Comme développer le vélotaf et l’utilisation du vélo au quotidien ?

C’est une question que je pose très régulièrement à mes invités !

Aujourd’hui, pour parler de ces sujets, j’ai invité Emmanuel Vitrai ( https://www.linkedin.com/in/emmanuel-vitrai ), Managing Director de Cycl’emov ( https://www.linkedin.com/company/cycl-emouv ).

Bonne écoute de cette interview !

Ce podcast animé parErmanno DI MICELIest proposé par l’ONGTwoWheelTuesday(@2wteu), et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique duVélotaf.

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Ermanno : Salut à toutes et à tous, bienvenue pour un nouvel épisode du podcast Vélotaff. Aujourd’hui, je suis très heureux à double titre, non seulement parce que l’invité du jour, ce n’est pas moi qui suis allé le sourcer, mais c’est lui qui est venu à moi, mais également parce qu’il m’a avoué être un fidèle auditeur du podcast Vélotaff et apprécier le travail que nous faisons. Donc, je suis très heureux de tendre le micro à Emmanuel Vitrai. Salut Emmanuel.  

Emmanuel : Salut Ermanno, ravi d’être de l’autre côté du micro après avoir entendu quelques podcasts.  

Ermanno : Comme je le disais en introduction, j’ai été un petit peu attiré par ton profil quand tu m’envoyais un message. J’aime bien en savoir plus en général sur les auditrices et les auditeurs qui prennent la peine de me contacter, que ce soit pour me faire des retours positifs ou négatifs. Pour l’instant, je n’en ai pas, je croise les doigts. Mais du coup, j’aime bien justement savoir un petit peu qui sont ces gens qui prennent la peine de me contacter. Je regarde un petit peu aussi si le profil correspond au même type d’attente. C’est une sorte de projection que je peux avoir. Et puis, j’ai été très attiré par ton profil parce qu’il y a quelques petites choses qui m’interpellent, notamment sur des switches que tu as pu faire dans ta vie professionnelle. Bon, on va parler de tout ça. Bien sûr, on va parler de Vélotaff, mais tu me l’as dit, tu as déjà écouté plusieurs épisodes. C’est aussi pour ça que tu m’as contacté. Donc, tu connais la tradition dans ce podcast. Je tends le micro à mon invité pour qu’il se présente. Donc, Emmanuel, dis-nous tout. Qui est Emmanuel Vitrai ? 

  

Emmanuel : Je suis Emmanuel Vitrail. J’ai fondé Cycl’emouv en février 2020. Donc, parfait timing. Et avant, j’ai une longue carrière dans les grandes entreprises. On va dire que ça n’a rien à voir avec ce que je fais maintenant, mais j’expliquerai. J’expliquerai un peu. Il y a quand même un lien entre tout ça. Mais j’ai bossé pendant une vingtaine d’années chez Alstom, donc dans les centrales électriques. Je vendais des contrats de maintenance sur les centrales électriques. Donc, après, rien à voir. J’ai bien flingué mon bilan. En CO2, parce que je pense que je l’ai flingué pour plusieurs générations. Mes enfants auront bon prendre des vélos pour toute leur vie. Je pense que c’est de ce côté-là. Et tout ça parce que j’ai 54 ans bientôt et je n’avais pas cette conscience écologique quand j’ai commencé ma carrière. Non pas pour m’excuser, mais en tout cas, je n’avais pas une conscience écologique tout simplement qui m’est venue il y a une petite dizaine d’années. Donc, j’ai travaillé essentiellement à l’export. Et par contre, le lien entre Cycl’emouv aujourd’hui et mon ancien boulot, c’est que ça fait 20 ans que je vais au travail à vélo. Et ça fait, j’ai passé au moins sur les 20 ans, une bonne quinzaine d’années où j’étais pris pour le terme le plus gentil, pour un hurluberlu, voire plus. Et par contre, j’étais convaincu des bienfaits du vélo, du fait de pouvoir gérer son stress à travers le vélo, cette activité physique tous les jours. Et donc, disons que ça m’a bien aidé pour gérer le stress dans mon boulot. Il y avait du stress, mais comme dans tout boulot. Et donc, c’est sur cette base-là, les bienfaits du vélo, comme est venue l’idée de créer Cycl’emouv. Alors, avant ça, il y a une autre chose. Quand on est cadre dans des grandes entreprises, arrivé à la cinquantaine, la fin de carrière est souvent un peu difficile. Et je ne voulais pas vivre, je ne voulais pas venir légrer. Le vieux con du bureau qui disait, on l’a déjà fait, ça ne marchera pas. Donc, je n’étais pas dans l’esprit de poursuivre ma carrière dans un grand groupe. Et je cherchais quelque chose, un job à valeur. Ça aurait pu être le vélo, ça aurait pu être, je n’en sais rien, travailler dans une maison de retraite, travailler dans… J’ai pas mal cherché dans les énergies renouvelables, mais en tout cas, je cherchais un métier à sens. Et puis, par des rencontres, j’ai rencontré une personne qui faisait de la… Maintenance de vélo et de la poste. Cette personne, elle avait 70 ans et elle cherchait un repreneur. Et puis, on s’est liés d’amitié. Et puis, j’ai travaillé sur le projet. Je me suis dit, mais on devrait faire des vélos de fonction. Il y a quelque chose à faire là-dessus. Parce que ce que je n’ai pas dit avant, c’est que pendant une dizaine d’années, je tannais ma direction pour faire développer le vélo à travers des vélos de fonction ou autre. Parce que vélo de fonction, il y a une dizaine d’années, on n’en parlait même pas. Donc, il m’est venu l’idée de, sur la base d’un savoir-faire de maintenance des vélos, sur ce savoir-faire, développer les vélos de fonction. Et puis, ce que je n’ai pas dit, c’est que j’ai vendu des contrats de maintenance toute… Enfin, une grande partie de ma vie. Donc, maintenance préventive, prédictive, etc., etc. C’était mon dada. Donc, voilà. Donc, le lien, c’est… Vraiment, je faisais du vélotaf depuis… On ne parlait pas de vélotaf, mais en tout cas, j’allais en vélo au travail tous les jours. Et puis, il m’est venu cette idée de reprendre cette boîte pour développer le vélo de fonction. Et, accessoirement, la reprise ne s’est pas faite. Comme dans bien souvent des cas, mon brave ex-associé n’était pas prêt à lâcher. Du coup, au bout de 15 jours, j’ai redémarré de la feuille blanche sur les vélos de fonction. Voilà. 

  

Ermanno: En quelques mots, une belle présentation. Alors, on l’aura bien compris. Et je disais, justement, en introduction, que j’avais été attiré. Et par ton profil, enfin, quelque chose m’interpellait dans ton profil. C’était, effectivement, de voir toute une carrière dans des grands groupes. Notamment, dans des grands groupes qui sont plutôt leaders dans les énergies, on va dire, pas forcément renouvelables. Et puis, d’un seul coup, cette apparition chez Cycl’emouv est visiblement une conscience un petit peu plus développée pour l’écologie. Mais, ces 20 dernières années, tu es allé au travail en vélo. Donc, tu étais un précurseur du vélotaf. Plus pour les bienfaits. Plus, je dirais, personnel du vélotaf, tu nous l’as dit. La liberté, le fait de respirer, de se détendre, de se vider la tête le matin et le soir quand on rentre du travail. Plus qu’uniquement le côté écologique. Et ça rejoint, justement, une des questions que je pose souvent à mes invités. C’est, quelles sont tes convictions relativement à l’utilisation du vélo ou des mobilités douces pour te déplacer, pour aller au travail ou même pour te déplacer au quotidien ? Là, c’était plus les bienfaits personnels. Est-ce que, malgré tout, si tu recherches assez loin, quand même… Il n’y avait pas aussi, un petit peu, cette conscience écologique ? J’imagine que, dans les grandes boîtes pour qui tu as travaillé, tu avais un véhicule de fonction. Qu’est-ce qui fait que tu ne prenais pas ce véhicule et que tu prenais un vélo ? 

  

Emmanuel : Non, je dirais que la conscience écologique, elle m’est venue plus tard. Elle m’est venue il y a une petite dizaine d’années. Mais, très sincèrement, au départ, c’était plus le côté bienfait, le côté on gagnait du temps, ça m’évitait de prendre le métro. Et, par contre, si on veut parler de conscience écologique, j’ai toujours privilégié soit les transports en public, soit le vélo à la voiture. Je n’ai jamais, quasi jamais, pris la voiture. Là, il y avait, on dirait, une petite conscience écologique. Mais, la vraie conscience écologique m’est venue il y a une petite dizaine d’années. Avant, c’était vraiment pour les bienfaits et puis un côté pratique. En revanche, je dirais, oui, depuis une dizaine d’années, là, j’ai vraiment pris conscience des enjeux écologiques. Et, du coup, même à titre professionnel, j’ai switché. Quand je pouvais prendre le train, je prenais le train. Je suis allé plein de fois en Suisse en avion avant et, après, je suis passé au train. Mais, c’est vraiment, c’est assez récent. Et, quand je fais le, quand je discute avec plein d’ex-collègues de chez Alstom ou GE, ben, il y en a pas mal qui, il y a, je pense, il y a la COP 21, la COP 21, je ne sais plus à quelle année c’était exactement. Mais, il y a eu un switch. On s’est dit, merde, on est une génération, on a complètement, on a merdé sans le savoir. Donc, c’est pour ça que, souvent, moi, je vais avec eux. La nouvelle génération, mes enfants, ils ont la vingtaine. Je n’ai pas de, je ne vais pas me fouetter devant eux. Je ne savais pas. Maintenant, je sais. Quand on sait, on n’a aucune excuse. Quand on ne sait pas, malheureusement, ben, on peut pleurer, mais voilà. 

  

Ermanno: Et, du coup, ce déclic, c’était quoi, ce moment où tu as commencé à prendre conscience ? C’est vraiment la COP 21 ou est-ce qu’il y a eu autre chose ? Je ne sais pas, tu parles de tes enfants qui ont une vingtaine d’années. Est-ce qu’un jour, ton fils t’a vu prendre la voiture, enfin, ton fils ou ta fille, l’un de tes enfants, t’a vu prendre la voiture et t’a dit, mais papa, pour aller chercher du pain, tu pourrais y aller à pied ou en vélo ? Qu’est-ce qui a vraiment déclenché chez toi un petit peu cette prise de conscience ? 

  

Emmanuel : Très sincèrement, je ne sais pas. J’habite en plein centre de Paris, donc je n’ai jamais utilisé la voiture au quotidien. Moi, la voiture, c’était signe de vacances ou de week-end. La vraie prise de, en fait, non, je ne saurait pas donné de date. Je sais qu’à un moment donné, j’ai switché. Mais il n’y a pas. Non, je ne sais pas donner de date. Je dirais que ça a été assez progressif. Il y a aussi dans mon travail, à un moment donné, on était content quand on vendait une centrale de charbon. Et le week-end, je faisais la manif pour la planète. Donc, je faisais un grand écart. On vit tous avec ses contradictions, mais il y a des contradictions qui sont plus grandes que d’autres. Je pense que c’est un mix. C’est un mix. C’est un mix de tout ça. Et je dirais qu’il n’y a pas eu un jour où je me suis levé en me disant ça y est, j’arrête, je suis écolo maintenant. Et puis, je ne suis même pas sûr de dire, je ne sais pas si je suis écolo. En tout cas, je fais des efforts. 

  

Ermanno: En tout cas, moi, ce que je note, c’est que quand on enregistre, on est en visio tous les deux. Et je te vois juste à côté d’une très belle plante dans laquelle tu as tendance de temps en temps à mettre des petits coups. En tout cas, je ne sais pas si c’est un signe du fait que tu sois écolo ou pas, mais en tout cas, tu aimes bien nos amis les plantes vertes. Tu nous as dit que tu pratiquais le vélo taf quasiment depuis toujours, plus pour une question vraiment personnelle qu’une question d’engagement écologique. À chaque fois qu’on me parle de vélotaf, et souvent, je pense que c’est ce qui rentre, enfin ce qui vient dans l’inconscient des gens, c’est les conditions climatiques pour pouvoir vélo tafer. Disons que quand tu as des convictions personnelles sur le sujet qui font que tu pratiques le vélo taf parce que ça te rend heureux, parce que ça te vide la tête, parce que tu as une conscience sociale. Parce que tu as une conscience écologique, parce que tu veux montrer le bon exemple à tes enfants. Enfin, je veux dire, quand tu as une bonne excuse, ça ne t’arrête pas. Toi, qu’est-ce qui a fait justement que tu as continué à utiliser le vélo tous les jours pour aller au travail le matin et pour rentrer le soir ? Parce qu’en région parisienne, on ne va pas se le cacher, on n’a pas 100% de beau temps, on n’a pas 300 jours de beau temps dans l’année. Donc, qu’est-ce qui fait que tu bravais les conditions climatiques au jour le jour ? 

  

Emmanuel : En fait, d’une part, il y a une certaine addiction quand on commence. Donc, il n’y a plus cet effort. Quand on parle aux gens qui n’en ont jamais fait, ils ont l’impression qu’on est des super héros. En fait, non, il y a une addiction. Le corps, il s’habitue. Ça, c’est la première chose. D’autre part, en région parisienne, soit on prend le vélo, soit on prend le RER. Et c’est de prendre le RER le matin entre n’importe quelle station. La ligne 13 qui est très connue, on préfère le vélo même s’il pleut. En fait, on s’équipe. Et moi, je passe mon temps avec des clients dans les ateliers, soit des particuliers ou des clients professionnels. Je passe mon temps à dire, en fait, le temps, c’est juste psychique. Une fois qu’on est équipé, quand il pleut, on met un équipement. Et puis, statistiquement, il pleut rarement toute la journée. Donc, sur une année, on va peut-être se taper 10 jours. Oui, effectivement, c’est un peu galère. Mais tout le reste, ça passe. C’est plus psychique. En tout cas, les conditions météorologiques, c’est plus psychique qu’en réel. Et puis, il y a des applis. Vous prenez l’appli Météo France. On sait qu’il va pleuvoir dans la demi-heure. On ne part, on attend une demi-heure. Et puis, on donne une demi-heure à son entreprise, ce qui est très beau. 

  

Ermanno: Oui, ça, c’était pour la partie repartir le soir. Mais ça marche aussi le matin. On peut décaler et prolonger le café croissant avant de partir au boulot. 

  

Emmanuel : Aussi. Donc, c’est 0-0 ou un partout. 

  

Ermanno: Non, mais tu vois, c’est super intéressant. Ça peut être des questions qui peuvent peut-être paraître un petit peu bateau. Mais moi, je trouve que c’est très intéressant, notamment pour recentrer le débat. C’est-à-dire pour celles et ceux qui nous écoutent et qui se posent la question de ouais, mais si je prends le vélo, ça va être compliqué. Ça va être des nouvelles habitudes. Il va falloir que je m’équipe. Et puis, la première goutte de pluie, je suppose que ma motivation va tomber. Non, en fait, comme tu le dis, c’est plus que des motivations. C’est de l’habitude qu’il faut prendre. Et puis, après, ça devient un vrai plaisir. Et puis, au-delà du plaisir, on finit par s’y habituer, par générer une véritable addiction. Positive, pour le coup. Je pense qu’il vaut mieux prendre l’habitude de faire du vélo que de prendre l’habitude de fumer une cigarette le matin, que ce soit pour soi ou pour l’environnement. Mais voilà, je voulais vraiment avoir ton point de vue et cet avis de quelqu’un qui ne fait pas forcément ça à la base pour la planète, mais qui trouve aussi son propre plaisir. 

  

Emmanuel : Maintenant, j’ai une vraie conscience écologique et je le prends vraiment avec une conscience pour la planète. Et c’est pour ça que, par exemple Cycl’emouv, je l’ai monté avec des statuts d’entreprise sociale et solidaire, que je sais développer les vélos dans les entreprises et puis aussi à travers mes ateliers pour les particuliers. Donc, il y a une vraie conscience écologique. Mais ce qu’il faut voir aussi dans le terme addiction, il y a le côté addictif purement physiologique, mais il y a aussi l’addiction à l’esprit de liberté. Et quand on écoute tous les podcasts, en général, le premier mot qui revient quand on dit qu’est-ce que ça vous apporte, c’est l’esprit de liberté. Et c’est vraiment sensationnel. Par exemple, le matin, moi, je partais, je travaillais à Boulogne et je partais du centre de Paris. Je faisais tous les quais de Seine, mais c’était incroyable. J’avais envoyé des photos à des collègues américains. J’avais dit voilà mon trajet. Je passais devant le Louvre, la conciergerie. Et c’est juste un moment de liberté. On se croirait presque en vacances alors qu’on part au travail. Donc, dans le côté addiction, il y a ça aussi. C’est ce moment de liberté. Ce sas entre le travail et la maison et le perso. 

  

Ermanno: Ce qui permet effectivement d’avoir ce sas de décompression, soit de préparation le matin quand tu vas de la maison au travail. Tu te mets déjà dans l’ambiance. Et puis le soir, quand tu reviens, tu décompresse un peu. Moi, si je peux abonder encore à ton point de vue, ce que j’apprécie aussi énormément, que ce soit en vélotaf ou dans d’autres activités, notamment je pratique la course à pied tous les jours, c’est que finalement, même si tu sors tous les jours, même si tu as l’impression que les choses sont immuables, tu te rends compte qu’en fait, tout bouge. Il y a un arbre un jour qui va avoir un petit peu moins de feuilles qu’un autre. Les feuilles, elles vont passer de vertes à oranges. Et ça, tu t’en rends compte quasiment instantanément. Dès que tu sors, dès que tu vois ces petits changements, ces micro-changements. Et je trouve que ça aussi, ça apporte encore plus de plaisir, de liberté. Et puis des faits, justement, de sensation d’être dans ton environnement plutôt que de t’enfermer dans une boîte. Qu’on parle d’une voiture ou qu’on parle d’un système de transport en commun. Et puis qui t’emmène d’un point A à un point B. Et puis tu sors de là et puis tu rentres dans ton bureau. Et puis de ton bureau, tu refais la même chose le soir. Et puis après, tu rentres à la maison. En fait, tu passes ta vie dans des boîtes et c’est tellement agréable de sortir. 

  

Emmanuel : Exactement. Alors ça va faire très parisien ce que je dis, mais à un moment donné, j’ai travaillé à la Défense. Donc je partais du centre. Je descendais de mon appartement vie verticale. J’allais prendre le RER vie horizontale. Et j’arrivais à la Défense verticale. Je travaillais à je ne sais plus quel étage. Et en fait, on ne voit pas les saisons. On est toujours dans un système un peu aseptisé. Alors que quand on prend un vélo, on voit ces petits changements. On voit les saisons. On sent les choses beaucoup plus que n’importe quel autre transport. Voilà. 

  

Ermanno: Et ce qui nous permet de reboucler sur l’environnement et donc sur le fait qu’il faut évidemment protéger notre environnement et que le Vélotaf peut déjà y aider pas mal. Tu nous as parlé de Cycl’emouv, la compagnie que tu as fondée justement. Après cette prise de conscience où tu cherchais aussi un moyen de développer une activité en lien avec ces nouvelles valeurs ou plutôt ces valeurs qui, d’un seul coup, se sont trouvées exacerbées en toi. Tu peux nous rappeler un peu plus précisément ce que fait Cycl’emouv? 

  

Emmanuel : Cycl’emouv, donc à la base, c’était vraiment pour développer le vélo de fonction pour les entreprises. Moi, j’ai toute mon expérience professionnelle. C’était des relations avec les entreprises. Donc, ça allait trouver la personne décideur dans l’entreprise. Je sais faire. Donc, développer les vélos de fonction pour les entreprises, donc des vélos fabrication française. On apporte un service de maintenance sur site, d’entretien sur site. Et puis après, on y met tous les services, assurance, on met de la data, on fait un peu tout ce qu’on veut. Et donc, ça fait un joli package et je vends ça aux entreprises. Quand j’ai démarré, donc février 2020, c’était les entreprises. 

  

Ermanno: Il n’y avait plus d’entreprises qui voulaient des vélos, évidemment. 

  

Emmanuel : Effectivement. Mais en parallèle, moi, j’ai quitté Général Electric en août 2019. Et en octobre 2019, j’ai commencé un CQP Mécanique Cycle. Parce que je me disais, je vais t’amener à gérer des techniciens.  Pardon, un contrat de qualification professionnelle de mécanicien cycle. C’est comme un CAP. Un CAP de mécanicien cycle. Donc, c’est sur un an. Et comme j’allais être amené à gérer des mécanos, je me suis dit, il faut que je connaisse le métier. Parce que moi, j’étais un grand utilisateur de vélos. Mais je n’ai jamais vraiment réparé les vélos. J’ai réparé des vélos, les crevaisons de mes enfants. Je savais changer un patin de frein, mais ça n’allait pas tellement plus loin. Et donc, j’ai fait cette formation. Et puis, finalement, ça m’a bien servi. Puisqu’en février 2020, je me suis dit, la partie ça vient de temps, c’est mort. On n’en savait plus rien. Donc, du coup, j’ai créé un atelier de réparation vélo pour les particuliers, Porte d’Italie. Et je me fais un petit peu de pub en même temps. Et puis, on a commencé. Alors là, c’était un peu téméraire parce que j’avais juste fait ma formation et j’ai fait un programme de deux mois de stage. Et la réparation de vélo, c’est comme le chirurgien. En moins, on ne sauve pas des vies quand même. Mais il y a le côté geste répétitif. Et si on veut gagner correctement sa vie, il y a des temps à faire. Et si on met une demi-heure à changer un patin de frein, à mon avis, on ne tient pas très longtemps dans ce métier. Donc, on a démarré en septembre 2020. J’ai démarré avec une personne qui était avec moi en cours. Au passage, Bac plus 5, 26 ans et qui cherchait un métier à valeur. Et on en trouve. Donc, j’ai démarré cet atelier-là. Puis, comme ça marchait plutôt pas mal, j’ai ouvert un deuxième atelier en mai 2021. Donc, aujourd’hui, il y a deux ateliers pour les particuliers. Et pour revenir à l’activité Cycl’emouv, il y a une partie particulier à travers les ateliers. Et puis, la partie entreprise que j’ai redémarrée après le Covid. Grosso modo. Et là, les vélos de fonction, c’est quelque chose qui se développe. Alors, là où il y a trois ans, quand j’ai démarré, on était moins de 10 sur Paris, même moins de 5. Là, maintenant, je ne compte plus tous les gens et des gros qui viennent. Donc, ça devient là où avant, il y avait un marché. Le marché reste gros, mais il y a beaucoup d’entrants. Et donc, moi, je pense que dans mon profil, ce sera un marché de niche. Par contre, ce qui se développe aussi, c’est tous les services aux entreprises à travers les réparations dans les entreprises. On fait un service de conciergerie. Donc, on vient avec notre petit atelier, notre remorque, notre vélo cargo, un atelier remorque qui répare les vélos. Et puis aussi, une autre activité pour les entreprises, c’est tout ce qui est conseil. Par exemple, conseil sur l’initiation au vélotaf. La discussion que l’on a là. Eh bien, faire un peu la recherche. La même discussion. Bon, c’est comment dire? Il y a un scope, il y a un plan. Mais expliquer ce que c’est que le vélo TAF. Dédramatiser la pratique du vélo en ville, etc. Pour essayer de développer le vélo en entreprise. Et puis, une dernière activité de Cycl’emouv, c’est des vélos. On propose des vélos en location pour les hôtels. Et là, c’est pour les clients des hôtels. Avec une petite appli, on peut connecter, déconnecter le vélo à travers l’appli. On peut même payer à travers l’appli. Voilà. Donc, pour résumer, Cycl’emouv, c’est une partie B2B. Vélo de fonction, service aux entreprises et vélo pour les hôtels. Et une partie B2C particulier à travers deux ateliers. Et je veux développer aussi d’autres ateliers dans Paris. Voilà. 

  

Ermanno: Alors, pour ce qui est des ateliers pour les particuliers, c’est-à-dire, c’est des ateliers de réparation classiques. Les gens viennent, donnent le vélo et vous le réparez. Ou est-ce que ça va être un petit peu en mode atelier collaboratif où les gens viennent et ils apprennent à réparer et ils réparent éventuellement avec vous ? 

  

Emmanuel : Non, non. C’est vraiment un atelier où les gens viennent et on répare leur vélo. L’atelier collaboratif, si je le fais, ce sera plus un peu un hobby, genre le dimanche matin, parce que le côté animation de quartier. Mais ce n’est pas… En fait, le collaboratif, ça, c’est bien pour une association. Mais pour moi qui suis… Enfin, c’est une société… C’est une SAS. Ce n’est pas… Il n’y a pas de… A ma connaissance, il n’y a pas de modèle économique qui puisse faire qu’on en vive. Après, c’est très complémentaire. Moi, j’ai un atelier collaboratif à 500 mètres de mon atelier du 13e et même du 16e. C’est très complémentaire parce que parfois, quand on voit… Souvent, j’ai des cas de gens… On voit bien qu’ils n’ont pas les… Des étudiants, souvent, par exemple, qui ont un entretien à faire. Ça leur coûte trop cher. Ils ne peuvent pas payer l’entretien. Allez dans l’atelier à côté et puis vous payez juste les pièces. Et puis vous bossez et vous le faites. Donc, c’est un bon écosystème, le collaboratif et les ateliers comme le mien. 

  

Ermanno: Oui, il y a la place pour tout le monde. Ce n’est pas la même clientèle, de toute façon. Ce n’est pas la même cible, mais il y a la place pour tout le monde. 

  

Emmanuel : Oui, aucun problème. 

  

Ermanno: Là, vous êtes combien actuellement chez Cycl’emouv? 

  

Emmanuel : Chez Cycl’emouv, on est cinq… Deux chefs d’ateliers. Un dans chaque atelier. 

  

Emmanuel : Un apprenti. Il n’y a qu’un apprenti pour l’instant sur les deux ateliers. Et puis une alternante qui m’aide à développer la partie entreprise. Et on sera six au mois d’octobre. 

  

Ermanno: Il y a une question que j’aime aussi poser. Je vais poser à mes invités relativement aux organisations soit qui représentent, soit dans lesquelles ils sont engagés. Quelles actions vous menez au quotidien, notamment pour développer le Vélotaf ? Tu as déjà rapidement répondu puisque tu nous as dit que vous organisez des sessions de formation, d’information, d’initiation au Vélotaf. On peut revenir un petit peu là-dessus ? Tu peux nous expliquer comment ça fonctionne en détail ? 

  

Emmanuel : Une formation, une initiation au Vélotaf… Moi, j’interviens dans l’entreprise. Et puis j’ai un petit plan. On va décrire les règles de sécurité. Il y a un petit quiz sur la sécurité routière. Il y a quel vélo choisir en fonction de quel type de profil, quels vêtements utiliser, qu’est-ce qu’on prend, quels vêtements de pluie, les règles de sécurité en termes de vol, quel type de cadenas, etc. Les règles de sécurité. Les règles pour trouver le meilleur trajet. Je vais chercher mon mot. Trouver le meilleur trajet. Et j’ai coutume de dire qu‘il ne faut pas hésiter à faire 30 % de plus de chemin si vous avez un chemin sécurisé. C’est beaucoup de bon sens. N’empêche que c’est mieux quand on le dit. Donc c’est vraiment une initiation. Ça dure une heure et demie. Et puis après, le but, c’est de créer un échange. Et le… Pour le développement du vélo, je crois beaucoup à la cooptation. Si vous avez un collègue qui vient en vélo et qui dit « Finalement, moi je fais 15 km et ce n’est pas si difficile que ça », il y a un effet boule de neige. Donc ces initiations, c’est vraiment… Le but, c’est de créer cette émulation dans le groupe pour qu’il y ait des néo-cyclistes. Et ensuite, en général, parce qu’on ne peut pas parler… On ne peut pas parler trois heures. Une table ronde de trois heures, ça commence à le faire. Donc c’est une heure et demie. Et en général, je propose un atelier d’initiation à la réparation. Donc je viens avec mes quelques… Cinq pieds d’atelier en général. Donc ça fait des petits groupes de cinq à quinze maximum. Et là, j’explique les rudiments de l’entretien d’un vélo. Et je m’inscris dans le cadre… Tu dois connaître l’objectif employeur pro vélo. Je m’inspire de ces programmes-là. On fait partie du programme employeur pro vélo. Donc je reprends un peu les règles de l’atelier d’auto-réparation de ce programme-là. Donc ça fait un petit module d’une demi-journée ou une journée si on fait plusieurs ateliers d’auto-réparation. Mais là, comme ça, ça fait… Chaque personne a une… On a parlé pendant trois, quatre heures de… De vélo. Et du coup, ça donne des idées. Les gens qui hésitent, normalement, ça leur permet de franchir le pas. Et un autre point, et ça, je ne fais pas, mais c’est de… Il me semble, c’est sur ton podcast que j’ai entendu ça dernièrement, qu’il y a des applis qui mettent en relation des gens entre eux pour le cycliste, le vélotaffeur avec expérience. Et c’est de la compétence. Il emmène le néo-vélotaffeur pour un peu lui apprendre les rudiments de la circulation en vélo en ville. Donc voilà, l’objectif de l’initiation Vélotaff dans les entreprises. Et c’est quelque chose… Surtout avec la semaine de la mobilité, ça marche assez bien. En tout cas, cette semaine-là, ça marche bien. 

  

Ermanno: Du coup, est-ce que vous faites aussi tester les vélos à ces utilisateurs qui se poseraient la question ou est-ce que tu viens juste… Parce que tu dis que tu viens avec des pieds d’ateliers, mais… Mais du coup, il te faut aussi des vélos pour pouvoir les réparer. 

  

Emmanuel : Pour répondre à ta première question, est-ce que je fais tester des vélos, ça, je l’ai proposé. Je l’ai déjà fait dans plusieurs entreprises. Je viens avec ma… J’ai un vélo de la poste que j’ai reconditionné. Et derrière, j’ai une remorque sur laquelle je peux mettre quatre vélos. Donc, je vais avec quatre vélos électriques. Et du coup, on peut faire essayer une petite initiation aux vélos électriques, aux vélos électriques. Et du coup, on peut faire essayer une petite initiation aux vélos électriques, aux vélos assistance électrique dans les entreprises. Alors ça, ça marche si les entreprises ont un parking à l’extérieur. C’est plus compliqué à organiser quand on est à la Défense ou quand ce sont des parkings souterrains. Donc, ça dépend vraiment de la localisation du site. Et pour répondre à ta deuxième question sur les pieds d’atelier, moi, je demande aux gens de venir avec leur propre vélo. Comme ça, ils apprennent sur leur propre vélo. Donc, s’il y a 10 personnes, s’ils veulent venir à chaque personne avec son vélo, il n’y a pas de souci. Au lieu de passer une heure sur le vélo, on passe une demi-heure par vélo. Ça, on s’organise le jour J. Mais le but, c’est que les gens, on leur apprend à faire des petits réglages simples, faire attention à ce que les patins soient bien réglés, gonfler les pneus, comment on connaît la pression des pneus, etc. C’est vraiment des rudiments, mais qui n’empêche, on passe notre temps, nous, dans les ateliers, à conseiller les clients. Parce que si un vélo est bien entretenu, déjà, ça leur coûtera moins cher et surtout, ils roulent en meilleure, avec plus de sécurité. Voilà pour répondre à tes deux questions. 

  

Ermanno: Finalement, avec ce service-là, tu permets d’atténuer ou de supprimer tous ces fameux irritants, ces petits bruits, ces petits problèmes mécaniques qui peuvent faire qu’à la longue, on va finir par se détourner du vélotaf. Donc, tu œuvres plus que ce qu’on pourrait croire au quotidien pour le vélotaf. 

  

Emmanuel : Il y a une autre chose pour laquelle j’œuvre pour le développement du vélotaf et ça, ça vient vraiment d’une expérience professionnelle. À un moment donné, je suis passé de 25 km à 40 km tous les jours. Et à 25 km, j’étais en vélo mécanique, mais à 40 et j’étais en costume en plus. Donc, 25 en costume, c’était déjà limité. Mais 40, c’était juste pas faisable. Et c’était en 2013. Et là, j’ai acheté mon… Je suis passé au vélo électrique. Et quand j’étais allé acheter mon vélo… Bon, je le tairai le nom du magasin. J’ai acheté le vélo. Et moi, la condition, c’était vraiment le budget. Bon, je ne l’avais bien évidemment pas dit, mais je l’avais, le budget pour le vélo électrique. En revanche, moi, ce que je voulais absolument, c’était un service de qualité. Parce que moi, c’était ma voiture. C’était comme une voiture. J’avais une voiture. J’allais au travail avec. Donc, quand il y avait le moindre pépin, je déposais le vélo. J’allais prendre un café. Je reprenais. Je me moquais même de ce qu’ils avaient fait. Du moment que le vélo marchait, j’étais content. Et je payais et je repartais. Et ça, ça a marché deux années. Et en fait, à un moment donné, le boom… On en était encore loin de la courbe exponentielle des ventes de vélo électrique. Mais ça a commencé. On était sur la pente montante. Et on me payait une fois pour un… Un truc assez banal. J’ai dit, bah non, vous passez trois semaines. Et mon vélo était immobilisé. Et j’ai dit, mais c’est juste pas possible. Du coup, je suis allé ailleurs. Et là, sur cette expérience, à l’époque, je m’étais dit, mais il y a quelque chose à faire. C’est pas normal qu’on laisse quelqu’un en plan comme ça sans moyen de locomotion. Si on fait une analogie à un garage automobile, on verra jamais un garagiste dire à son client, bah écoutez, monsieur, revenez dans trois semaines. Et puis en attendant, débrouillez-vous. Soit on donne une voiture de courtoisie, soit on fait quelque chose, en tout cas. Et là, sur cette base-là, il y a un vrai besoin pour développer le vélotaf d’apporter des solutions pour les vélotaffeurs. Donc si le vélo est en panne, s’il est immobilisé, on doit être capable de proposer une solution. Alors ça peut être un vélo de courtoisie. Ça peut être… J’en sais rien. En tout cas, on doit pas laisser le… Prendre… Alors une des premières choses, c’est… Si le vélo est immobilisé, c’est un vélo de courtoisie. Mais s’il y a un problème, une crevaison, on doit être capable de réparer tout de suite, d’immobiliser l’atelier et réparer la crevaison pour que le client puisse partir dans la demi-heure. Et ça… Et le client, il doit… Après, il paye pour ça, mais il y a vraiment des… Si on veut développer le vélotaf, il faut absolument que dans les ateliers comme ceci, ceux que j’ai là sur Paris, eh bien, on soit capable d’apporter un vrai service. Quitte à ce que les gens puissent… Alors sur Paris, c’est un peu compliqué, mais que les gens, les clients puissent attendre une heure, se connecter à la Wi-Fi, ils font du télétravail, ils repartent. Alors ça, ça ne reste qu’à une certaine catégorie de clients. Mais en tout cas, apporter ce genre de service, un vrai service pour éviter que les gens, ils aient pas leur vélo pendant plusieurs jours. Ça, c’est juste… Enfin, moi, c’est juste quelque chose qui est inacceptable. Après, on a… Des fois, on peut avoir des imprévus, mais c’est vraiment ce genre de service que je souhaite développer justement pour que les gens ne s’arrêtent pas. 

  

Ermanno: Tu vois, ça me fait vraiment plaisir parce qu’à première vue, sur ton profil, on pourrait se dire, c’est un mec qui vient d’une grande entreprise. Il est très… Il est très money driven. La seule chose qui va l’intéresser, c’est de faire du business. Et puis, finalement, tu te rends compte que tout ça, c’est drivé par une certaine forme de pragmatisme. Tu es passé par ces problèmes-là. Tu essayes de les résoudre. Et du coup, tu proposes la meilleure solution possible à tes clients. Et moi, j’adore. Voilà. Ça me fait vraiment rêver. Si tu veux que je te raconte une anecdote, moi, j’habite au Luxembourg. Et pendant quelques temps, j’allais au bureau en vélo. Alors, pas en mode vélotaf, mais vraiment en mode sportif avec ma tenue, etc. J’avais l’opportunité de faire une douche en arrivant au bureau. Et puis, un jour, je suis arrivé au bureau. J’ai posé mon vélo dans le… Dans le parking à vélo. Et puis, un collègue qui est arrivé une heure après m’a dit « Eh, tu as vu, ton vélo, il est à plat ». Donc, je suis descendu dans le garage. Effectivement, il était à plat. Sauf que je n’avais ni chambre à air de réparation, ni mon matériel de réparation. Je n’avais absolument rien. Mais le soir, il fallait que je reparte chez moi. Donc, j’étais au bureau… Au magasin de vélo à 300 mètres du bureau. Je leur ai dit « Est-ce que je peux vous le laisser ? » Je repasse dans deux heures. « Oui, oui, pas de souci. » Je suis repassé deux heures après. Le vélo n’était pas fait. J’ai attendu quasiment trois quarts d’heure qu’ils finissent, soi-disant. À mon avis, ils ont commencé à ce moment-là de faire ma réparation qui était juste une crevaison. Et au final, ils m’ont taxé 50 balles parce qu’ils m’ont considéré qu’ils avaient passé une heure sur le vélo. Donc, je plussois, comme on disait quand on était jeune, ton initiative et tous ces irritants que tu essayes de faire sauter, notamment à base de beaucoup de pragmatisme. 

  

Emmanuel : Pour l’histoire de venir des grosses sociétés, pour l’année d’aujourd’hui, quand je suis parti de… Quand j’ai donné ma démission… En janvier 2019, on m’a pris quand même chez beaucoup de collègues. Je le sentais bien. Ils étaient polis avec moi. Mais ils me prenaient pour un gentil rêveur parce qu’un gars qui quitte un poste qui n’était pas si mal que ça et pour aller vendre des vélos de fonction. Et ce n’est pas si vieux que ça. Mais il y a trois ans, beaucoup de gens ne comprenaient pas trop ce que je voulais faire. Maintenant, ça paraît… On pourrait dire que c’était opportuniste. Bon, avant, en septembre 2019, ça ne l’était pas encore. Maintenant, oui, c’est même… C’est même… Un collègue qui me prenait pour un gentil rêveur, il me rappelle en me disant… vais rester poli, mais voilà. Mais oui, Quand j’ai eu ce magasin qui m’a dit repasser dans trois semaines, je me suis dit…  Les gens, ils n’ont pas compris. Ce n’est pas des gens… En tout cas, quand on a une réponse comme ça de la part d’un… Un atelier, ce n’est pas des gens. Ce sont des gens qui ne viennent pas en vélo au travail. Parce que si vous venez… Le gars qui vient tous les jours en vélo, il sait très bien que si on ne lui répare pas, le mec, il est juste où la femme, elle est dans la panade. 

  

Ermanno: C’est ça. 

  

Emmanuel : Donc, je pense qu’il y a une réelle… Oui, quand on l’a vécu, c’est très naturel de tout arrêter et de réparer. Et encore une fois, après, la personne, elle doit… Bon, 50 euros, la crevaison, c’est un peu cher quand même, je te l’accorde. Mais après, on ne travaille pas gratuitement. Un tout-service se paye, mais il le faut, ce service. C’est juste… Et je pense que ce sont des choses qui vont se développer très rapidement. 

  

Ermanno: Je suis d’accord avec toi. Un tout-service se paye. Et ce n’était pas tellement sur le fait d’avoir payé. J’étais prêt à payer, mais c’était sur le montant à payer. Ça m’a un petit peu refroidi, surtout que je trouve que le service n’était pas là pour un magasin qui se disait être un magasin premium. Soit. Emmanuel, je te propose de prendre une petite inspiration. On va passer dans la phase un petit peu terminale du podcast. Et c’est le moment où on revient un petit peu plus sur toi, plus que sur tes activités professionnelles. Déjà, j’aimerais savoir quel est ton meilleur souvenir de Vélotaff. 

  

Emmanuel : En fait, un particulier, non, mais j’en ai plusieurs. Et c’est en fonction des trajets que je faisais, en fonction du lieu de mon travail. Le dernier en date, c’est comme je le disais tout à l’heure, c’est que je partais le matin de l’hôtel de ville, j’allais jusqu’à Boulogne. Et je passais devant l’hôtel de ville, devant la conciergerie, devant le musée d’Orsay, le Louvre, l’Assemblée nationale des quais de Seine. Et c’était juste, c’était juste des moments, c’était assez incroyable. J’avais vraiment la sensation d’être, je l’ai déjà dit, mais d’être en vacances en allant au travail. Je te rassure, je travaillais après. Je dirais ça, après, à donné, je la coulée verte Paris et Massy, au sud de Paris. Et c’est la bande, c’est une bande de 100 mètres autour du TGV. Et là, donc j’étais en milieu sécurisé pendant une dizaine de kilomètres. J’avais l’impression d’être, pas en campagne, ce serait un grand mot, mais en tout cas, je voyais vraiment les saisons. Et j’ai des images de l’arbre japonais qui est tout haut. J’ai oublié le nom, mais j’avais vraiment la sensation de sentir les saisons. Voilà, les deux moments, pas des moments, mais les deux trajets, les deux beaux trajets que je faisais.  

Ermanno: Ben écoute, ça donne. Ça donne envie, effectivement. On a pas mal parlé de toutes les actions que tu mènes au quotidien. Et tu nous disais que tu avais encore plein d’autres idées de choses à développer. À ton avis, comment est-ce qu’on pourrait promouvoir encore plus l’utilisation du vélotaf ? 

  

Emmanuel :Quand j’ai commencé en septembre 2019, bon, moi, j’y allais à partir de mon expérience, mais j’ai fait ma petite enquête. Les deux freins, c’était l’accidentologie et le vol. Au niveau accidentologie, le FEG, et j’entendais dernièrement, il y avait plus de 14 % de pratique du vélo, en tout cas sur Paris ou sur la France, je ne sais plus. Les gens commençaient à se rendre compte que finalement, oui, il y a… Enfin, c’est dangereux, mais si on fait gaffe, c’est pas plus dangereux qu’être piéton, d’ailleurs. Donc l’accidentologie, c’est un peu moins un frein. En revanche, le vol reste un très, très gros frein. Et tant qu’on ne trouvera pas de solution, soit de… Enfin, les cadenas, des vélos connectés, des solutions pour connecter ou en tout cas, des solutions pour empêcher le vol ou tout simplement… Aujourd’hui, il y a une certaine impunité et je ne suis pas… Je vais passer pour un gros réacte en disant ça, mais il y a une certaine impunité dans le vol de vélo. C’est devenu quelque chose de courant. Le prix médian d’un vélo à assistance électrique, c’est 1800. Donc ce n’est quand même pas rien un vol d’un objet à 1800. Donc je pense que si on veut développer encore plus le vélo, le frein par rapport au vol, c’est vraiment quelque chose… Moi, tous les jours, on croise des clients qui disent j’aimerais bien acheter un vélo, mais je ne peux pas le garer dans la rue. Moi, mes vélos, ils sont garés dans la rue et j’ai plusieurs cadenas et je ne me les fais pas voler. Je croise les doigts. Donc je dirais que c’est ça. Après, il y a plein de belles initiatives. Là encore, ce matin, il y a une association qui fait un truc, une journée sur le 13e arrondissement. Bientôt, il y a plein d’initiatives. Donc je dirais que des initiatives, il y en a plein. Après, il faut réussir, en tout cas en ville. Là, je pense que c’est très citadin, mes propos. Mais en ville, le vol, c’est quand même un gros frein encore. 

  

Ermanno: Ah oui. Ça, je te le confirme. Et j’avais reçu sur le podcast le cofondateur de Vél’home, qui est tout simplement une plateforme de mise en relation entre des cyclistes qui cherchent justement un endroit sécurisé pour pouvoir garer leur vélo et des gens qui mettent à disposition un bout de parking, un emplacement sécurisé, parfois un balcon en ville où les gens peuvent venir poser leur vélo et qui ne prennent aucune commission dessus. Donc à chaque fois que j’ai l’occasion d’en parler, à chaque fois que mes invités me parlent de vol de vélo, je place cette initiative Vél’home. Franchement, allez-y. Déjà, allez réécouter l’épisode avec ce fondateur et puis allez faire un tour sur la plateforme Vél’home. Je pense que ça peut faire sauter aussi ce frein de la peur du vol de vélo. 

  

Emmanuel : Après, il y a tellement énormément d’initiatives un peu partout, tant associatives qu’il y a pas mal d’entreprises comme la mienne qui développent tous les services. Donc ça, je ne suis pas inquiet. Ça va se développer. Mais moi, je le vis tous les jours avec des clients qui disent souvent qu’ils vont acheter un vélo pliant, qu’ils vont monter tous les jours dans l’appartement. Bon, c’est quand même pas top. Quand on parle de liberté en vélo, en arrivant, il faut plier son vélo. Et j’en vends des vélos pliants. Mais si on pouvait être tranquille en arrivant juste un peu comme à Amsterdam. J’y étais. Il n’y a pas longtemps, ma fille étudie là-bas. On ne voit pas les trois cadenas que je mets sur mon vélo. Il y a quand même des cadenas, mais on sent les gens plus relax. Je ne me suis pas plongé sur les statistiques de vol en Hollande. Enfin, en tout cas, c’est empirique ce que je dis, mais ce que j’ai pu voir, je n’ai pas l’impression qu’il y ait autant ce problème de vol. 

  

Ermanno: Tu sais ce qu’il te reste à faire ? Des espèces de cagettes brandées Cycl’emouv que tu peux balader un petit peu partout dans Paris où les gens peuvent éventuellement garer un ou deux ou trois vélos. Tout ça connecté avec des cadenas connectés pour éviter que n’importe qui puisse se servir. Ça pourrait être pas mal comme solution. 

  

Emmanuel : Ça existe plus ou moins. Il y a la ville de Paris qui a mis des parkings sécurisés. C’est des petites, on dirait, c’est à peu près le volume d’une tente igloo. D’une tente igloo sur, je ne sais pas, ça doit faire cinq, six mètres. On doit mettre une dizaine de vélos. On rentre avec soit un code, soit un badge. Non, ça commence à exister. Mais enfin, moi, je pense que pour qu’on développe le vélo, il faut que ce soit relax. Et dès l’instant où on dit quand vous arrivez, vous badgez. C’est bien ces solutions, mais je dis mince, c’est quand même quand on parle de liberté. Il faudrait qu’on puisse quasi arriver. Juste mettre un cadenas et rentrer chez soi. Alors que là, c’est encore quand on fait le vélo tafau quotidien. Il faut limiter tout ce qui est. Si vous mettez cinq minutes à mettre les cadenas, cinq minutes à mettre vos tenues et autres. Ça, c’est un vrai frein pour développer le vélo. Donc le vol, oui. 

  

Ermanno: Du coup, on aura compris pour développer le vélo. Déjà, il faut trouver une solution au vol. Et puis, il faut trouver une solution à tous ces irritants dont tu nous parles. Même si tu as déjà essayé d’en atténuer certains. Toi, quel outil tu utilises pour vélotaf au quotidien? 

  

Emmanuel : J’ai plusieurs vélos. J’utilise quasi que le vélo assistance électrique parce que je fais entre 30 et 50 km par jour. Et quand je vais à un rendez-vous, je vante les mérites du vélo assistance électrique. Parce qu’on peut arriver à un rendez-vous central. Donc si j’arrive avec les marques sous les aisselles, c’est la fiche mal. Donc c’est vélo assistance électrique en priorité. Après, je fais du vélo route. Mais là, c’est plus pour le plaisir. Je fais du vélo route le week-end. Mais là, c’est du vélo plaisir. Et un petit peu de vélo mécanique. Parce que parfois, on n’a pas encore de vélo de courtoisie. Dans le 13ème. Donc moi, je prête le mien et je rentre en vélo mécanique. Mais c’est essentiellement vélo assistance électrique. 

  

Ermanno: Si tu devais nous donner quelques tips. Tout à l’heure, tu nous as parlé des applications météo. Tu nous as parlé aussi des cadenas. Est-ce qu’il y a un outil indispensable pour toi, justement, pour vélotafer? Tu pars le matin. Il y a certaines personnes, ils passent la porte de la maison. Ils se rendent compte qu’ils ont oublié le téléphone. Il faut qu’ils remontent chercher les affaires. Toi, qu’est-ce que ce serait comme outil qui t’empêcherait de vélotafer? D’aller au bureau ou d’aller dans tes ateliers. 

  

Emmanuel : Alors, moi, je pars toujours. J’ai toujours dans mon sac mon poncho et mes guêtres pour la pluie. Du coup, je pars tranquille. S’il pleut, je m’arrête et je mets le poncho et les guêtres. Je n’ai pas cette notion. Mince, il va pleuvoir. Donc, c’est ça. Et puis après, même si je devrais l’utiliser plus souvent, c’est l’application Géo Vélo qui donne des trajets sécurisés. Et ça, c’est surtout pour les gens qui dépassent. Alors, quand on dit l’application Géo Vélo, une appli, il faut avoir le porte-application. Il n’y a rien de plus dangereux que de tenir son portable d’une main. Mais si on a l’application Géo Vélo quand j’ai un rendez-vous, par exemple, rendez-vous client. Si vous allez toujours au même endroit, ça ne sert à rien. Mais quand vous avez une nouvelle adresse, l’application Géo Vélo et puis la tenue, oui.  

  

Ermanno: Bon, écoute, comme on parle de Géo Vélo, là aussi, j’en profite pour faire un peu d’autopromo. Je vous invite à aller réécouter l’épisode où, justement, j’ai reçu une personne de chez Géo Vélo qui venait nous expliquer tous les bienfaits de son application. Et là aussi, ça donnait plus qu’envie de s’installer un support sur son vélo, de poser le téléphone dessus et puis de la brancher à chaque fois qu’on prend le vélo. 

  

Emmanuel : Pardon, j’ai oublié de le dire. Comme chez l’entreprise socialiste solidaire, je recherche toutes les solutions. Tout ce qui peut être local, je fonce dessus. Et donc, Géo Vélo, ils sont à Tours de mémoire. Et c’est super agréable de voir une application qui rend un vrai service et puis qui concurrence un Google Map qu’on prend par défaut. Donc, plus on prendra Géo Vélo, mieux ce sera. Et je n’ai pas d’action chez Géo Vélo. Ça, c’est mon ancien passé. 

  

Ermanno: Non, mais de toute façon, je trouve que c’est une application non seulement qui est super bien faite, mais qui est en plus plébiscitée par une bonne partie des invités que je reçois sur le podcast. Donc, effectivement, plus on sera nombreux à l’utiliser et mieux ce sera. Et puis, c’est français, donc cocorico. Emmanuel, si tu devais passer le micro, est-ce qu’il y aurait une personne que tu voudrais absolument entendre sur ce podcast pour s’exprimer aussi, soit sur ses actions au quotidien pour sauver ou pour défendre le vélotaf ou pour promouvoir encore plus le vélo taf ? Ou quelqu’un que tu connais, que tu aimerais bien entendre ? 

  

Emmanuel : Alors, je connais et d’ailleurs, j’aurais dû lui en parler parce que la dernière fois que j’ai entendu ton podcast, c’est celle qui avait créé Bicyclette. Elle s’appelle Charlotte Niewiadomski, je crois. Et elle avait créé Bicyclette, qui existe toujours, bien évidemment, qui est une belle coopérative pour promouvoir le vélo et à la base, ils étaient à Gennevilliers, ils avaient également des cours de vélo-école et il y avait des belles histoires et je sais qu’elle est repartie à Dunkerque et je lui fais confiance pour recréer un petit, une association, une coopérative, quelle que soit la forme, pour justement développer le vélo et pour tout type de personnes. Donc, Charlotte Niewiadomski et j’espère que je n’ai pas trop cloché son nom. 

  

Ermanno: Écoute, je te remercie pour la reco. J’irai voir ça avec plaisir. Emmanuel, écoute, je pense qu’on s’est tout dit aujourd’hui sur toi, sur ton utilisation du vélo, sur comment promouvoir le vélo taf et puis bien sûr sur Cycl’emouv. Justement, si on veut en savoir plus sur Cycl’emouv, si on veut suivre un petit peu vos activités, si on veut venir dans un des ateliers, où est-ce que ça se passe ? 

  

Emmanuel : Alors, on a un site www.cyclomove.fr et puis autrement, nos ateliers sont dans le 16e au 95 rue Chardon-la-Gache et dans le 13e au 22 avenue Lyon-Aubolée. Et puis moi, mes bureaux, enfin mon bureau est au 22 avenue Lyon-Aubolée. Et autrement, le site internet que je vais refaire d’ailleurs parce qu’il a évolué en deux ans, c’est www.cyclomove.fr. Et on est un peu, j’essaie d’être actif sur LinkedIn. 

  

Ermanno : Écoute, Emmanuel, merci beaucoup pour le temps que tu m’as accordé, pour toutes les réponses que tu nous as apportées. Et puis pour cette joie, cette bonne humeur et cette envie de remonter sur le vélo et soit d’aller au bureau, soit de revenir à la maison. Je te souhaite une très bonne continuation et puis je te dis à très bientôt. 

  

Emmanuel : Merci beaucoup, Ermanno. À bientôt. 

co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHLÈTE
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Podcasts, SwimRun, UltraRunner et Papa x 4 enfants je cours après le temps, mes passions et mes petits amours.