faut que l’innovation soit au service du design et de l’utilisation des fonctionnalités du produit et pas innover pour innover. 

  

Imane : Oui. Après, la deuxième école que je te citais, c’était un peu l’école de la connectivité où il y a des bonnes choses à prendre d’Apple. Ça, c’est clair. Mais il y a la connectivité à tout prix. Nous, on ne sera jamais… On ne fera pas une appli qui te masse le mollet. Ça ne sera pas l’hyperconnectivité pour l’hyperconnectivité. 

  

Ermanno :  Dommage parce que là, en ce moment, j’aurais bien besoin de me faire masser les mollets. 

  

Imane : Il n’y aura pas un Mobius Bike dans le Métaverse. Tu ne paieras pas un Mobius Bike en Bitcoin. Tu n’auras pas… Tu n’auras pas un tracking hyper précis de toutes tes actions. 

  

Ermanno : Alors, attends parce qu’autant l’hyperconnectivité, je peux comprendre. Mais par exemple, Mobius Bike dans le Métaverse ou payer ton Mobius Bike avec des cryptos, pourquoi est-ce que tu dis tu n’auras pas ? Parce que là, finalement, ça ne vient pas forcément en opposition avec tes valeurs. Ça ne rajoute pas de la fonctionnalité sur le vélo. Au contraire, ça peut être un moyen de faire connaître, de… De toucher d’autres personnes. 

  

Imane : C’est une bonne question. Le Métaverse, c’est, de mon point de vue, pas une innovation qui sert la société et qui peut avoir un impact positif sur la planète. Ce n’est pas, en tout cas, de mon point de vue, de mon humble opinion, ce n’est pas une société vers laquelle je souhaite tendre. Et pour schématiser, je n’ai pas envie que mes enfants évoluent dans un monde factice, digital, plutôt que dans la vraie vie et dans la nature. Donc, le Métaverse, en court, ça ne sert à rien et on n’ira pas là-dedans. On n’ira jamais là-dedans. Après, les bitcoins ou en tout cas, les cryptos, déjà, ça a besoin de beaucoup de régulation. Aujourd’hui, ça peut être un peu une pyramide de Ponzi. On se méfie beaucoup. Et ensuite, sur l’impact environnemental des bitcoins, où tu as besoin de beaucoup de minage et les minages, on sait qu’ils sont… Je ne sais pas si on dit minage, d’ailleurs. En tout cas, tu mines beaucoup et on sait que ça mine beaucoup en Chine et en Inde, où le mix énergétique est très charbon. Donc, le minage est très polluant. Le bilan carbone des cryptos est juste antinomique avec nos valeurs. 

  

Ermanno : Je te taquinais un petit peu là-dessus, mais en tout cas, j’aime bien ta réponse sur le Métaverse et sur le fait qu’effectivement, moi non plus, je n’espère pas que mes enfants vivront dans un monde factice et virtuel plus que dans la vraie vie. Tu sais, c’est un peu cette histoire, ce fameux dessin qui a pas mal tourné, où tu vois un gamin qui joue toute la journée sur sa console de jeu et sa mère lui dit « Tu ne veux pas sortir un peu ? ». Et donc, il va jouer à la console, mais en ouvrant la fenêtre depuis l’extérieur. Donc, il continue à jouer. Bon, bref. Je te taquinais un peu, mais… 

  

Imane : Non mais tu as raison, c’est important d’en parler parce que ne faite quandon travaille dans la mobilité et dans le vélotaf c’est finalement unn investissement dans la ville de demain et dans la société de demain. Et la société que tu viens de décrire à base de Métaverse, pour moi, c’est du George Orwell, en fait. 

  

Ermanno : Ouais, bon. On n’y est pas. On va revenir un petit peu les pieds sur terre, ou plutôt les pieds sur les pédales. Avant que je te coupe, je t’avais demandé justement d’en savoir un petit peu plus sur le vélo Mobius Bike ou sur les vélos. D’où vous est venue cette idée d’aller sourcer des matériaux différents ? Parce que, historiquement, le vélo, c’est un cadre en acier. Bon, après, ça a évolué vers un cadre en aluminium. Maintenant, on a aussi des cadres carbone. Alors, le cadre carbone, c’est quand même beaucoup plus pour le vélo en mode cycliste que le vélo urbain ou le vélotaf. Quoique, d’où vous est venue l’idée d’aller faire un vélo en bois ? 

  

Imane : C’est cette notion d’impact et de pollution extrême de l’aluminium que je te décrivais tout à l’heure, sur laquelle on a voulu agir en utilisant une partie d’aluminium recyclé. L’aluminium recyclé, il a cette faculté d’être recyclable à l’infini sans aucune détérioration des caractéristiques. Et l’aluminium recyclé, c’est 95% d’énergie en moins que de l’aluminium vierge. Et ensuite, on s’est dit, on va tâcher de remplacer aussi une bonne partie de la ferraille du cadre, et tu as raison, toute la grosse partie de la ferraille est dans le cadre, par des matériaux biosourcés. Et en fait, le vélo en bambou, c’est une techno qui existe en Asie depuis le 19e siècle. Personne n’a rien inventé là-dessus. Et nous, ce qu’on a, donc c’était assez rapidement une évidence, ce qu’on a décidé de faire, c’est d’amener le vélo en bambou dans le monde de demain, plus technologique, plus design et plus éco-responsable. Et c’est comme ça qu’on l’a eu. 

 

Ermanno : Oui, je confirme, les vélos sont juste magnifiques. Je ne les ai pas vus en vrai, mais alors en tout cas, les images qu’on peut voir un peu partout sur Internet et notamment sur votre magnifique site web, les vélos ont l’air magnifiques. Donc, tout à l’heure, tu nous as parlé de cuir de raisin. Déjà, je pensais que le cuir, ça ne pouvait être qu’animal. Et puis, le cuir de raisin. Donc déjà, pour le vélo, pour la partie aluminium, vous récupérez les capsules de café. OK. Et pour le cuir de raisin, vous faites quoi ? Vous récupérez les fonds de bouteilles ? C’est génial. 

  

Imane : Oui, alors le cuir de raisin, effectivement, il est issu du recyclage de l’industrie viticole. Donc, tu récupères le mar de raisin. Ce n’est pas nous qui le faisons directement. C’est plutôt un fournisseur qui est spécialisé là-dessus et qui fait ça très bien. Il faut savoir qu’en fait, tu as deux alternatives au-delà du cuir végétal qui est finalement une… une nouveauté. Tu as en général deux alternatives. Tu as effectivement le cuir animal où là, il faut savoir que l’industrie bovine génère 20% de CO2 dans le monde. Donc, c’est extrêmement polluant sans même parler de la violence faite aux animaux. Donc, c’était évidemment hors de question pour nous. Et l’autre alternative, c’est des cuirs synthétiques qui, en fait, sont issus de dérivés pétroliers. Donc, dégueulasse aussi. Et c’est comme ça qu’on a… Même si personne ne s’en préoccupe, en fait, ce n’est pas un sujet qu’on aborde forcément dans le milieu du cycle. Nous, on voulait absolument agir là-dessus. Et comme je te le disais tout à l’heure, on s’est inspiré de l’industrie de la mode et notamment de Zeta. 

  

Ermanno : Wow. Ben écoute, ça donne envie. Est-ce que ça donne un petit goût de raisin si tu croques la selle ou pas du tout ? 

  

Imane : Je ne l’ai pas testé. Ça n’a pas d’odeur particulière et c’est hyper agréable au toucher. C’est tout ce que je peux te dire. 

  

Ermanno : Et justement, au niveau de la fabrication de ce cuir de raisin… Est-ce que ça a aussi un impact écologique qui est différent du cuir habituel ? 

  

Imane : Oui, bien sûr. Parce que comme je te le disais, soit c’est animal et donc c’est 20% de pollution sans compter la manufacture et les tannages aussi qui sont souvent très toxiques et qui génèrent des maladies de peau pour des personnes qui sont en général pas en France, voire des cancers, etc. Et tu as les cuirs issus de dérivés pétroliers qui sont hyper polluants. Je n’ai pas encore de chiffres à te donner sur les écarts de bilan entre ces matériaux, mais rien qu’en disant ça, je pense que l’impact est assez évident. Versus un truc qui est non seulement biosourcé, mais qui recycle des déchets. 

  

Ermanno : Justement, tu nous parlais de recyclage. Tu nous disais que chez Mobus Bike, vous avez pris aussi le parti du quatrième R de recycler. Comment ça se passe ? On achète un Mobus Bike chez toi. Déjà, on espère que la durée de vie, elle est au-delà des trois ans que vous avez. Mais admettons, tu es en train de faire ton petit tour de vélo avec ton superbe Mobus Bike. Malheureusement, tu as un accident. Allez, on ne va impliquer personne sans faire attention. Tu rentres dans un arbre. Ton vélo, il est inutilisable. Tu ne peux pas le réparer. Qu’est-ce qui se passe dans cette fameuse chaîne, dans ce cycle de recyclage ? 

  

Imane : Tu nous appelles. Et on s’occupe de tout. On vient collecter le vélo. Nous, quand même, on estime que le recyclage, il va arriver dans une dizaine d’années. Pas moins, parce qu’effectivement, on a optimisé le vélo pour qu’il soit le plus durable possible, réparable, etc. Mais en cas d’accident, évidemment, on ne va pas te dire reviens dans dix ans. On vient te le collecter. Et en fait, on recycle avec des partenaires qui sont des éco-organismes assez connus, qui sont Corepil et Ecologique. Et c’est avec eux. On fait ça pour l’instant. Mais on réfléchit aussi à avoir des procédés en interne pour recycler, upcycler. Mais c’est plutôt du long terme. Et d’ailleurs, là-dessus, comment ça se passe, c’est qu’en fait, nous, par vélo vendu, on reverse une redevance à ces éco-organismes. Et je ne vois pas pourquoi tout le monde ne le fait pas. C’est assez simple à mettre en place. Alors, ça coûte un petit peu, mais pas beaucoup. 

  

Ermanno : Oui, et puis au final, c’est comme une assurance. C’est pour l’avenir. Donc, tu espères que justement, tout le monde contribue. Un petit peu l’allégorie du colibri. En attendant ce que vous estimiez à dix ans, la durée pour le recyclage, si vous stockiez. Mais du coup, tu m’as apporté la réponse. Pour l’instant, vous le faites faire par d’autres organismes qui s’occupent de recycler ça. Oui, tu parles aussi d’upcycling parce que c’est vrai que finalement, sur un vélo, il y a tout un tas de pièces. Même si le vélo venait à être accidenté ou inutilisable, il y a tout un tas de pièces que l’on peut réutiliser et qu’on peut équiper sur un autre vélo qui est en cours de fabrication. Par contre, du coup, ça modifie. Un petit peu toute la chaîne d’approvisionnement et de fabrication. Est-ce que c’est des éléments que vous avez pensé ou pour l’instant, vous prenez l’entièreté du vélo et puis vous remettez ça justement aux organismes qui s’occupent pour vous du recyclage ? 

  

Imane : Pour l’instant, c’est vraiment, c’est effectivement l’entièreté du vélo, notamment sur la partie batterie où c’est des compétences et c’est un produit qui est en fait toxique. Donc ça, je ne pense pas qu’on sera en mesure de le faire nous-mêmes. En tout cas, sur la technologie de batterie actuelle, on ne s’empêche pas d’avoir une prochaine technologie de batterie. Et comme je te disais tout à l’heure, on mène une réflexion effectivement pour faire un certain nombre d’upcycling ou de recyclage ou de reuse qui est assez proche de l’upcycling sur certains éléments du vélo. Et dans ce cas-là, directement nous-mêmes. Mais c’est vraiment une réflexion long terme qui nécessite des moyens. 

  

Ermanno : Oui, parce que clairement, je le redis encore une fois, quand on est un particulier et qu’on change de vélo, on peut facilement récupérer les pédales. Un câble de frein ou autre. Quoique parfois, c’est un peu difficile parce que le câble, s’éfiloche. Quand on est une entreprise, c’est tout un cycle de fabrication à repenser pour pouvoir remettre deux pédales dans le cycle de fabrication. Et enfin, je prends l’exemple des pédales. Mais du coup, ça génère plus de pertes de temps, plus forcément, plus de moyens aussi à mettre en place. Donc ça peut se comprendre que ce soit un élément que vous réfléchissiez plus pour l’avenir quand effectivement, il y aura du volume de recyclage/upcycling. 

  

Imane : Il y a une réflexion sur le démantèlement, sur le reuse d’un produit neuf versus pas neuf, etc. 

  

Ermanno : J’ai envie de te demander, en dehors de proposer ce vélo écolo à la vente pour que tout le monde se mette non seulement au vélo, mais aussi au vélo écolo. Quelles autres actions Mobius Bike mènent au quotidien pour favoriser encore plus l’utilisation du vélo et ou du vélotaf ? 

  

Imane : Déjà, sur l’impact. On reverse aussi 1% de notre chiffre d’affaires à une ONG qui s’appelle 1% pour la planète ou un conglomérat d’ONG. Et on a une participation à la reforestation via notre partenaire Ecotri. Et ce n’est pas du tout dans une logique de compensation, mais vraiment de contribution à un aspirateur de CO2 et à juste verdir les territoires. Ensuite, sur le vélotaf, on communique pas mal sur nos réseaux sociaux. Sur les tips autour du vélotaf, autour de la mobilité douce. Et en fait, on élargit même à un lifestyle éco-responsable, ce qu’on communique, ce qu’on appelle nos tips écolos sur comment manger plus green, comment réduire ses déchets à la maison, comment évidemment réduire son impact CO2 des transports. Et ce qu’on essaye aussi de faire, c’est de… Il y a parfois dans le vélo cette image de produits pour les pros, un peu pour les hommes, pour les vrais baroudeurs. On essaye de casser un peu cette image et de rendre le vélo vraiment accessible à tout le monde et voir fun, cool, non seulement pour nos clients, mais aussi pour les jeunes. Parce que c’est aussi eux qui vont déterminer l’impact à venir. Donc, c’est beaucoup de communication sur nos réseaux sociaux, beaucoup de pédagogie, de sensibilisation autour d’un lifestyle éco-responsable au global. 

  

Ermanno : Tu parlais des jeunes, justement. Est-ce que vous avez prévu une version Mobius pour les jeunes ? 

  

Imane : Je ne sais pas ce que ça voudrait dire exactement, mais ce que je peux te dire, c’est qu’on travaille sur quelque chose pour les très jeunes. 

  

Ermanno : Je ne vais pas t’embêter plus avec ça. Donc là, Mobius, c’est un vélo pour une personne, un vélo électrique. Est-ce que… Est-ce que vous avez aussi dans le pipe quelque chose qui pourra encore plus éventuellement servir le vélotaffeur, à savoir du vélo cargo ou du vélo où on peut mettre plus qu’une personne ? Alors, je pense ramener les enfants à la crèche, à l’école, aller faire quelques courses. On n’a pas forcément besoin d’un vélo cargo au sens large du terme, mais plutôt un vélo avec plus d’espace, de stockage, plus de stabilité, ce genre de choses. 

  

Imane : Oui, effectivement, on mène une réflexion là-dessus, un peu plus qu’une réflexion d’ailleurs. Le sujet qu’on a, c’est que ça sera difficilement un vélo en bambou, parce que les contraintes ne sont pas les mêmes. Sur un vélo cargo, tu as plus de charge, le cadre est en général plus allongé. Bref, les contraintes ne sont pas les mêmes. Donc, il y a une vraie réflexion et de la recherche à mener là-dessus, tout en restant en droite dans nos bottes. Sur l’impact et sur un vélo vraiment éco-responsable. Et effectivement, la vision de Mobius, c’est d’être le leader de la mobilité douce éco-responsable pour toute la famille partout dans le monde. Et donc, qui dit pour toute la famille, dit… 

  

Ermanno : Tu disais, vous êtes en train d’y réfléchir. Bon alors après, pour taquiner un peu, moi j’ai envie de dire que vous pourriez aller chercher un peu plus loin. Enfin, j’ai ces images en Asie où tu as 12 mecs sur un vélo avec une carriole où les gens charrient des tonnes et des tonnes de choses. Vraiment, le bambou, ça tient moins la contrainte de charge ? Ou ça va demander un peu plus de R&D si vous voulez partir sur un modèle cargo ? 

  

Imane : Si tu veux, c’est un peu une analyse bénéfice-risque. Et en fait, bénéfice ou slash investissement risque. Pour l’instant, l’analyse bénéfice-investissement risque, elle n’est pas en faveur du bambou sur un vélo cargo. Si on avait levé 300 millions, peut-être un peu moins. Ou juste 100 millions, peut-être qu’on pousserait la R&D là-dessus sur des années. Aujourd’hui, je ne suis pas certaine qu’on soit dans cette position. C’est le moins qu’on puisse dire. Parce qu’on n’a pas levé 100 millions, ni levé tout court. Donc cette analyse, on sera plutôt vers quelque chose qui ne soit pas entièrement biosourcé. On a vu aussi une entreprise qui s’appelle 12 cycles qui vient de sortir un vélo cargo. C’est super chouette. On a des numéros recyclés et démontables en partie. On trouve ça top. Il faut aussi qu’on s’assure d’arriver avec quelque chose qui apporte de la valeur sur le marché. Qui soit différenciant et pas juste faire exactement la même chose que les copains. 

  

Ermanno : Tu reviens sur le sujet de la levée de fonds. Et moi, c’est quelque chose qui m’intéresse, sur lequel je voulais rebondir par rapport aux premiers échanges qu’on a eus sur cet épisode. Puisque tu nous dis que vous avez été vie mais vous avez fait beaucoup de recherches et développements. Du coup, le modèle économique de Mobius, on imagine que c’est évidemment la vente de vélos. Mais ça représente, si tu peux en parler, quel investissement de lancement au début ? Que ce soit en temps, on l’aura bien compris, mais aussi financier. Et est-ce que vous arrivez à être à l’équilibre pour pouvoir avancer sur de nouveaux produits, sur de nouvelles choses ? Et quels sont les plans pour le futur ? 

  

Imane : Le business model, il est clair. Effectivement, c’est de la vente. Plutôt de la vente directe, avec marge. C’est important de souligner la vente directe, parce qu’effectivement, on ne savait pas trop au début, parce qu’on aime bien les distributeurs. Maintenant, la réalité étant qu’on est sur un produit haut de gamme, avec des matériaux qui coûtent plus cher qu’un produit classique. Le cuir de raisin, le bambou, l’aluminium recyclé, tout ça, ça coûte plus cher, en fait. Tout en ayant un signal prix qui soit compétitif, et on est au prix le plus juste. Et ça, l’équation n’est soluble qu’en distribution directe, sans ajouter les marges des distributeurs qui sont celles qu’on connaît. 

  

Ermanno : Qu’on ne connaît pas tous, forcément, mais qu’on imagine bien grappiller la part du gâteau. 

  

Imane : C’est ça. Et donc, qui ferait qu’on augmenterait drastiquement le prix de nos produits. Et donc, on serait forcément sur une micro-niche. Et donc, l’impact, il ne serait pas significatif. Et ce n’est pas du tout ce qu’on souhaite. On est… Effectivement, on investit pas mal dans… Dans de la R&D, mais dans de la R&D pratico-pratique. On n’est pas sur des budgets faramineux. On fait pas mal de choses nous-mêmes. Donc, moi, ingénieur, l’autre fille qui bosse dans l’équipe ingénieur. On est, depuis peu, incubé aux arts et métiers. Qui nous appuie aussi sur la partie R&D. On a une vraie approche frugale. Et de toute façon, on n’a pas le choix. Mais la frugalité et la sobriété font partie de nos valeurs. Vraiment. Donc, chaque euro doit… On doit faire travailler chaque euro comme si c’en était 1000 minimum. Et on regarde vraiment comment on a transformé chaque euro. Et c’est assez obsessionnel. On n’est pas encore à l’équilibre. On sera… Ça dépend des volumes, mais on le sera bientôt. Et en plus, on investit encore un petit peu dans de la R&D pour d’autres projets qui vont bien. 

  

Ermanno : Tu as parlé de la vente directe. Donc, c’est-à-dire que finalement, vous vendez via votre site Internet. Et je te le disais en off, que je trouve très sympa. Il faudra qu’on en discute. Mais je le trouve vraiment très sympa. Les produits sont très bien mis en valeur. Et du coup, pour faire l’acquisition d’un vélo Mobius Bike, ça se passe sur mobius.bike, c’est ça ? 

  

Imane : Ça se passe sur mobius.bike. On est aussi sur la plateforme de Nature & Découverte qui n’est pas tout à fait de la distribution directe. Mais il y a un tel alignement de valeur qu’on voulait absolument être référencé par eux. Et quand ils sont venus nous voir, on a dit oui tout de suite. Et l’idée, c’est d’avoir aussi, de se rapprocher quand même du client final. Et on se projette pour avoir des pop-up et pourquoi pas des points de distribution propres. Mais ce n’est pas tout de suite. 

  

Ermanno : Oui, parce que le problème, enfin le problème, la question avec un vélo, comme dans la mode, et tu fais beaucoup le parallèle avec la mode dans cet échange, c’est que finalement, c’est aussi une question de taille. Comment est-ce qu’on fait pour choisir la taille de son vélo ? Alors, c’est une question de taille. Alors, j’imagine que vous avez des petits tips que vous délivrez à vos futurs clients par rapport à la taille de la personne, par rapport à la hauteur de son entrejambe, etc. Mais ça reste quand même assez personnel. Donc, je pense que le mieux, c’est quand même de pouvoir voir un peu l’objet et éventuellement de l’essayer. Mais si jamais, justement, on achète un vélo et qu’au niveau de la taille, ça ne colle pas, comment ça se passe ? Vous faites un échange, un retour produit ou il faut se déplacer, c’est compliqué ? 

  

Imane : Oui, alors déjà, on fait tester pour l’instant uniquement à Paris, mais on espère élargir à d’autres villes. On fait tester les vélos Mobius. Ensuite, effectivement, à réception du vélo, si tu l’as commandé sur notre site ou même sur Nature et Découverte, tu as 14 jours pour changer d’avis. Il ne faut pas avoir fait beaucoup de kilomètres avec, évidemment, il faut qu’il soit relativement neuf. Et tu as 14 jours pour changer d’avis sans obligation de donner une raison. Donc, ça peut être la taille, ça peut être tu as changé d’avis, etc. Je touche du bois, ce n’est jamais arrivé. 

  

Ermanno : Non, tu touches du bambou, Imane. Tu touches du bambou. 

  

Imane : Ah, tu ne sais pas. Je touche du matériau ligneux. Ce n’est jamais arrivé parce qu’on est sur un vrai produit coup de cœur. C’est-à-dire qu’on n’a pas et on achète un Mobius, on a vraiment flashé dessus, flashé sur les valeurs, flashé sur l’engagement et on a ce positionnement qu’on souhaite avoir de ce qu’on appelle une love brand. C’est-à-dire que tu vas au-delà du vélo, en roulant en Mobius. 

  

Ermanno : Imane, c’est le moment de prendre une grande inspiration. On va revenir justement un petit peu sur toi et je voudrais te demander quel est ton meilleur souvenir de vélo taf en Mobius, évidemment. 

  

Imane : Clairement, c’était les premiers tours en Mobius où tu as le regard des gens qui se retournent sur le vélo, qui demandent qu’est-ce que c’est, quelle est cette marque. C’est vraiment les premiers tours en Mobius Bike. C’était dans Paris, c’était en 2021. 

  

Ermanno : Je te l’avais dit, tout à l’heure, je t’ai posé la question de comment est-ce qu’on pourrait encore plus promouvoir l’utilisation du vélo taf. Moi, il y a une réflexion que j’ai avec tous mes invités, c’est que je me dis que peut-être aider le gouvernement, enfin aider l’administration en sponsorisant des parties de pistes cyclables ou d’infrastructures pour justement encore plus favoriser l’accès à ces infrastructures pour développer encore plus le vélo taf. Et là, je ne pense pas forcément aux grandes villes, mais je pense par exemple à des axes d’intermobilité. On en parlait tout à l’heure, il y a certaines personnes qui habitent dans des communes rurales où la ville d’à côté, elle est peut-être à 5 km, mais sauf que les deux villes, elles sont espacées par une nationale qui est juste impraticable, que ce soit pour des jeunes ou même pour des gens qui pratiquent le vélo non sportif. Et donc, peut-être que justement, si on pouvait filer un petit coup de main à l’administration en sponsorisant un bout de voie qui relierait telle ou telle ville, peut-être que ça pourrait aider. Est-ce que toi, c’est quelque chose auquel, chez Mobus, vous avez pensé ? Est-ce que c’est une idée qui pourrait germer en toi ? 

  

Imane : Sur la collaboration publique-privée dans le vélo, il y a clairement quelque chose à faire. On y a réfléchi, pas en termes de pistes cyclables, à vrai dire, mais en d’autres termes, que je ne vais pas dévoiler ici, parce qu’on n’a pas de budget pour le faire tout de suite, donc potentiellement, quand on aura le budget, on le fera. On va se garder cette idée-là. Il y a clairement quelque chose à faire. Sur la collaboration publique-privée, en particulier dans ce secteur-là, plus qu’un autre, en tout cas sur la mobilité. Peut-être l’autre secteur qui s’y prête, je ne vois pas d’autre secteur qui s’y prête plus, vraiment. Il y a les pistes cyclables, il y a évidemment tout l’enjeu de la sécurité du vélo et du vélotaf, et aujourd’hui, c’est le frein majeur pour les riverains, pour les de monter sur un vélo, c’est vraiment la sécurité, cette peur d’être dans l’angle mort du bus et de se faire juste écrabouiller. Il y a un vrai sujet autour de ça, et c’est un travail qui ne peut être mené qu’en collaboration publique-privée. Et donc, entreprise du cycle, avec les mairies, les collectivités, voire le ministère de la Transition énergétique. Après, sur qui met les sous sur la table, c’est un autre débat. C’est aussi une question, c’est au mérite tranché comment on flèche les budgets, et il faudrait s’assurer que il n’y a pas assez de budget, et ce n’est pas une question de fléchage du budget. 

  

Ermanno : C’est souvent pour ça qu’on parle de partenariat public-privé, c’est que souvent, on va chercher les fonds là où ils sont, donc plutôt dans le privé, et après, c’est le public qui finit de développer. Toi, de ton côté, quel outil, quel gadget, quelle application éventuellement tu utilises pour te déplacer en vélo, et est-ce que tu aurais des petits conseils, à nous donner ? 

  

Imane : J’utilise l’application de Mobius, puisqu’on a une application propriétaire qui permet de localiser le vélo, qui donne les statistiques de base, etc. Après, il faut absolument s’équiper d’un casque. J’aime bien les casques avec visière, surtout quand on a des lunettes pour éviter la buée. Il y a même des casques maintenant avec des clignotants. Je ne l’ai pas encore testé, mais ça a l’air chouette. J’ai souvent froid aux main, donc je mets des gants. Alors, pas forcément les grosses moufles, sur le guidon, mais j’aime bien avoir des gants qui gardent les doigts libres. Et puis, évidemment, toujours sur la sécurité, une veste fluo, facile à mettre sur un gros manteau, ce qui fait franc en ce moment. 

  

Ermanno : Et puis, fluo, juste pour la visibilité. Tu parlais des casques avec clignotants. J’ai reçu au début de ce podcast le responsable communication de Cosmo Connected, qui est franchement pas mal. Et j’ai eu l’occasion de voir leurs produits quand j’étais au Bike to Work en septembre 2021. Et c’était bien sympa. 

  

Imane : Je pensais à vous. 

  

Ermanno : Je t’invite à aller écouter l’épisode. Et si tu veux une intro, ce sera avec plaisir. Pour terminer, Imane, si tu devais passer le micro, est-ce que tu aurais une recommandation à nous faire ? 

  

Imane : Il y a une marque de mobilité qui n’est pas française, mais qui, je trouve, a une approche super intéressante, super innovante dans la mobilité, qui produit des produits assez dingues, qui s’appelle Cake. 

  

Imane : Je crois qu’il vient d’ouvrir une boutique à Paris. Je ne les connais pas personnellement, mais tu dois pouvoir adresser le patron de Cake France. Et je serais très intéressée de les écouter. 

  

Ermanno : Cake comme le gâteau, c’est C-A-K-E, c’est ça ?  

Imane : Oui, exactement.  

Imane : Je vais me mettre en chasse pour aller échanger avec le patron de Cake France. Super, Imane, merci beaucoup pour cet échange, pour le temps que tu nous as accordé, pour toutes tes réponses avec beaucoup de franchise et une main de bambou. Dans un gant en cuir de raisin. Merci beaucoup, Imane. Est-ce qu’il y a un point que tu voulais encore aborder avant qu’on en termine pour aujourd’hui ? 

  

Imane : Merci beaucoup à toi. Bravo pour ce que tu fais et au plaisir d’en reparler. 

  

Ermanno : Et puis, juste pour terminer, avant de te laisser partir, où est-ce qu’on retrouve Mobius ? On l’a dit, le site internet, c’est mobius.bike, mais j’imagine que vous êtes joignable par d’autres moyens aussi. 

  

Imane : On est très réactifs par mail. Vous pouvez également commander sur Nature et Découverte. On aura bientôt, au printemps, normalement un pop-up sur Paris. 

  

Ermanno : Super. Eh bien, écoute, merci beaucoup. Une très bonne journée. Bonne continuation. Et puis, moi, je te laisse. Je vais aller enfourcher mon vélo qui n’est pas encore un Mobius pour continuer la journée. 

  

Imane : Merci beaucoup, Ermanno. Salut. 

Ermanno : Ciao. 

co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHLÈTE
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Podcasts, SwimRun, UltraRunner et Papa x 4 enfants je cours après le temps, mes passions et mes petits amours.