« Le vélo doit faire partie des moyens de déplacement sérieux sans que ce soit dédié à quelques fous !» – Charles Poretz
Serial entrepreneur, en approchant la cinquantaine, mon invité de la semaine a changé de branche pour son dernier bébé : une entreprise dont le seul but est de mettre le maximum de gens au vélo.
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Ce podcast animé parErmanno DI MICELIest proposé par l’ONGTwoWheelTuesday(@2wteu), et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique duVélotaf.
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Ermanno : Bonjour à toutes et à tous, bienvenue pour un nouvel épisode du podcast Vélotaf. Aujourd’hui, je suis très heureux de donner la parole à mon invité Charles Poretz. Charles, dans la tradition de cet épisode, je vais te laisser le micro pour te présenter. Alors, dis-nous tout. Qui est Charles Poretz ? Quel âge as-tu ? Que fais-tu dans la vie ? Et pourquoi est-ce que tu t’exprimes à ce micro aujourd’hui pour parler mobilité douce et Vélotaf ?
Charles : Bonjour et merci pour cette invitation. Je suis Charles Poretz, le fondateur d’une entreprise qui s’appelle Cyclez. Comme son nom l’indique, c’est une entreprise qui touche au vélo et dont la mission depuis 2013, l’année où j’ai conçu et mis en route Cyclez, sa mission c’est de permettre aux salariés de se déplacer à vélo. Donc nous, notre objectif, c’est des gens salariés sur des vélos. Et pour ça, aujourd’hui, on le fait au travers de… Alors sans faire trop de pub pour Cyclez, mais juste pour dire un petit peu le modèle économique et comment on voit les manières de mettre des gens sur des vélos. Et donc faire du Vélotaf, puisque c’est le sujet qu’on va aborder. C’est soit par le biais de l’entreprise elle-même, qui dans le cadre de sa politique RSE, RH, réduction des gaz à effet de serre, va investir dans des solutions vélo, qui peuvent être du vélo partage, du vélo de fonction, des vélos de service, selon les différents cas. Et aussi par l’équipement du salarié personnellement, grâce aujourd’hui à différents dispositifs qui viennent un petit peu s’empiler et qui sont un petit peu très incitatifs, qui sont d’une part le forfait mobilité durable, qui pour l’instant n’est pas obligatoire, mais on souhaite tous qu’il le devienne, parce que ce sera à ce moment-là un signal très fort pour que les entreprises permettent à leurs salariés et finances en partie, tout ce qui concerne le vélo de leurs salariés, de l’acquisition à l’entretien. Donc notre mission, c’est aussi de permettre aux salariés de s’équiper. Ça veut dire qu’on vend des vélos à des salariés d’entreprise avec lesquels on est en contrat. Alors on ne vend pas de vélo à des particuliers, on vend des vélos à des salariés d’entreprise avec lesquels on est en contrat. Ça signifie qu’on assure des services qu’on propose aux entreprises en parallèle du fait que leurs salariés vont acheter chez nous un vélo, c’est par exemple de l’entretien sur site, ce qui est très quali parce que finalement tu fais ton vélo-taf et puis une fois tous les trimestres ou tous les semestres selon les cas, tu as un mécanicien cyclé qui vient, un matin tu as pris rendez-vous sur une plateforme, tu déposes ton vélo, il fait un check-up, il entretient ton vélo, c’est l’entreprise qui paye ce service pour un coût extrêmement modeste, on va dire au regard des budgets des entreprises, mais néanmoins c’est un service de très forte valeur ajoutée. Donc voilà. Notre modèle économique c’est, pour prendre des termes franglais, c’est du B2B2employé, B2B2E, et donc une autre mission c’est mettre des salariés sur des vélos. Cette mission elle répond en fait à une conviction forte qui est à la source de la création de Ciclé, c’est que le vélo doit faire partie des moyens de déplacement sérieux et normaux sans que ça soit un truc dédié simplement à quelques fous furieux, vélos taffeurs qui vont affronter tous les mauvais temps et autres problèmes. Et donc, pour nous, la conviction forte c’est effectivement que le vélo fait parti des moyens de déplacement mis à disposition des salariés, ou que les salariés peuvent utiliser. Alors en 2013, c’était une super bonne idée, au dire de tous mes interlocuteurs…
Ermanno : Je sens déjà le type de réponse que Timothée m’a déjà fait quand il présenté EcoDev, mais vas-y, je te laisse continuer.
Charles : Voilà, je pense qu’effectivement, c’était une super bonne idée, mais en toute sincérité, c’est-à-dire que tous mes interlocuteurs disaient, oui, vous avez raison, oui, il va falloir que, c’est bien, mais pour beaucoup de mes interlocuteurs, le vélo était, et c’est encore en partie le cas, mais moins, était vu, comme je le dis souvent, au travers du pare-brise, c’est-à-dire, mon interlocuteur, bien souvent, arrivait le matin dans sa voiture de fonction, il avait fait ses 7 km entre son parking du domicile jusqu’au parking de son entreprise, et il aura croisé, à cette époque-là, quelques cyclistes un peu, voilà, un peu fous, parce que les pistes cyclables n’étaient pas encore là, parce que, voilà, tout un tas de, la complexité de la mise en, du partage de la chaussée est quelque chose de, il n’y a pas une personne qui a raison contre quelqu’un qui a tort, il y a une grande complexité liée à… ne serait-ce que l’infrastructure, et donc, ce responsable qui, au travers de son pare-brise, avait le matin, forcément, été témoin d’une ou deux petites infractions, du type, je grille le feu rouge, je slalom entre les voitures, etc., parce que nul n’est parfait, hein, j’ai jamais encore rencontré le Français qui n’a jamais commis d’infraction, donc, il faudra me le présenter le jour où il sera né, et donc, ce responsable, bien souvent, avait cette, cette vision, tout à fait légitime, d’ailleurs, hein, que, qu’on peut comprendre de la part d’un responsable d’entreprise, qui est que, c’est bien, vous avez raison, il faut qu’on, mais, c’est quelque chose de, pas, on n’est pas encore prêt.
Ermanno : Peut-être avant que tu passes à la suite, justement, parce que là, tu nous racontes un petit peu l’histoire de Cycler, c’est-à-dire, depuis 2013, je te propose de reprendre un peu les rênes, puisque, j’ai une tradition dans ce podcast, déjà, et de donner la parole à mon invité pour qu’il se présente, lui, avant même de présenter l’activité dans laquelle il est lancé.
Charles : Merci de reprendre ça, et, effectivement, je vais faire ça. Une petite parenthèse, que, voilà, je vais fermer la porte-fenêtre, parce qu’on risque d’avoir du bruit de l’extérieur.
Ermanno : Vas-y, vas-y, je t’en prie, vas-y.
Charles : Alors, donc, moi, je suis un jeune homme qui, aujourd’hui, en 2022, va dans quelques semaines fêter ses 62 ans, c’est assez irréel, mais, en ce qui me concerne, mais, bon, voilà, et, depuis tout petit, là, les gens me disent que j’ai toujours fait du vélo. Moi-même, je pense avoir un petit vélo dans la tête, et ce qui, voilà, ce qui est vraiment… Alors, quand je dis toujours fait du vélo, c’est du plus jeune âge, comme tous les mecs des années 60, on prenait notre vélo pour aller à l’école, on sortait de l’école, c’était notre moyen de déplacement, bon, c’était normal, quoi, c’était un truc, il n’y avait pas à se prendre la tête, c’était comme ça, et ce n’était pas un objet ni très cher, on le réparait nous-mêmes. Moi, à 7-8 ans, je savais changer un pneu et réparer une chambre à air, donc, il n’y a rien de particulier à cela, c’est juste que c’était, bon, voilà, ça faisait partie de l’époque. Bon, le vélo, c’est aussi quelque chose qui m’a accompagné d’un point de vue sportif, parce que j’ai longtemps fait de la compétition de VTT, cross-country, à un niveau correct, on va dire, régional.
Ermanno : Alors, ça, c’était peut-être pas dans les années 60, le cross-country ?
Charles : Les années 90, 2000, après que mes enfants aient un peu grandi, on va dire, parce que, voilà, les obligations familiales, et donc, beaucoup de VTT, bon, comme je suis quelqu’un de très engagé dans ce que je fais, que je ne fais pas qu’à moitié, j’ai été élu au bureau du club dont je faisais partie, qui est l’ACBB, le plus grand club de mini-sport en France, aujourd’hui, à Boulogne-Biancourt, j’ai été également délégué à l’UFOLEP pour l’organisation des courses VTT en région parisienne, donc, voilà. Très embarqué dans le vélo, et à l’époque, j’avais des activités dans des univers très différents, qui étaient de l’informatique et, voilà, des activités assez différentes.
Ermanno : Peut-être juste, petite astérisque, l’UFOLEP, tu peux préciser, parce que moi, je connais, mais c’est peut-être pas le cas de nos auditrices et de nos auditeurs.
Charles : C’est une des fédérations principales qui vous permet d’avoir une licence cycliste et d’être, de pouvoir vous engager sur certaines courses, mais aussi d’avoir des couvertures assurancielles dans votre pratique cycliste plutôt sportive, on va dire. C’est une fédération qui dépend de l’éducation nationale, enfin, qui est issue à la base de l’éducation nationale, et c’est une des grandes fédérations aux côtés de la Fédération française de cyclisme et de la FFCT, de la Fédération française de cyclotourisme. Voilà. Donc, on peut prendre sa licence UFOLEP, et UFOLEP, alors, aujourd’hui, un peu moins, mais à l’époque où j’en étais, enfin, où j’étais actif, on va dire, était très, très actif en matière d’organisation de courses VTT. C’était en Île-de-France. Voilà. Donc, c’était une des choses dont on part, enfin, je faisais partie des équipes qui géraient ça. Donc, le vélo, c’est, je suis tombé dedans tout petit, effectivement, ça ne m’a jamais quitté.
Ermanno : Alors, je me permets, on ne dit pas tomber dedans, on dit monter dessus, sur un vélo.
Charles : T’as raison, t’as raison, tout à fait. Je suis beaucoup tombé, mais ça ne m’a jamais empêché de remonter, parce que tu imagines bien que quand tu fais du VTT, t’en prends, et des sérieuses, mais bon. Ça fait partie, c’est le métier qui rentre, comme on dit habituellement. Voilà. Et puis, un beau jour, effectivement, pour faire le lien avec l’activité, j’étais entre deux business, puisque je suis aussi un entrepreneur. J’ai fait, au siècle dernier, une école de commerce. J’ai travaillé pour le compte d’une entreprise qui n’était pas à moi pendant deux ans et demi, trois ans de ma vie. Le reste du temps, j’ai été un entrepreneur qui a connu les 360 de la réussite. C’est-à-dire les belles croissances, mais aussi les dépôts de bilan, les activités qui marchotent, etc. Et puis, arrivé à la cinquantaine, je me suis dit, bon, il faut, je pense, quand je ne dors pas, je pense au vélo, et je me suis dit, il faut absolument que je trouve une activité qui soit en adéquation avec deux sujets qui m’importaient beaucoup. Le premier, c’était la question de… Du vélo. Je voulais une activité dans le monde du vélo. Puis le second, c’était le problème qui, aujourd’hui, fait la une, rapport du GIEC et autres, etc., mais qui devenait déjà très prégnant. C’était le problème de la pollution, du réchauffement climatique et de ma responsabilité personnelle, parce que j’ai rejeté ma dose, comme tout le monde, de CO2 dans l’atmosphère. Et puis, un jour, tu t’assoies et tu te dis, bon, il s’agirait peut-être de se bouger le cul un tout petit peu chacun à notre niveau. Et donc, j’ai cherché une activité qui me permette d’allier ces deux questions, mon amour du vélo et l’envie d’être utile et de contribuer. Ça, c’est un mot très important pour moi. C’est de pouvoir contribuer, c’est-à-dire que je n’ai aucune prétention à avoir des solutions. En revanche, je pense qu’on est chacun, on a une obligation de moyens, chacun de nous, de contribuer à ce que le monde autour de nous change. Pour la petite histoire, j’ai donc trois enfants qui, en 2013, étaient des ados un peu avancés, on va dire. Et la veille de la création de Cyclez, je les ai assis. C’était le 14 juillet 2013, puisque j’ai déposé les statues le 15 juillet. Je les ai assis devant moi.
Ermanno : Oui, parce que le 14 juillet, je crois que tu ne peux pas déposer des statuts en France. C’est un peu la fête nationale.
Charles : C’était un dimanche, le 14 juillet 2013.bDonc, je les ai assis devant moi et je leur ai dit, voilà, je veux que vous observiez deux choses. Je vais créer une entreprise, on en avait un peu parlé dans le domaine du vélo, et je veux que vous regardiez deux choses. La première, c’est que tous les matins, quand on se lève, on peut changer sa vie par son action, par sa volonté, par son travail, par l’effort. Et la deuxième, c’est que chacun de nous, on a une obligation de se bouger et d’agir. En tant qu’exemple, en tant qu’acteur. Dans le quotidien de chacun, même si ce n’est pas pour être le révolutionnaire qui va trouver la solution au miracle et il n’existe pas, on a une obligation de chacun de nous d’agir, chacun à son niveau. Nul n’est parfait. Moi, je trie, mais je ne trie pas tout. Je n’ai pas de voiture, mais quand même, j’utilise des voitures, etc. Aujourd’hui, je ne prends plus l’avion, mais à l’époque, je prenais encore l’avion.
Charles : Et j’espère avoir transmis par cet exemple auprès de mes enfants. Après, chacun est libre de faire ce qu’il veut, mais c’était un point très important. Je me suis mis une forte pression quand tu dis ça à tes gamins au moment de créer une boîte. C’est une forte pression, c’est-à-dire qu’il n’y a pas que la pression économique.
Ermanno : Il y a aussi les valeurs que tu transmets et l’image que tu donnes.
Charles : Si tu te plantes, ton gamin, il va dire ouais, bof.
Ermanno : C’est marrant ce que tu dis parce qu’on en a déjà parlé aussi avec Stéphane Voland qui est, je le rappelle, ancien secrétaire général de la SNCF. Et le président de Smomego qui opère Vélib dans la région Île-de-France. On parlait justement de cette fameuse théorie du colibri. Chacun à notre niveau, on fait un petit peu, enfin on ne fait pas un petit peu, on fait ce qu’on peut pour aider. Alors c’est sûr qu’un automobiliste qui devient vélo taffeur, c’est un parmi des millions. Par contre, un plus un plus un plus un, ça peut faire 60 millions de Français qui vont prendre le vélo pour se déplacer, pour faire des trajets de moins de 5 km tous les jours.
Charles : Je pense que un, c’est un dans un écosystème. C’est-à-dire qu’on a tous… On a tous des parents, des amis, etc. Et que par capillarité, par exemplarité, on peut convaincre petit à petit. Moi, je sais qu’autour de moi, je vois des comportements changer. Alors je n’en suis pas responsable, mais je pense que je contribue à aider au changement de certaines personnes qui avaient du mal à sortir de leur voiture et qui essayent de temps en temps de prendre un transport en commun, de prendre un vélo, de ne pas aller au bureau, etc. Et je pense que un, c’est un dans un réseau et que chacun, on a chacun effectivement, c’est la théorie du colibri cher à Pierre Rabhi que j’avais rencontré, qui m’avait beaucoup, enfin j’avais pris un café avec lui quelques temps avant sa mort et c’est un mec que j’ai trouvé bluffant, c’était effectivement fantastique. Enfin voilà, donc il y a une vraie… Un vrai engagement et effectivement, le vélo d’une part et la contribution à changer qui est de pire en pire, je veux dire, c’est même plus une nécessité. Là, on a le couteau sous la gorge et c’est terrible de… Moi, mes gamins, on l’a vingtaine. Moi, quand j’avais 20 ans, putain, mais c’était l’éclate, quoi. Le monde… Non, mais le monde était fabuleux. Je pouvais tout faire. Et j’ai… J’en ai profité, effectivement. Alors, comment dire, je n’ai pas de regrets, je n’ai pas de trucs. J’étais dans un système qui était celui-là. Mais effectivement, avoir 20 ans aujourd’hui, c’est un autre sujet. Bon, c’est très bien aussi parce que je vois mes gamins qui ont un sens des responsabilités, justement, qui agissent à leur niveau puis qui essayent un petit peu de donner du sens à ce qu’ils font. Donc, tu te dis, OK, il y a une génération, peut-être, qui va… Il faudra qu’elle pousse très, très vite, les vieux cons. Je fais partie, mais pour que ça change, quoi.
Ermanno : Je pense que c’est aussi une question de prise de conscience. Moi, j’ai un grand-fils de 23 ans. Bon, j’ai aussi un quatrième-fils de 20 mois. Donc, on a vu large avec mon épouse. Mais celui de 23 ans n’est pas encore super engagé, justement, sur ces questions-là. Alors, il y fait un peu plus attention, mais comme tu dis, je pense que c’est aussi une question de mode de vie.
Charles :J’ai eu une discussion très… J’ai eu une discussion très animée avec mon neveu, qui est un élève dans une grande école de commerce, qui me parlait de la voiture… Enfin, qu’il avait eu une présentation sur la voiture autonome et les statistiques sur la ville de Boston, que ça allait réduire par 66%, etc. Et moi, je pense que c’est du bullshit complet, quoi. Je pense que c’est un total bullshit, cette histoire. C’est de la récup du monde automobile pour pas laisser le gâteau s’échapper. Et c’est compréhensible. D’ailleurs, les mecs, ils ont des milliers, des dizaines… Ils ont des milliers de salariés, des investissements monstrueux, des actionnaires dans tous les sens. Faut qu’ils trouvent des solutions. Et donc, j’ai eu une discussion un peu animée, on va dire, avec mon neveu, qui, pour lui, la technologie va nous sauver. Et bon, moi, j’ai du mal à croire au Messie technologique. Je pense que s’il arrive, tant mieux. Mais on a intérêt à se bouger au quotidien et à chaque minute, quoi.
Ermanno : Bon. Et du coup, toi, tu crois plutôt au Messie cycliste. Je voudrais quand même revenir un petit peu… Sur toi, puisqu’il y a une chose qui m’a marqué quand tu nous as fait ta présentation, c’est que tu nous as dit que tu as cherché une idée qui venait en confrontation ou qui permettait de cumuler tes deux envies, faire quelque chose pour l’environnement et faire quelque chose autour du vélo. C’est assez intéressant comme approche parce que les entrepreneurs avec lesquels je parle, et j’en fais partie aussi, on ne cherche pas forcément une idée pour rentrer dans un domaine. On a plutôt une idée et on voit comment est-ce qu’on peut la développer, qui vient de son mode de vie, qui vient de son mode de pensée, qui vient de son évolution, de sa maturité acquise au fil des années. Mais toi, tu as vraiment cherché l’idée qui correspondrait à ta vie d’après.
Charles : — Alors moi, sans faire le récap de ma vie d’entrepreneur, j’ai eu des entreprises dans des domaines très variés. Mes premières boîtes, c’était aux États-Unis dans l’importation de fringues françaises, en Californie et à New York. Donc ça, c’est ma toute première entreprise créée par moi-même, etc., en tant que petit merdeux de 23 ans qui sortait de l’école. Et… — C’était pas si mal. — Ah, c’était génial. C’était génial. C’était fantastique.
Ermanno : — Depuis les États-Unis dans les années 80, ça devait vraiment être cool.
Charles : — Je te passe les détails. Mais effectivement, dans le monde de la mode, bon, c’était cool. C’était très bien. Et puis ça a bien marché. J’ai monté des boîtes dans l’informatique et dans le négoce de matériel informatique, ainsi que dans la location de matériel informatique dans les années 80, à un moment où la microinformatique démarrait juste et où j’ai senti qu’il y avait là un truc qui allait devenir… révolutionnaire dingue. C’est l’époque où Jobs s’était fait virer par Scully de Apple. Enfin bon. Et donc ça aussi, ça a extrêmement bien marché. J’ai eu des restaurants. J’ai eu des boîtes dans l’importation d’articles de puriculture. J’ai créé une marque d’articles de puriculture qui existe toujours et qui est assez connue. Voilà. J’ai eu plein d’aventures. J’ai monté… En direct, moi, j’ai monté une vingtaine de boîtes et j’étais actionnaire d’un multiple de ça… Voilà. Donc je sais ce que c’est que l’entrepreneuriat. Et arrivé à 53 ans, exactement, parce qu’en 2013, j’avais 53 ans, c’est pas que j’en avais fait le tour, mais c’était vraiment important qu’il y ait du sens. Et surtout, comme je ne pensais qu’au vélo… Enfin, je pensais qu’au vélo. Voilà. Je faisais mes courses le week-end. Je faisais trois séances d’entraînement dans la semaine.
Ermanno : Il y en a quand ils se réveillent le matin, en se rasant, ils pensent à un poste de… Un plus haut poste en tant que président.
Charles : Et puis il y en a d’autres qui pensent au vélo. C’est ça. Et en tout cas, bon, moi, ça m’animait réellement, quoi, d’un point de vue très personnel. Et il fallait que ça devienne… Voilà. Et c’est la seule fois dans ma vie professionnelle d’entrepreneur où j’ai fait quelque chose qui n’était pas lié à soit la rencontre, à donner différentes… Oui, une opportunité, quoi. Pour moi, toutes mes créations d’entreprise dans des secteurs assez différents, finalement, en dehors de l’informatique, c’était toujours des rencontres avec des gens. Et des… Tiens, et si on faisait un truc comme ça ? Ah, tiens, j’ai un projet comme ci, qu’est-ce que t’en penses ? OK. Donc, la rencontre était… Et là, c’était une rencontre avec moi-même. Et d’ailleurs, je suis allé chercher un associé parce que je ne voulais pas faire seul. Donc, un de mes copains de roulage à qui j’ai dit, viens là, toi, t’es ingénieur électromécanicien, je vais avoir besoin de ton intelligence et de… Je vais avoir besoin d’avoir un associé avec qui partager, travailler, etc. Donc, on a monté… Enfin, j’ai monté cyclé en le tirant par la manche alors qu’il n’avait pas du tout besoin ni le temps de faire ça, mais il est très content d’y être.
Ermanno : Bon, alors, avant qu’on revienne un petit peu, justement, sur cyclé, je voudrais revenir encore un petit peu sur toi. Donc, tu ne nous l’as pas dit clairement, mais je comprends que le vélo-taf, c’est quelque chose que tu pratiques au quotidien.
Charles : Oui, c’est-à-dire que je n’ai pas de voiture.
Charles : Soit j’ai quelques vélos, effectivement. Et puis, je suis équipé. Comme disent les Allemands, il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a qu’un mauvais équipement. Donc, voilà. Et puis, le seul temps que je n’aime pas, c’est le vent. Mais, bon, en électrique, on s’en fout un peu. Quand tu fais de la route, le vent, c’est chiant. Et puis, quand tu fais du VTT, ça peut être dangereux si ça souffle fort. Mais, donc, le vélo-taf, c’est… Je ne vois pas, pour ce qui me concerne, dans la nature des trajets que je fais, c’est-à-dire que là, j’étais ce matin… À mon entrepôt, qui est à Nanterre.
Charles : Ça représente, allez, 5, 6, peut-être 7 kilomètres. Je n’ai pas mesuré, mais cet ordre-là. Je pense qu’il n’y avait pas mieux que le vélo pour faire le trajet que j’ai fait. J’étais seul, avec mon ordinateur, une sacoche. OK. Ensuite, j’avais un rendez-vous chez un de mes clients qui était à Boulogne-Biancourt. Ça m’a pris 35 minutes. Et puis, je suis revenu… Alors, là, je ne suis pas à mon bureau, je suis à mon domicile. De Boulogne-Biancourt à Nuit-sur-Seine. Bon, voilà. Voilà. Très franchement, si j’étais en voiture, je pense que je serais encore dans ma voiture. Et que j’aurais passé… Donc, pour moi, le vélo-taf, c’est une question d’efficacité, quoi. Tout ce qui va avec, c’est-à-dire le plaisir, le fait d’être déconnecté, le fait que ta pensée… Enfin, tout ce qu’on va découvrir quand on fait du vélo. Parce qu’on est cycliste, donc on sait ce que ça produit comme bénéfice réel sur… sur… en soi. Eh bien, tout ça, je dirais que ça vient après. Mais la vraie raison, c’est l’efficacité. Moi, je suis un mec très rationnel, très… très animé par des émotions, par ce genre de choses. C’est très important. Mais la chose qui fait que je fais du vélo-taf, c’est avant tout l’efficacité.
Ermanno : J’aurais pu penser, croire qu’au-delà de l’efficacité, ça aurait été peut-être d’abord tes convictions personnelles sur le sujet, notamment liées à l’environnement. Toi, tu mettrais vraiment l’efficacité. L’efficacité en premier lieu ?
Charles : Alors, c’est ce que j’essaye de dire à mes interlocuteurs, effectivement. Parce que je pense que dans le monde de l’entreprise, un des critères de décision, c’est l’efficacité. Et pour moi, le vélo, je ne comprends pas qu’on ne le traite pas sous l’angle de sa productivité, son efficacité. Parce qu’il faut parler le langage des interlocuteurs. Et alors, peut-être que je me suis perverti moi-même par mon propre discours. Parce que, bon, je ne suis pas un mauvais commercial, donc j’arrive à me vendre à moi-même des choses. Voilà. Et alors, oui, bien sûr, c’est ma conviction et c’est du plaisir. Alors, moi, j’ai trois choses qui viennent quand je monte sur un vélo. C’est un, du plaisir. Ça me fait plaisir, voilà, de faire trois kilomètres. Et même, il y a des fois, je vais prendre mon vélo juste parce que j’ai envie de changer d’air. Voilà. Ou alors, je vais aller marcher. Mais se bouger est malheureusement un des syndromes, une des maladies terribles dont on souffre, c’est la sédentarité. Et ne pas… Ne pas bouger son corps, c’est monstrueusement grave pour notre société. Ça nous enquiste tous. Tous ceux qui ne bougent pas s’enquistent. Et c’est presque physique. Et donc, faire du vélo, c’est quelque part casser ce… Enfin, rompre ce quiste-là. C’est faire exploser ce quiste. C’est une image presque physique et qui est pour moi très forte. Je pense que c’est vraiment capital. Donc, il faut bouger son corps. Ensuite, il y a l’efficacité. Oui, c’est… Je suis désolé, mais pas pour moi, c’est l’efficacité. Et puis, il y a tous les impacts que ça génère par ailleurs et la contribution que ça me permet d’avoir ou de ne pas avoir. C’est-à-dire de ne pas renforcer le problème. C’est-à-dire de faire en sorte que mon impact soit le plus réduit possible. Voilà. Donc, oui, c’est de la conviction, c’est du plaisir et c’est de l’efficacité. Alors, peut-être… En quelle dose ? C’est les trois.
Ermanno : Bon, disons que quand tu t’exprimes en tant que chef d’entreprise, c’est plutôt l’efficacité et puis à titre personnel, c’est le plaisir et l’impact.
Charles : Alors, tu l’as peut-être senti, mais je suis extrêmement sincère et voire maladroit parfois parce que je dis toujours la vérité. Et mes interlocuteurs entreprises, je leur dis ces choses-là. Je leur dis, oui, c’est efficace. Oui, ça vous permet de remplir certains de vos objectifs RSE. Mais en plus, vous allez voir, ça donne la banane. Ça donne la banane. Et c’est bénéfique.
Ermanno : Oui, effectivement. On en parle systématiquement avec tous mes invités. Ça donne la banane. Le plaisir, la liberté que l’on ressent quand on est sur le vélo. Et puis après, au-delà de ça, une fois qu’on a fait son petit tour de vélo, que ce soit cinq minutes pour aller au bureau ou aller chercher son pain ou aller faire ses courses ou même une heure, que ce soit en vélo musculaire, puisque maintenant on parle de vélo musculaire ou en vélo à assistance électrique, on arrive avec la banane parce qu’on a pris l’air, parce qu’on s’est bougé.
Charles : Moi, c’est marrant parce qu’on fait beaucoup d’interventions dans les entreprises. Et… Oui. Oui. Enfin, on voit très souvent des gens avec du vélo à assistance électrique puisque c’est ce qu’on promeut, parce que ça permet d’ouvrir très largement le champ des possibles et le champ des gens qui vont utiliser le vélo. Et moi, je vois le sourire de dos. C’est-à-dire que lorsque les gens partent sur un vélo à assistance électrique pour la première fois, je vois leur sourire, mais de dos, parce que je vois leurs épaules comme ça d’un coup. Et je sais qu’ils sont… Et je vais leur dire, vous allez voir, vous allez sentir l’effet banane dès les premiers tours de roue. Ils me regardent en me disant, de quoi vous me parlez ? Et cet effet banane, c’est ce que je dis textuellement, je le vois lorsqu’ils partent et je le vois de dos. Ils me disent, ah ouais, vous aviez raison.
Ermanno : Bon, en tout cas, c’est vrai, je confirme, tu es un très bon commercial, mais je valide aussi tes points de vue puisque, comme on le disait, ça fait un bien fou, ça détend, ça libère. Et puis, on a cet effet banane avec les épaules qui se détendent, le fait de se sentir bien assis sur sa selle. Pour revenir un petit peu sur Cyclez, justement, tu nous as expliqué sa genèse. Enfin, je t’ai arrêté au moment où tu parlais de 2013. Donc, je te laisse peut-être reprendre un petit peu l’histoire de Cyclez. On a bien compris, vous proposez des vélos, soit en location ou à l’achat pour les entreprises. Donc, c’est du B2B ou du B2B2E. Tout en feuillet, oui. Voilà, qui existe depuis 2013. Mais justement, depuis 2013, qu’est-ce qui s’est passé ? Comment est-ce que Cyclez a évolué ? Et la question subsidiaire que je pose à tous mes invités depuis le début de l’année, c’est que, en fait, le début de ce podcast qui coïncide un petit peu avec la pandémie, est-ce que la pandémie a changé quelque chose, ne serait-ce qu’au regard de tes interlocuteurs quand tu leur présentes Cyclez ? OK.
Charles : Alors, à l’origine, Cycler était parti sur une idée que pour introduire le vélo, la voie la plus simple, on va dire, et celle qui faisait sens, c’était de mettre en place des stations de vélo partage. C’était un petit peu l’idée à l’époque. C’est quelque chose qui a été long à se mettre, et qui n’a jamais vraiment été une grande réussite, on va dire. Donc, on a vivoté de nombreuses années. Et si, effectivement, je n’étais pas mis une pression telle que celle que j’ai évoquée tout à l’heure, c’est-à-dire très forte, je pense que je serais parti vendre des voitures pour gagner ma vie. Mais bon…
Ermanno : Ça serait venu un petit peu en confrontation avec…
Charles : Mais non, ce n’était pas question une seule seconde. Et je dis ça, bien sûr, sous l’ombre de la boutade, parce que… Mais pour dire que jusqu’en 2018, on va dire, l’activité était très faiblarde. C’est-à-dire qu’une société, qu’il a fallu tenir à bout de bras, faire de gros efforts personnels, financiers, beaucoup de travail, trouver les chemins, c’est-à-dire les services qui correspondent à ce que les entreprises étaient prêtes à acheter, trouver les partenariats, parce que j’ai toujours… Alors moi, une de mes façons de construire des business, c’est de bien analyser ma chaîne de valeur et d’essayer de comprendre qui dans ma chaîne de valeur a un intérêt commun à la réussite. Et de trouver les acteurs, je dirais, importants qui vont être à mes côtés ou en tout cas avec lesquels je vais pouvoir travailler. Donc j’en ai identifié un certain nombre, dont des leaseurs de voitures qui me semblaient être, à un moment ou à un autre, des acteurs qui deviendraient… importants dans ce domaine.
Ermanno : Alors quand tu parles de leaseurs, tu ne parles pas de ceux qui lisent des livres, mais bien de leaseurs à l’anglaise, donc des loueurs de voitures à longue durée.
Charles : Des grands loueurs de voitures sur le marché français, puisque toutes les entreprises, jusqu’à il y a quelques deux ans, on va dire, faisaient de la gestion de flotte, ou des véhicules de fonction, des véhicules de service, et la plupart du temps, voire tout le temps, aujourd’hui, sont dans des modes de location longue durée ou de location avec option d’achat, bien souvent de location longue durée, qui n’arrête plus les services. Donc ma vision, c’était de dire, pour reprendre ce que je disais tout à l’heure, le vélo va venir s’intégrer dans l’ensemble des moyens de déplacement mis à disposition par ces grands acteurs qui parlent avec les grandes entreprises, et donc il faut que je rentre le vélo dans le coffre de la voiture. C’était une façon de me dire, OK, qui rentre chez les grands clients, qui parle avec mes interlocuteurs potentiels, ce sont les loueurs de voitures, aujourd’hui. Et donc j’ai… J’ai accompagné, entre autres, une fidèle de BNP qui est Arval, avec qui j’ai construit l’offre de Arval, qui est le plus gros loueur de voitures en Europe, aujourd’hui. J’ai construit l’offre au vélo, vélo de partage, vélo de fonction, et je travaille avec eux de façon quotidienne, maintenant, et avec leurs commerciaux que je forme, pour qu’ils intègrent le vélo dans les offres qu’ils proposent à leurs clients, et dans les cartes policiers qu’ils construisent pour leurs clients. Et aujourd’hui, effectivement, les commerciaux Arval peuvent suggérer à leurs clients de proposer des voitures de fonction, des voitures de fonction plus un vélo de fonction. Voilà, donc… Et ça, c’est des choses qu’on a construites, mais qui ont pris beaucoup de temps. Alors, pour revenir un petit peu sur ce que… la construction de Cyclez et ce qu’on a fait, donc, de nombreuses années à trouver des chemins, construire des partenariats, il y a eu un déclencheur, qui a été, tout d’abord, en décembre 2019, la grève de la RATP, à un moment où il pleuvait, je m’en souviens, parce que je faisais un comptage pour mon association, parce que, par ailleurs, j’ai monté une asso vélo dans ma ville, et on faisait un comptage sur le pont de Neuilly. Donc, on a compté, en 1h30, 732 vélos qui traversaient le pont au moment de la grève, alors qu’il pleuvait. Donc, c’est un indicateur. Et donc, ça, ça a été un premier déclencheur, un premier verrou qui a sauté, et que cette grève a permis, c’était une de plus, mais elle a été assez suivie, et très impactante, et à un moment où, ben, il fait mauvais, tout le monde a le nez dedans, c’est avant les fêtes, etc. Donc, les gens se sont mis à faire du vélo, à se mettre des capuches, des impairs, tout ce qu’on veut, et à sortir…
Ermanno : Des gilets, mais qui, en plus, à l’époque, étaient parfois jaunes.
Charles : Voilà, et donc, voilà, et les gens se sont mis à faire du vélo. Ça, ça a été la première chose. Et puis, il y a eu le Covid, effectivement, qui nous a tous coincés dans un premier temps, mais du fait que ça nous a coincés, il y a eu un effet rebond qu’on a constaté le 11 mai 2020 lors du déconfinement, ça a été une explosion de la demande, et subitement, pour les entreprises avec qui j’étais en relation permanente, le sujet du vélo est passé du bas de la pile au-dessus de la pile. Et Charles, au fait, tu nous avais proposé un truc il y a quelque temps, est-ce qu’on peut en reparler ? D’en haut, ils nous disent vélo, vélo, vélo, parce que les transports en commun, on ne va pas les mettre dedans puisqu’il y a le Covid. Tout le monde ne peut pas venir en voiture, sinon ça va devenir l’enfer. Et puis, on n’a pas de place de parking. Donc, il y a un contexte, comment dire, objectif qui a été observé, qui était, un, il n’y a pas suffisamment de place de parking pour que tout le monde vienne en voiture. Deux, les gens ne veulent pas prendre le transport en commun parce que Covid. Et donc, marche à pied, c’est bien pour ceux qui habitent à deux kilomètres du bureau, mais comment on fait ? Le vélo s’est avéré être une solution, finalement, pourquoi pas ? Donc, subitement, les entreprises, par pragmatisme, de toute façon, le monde économique n’agit, ou plutôt ne réagit, parce qu’il n’agit pas. Moi, mon constat, c’est que le monde économique réagit. On n’est pas dans l’action, on est dans la réaction, on le voit, on ne fait qu’agir qu’après les catastrophes observées. Donc, c’est dramatique, mais malheureusement, on est en déficit d’action. Ça, c’est un jugement très personnel, mais voilà, que je partage.
Charles : Il est bien enregistré. Donc, effectivement, il y a eu cette réaction très pragmatique des entreprises qui a été de dire le vélo fait partie des solutions. Donc, qui nous en a parlé ? Ah oui, il y a un mec qui était venu il y a deux ans, et subitement, voilà. Et il y a aussi le fait que des entreprises se sont créées petit à petit, qui ont apporté aussi le fait d’être seul à raconter une histoire. Ce n’est pas que ce n’était pas sérieux, mais il y a un moment, c’est bien d’avoir de la concurrence. Et donc, des entreprises se sont créées, des discours différents, des modèles économiques, etc. Donc, ça crée un marché, finalement, c’est ça. Ça crée un marché. Et aujourd’hui, on voit effectivement que c’est un sujet qui est pris au sérieux par petites, grandes, moyennes entreprises. Et on arrive à structurer aujourd’hui des offres très claires, ce qui n’était pas évident au départ.
Ermanno : Donc, maintenant, nous sommes en avril 2022. Ciclez se porte mieux. Donc, vous êtes sorti de cette phase de vivotage. Je te cite. Vous avez, comme on dit dans le langage startup, opéré votre pivot, trouvé la voie, trouvé le chemin. On va reprendre des termes un peu cyclistes. Trouver la route qui vous emmène vers, on l’espère, le succès. Par rapport au Vélotaf, justement, par rapport à tes convictions personnelles sur le rôle de chacun à jouer pour prendre soin de l’environnement, pour agir pour l’environnement, quelles sont, selon toi, les actions que vous menez au quotidien chez Ciclez pour, en dehors de mettre à disposition des vélos, mais pour justement agir dans ce sens-là ?
Charles : Alors, je voudrais revenir sur une chose. C’est que ce que j’observe aussi dans les entreprises, c’est bien souvent, pour reprendre ce que j’ai dit précédemment, c’est que les entreprises réagissent. Et aujourd’hui, elles réagissent aussi à la forte demande de leurs salariés. C’est-à-dire que ce ne sont pas les entreprises qui, top to bottom, disent on va mettre du vélo. Ce sont les gens qui prennent des vélos parce que c’est le plus pratique. Finalement, je fais un peu de sport, etc. Enfin, pour mille raisons différentes. Pas tous les jours, pas pour tout le monde, pas dans toutes les circonstances, mais une fois par semaine, deux fois par semaine, et puis on y prend goût, etc. Donc, c’est les gens, les salariés qui font du vélotaf, qui font remonter les besoins. Et j’observe, moi, aujourd’hui, dans les entreprises, les besoins qui commencent à remonter par : merde, on n’a pas assez d’arceau vélo, ils occupent des places de parking un peu n’importe comment, n’importe où, comment on fait ? Donc, ça, c’est le premier constat qu’on va faire. Et puis, l’autre constat est…
Ermanno : On n’a pas assez de chargeur de batterie, on n’a pas assez de station de recharge.
Charles : Alors, ça, ce n’est pas vraiment un problème. En fait, c’est un… Il y a beaucoup d’entreprises, au début, qui se disent « Ah, mes salariés, ils vont venir avec des vélos électriques, il faut que je mette des trucs pour charger les vélos. » Mais en réalité, aujourd’hui, dans la panoplie des vélos à assistance électrique qui existe sur le marché, les autonomies sont telles et les déplacements sont, en général, de moins de 10 km. Alors, il y en a quelques-uns qui font 30 bornes, mais ceux-là, ils ont pris des batteries qui sont adaptées à ça. Ils se baladent avec leur chargeur. Moi, je me balade avec mon chargeur parce qu’en général, à la fin de la journée, je n’ai plus de batterie. Tu me diras, je m’en fous de… Enfin, ce que je dis souvent aussi. Là, je suis en grande discussion avec un grand acteur qui me dit « Et l’assistance en cas de panne ? » Je lui dis « Mais vous voulez dire si votre salarié cycliste se retrouve sur le kilomètre 247 de l’autoroute ? »
Charles : Donc, je dis « Vous avez raison. Il faut regarder tous les scénarios, mais la réalité… » Moi, je veux dire… Je veux bien vous proposer de l’assistance, pas de problème. En revanche, la réalité cycliste, c’est que votre salarié, il va faire en moyenne moins de 10 km par trajet. Ce sera en zone urbaine la plupart du temps. Qu’il ne prendra ni le périph’ ni l’autoroute. Et qu’au pire, il laisse son vélo dans un parking aménagé avec une photo, on a le double des clés, on va venir le chercher.
Ermanno : Oui, et puis au pire du pire, c’est un vélo à assistance électrique. Donc, on débranche la batterie, puis on pédale.
Charles : Oui, non, mais il peut être crevé. Il peut avoir un truc qui le rend inopérant. Il peut avoir perdu le… Enfin, bon. Comment on fait ? Donc, il y a ce besoin d’être totalement… Mais de sortir du schéma voiture, ce qui n’est pas facile, parce que les entreprises veulent un truc ceinture, bretelles, parachute, airbag, tout ce qu’il faut.
Charles : C’est bien, mais là aussi, quand je dis à mon interlocuteur « Vous voulez dire kilomètre 247 de l’autoroute ? », tout de suite, il comprend que ce qu’il dit n’est pas pertinent, finalement, parce qu’on ne parle pas de la même chose. Donc, il me dit « Oui, effectivement. Mais qu’est-ce que vous nous proposez ? Comment ça se passe dans tel cas ? », etc. Donc, voilà. Donc, ça, c’est… Pour revenir sur ce que je disais, donc, c’est un, c’est du « bottom-up », c’est-à-dire, c’est les vélostaffeurs qui font remonter le besoin et qui mettent une forme de pression silencieuse, mais réelle, auprès des entreprises pour de l’infrastructure. Pour de l’accompagnement, pour des ateliers de révision, pour tout un tas de sujets. Et puis, pour l’entreprise, et il y en a beaucoup qui se disent, parce que c’est finalement l’angle mort du problème vélo dans l’entreprise, c’est la sécurité et la dangerosité perçues. Pour toutes les entreprises, j’allais dire pour beaucoup, mais pour toutes les entreprises, la question, consciente ou inconsciente, c’est « C’est dangereux. S’il se passe un accident, quel est mon risque ? Quelle est ma responsabilité ? Est-ce que sa femme, elle va me traîner en justice ? Quel est le risque d’image ? » Voilà, toutes ces questions-là, qui ne sont pas soulevées en général, sauf, il y a toujours quelqu’un qui va lever le drapeau noir, en général, à la fin d’un processus de négociation qui a duré un an. Qui va dire « Ouais, mais attendez les mecs, s’il y a un accident, qu’est-ce qui se passe ? » Alors là, je peux te dire que les meilleures volontés de la Terre se couchent devant le drapeau noir. Alors, moi, je renverse la table aujourd’hui. Je dis à mes interlocuteurs, avant de parler solutions vélo, je veux savoir comment vous traitez la prévention des risques à vélo de vos salariés qui viennent à vélo. Parce que vous avez une obligation de moyens, dans la mesure où vous me dites que c’est un risque. Ça veut dire que, légalement, vous avez identifié un risque. De nature professionnelle. C’est pas un risque métier, mais c’est un risque de nature professionnelle. Donc il y a une obligation légale de l’inscrire dans le registre des risques. Et il ne suffit pas de l’inscrire. Il faut ensuite mettre des mesures de traitement du risque. Et de réponse à ce risque-là. Donc je dis, du fait de me dire, et moi je vous dis que vous êtes à risque, parce que le vélo c’est dangereux, c’est moi qui vous le dis. Le vélo c’est dangereux, vous n’allez pas me dire le contraire. Donc à partir de là, vous avez une obligation légale, pénale, pour le chef d’entreprise, si vous ne mettez pas en place les mesures de prévention de ce risque.
Ermanno : Et que ce soit l’entreprise, donc Via Cyclez, qui fournisse un vélo, ou pas.
Charles : Le vélo taffeur, qui prend son, moi j’appelle ça un VTP, un vélo tout pourri, pour aller bosser, d’accord, c’est-à-dire le vélo qui vaut 50 balles, qu’il a acheté au trock D4, qui a des pneus lisses, qui a pas de frein, qui a pas de phare, parce qu’il sait qu’il va se le faire voler à la gare, etc. Bah ce mec-là, il met son entreprise en grave danger et risque, puisque le trajet domicile-travail, en cas de sinistre, est un trajet couvert par l’accident du travail. D’accord ? Donc c’est pas un risque juste comme ça. C’est un risque statistique. Financier. Et pour l’entreprise, ben, t’es un peu corner, quoi. Parce que tu peux pas dire à ton salarié, non, non, tu prends pas le vélo pour venir bosser, le mec, s’il veut venir à cloche-pied, il vient à cloche-pied. Ok ? Donc, ok, t’as un risque. Quoi que tu fasses, que tu mettes du vélo ou que t’en mettes pas, que tu interdises la pratique du vélo pendant le temps de travail, ce qu’on voit dans certaines entreprises, alors je suis en train de faire changer cette politique, parce que, là, je leur dis, et depuis des années, mais, ok, vous interdisez à vos salariés de faire les trajets levallois-levallois, entre deux sites, il y a trois kilomètres, à vélo. Vélib, vélo perso, et tout. Ok, très bien. Mais prenons un cas réel. Moi, j’aime bien être pragmatique. Demain, un de vos salariés a un sinistre. Ça signifie qu’il a contrevenu au règlement intérieur. Donc, c’est licencié faute grave. Ok ? Et pas de couverture sociale. Donc, vous prenez ce risque-là, de virer quelqu’un et de ne pas couvrir le sinistre qui est survenu. Pendant le temps de travail. Puisqu’il a contrevenu au règlement intérieur. Donc, dans la réalité, votre interdiction, elle est inapplicable. Inapplicable. Donc, regardons les choses de façon pragmatique en face, et mettons en place, ce qui est fait, d’ailleurs, dans ces entreprises, des outils de prévention des risques. C’est quoi ? Nous, on a développé un e-learning qui s’appelle Ciclez Academy, qui est un parcours de 30 minutes qu’on peut mettre sur le e-learning de l’entreprise, de façon à ce que les salariés puissent se former à minima aux questions de prévention des risques. On fait des ateliers sécurité-prévention des risques en présentiel, avec à la fois de la théorie et de la pratique. Voilà. Donc, il y a vraiment des mesures essentielles à mettre en place, quelle que soit la politique de l’entreprise en matière de vélo. Et en particulier, si elle ne veut pas entendre parler de vélo.
Ermanno : Et surtout, si elle ne veut pas entendre parler de vélo.
Charles : Donc, voilà. Moi, je commence, je renverse la table comme ça. Je dis maintenant, une fois qu’on a mis ça en place, on peut discuter. Parce que, finalement, le plus gros verrou, c’est celui-là.
Ermanno : C’est finalement une belle action qu’engage Ciclé au quotidien pour favoriser l’utilisation du Vélotaf.
Charles : En tout cas, oui, c’est une belle action. Je te remercie du terme. Mais en tout cas, c’est un double objectif. Le premier, c’est que ça me semble être indispensable de regarder les choses de façon très pragmatique et très réaliste et objective pour l’entreprise. Et puis, il faut apporter les mesures. Et puis, je pense aussi, chaque fois qu’on met des vélos dans une entreprise, moi, en tant que chef d’entreprise et en tant que cycliste, je flippe à me dire, ça ne nous est jamais arrivé, mais je me dis, parce qu’on met en place des, voilà, les dix commandements du cycliste urbain, des ateliers de formation à la sécurité, des e-learning, donc on essaye, tu vois, un tout petit peu faire le taf, pas juste un coup de teinture. Mais je me dis, si jamais quelqu’un avait un accident ou un sinistre avec un de nos vélos et qu’on n’a pas fait le job, moi, je ne serais pas, perso, je ne suis pas bien.
Ermanno : Tiens, pour agrémenter ton propos, justement, quand j’ai échangé avec Stéphane Voland, il nous a conseillé le livre, c’est un livre de Ludovic Dupré qui s’appelle « Le code du cycliste ». Donc, il est édité chez Dalloz. C’est un peu comme « Le code de la route », mais « Le code du cycliste ».
Charles : Oui, tout à fait. C’est ça, exactement. Alors, je l’offre très souvent.
Ermanno : Donc, Stéphane n’est pas le seul à en avoir connaissance. Enfin, Stéphane et nos auditeurs. Alors, tu m’avais dit qu’on n’avait pas énormément de temps non plus. Donc, je ne vais pas…
Charles : Oui, je sais.
Ermanno : Il n’y a pas de souci. Donc, je ne vais pas prendre trop de ton temps. On a fait un bon tour sur toi. On a fait un bon tour sur Cyclez. Je voudrais finir cet épisode en revenant sur toi et sur le Vélotaf. Déjà, même si le vélo fait partie de ton quotidien depuis que tu es tout petit, même si tu es monté dessus depuis le plus jeune âge, quel est ton meilleur souvenir de Vélotaf ou de pratique du vélo ?
Charles : Alors, je vais tourner. Je vais te donner une réponse. Je vais indirectement y répondre. Je vais te dire ma plus grande fierté en matière d’action Vélotaf. C’est Véligo puisque aujourd’hui… Cyclez est actionnaire de Fluow. D’accord. Puisqu’on a, pour la petite histoire, à l’époque, parmi les éléments… Je parlais tout à l’heure de ma chaîne de valeur et des acteurs de la chaîne de valeur. Je suis très tôt allé voir La Poste en leur disant qu’il faut que La Poste prenne la parole sur la question du vélo professionnel puisque c’est vous les premiers opérateurs, acteurs du vélo au quotidien. Donc, j’ai écumé tout l’organigramme du groupe La Poste. J’ai collaboré avec jusqu’au point où le Stif, l’anciennement Stif, donc Île-de-France Mobilité, à un moment, a sollicité un certain nombre d’experts pour réfléchir en amont du projet Véligo et qu’à l’issue de cette réflexion qui a duré une petite année, on était 4-5 à être sollicités, ils nous ont dit. Ben voilà, on va lancer un marché. Donc, si vous voulez vous positionner en amont, comme vous nous avez accompagnés pro bono, on vous donne l’information. Je suis allé voir La Poste en leur disant, les mecs, il va se passer un truc dans les 6 mois à venir, un marché de 20 000 vélos, etc. Je vous propose d’être partenaires. Donc, on a engagé comme ça l’action ensemble, puis Vélogic, puis Transdev s’est joint à nous pour finalement qu’on gagne ce marché ensemble. Et donc, aujourd’hui, ma grande fierté, c’est de contribuer avec Véligo à faire que des gens puissent essayer ce vélo qui est très bien, qui est vraiment un bon vélo et qu’aujourd’hui, on en est à près de 50 000 personnes qui ont loué un vélo et donc pendant 6 mois. Et ça, c’est ma grande fierté parce que je pense que ça a un impact sur le vélotaf important. Ça permet aux gens de savoir si ça fait le job ou pas. Parce que pour certains d’entre eux, ça ne le fait pas pour plein de raisons. Et au moins, ils le savent. Mais en tout cas, pour 82% des gens, ça fait le job.
Ermanno : Alors, je le rappelle, j’avais reçu Agnès Pressberg dans l’épisode 11 de ce podcast qui est la directrice communication de Véligo. Et pour ceux qui n’auraient pas écouté l’épisode, comme tu dis, Véligo, ça donne l’opportunité d’essayer. En fait, c’est une location maximum de 3 à 6 mois d’un vélo à assistance électrique. 6 mois. Et ça permet, en tout cas si vous êtes en Île-de-France, de tester ce que c’est que le vélo électrique et donc potentiellement le vélotaf aussi. Donc ça, c’est ta plus grande fierté.
Charles : Ma plus grande fierté, c’est d’avoir contribué à faire que ce marché… D’être partenaire et acteur de ce marché-là et d’avoir contribué sur beaucoup de sujets, de la conception du vélo à l’exploitation de ce marché au quotidien avec les équipes de Fluow. Donc ça, c’est une très grande fierté. Ensuite, mon meilleur souvenir de vélotaf, c’est quand j’ai entraîné des personnes qui ne faisaient pas de vélo, quand je les ai accompagnées à leur travail à vélo pour leur montrer que c’était possible. Entre Neuilly et Levallois, alors qu’ils faisaient 35 minutes de transport en commun assez tordu, je leur ai dit, écoute, voilà, on va prendre… Je te prête un vélo, je viens avec toi. On fait le chemin et tu vas voir que c’est possible. Et non seulement que c’est possible, mais tu vas me dire à l’arrivée comment tu t’es senti. Et ça, c’est aussi un grand plaisir d’avoir montré à une personne que c’était possible de faire du vélo TAF et que c’était mieux pour la personne qui, aujourd’hui, qu’il neige, qu’il vente, il s’agit d’une nana très coquette, etc. Je peux te dire qu’il n’y a pas un jour où elle ne prendra pas son vélo. Donc ça, c’est un grand plaisir. C’est ce partage et cette… Autrement, mes plaisirs de vélo TAFeur, je dirais que pour être un cycliste gravel, route, VTT, j’ai eu des plaisirs qui sont autrement plus forts, on va dire. Et donc, le vélo TAF, c’est un plaisir par rapport à rester enfermé dans une tonne et de billes d’acier. Mais voilà, c’est surtout… Comme je l’ai dit au début, un plaisir parce que je pense être beaucoup plus efficace et puis donner un bon exemple.
Ermanno : OK. Tout à l’heure, tu as très rapidement parlé d’infrastructures. C’était plutôt les infrastructures que les entreprises mettraient à disposition de leurs salariés pour se mettre au vélotaf. À ton avis, comment est-ce qu’on pourrait promouvoir l’utilisation du vélotaf, que ce soit dans les entreprises, que ce soit en tant que particulier ou même au niveau des collectivités locales ? Je pense souvent à l’amélioration du maillage des pistes cyclables, à l’amélioration de la qualité des pistes cyclables, peut-être à des entreprises qui sponsoriseraient des tronçons de pistes cyclables. Bref, toi, quel serait ton avis pour promouvoir encore plus l’utilisation du vélotaf ?
Charles : Écoute, c’est ce que j’essaye de faire tous les jours. Donc, tu me cueilles un peu parce que j’essaye d’avoir d’autres idées que celles qu’on met en pratique aujourd’hui. Moi, ce que je pense fondamentalement, c’est que… La seule manière que le vélotaf progresse, c’est le nombre. C’est-à-dire, plus il y aura de monde, plus il y aura de monde. Et plus les infras viendront. On le voit avec les pistes cyclables temporaires du post-Covid. Les coronapistes. Elles ont créé… En fait, elles n’étaient pas là. Personne n’y croyait. Moi, encore une fois, dans ma ville, je me suis battu pour avoir des pistes cyclables, etc., etc. On me disait oui, oui. On va faire une étude, etc. Et puis, demain, on rase gratis. Subitement, pouf, comme disait Rachida Dati. Un matin, tu te descends et il y a une piste cyclable en bas de chez toi. Bah ouais. Effectivement. Et c’est le nombre, en fait. Donc, pour moi, c’est les vélotaffeurs et le nombre. Et effectivement, c’est un peu le serpent qui se mord la queue. Mais je pense que c’est la convergence de tout. Je ne pense pas qu’il y ait une action. Je pense que toutes les actions sont indispensables au même titre. C’est à la fois les infrastructures par les collectivités. C’est indispensable. Et il ne faut pas qu’elles nous racontent l’histoire que ça prend trois ans. Non, ça ne prend pas trois ans.
Ermanno : On l’a vu pendant le corona. Ça prend éventuellement trois heures, mais pas trois ans.
Charles : OK. Alors après, il faut réfléchir. Il faut regarder l’aéroport, les flux, etc. Il faut être sérieux. Mais on peut faire des choses intelligentes de façon pragmatique et avoir des plans peut-être plus dans le temps, à cinq ans, avec d’autres types d’infrastructures, etc. Mais il y a ça, la responsabilité des pouvoirs publics, des collectivités locales, de l’État. La responsabilité des entreprises, parce que les entreprises sont les premiers émetteurs de mobilité. C’est la mobilité. C’est pour ça que j’y suis allé. Si on veut que la mobilité change, c’est la mobilité professionnelle qui doit être impactée. Donc, il ne s’agit pas de remplacer. C’est ce que je dis souvent. Je débranche tout de suite un a priori qu’il pourrait avoir, qui est que je veux remplacer toutes les voitures par des vélos. Non, non. C’est la voiture, pourquoi pas ? Autant la faire hybride, voire électrique. En France, ça pose d’autres problèmes. OK. Mais effectivement, pour un certain nombre de trajets, vos salariés et vous, vous serez beaucoup plus efficaces à prendre un vélo s’il est seul et qu’il a cinq kilomètres à faire. Donc, soyons rationnels. Et bon, le problème, et ça, ça touche à un autre sujet. Je pense que tu me demandes ce qu’on pourrait faire. Je pense qu’il y a un travail monstrueux qui est un travail sur ce que j’appelle l’imaginaire. En France, enfin oui, en France en particulier, il y a un imaginaire très, très puissant qui a été construit sur l’automobile du fait de la puissance des marques françaises et de l’industrie automobile française qui est pourvoyeur de 30% peut-être du PIB et des emplois. C’est une industrie puissante et nécessaire. Et elle a construit à coups de milliards d’euros un imaginaire très puissant. Les pubs où tu vois des poils se dresser parce que c’est du plaisir. Tu vois un mec dans sa voiture tout seul, dans une ville où il n’y a personne d’autre, des nanas qui se retournent sur son… Enfin bon, voilà. Ça a construit un imaginaire d’une puissance énorme, énorme. Et aujourd’hui, le vélo. On a deux imaginaires. On a l’imaginaire du Tour de France. OK. Et on a l’imaginaire… Enfin, des imaginaires fragmentés de tribus. On a les mecs qui font du fixie. On a la nôtre. On a la nana qui fait son petit domicile-travail, mais qui va pépère. On a le mec qui veut être le premier au feu, qui double tout le monde, etc. Donc, il n’y a pas un imaginaire. Et pour moi, l’imaginaire qu’il faudrait pouvoir promouvoir, c’est celui, simplement, de l’efficacité, du côté rationnel de l’utilisation. C’est-à-dire, c’est malin. Le vélo, c’est malin. C’est pas ni mieux ni moins bien. C’est malin.
Ermanno : Bon, cette citation-là, je la garde. Tu pourras peut-être l’utiliser chez Cyclez. Le vélo, c’est malin. Pour revenir à toi, est-ce que tu aurais… Pour finir, on va passer à l’instant un petit peu… Bon conseil, bon tuyau. Déjà, est-ce que tu aurais un ou des outils que tu utilises pour vélo taffer ?
Charles : Alors, moi, je dis toujours, dans la prévention des risques, les conseils qu’on donne au départ, c’est de préparer son itinéraire. Bon, vérifier son vélo, etc. Mais préparer son itinéraire, c’est vraiment essentiel. En particulier, quand on est un nouveau vélotaffeur et qu’on a des habitudes de déplacement qui sont soit de la voiture, soit des transports en commun, bah, on n’y va pas au petit bonheur la chance. Donc, effectivement, je regarde GeoVélo, je regarde Google Maps, enfin voilà. Et attention, pas de téléphone sur le vélo. Donc, un conseil, c’est le téléphone, il est sur vous et il n’est pas sur un support. Même sur un support, il vous distrait parce que la première règle, c’est une vigilance totale. On doit être… Pas d’écouteurs dans les oreilles, pas de… Non, mais tout à l’heure, on a évoqué le sujet. Il faut entendre ce qui se passe, il faut avoir une vigilance à 110% et donc, pas de téléphone. Ça veut dire que tu prépares ton itinéraire. Donc, un conseil, c’est prépare, regarde GeoVélo si tu es dans des régions où ils couvrent parce que c’est très, très bien fait. Mais regarde-le avant. Arrête-toi si tu n’es pas sûr. Tu te mets sur le côté, tu sors ton téléphone et tu regardes. Ce n’est pas compliqué. Ça ne prend pas de temps. Donc, c’est vraiment mon conseil de vélotaffeur, entre guillemets, nouveau ou qui change ses habitudes, c’est de bien préparer son itinéraire avant de prendre le vélo.
Ermanno : OK. Et puis, pour terminer, eh bien, si tu devais passer le micro, si tu devais me conseiller un ou une intervenante dans le podcast et j’insiste, j’aimerais avoir des intervenantes, des invités et eux, est-ce à qui tu pourrais penser ?
Charles : Écoute, je pourrais te… Tout à l’heure, j’ai vos… J’ai choqué un de mes partenaires qui est Arval. Et Arval, jusqu’à l’année dernière, leur baseline, c’était In Car We Care. D’accord ? OK. Et aujourd’hui, c’est The Mobility Company. Voilà. Donc, ça, un petit peu. Et il y a la directrice commerciale chez Arval qui est In Car We Care.
Charles : Enfin, je pense, pourrait être un exemple intéressant parce qu’aujourd’hui, elle se soucie vraiment dans l’offre destinée à ses… à ses clients, entreprises, de cette problématique de la multimodalité. Parce que pour moi, c’est ça, finalement, le bon modèle. Ce n’est pas la monomodalité. On n’est personne… Enfin, on est tous multimodaux du matin au soir. Aujourd’hui, j’ai marché, j’ai pris le vélo. Je n’ai pas encore pris les transports en commun. Peut-être… Enfin, voilà, quoi, mais… C’est ça qu’il faut voir. Il faut arrêter de… Je pense qu’il y a une manipulation forte, en particulier du monde de l’automobile, je pense, de nous enfermer dans une situation dans des étiquettes étanches. À toi, tu es cycliste. Un cycliste, je dis souvent, ça n’existe pas. Moi, je ne suis pas cycliste. Moi, je suis un mec qui se déplace à vélo. Mais pas que. Mais pas que. Je suis piéton, je suis cycliste, je suis automobiliste, je suis transport en commun, je suis covoitureur, je prends le train. Je ne suis pas cycliste. Le seul cycliste que je connaisse, c’est le professionnel qui fait le Tour de France.
Ermanno : Et encore, parce qu’entre deux étapes, il monte dans un camion. Oui. En réalité,
Charles : un cycliste, ça n’existe pas. Quand on entend « les cyclistes font n’importe quoi », c’est une phrase qui est fausse. Il y a des tas de gens qui font n’importe quoi. C’est souvent des anciens scooters ou des anciens automobilistes ou des gens qui prennent le vélo régulièrement. Mais ce ne sont pas des cyclistes. Et moi, je me bats sur cet étiquetage qui est, à mon sens,
Ermanno : une manipulation. Écoute, je pense que ce sera une très bonne conclusion. Et puis, je prendrai avec plaisir le contact de la directrice commerciale de chez Arval, de Mobilisat. Et puis, vraiment là, pour terminer, si on veut te suivre, si on veut continuer le dialogue avec toi, si on veut découvrir Cycler, où est-ce que l’on trouve Charles Porret ? Où est-ce qu’on l’en trouve, Cycler ? Twitter,
Charles : LinkedIn, beaucoup. Facebook, beaucoup moins. J’envisage dans quelques mois d’ouvrir un Instagram également parce que je pense que c’est intéressant que les gens postent leurs bonnes images. Leur bon plan de vélo-taf sur Insta. Donc, aujourd’hui, Twitter et LinkedIn avec le nom de Cycler.
Ermanno : De toute façon, je remettrai toutes les informations dans les notes de l’épisode. Et puis, on ne l’a pas précisé, mais Cycler, c’est vous, Cycler. C’est-à-dire, c’est E-Z à la fin. Ce n’est pas un E, ce n’est pas un E-R, c’est Y, c’est L-E-Z. C’est un impératif.
Charles : Parmi les transformations qu’on va faire prochainement, là, c’est rajouter un point d’exclamation à la fin de Cycler. Parce que c’est vraiment, ce n’est pas une injonction, mais c’est une invitation.
Ermanno : Eh bien, écoute, 3, 2, 1, Cycler. Merci encore Charles pour ta présence dans ce podcast. Merci d’avoir répondu à mes questions. Merci pour cette bonne humeur, cette joie, cette énergie qui était communicative. Et merci aussi pour ce bon moment qu’on a passé ensemble.
Charles : Merci beaucoup.