« Un cycliste sur 2 est confronté au problème de vol de vélo !» – Paul Ravet
Cette semaine, je vous invite à découvrir un jeune homme hyperactif. Bien que toujours en études en école de commerce, entre deux rénovations de vélo vintage, il a co-fondé une plateforme à but non lucratif portée par des passionnés qui permet aux cyclistes de garer leur vélo en sécurité chez des particuliers.
Comme Paul est Normand, tout comme moi, nous avons commencé par une présentation de mon invité, de nos origines et un échange de souvenirs avant d’aborder ce qui l’a poussé à fonder Vel’Home.
Pour contacter notre invité via Linkedin, c’est par ici.
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Ce podcast animé parErmanno DI MICELIest proposé par l’ONGTwoWheelTuesday(@2wteu), et vous accompagne dans votre démarche pour vous mettre ou pérenniser votre pratique duVélotaf.
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Ermanno : Je suis très heureux d’avoir un nouvel invité à mes côtés, un nouvel invité avec qui je partage mes origines, mais nous allons pouvoir en parler. Tout d’abord, je vais te donner la parole, cher invité, puisque la tradition du podcast est de laisser la parole justement à nos invités, donc Paul Ravet, dis-nous tout, qui es-tu, que fais-tu dans la vie et quel âge as-tu ?
Paul : Bonjour Ermanno, merci à toi de m’accueillir aujourd’hui dans ton podcast, donc moi je suis Paul Ravet, j’ai 24 ans, bientôt 25 en mai, et puis je suis étudiant encore pour la dernière année en master en école de commerce à Lyon, et je porte avec mon ami Octave Clenjans le projet Vél’home, donc le parking vélo sécurisé et l’entraide entre cyclistes.
Ermanno : J’ai comme l’impression que tu es un petit peu hyperactif. Jeune, étudiant, en même temps une société lancée dans le milieu du vélo, on va pouvoir débroussailler un petit peu tout ça. Je voudrais déjà revenir un petit peu sur toi, puisque j’ai dit qu’on avait des origines en commun, alors c’est pas l’âge, puisque moi je suis un petit peu plus vieux que toi, mais si je ne m’abuse, tu es toi aussi normand ?
Paul : Exactement, oui, donc je viens de Rouen, j’y ai fait toute mon enfance et ma scolarité jusqu’à la prépa, et donc après les concours d’école de commerce, je suis parti un peu plus au sud, à Lyon, et comme on sait, quand on vient de Rouen, Lyon, c’est le début du sud, donc j’étais très content d’aller au soleil, voilà.
Ermanno : C’est clair, c’est vrai que Rouen est une ville de taille moyenne, on va dire, mais un peu plus petite que Lyon, et c’est vrai que quand on est en Haute-Normandie, du côté de la Seine, on rêve un petit peu de descendre le long des rivières pour aller plutôt à la recherche du soleil.
Paul : C’est exactement ça, mais pour le coup, pour le début du projet, on est retourné à Rouen parce que Vél’home, c’est d’abord expérimenté à Rouen, pour plusieurs raisons que je vais pouvoir évoquer ensuite, si ça t’intéresse.
Ermanno : Bien sûr, bien sûr. Alors, je voudrais quand même encore revenir une nouvelle fois sur toi, tu es assez jeune, est-ce que tu as des souvenirs de toi pratiquant le vélo ou le sport de manière générale, que l’on comprenne un petit peu ce qui t’a amené à monter cette idée de vélo ? Oui.
Paul : Alors, moi, le vélo, c’est une passion qui remonte à tout petit. Moi, je pense que comme pas mal de gens, on découvre le vélo pendant l’enfance avec nos parents. Moi, c’était vraiment après l’école, enfin, mes souvenirs, c’est vraiment après l’école, quand je partais avec mon père, on a une forêt qui est à 10 minutes de vélo de chez nous, et donc, voilà, faire du VTT après l’école, et ça, c’était vraiment mes premiers souvenirs, mes bons souvenirs. J’ai aussi quelques belles chutes en tête, mais voilà, ça, c’est le, comment dirais-je, je pense que tous les pratiquants de vélo connaissent ça aussi. Et ensuite, cette passion, je l’ai perpétuée et développée, c’était d’abord pendant la prépa, parce que, comme on le sait, la prépa, c’est quelque chose d’assez exigeant, et donc, moi, ma soupape de décompression, c’était le week-end, de mettre un petit peu les mains dans mes vélos. Voilà, j’achetais des vieux vélos que je restaurais, que je revendais, je faisais un petit jeu comme ça, d’achat-revente, et de restauration et d’amélioration des vélos que j’avais. Et voilà, j’aimais bien, comme ça, mêler cette activité de l’esprit que j’avais en semaine, une activité de la main le week-end. Et ensuite, voilà, c‘est en ayant cette passion pour le vélo, même en tant qu’objet, que j’ai découvert aussi cette crainte du vol, et à quel point c’était quelque chose de… de présent en France. Et je me suis dit, ben voilà, il faudrait quand même arriver à faire quelque chose pour contrer ça.
Ermanno : Alors, c’est une très belle introduction, justement, pour le projet. On va pouvoir y revenir. Donc, tu nous dis que, toi, le vélo, ça fait partie un petit peu de ton enfance, peut-être de ton quotidien aussi d’étudiant. Est-ce que… Alors, la question habituelle que je pose à mes invités, c’est, est-ce que tu pratiques le vélo-taf ? Alors, toi, on ne va pas forcément parler de vélo-taf, on va plutôt parler de vélo-école. Mais est-ce que ça reste, pour toi, toujours quelque chose de très présent, cette pratique du vélo, et faire fumer l’asphalte autour de l’école ou des différents stages que tu pratiques ?
Paul :Alors, moi, le vélo-taf, c’est quelque chose que j’ai découvert déjà l’été, parce que j’ai toujours travaillé l’été, et je me suis toujours déplacé à vélo. Donc, ça, c’est…
Ermanno : Tu veux dire sur la plage à Rouen ?
Paul : Exactement, c’est ça. Exactement, pour rendre les beignets. Non, mais voilà. Je travaillais toujours en industrie l’été, voilà, pour financer le reste de l’année, et je me suis toujours rendu à vélo. Ensuite, le vélo-taf le plus intense que j’ai pu pratiquer, c’était à Berlin, parce que j’ai fait un stage de six mois à Berlin, dans une marque de vélo qui s’appelle 8 Bar Bikes. Je ne sais pas si ça te parle, mais c’est une petite marque qui commence à s’implanter en Europe, et qui est bien implantée à Berlin. Et donc, là-bas, je faisais vraiment du vélo-taf. Tout au long des six mois, j’ai découvert Berlin grâce au vélo. Et ça, c’est mes meilleurs souvenirs de vélo daily, j’ai envie de dire. Et en pignon fixe, qui plus est. Voilà, ça, c’était vraiment le kiff. Et ensuite, voilà, au niveau de l’école, ce qu’il faut savoir, c’est que mon école, elle est officiellement à Lyon, elle est un petit peu loin de Lyon. Et puis, voilà, par exemple, en ce moment, je n’ai pas ramené mon vélo à Lyon. Donc, c’est plus transport en commun. Voilà, c’est quelque chose auquel j’aspire que de pouvoir ensuite avoir un travail qui me permette d’y aller à vélo. Et voilà, j’incite notamment les entreprises à mettre à disposition des vestiaires, des douches, pour inciter, en fait, cette pratique. Parce qu’aujourd’hui, il y a quand même pas mal de gens qui renoncent à cause de ça. Et j’avoue que, voilà, moi, le premier, arriver suant un travail, ce n’est pas trop mon plaisir. Donc, c’est pour ça que, des fois, je vais quand même privilégier les transports en commun. Mais mon cœur… Il irait quand même vers le vélo-taf, évidemment.
Ermanno : Alors, je lis entre les lignes que toi, tu es plutôt de la team vélo-taf sportif plutôt que vélo-taf pépère où on ne va pas forcément suer pour arriver au boulot.
Paul : C’est vrai que moi, j’ai du mal à faire du vélo sans avoir chaud, honnêtement. J’en discutais il n’y a pas longtemps avec un ami. C’est vrai que, je ne sais pas, mais quand je suis sur un vélo, je me prends au jeu et il y a un rythme. Et typiquement, je disais à Berlin, j’étais en pignon fixe. Le pignon fixe, il te donne un rythme. Bon, entre guillemets, tu lui donnes autant qu’il te l’impose. Et c’est vrai que ça te met dans un rythme de pédalage qui fait que, quand tu arrives, généralement, tu es un petit peu chaud.
Ermanno : C’est vrai que le pignon fixe, on est loin de ces nouveaux vélos à assistance électrique, les VAE. Ça a l’avantage de laisser les gens pratiquer le vélo, quel que soit le niveau de pratique. Mais en revanche, on n’est pas sur une pratique très intensive, très sportive. Quoique, il y a quand même des championnats du monde de e-bike. Donc, ça peut quand même être sportif.
Paul : Ça, tu me l’apprends, je l’ignorais totalement.
Ermanno : Je voulais savoir, est-ce que, pour toi, la pratique du vélo taf, justement, est plus une question logistique, une question de pratique, ou est-ce que tu nourris certaines convictions personnelles sur ce sujet, et notamment, relativement à l’utilisation des mobilités douces, plus que des véhicules ou des transports en commun ?
Paul : Oui, ta question, elle est intéressante, parce que, moi, c’est vraiment quelque chose que j’essaye de prôner autour de moi. Parce que, moi, il faut savoir que… À la base, je suis un… Comme beaucoup de… Même si c’est cliché, mais voilà, comme beaucoup de petits garçons, je suis né dans la passion automobile. Vraiment, quand j’étais petit, j’allais à des salons. J’étais vraiment à fond. Moi, j’ai appris le dessin. Je fais 12 ans de cours de dessin. J’ai appris le dessin en dessinant des voitures. Vraiment, c’était quelque chose d’ancré en moi. J’ai découvert l’amour de l’esthétique, de la technique, des belles pièces. Je l’ai découvert à travers la voiture. Sauf qu’après, en grandissant, je me suis rendu compte que… Voilà, la planète, elle avait certaines limites. Et que dans 50 ans, elle aurait toujours ces mêmes limites. Et que tout le monde… Avoir tous une grosse voiture, ce n’était pas soutenable. Et donc, je me suis dit, mais quand même… Est-ce qu’il n’y a pas… Voilà, le processus intellectuel que j’ai eu, c’était de me dire… Est-ce que les choses que j’aime dans la voiture, je ne peux pas les mettre ailleurs, dans quelque chose de plus vertueux ? Et c’est vraiment comme ça que je suis rentré dans le vélo. Je te disais que j’y suis rentré par la mécanique. Et c’est vraiment ça. C’est-à-dire que j’ai pris cet amour de créer un bel objet. Je l’ai mis dans le vélo, qui est un objet vertueux, sans moteur. Et c’était aussi un premier moyen pour moi d’accéder à la mécanique. Et donc, c’est vraiment parti de cette prise de conscience écologique. Mais aussi de cette volonté de ne pas abandonner tout ce qu’on peut mettre d’amour, de l’esthétique et de passion là-dedans.
Ermanno : Donc, j’imagine… J’imagine que ton histoire avec le vélo, avec les belles mécaniques, et peut-être avec, un jour, la conception de beaux matériels n’est pas terminée.
Paul : Oui, exactement. Moi, c’est vraiment quelque chose que j’adore. En prépa, vraiment, mon délire, depuis la prépa, c’est de me coucher et de me dire… Ah là là, mais tel cadre, qu’est-ce que je pourrais faire ? J’ai encore pas mal de pièces qui dorment chez moi. Par exemple, j’ai une collection de… De vis de sel vintage. Voilà, c’est vraiment… Après, on devient un petit peu un geek de tout ça. Et pour le coup, là, j’ai déjà… Enfin, mon dernier vélo, j’ai mis deux ans à le faire. Deux ans à récolter des pièces à gauche, à droite, pour le faire. Parce qu’en fait, l’intérêt, c’est aussi de faire ça en recyclant des pièces. Parce que je vois beaucoup de gens qui revendiquent un amour pour le vélo, mais qui font venir des pièces, des trois quarts… Enfin, des… Je veux dire, des quatre coins de la planète. C’est pas très intéressant. Moi, je préfère quand même fonctionner avec Le Bon Coin, avec Truck Vélo, avec des sites comme ça. Ou même des décorations locales pour…
Paul : Pour limiter l’impact aussi de mes vélos. Et donc, voilà, cette partie-là, je l’ai vraiment plutôt sur le fait de réutiliser… Réutiliser des pièces existantes, mais qui étaient un petit peu exotiques, disons.
Ermanno : Alors, comment tu fonctionnes là-dessus ? Alors, on va… Je voudrais… Je voudrais juste m’attarder un petit peu là-dessus pour qu’on cerne bien le personnage de Paul Ravet. Donc, tu dis que tu optes plutôt pour des sites type Le Bon Coin, Troc Vélo ou autre. C’est-à-dire que tu cherches vraiment la pièce qui ira le mieux sur le vélo que tu es en train d’imaginer ou au contraire, tu achètes un petit peu comme certains restaurateurs de voitures anciennes. Tu t’achètes à la casse, tu achètes des épaves et puis tu récupères tantôt une roue, tantôt un guidon, tantôt… Un levier de vitesse. Comment est-ce que tu fonctionnes là-dessus ?
Paul : En fait, c’est vraiment, comme tu dirais, l’occasion qui fait le larron parce que selon les cas, je peux avoir… Je peux passer justement d’un… Comment dirais-je ? D’un stade à un autre. Il m’est déjà arrivé, par exemple, d’acheter vraiment des vélos en foire à tout, juste pour les restaurer et me faire un petit peu d’argent dessus. Les remettre… Voilà, les remettre sur roue et… Enfin, les remettre sur la route et permettre à des gens… De découvrir aussi cet amour du vélo vintage avec un objet qui est prêt à l’emploi. Mais ensuite, pour mes montages perso ou même des montages comme ça, c’est qu’à chaque fois, je vais avoir en idée une pièce et donc je vais me mettre en quête de juste cette pièce. Mais ça m’est déjà arrivé d’acheter un vélo juste pour la selle qui était dessus et le reste du vélo, je l’ai restauré et je l’ai revendu à part. Mais voilà, donc je peux aussi acheter comme on fait des voitures donneuses, des vélos donneurs de pièces. Ça, ça peut m’arriver aussi.
Ermanno : Bon, donc on l’aura bien compris, t’es plutôt un adepte non seulement du vélotaf, mais aussi de cette fameuse économie circulaire où tu vas pouvoir réutiliser un petit peu tout ce qui existe déjà.
Paul : Oui, j’allais dire, il y a aussi une partie qui n’est pas à négliger aussi, c’est les échanges aussi entre passionnés. C’est que par cette passion, j’ai découvert même à Rouen des passionnés. On découvre comme ça des gens qui des fois des mines d’or chez eux. Et ça, c’est vraiment la partie. Que je préfère, parce qu’au final, acheter, bon, j’ai envie de dire voilà, tant qu’on met l’argent, c’est facile d’acheter, mais les relations, c’est quelque chose de plus difficile, de plus difficile à avoir. Et moi, c’est vraiment cette partie là qui m’intéresse aujourd’hui. Et donc voilà, des fois, on va tomber sur une pièce qui est rare, mais voilà, moi, si ça correspond pas au montage que je veux faire, je peux peut être l’échanger contre une autre, à un passionné qui va avoir quelque chose qui, moi, me plaît plus. Et donc, il y a aussi cette partie là qui, quand même, prend une part de plus en plus importante.
Ermanno : puis, ce qui est intéressant en plus, c’est que tu te retrouves à la fois des deux côtés, c’est à dire l’acheteur qui va engager un échange avec un vendeur, mais également une fois que tu auras fini de restaurer ton vélo, tu vas pouvoir être toi de l’autre côté, du côté du vendeur et puis partager cet amour que tu as pour ce vélo que tu viens de restaurer et peut être nouer des liens avec de nouveaux passionnés.
Paul : C’est exactement ça, c’est exactement ça et je pense que quand tu as le dernier vélo que j’ai vendu à un couple de parisiens et voilà, je trouvais ça, je pense qu’ils ont senti la passion, ils ont senti que je l’avais restauré, que je l’avais expliqué le temps que j’avais mis les pièces qu’il y avait dessus et ça fait aussi que c’est pas juste un échange marchand, derrière, il y a quand même un échange et derrière, j’espère qu’ils vont en prendre soin.
Ermanno : Et justement, est ce que tes valeurs font que tu as déjà refusé de vendre un vélo à quelqu’un dont tu sentais qu’il ne prendrait pas soin de la belle mécanique que tu lui proposes ?
Paul : Généralement, non, parce que je mets toujours le prix que je juge honnête, je ne vais pas vendre 100 euros un vélo qui en vaut 200, mais je dirais que globalement, j’ai l’impression que cet état d’esprit là que tu décris serait peut être sur des vélos quand même, peut être vraiment très peu cher, des trucs à 20, 30 euros, mais là, quand même, les gens, quand ils voient le niveau de propreté, quand ils voient, voilà, je peux vraiment, ça m’arrive de passer une journée entière à refaire la surface de freinage d’une roue, par exemple, pour que ça revienne à l’état d’origine, ce genre de choses. Donc, les gens, quand ils voient ces détails là, ils comprennent et ils se disent OK, voilà, ils le disent pas devant moi, mais en tout cas, en tout cas, voilà, j’ai toujours senti que les gens me demandaient comment prendre soin de la peinture, etc. Voilà, ils demandent quand même des conseils pour l’entretenir derrière.
Ermanno : Bon, et c’est dommage qu’on ne se soit pas croisé à l’événement Bike to Work. Où j’ai rencontré justement quelqu’un qui représente la société, mais il y avait quelques quelques beaux vendeurs de vélos et notamment des vélos vintage, également des des revendeurs de vélos à assistance électrique, mais sur des équipés sur des vélos vintage. Et c’était vraiment super sympa. Dommage qu’on ne se soit pas vu. Je pense que tu aurais pris beaucoup de désir à voir ce qu’il y avait à proposer. Bon, ce sera pour septembre 2022 pour la prochaine édition, peut être. Et du coup, tout à l’heure, tu nous parlais un petit peu de l’organisation. Enfin, de la. La société que tu as créé avec ton ami Octave,donc tu nous parlais de la société que tu as créé, on va revenir dessus. Mais est ce que est ce que vous avez créé cette société là suite à certaines déconvenues et notamment toi avec les beaux vélos que tu restaures et que tu utilises ou est ce que c’était c’était plutôt de manière assez globale une constatation de l’état du marché actuel.
Paul : Ben ouais, donc moi, c’est vraiment partie de mon expérience, je dirais, personnelle. Voilà, comme je le disais, quand au-delà de la valeur monétaire, quand t’as passé du temps à restaurer un vélo derrière, de prendre le risque de se le faire voler juste le temps d’une séance de cinéma, par exemple. Ben voilà, c’est quelque chose qui m’empêchait de l’utiliser pleinement. Et donc typiquement, typiquement, voilà, pour ce genre d’usage, je préfère les transports en commun ou alors y aller à pied. Et donc voilà, moi, c’est parti de ça. Octave, je l’ai rencontré donc lorsque j’ai commencé à parler du projet à l’école. Lui, il portait un autre projet à la base et il a décidé de me rejoindre. Parce qu’en fait, on a, on s’est rencontrés dans le cadre d’un parcours startup. Je pense que c’est important de le préciser, c’est un petit parcours de quatre mois où on te donne des outils pour lancer un projet. Tu rencontres des entrepreneurs, des gens, des gens plutôt inspirants, mais surtout qui vont te donner des bonnes techniques. Et donc, on s’est rencontrés dans le cadre de ce parcours là et lui, justement, il venait de se faire voler son vélo. Lui, il est vraiment de base professionnellement sur plus la partie impact. Lui, il a fait des stages, justement, notamment dans le groupe Mouv’ enfin Impact France, anciennement Mouv’ et lui, ce qui l’importe, c’est vraiment le côté impact social, surtout et donc voilà, on avait des thématiques en commun et le fait qu’il se soit fait voler son vélo quelques semaines auparavant, ça a fait qu’il était bien motivé pour rejoindre le projet. Donc, pour tous les deux, ça part d’une expérience personnelle, même si je touche du bois à titre personnel, je me suis encore jamais fait voler un vélo, mais c’est au prix d’une extrême prudence.
Ermanno : Bon, pourtant, on parle de vol de vélo, mais Lyon, ok, c’est une grande ville, mais moi, l’image que j’en ai, c’est que c’est plutôt une ville agréable et sécuritaire pour vivre ou pour se déplacer ou pour déposer son vélo, sa voiture ou autre. Ou est-ce que je suis complètement dans le faux ?
Paul : Mais écoute, j’avoue que je n’ai pas de données spécifiques à Lyon, mais ce que je sais, c’est que le vol de vélo… D’après la Fédération des usagers de la bicyclette, c’est plus de 400 000 vélos par an, on parle de plus de 1000 par jour, donc voilà, après, est-ce qu’à Lyon, ça va être plus safe ? Il y a forcément des villes où c’est plus safe, mais après, j’ai envie de dire, il suffit d’une fois, et voilà, sur les groupes de vélos volés, il y en a un à Lyon, et je vois quand même des publications quasiment tous les jours, donc voilà, le problème, il est omniprésent. Et voilà, personnellement, je ne me suis jamais senti plus en sécurité dans une ville que dans une autre. C’est clair qu’à Paris, je me sentirais peut-être encore un peu plus en insécurité, mais voilà, je pense qu’à Lyon, il y a aussi beaucoup à faire. C’est vrai qu’il y a beaucoup de vélos. Au niveau des pistes cyclables, on n’est pas trop mal desservis, mais après, pour le stationnement, honnêtement, pour moi, c’est toujours la même galère. Tant que le vélo, il reste dans la rue sur un arceau, ben voilà, on sait les risques que l’on prend.
Ermanno : et puis au-delà du vol, il y a aussi parfois la dégradation volontaire de certaines personnes. Donc cette idée de créer Vél’home est née. Est-ce que tu peux nous en dire encore un petit peu plus, justement, sur Vél’home, en dehors du fait que ce soit un moyen de parquer, de stationner son vélo ? J’aimerais qu’on rentre un petit peu plus dans les détails de la société Vél’home.
Paul : Ok. Déjà, pour préciser, Vél’home, ce n’est pas une société… En fait, de base, on a toujours dit que c’était une initiative. On a dit, en fait, nous, on y est vraiment allés plutôt au départ comme quasiment une étude de marché. On a voulu lancer, voir si le modèle collaboratif, ça pouvait fonctionner avant de se lancer dans plus de développement, en fait. Et aujourd’hui, on va même plutôt… Enfin, Octave est en train de déposer les statuts. On va plutôt vers le statut associatif, justement. Donc Vél’home, aujourd’hui, c’est un projet à but non lucratif. Notre volonté, c’est vraiment de générer, en fait… de générer des liens, de générer cet échange sur le stationnement vélo et de voir si… Certes, on est toujours dans l’attente de plus d’infrastructures de la part des collectivités. Il y a aussi des acteurs privés qui commencent à arriver, à se mettre sur ce créneau. Mais nous, notre idée, c’est de se dire, ok, est-ce qu’il n’y a pas autre chose à faire ? Est-ce qu’en créant du lien et en créant cette espace de discussion où les gens peuvent se dire, ok, moi, j’ai un besoin de stationnement dans tel endroit. Est-ce qu’à tout hasard, il n’y aurait pas quelqu’un à cet endroit-là qui pourrait accueillir mon vélo ? Aujourd’hui, cette espace de discussion, il n’existe pas. Et notre volonté avec Vél’home, c’était vraiment de le créer et de permettre ensuite de générer des interactions positives entre nos utilisateurs. Donc le modèle, il est très, très simple. En fait, Vél’home, c’est une plateforme de mise en relation. Sur notre site, les gens peuvent s’inscrire pour déclarer, je dirais, que ce soit leur cave ou leur appartement, n’importe quel espace qu’ils ont chez eux qui soit sécurisé en tant qu’espace de stationnement. Et ensuite, des cyclistes peuvent entrer en contact avec eux pour déposer le vélo, que ce soit pour un usage temporaire ou bien pour quelque chose de plus pérenne. On a des gens qui ont mis en place… Une relation un petit peu plus longue avec même, au final, un échange de double de clé. Si c’est dans le cas d’un atelier, par exemple, c’est quelque chose d’un petit peu plus simple à faire. Et donc, voilà, notre idée, c’est vraiment pas forcément promouvoir un usage type, mais vraiment de créer cet espace de discussion.
Ermanno : C’est vrai que je lis encore entre les lignes qu’il y a vraiment cette initiative communautaire, cette envie d’interaction, de créer du lien entre les gens. Et finalement, c’est peut-être ce qui te définit aussi, toi, au-delà de tes activités, de tes études, de ta pratique du vélo. Il y a aussi cette idée de faciliter les échanges avec les autres.
Paul : C’est exactement ça, de se dire que… Déjà, le premier truc, c’est de se dire, arrêtez d’être dans l’attente. Voilà, vraiment se dire, OK, qu’est-ce que moi, je peux faire à ma hauteur ? Est-ce qu’il n’y a pas déjà une initiative à tester pour aller dans ce sens-là ? Je déteste les comportements attentistes. Moi, j’aime bien être dans l’action. Et voilà, on sait que notre solution, elle est loin d’être parfaite. On sait qu’elle n’est pas adaptée à des tas de besoins. Mais au moins, on essaye. Et on pourra dire que cette solution-là, elle a été expérimentée. Après, est-ce qu’elle va fonctionner ? Est-ce qu’elle ne va pas fonctionner ? Ça, on verra. Mais en tout cas, aujourd’hui, ça nous a déjà permis, à titre personnel, de créer du lien avec plus de gens au sein de la communauté vélo. Voilà, comme là, ce qu’on est en train de faire en ce moment. Et donc, voilà, ce dont on s’aperçoit, c’est que porter un projet, apprendre à le défendre et aussi essayer de créer quelque chose de positif, ça génère des interactions positives.
Ermanno : En tout cas, je te souhaite bonne continuation avec ce projet-là. Alors, tu nous disais en introduction que le projet avait déjà été testé. Et je tends à croire validé à Rouen, dans notre région d’origine. Quels ont été les résultats, justement, de ce test à Rouen ? Et puis, j’aurais une autre question aussi qui tourne un petit peu autour du business model. Parce qu’association sans but lucratif, c’est une chose. Mais ça n’empêche que vous n’êtes pas non plus des philanthropes. Enfin, peut-être pas encore.
Paul : Eh bien, pour répondre à la première question, en fait, la première interrogation qu’on avait, c’était de savoir si des gens allaient vraiment s’inscrire et devenir hôtes. Et on se disait, avant de créer un site internet ou même une appli, ce serait peut-être quand même important de voir si cette partie-là, on peut l’avoir. Et donc, tout bête, mais quand on crée un système collaboratif, même si au début, on n’a pas notre propre… Enfin, je veux dire, la plateforme, en fait, ce n’est pas l’élément le plus important. Le plus important, c’est la communauté, justement. Et donc, pour générer cette première communauté, il y a déjà des systèmes qui existent. Et donc, nous, on l’avait créé d’abord sur Facebook. On avait créé une communauté Facebook. Et l’idée, c’était de voir si les gens… Ben voilà… On a l’idée si on avait effectivement des gens qui s’inscrivaient pour recueillir des vélos. Et au final, on a été très agréablement surpris parce que, voilà, dès les premières semaines, on avait plusieurs dizaines d’hôtes qui s’étaient inscrits. Et donc, là, on s’est dit, bon, ben d’accord, au final, cette partie-là, elle est plus que validée. Donc, créons le site. Et c’est comme ça que, par la suite, on a pu commencer à se développer dans d’autres villes de France. Et c’est aussi là qu’on a… Enfin, voilà, ce faisant, on a découvert l’importance des interactions aussi avec la presse locale. Parce qu’à Rouen, dès le départ, même juste avec la communauté Facebook, on a eu le soutien, ben, notamment du Paris-Normandie. On a eu, voilà, des articles comme ça dans la presse locale. Et c’est suite à ces parutions-là qu’on avait aussi notre nombre d’utilisateurs qui grimpait. Et donc, on a essayé aussi de répliquer cette stratégie-là, entre guillemets. Mais, voilà, à chaque fois, d’aller échanger avec les presses locales des régions où Vél’home s’implante. Et pour répondre à ta seconde question, donc, vraiment, nous, comme je le disais, de base, c’est un petit peu une étude de marché. Au final, on a vu que ce serait quand même difficile de faire de l’argent avec ça. Mais, comme je le disais, nous, on a toujours fait ça en parallèle de nos études, en parallèle aussi de nos stages. Donc, ça veut dire que, financièrement, on n’a jamais dépendu de Vél’home. Et, voilà, ce n’est même pas notre volonté. Et, voilà, au final, on est arrivé à un moment où on s’est dit, OK, voilà, vraiment, nous, le projet, on n’a plus rien à en tirer à cette personne. Je veux dire, on n’a rien à valider à l’école. Voilà, c’est maintenant, on le garde vraiment juste pour nous et pour le projet en lui-même. Et on s’est dit, voilà, on s’est dit, OK, certes, ça ne fait pas d’argent, mais est-ce parce qu’une idée ne fait pas d’argent qu’elle est mauvaise ? Et donc, on a décidé, quand même, de maintenir et de conserver ce projet. Maintenant, on va voir où ça nous mène. Mais, en tout cas, notre nombre d’utilisateurs et de mise en relation continue de grimper. Donc, on ne voit pas pourquoi on s’arrêterait en si bon chemin. Alors, certes, on n’est pas… on n’est pas philanthropes, mais, voilà, je veux dire, au même titre que on peut s’engager dans une association, ben, voilà, nous, quand on a un petit peu de temps, le soir, on le passe sur Vél’home et… et, voilà, et puis ça fonctionne comme ça.
Ermanno : Bon, ben, écoute, j’espère, en tout cas, que, grâce à ce podcast, il y aura aussi encore de nouvelles inscriptions. Et puis, enfin, si bien en tant que hôte, mais aussi en tant qu’utilisateur. Pour revenir sur la relation, justement, entre ces deux pans du projet Vél’home, que ce soit les hôtes, mais aussi les utilisateurs, ceux qui vont déposer leur vélo de manière temporaire ou un petit peu plus longue, comment est-ce qu’elle se passe, la relation, une fois que ces deux personnes sont inscrites ? Vous les mettez en relation et, après, eux gèrent tout ? Ou Vél’home continue à intervenir dans le process ? Oui. Ne serait-ce que pour, j’imagine, peut-être parfois sécuriser le début des échanges, parce qu’on peut avoir des hôtes qui pourraient être mal intentionnés ou des utilisateurs qui pourraient être mal intentionnés. Comment est-ce que vous intervenez un petit peu là-dedans ?
Paul : Oui. Alors, c’est vrai que, pour l’instant, notre système ne nous permet pas d’avoir un suivi… Ben, là, typiquement, on n’a pas de système de messagerie intégrés. Donc, les échanges se font par mail ou par téléphone ensuite. Donc, nous, on est toujours en copie des mails. Ça nous permet d’avoir un suivi. On a aussi des relances à quelques jours après la mise en relation pour savoir comment ça s’est passé, s’il y a eu des réponses, etc. Donc, on a quand même ce suivi-là. Mais, également, pour ce qui est, justement, du côté mal intentionné… Alors, voilà, encore une fois, je touche du bois. Mais, pour l’instant, on n’a pas eu de mauvais échos à ce niveau-là. Il faut savoir que, voilà, au moindre doute, de toute façon, on supprime l’utilisateur. Ça, ce n’est pas un souci. Mais, globalement, pour l’instant, c’est vrai qu’on a plutôt un… Comment dirais-je ? On a plutôt un profil d’utilisateur de gens convaincus. Et, globalement, nos hôtes sont aussi des cyclistes et vice et versa. Ce qui fait que le système est assez bouclé, globalement. Et aussi, régulièrement, on appelle nos utilisateurs. On l’a fait pas mal de fois. Que ce soit dans le cadre d’enquête ou même de suivi. Nous, on aime bien avoir ce contact-là. Comme notre base n’est pas non plus énorme, on essaye de maintenir ce lien-là. Et ça, clairement, c’est le meilleur moyen. Enfin, je parlais tout à l’heure du fait que j’aime chiner mes pièces de vélo. En fait, ça, c’est aussi un réflexe que j’ai de ces moments-là. Il n’y a rien de tel que d’avoir les gens au téléphone. Et donc, voilà, comme nous, on demande le numéro à l’inscription. Et généralement, les gens sont contents aussi qu’on demande pourquoi ils viennent, etc. Donc, ce suivi-là, c’est un petit peu artisanal, mais on le fait aussi comme ça. Et pour l’instant, ça fonctionne en attendant d’avoir un système qui nous permet justement d’avoir une messagerie intégrée ou que l’on pourrait donc suivre plus amplement.
Ermanno : Oui, donc, c’est vrai que vous avez la chance, pour ainsi dire, que pour l’instant,
Ermanno : ce projet que vous avez créé soit communautaire et bienveillant. On pourrait presque même dire vertueux, finalement. Oui, exactement.
Paul : C’est totalement ça. Et c’est aussi pour ça que… Comment dirais-je ? La croissance de notre base d’utilisateurs. Pour l’instant, on en prend un ou deux par jour. Et au final, c’est bien parce qu’au moins, ça nous permet à nous de suivre, en fait. C’est vrai que si demain s’explosait, il y aurait ce risque-là. Et donc, il nous faudrait un support technologique qui nous permette d’avoir plus de suivi.
Ermanno : Alors, quand tu dis qu’après avoir testé à Rouen, notamment, grâce à la création des réseaux sociaux, vous avez pu vous étendre sur d’autres villes, vous êtes présent où actuellement ? Et en fait, qu’est-ce qui limiterait qu’on s’inscrive au service Vél’home, bien que l’on ne soit pas dans une des villes que vous couvrez ?
Paul : Il n’y a rien qui limite vraiment sur le site. Il suffit de mettre une annonce. Et même si vous êtes le seul de votre village, ce n’est pas grave. Nous, c’est quelque chose que l’on promeut aussi. Sur notre carte, il y a les principaux itinéraires cyclables de France. Et on peut voir que, finalement, nos hôtes sont plutôt bien répartis autour de ces itinéraires. Et donc, c’est aussi ça, peut-être, des usages de Vél’home. Ça peut permettre de trouver les hôtes qui s’inscrivent en sachant qu’ils sont sur ces itinéraires-là. Il y en a quelques-uns qui sont prêts même à accueillir les gens pour la nuit. Donc, il y a aussi cet intérêt-là, pas juste de stationnement urbain pour des usages quotidiens, mais ça peut aussi être de l’accueil ou même du service. Si on est au milieu de la campagne et qu’on voit qu’il y a un autre Vél’home à cet endroit-là, peut-être que la personne s’est inscrite pour dire que si vous avez besoin de venir recharger votre gourde ou de regonfler chez moi, il n’y a pas de problème. Donc, il y a cet aspect-là aussi qui peut être pris en compte. Et aujourd’hui, le meilleur moyen de savoir ce qu’il est possible de faire, c’est de le demander directement aux hôtes en question. Mais en tout cas, il y a vraiment plusieurs démarches qui peuvent se compléter sur notre plateforme.
Ermanno : J’ai vu aussi que sur votre plateforme, il y a la carte des vols de vélo. Vous référencez les zones les plus chaudes en termes de vols de vélo, ou alors c’est la mise à jour au quotidien ?
Paul : Oui, c’est ça. Donc, c’est les deux. C’est la mise à jour au quotidien. L’idée, c’était… En fait, on s’est demandé si on ne pouvait pas faire quelque chose de plus. Et c’est vrai qu’on s’est dit… Comme on s’est beaucoup intéressé, justement, au vol de vélo en général, on a vu qu’un moyen qui était énormément utilisé par les victimes de vols, c’était les groupes Facebook « Vélo volé Rouen », « Vélo volé Lyon », etc. Il y en a plein. Il y en a pour toutes les grandes villes de France. Et donc, on s’est dit que ce système-là, c’est super. Il y a des gens qui retrouvent leur vélo comme ça. Mais malheureusement, le vélo qui a été volé il y a deux semaines, il est complètement oublié du fait que les nouvelles publications ont chassé les anciennes. Et donc, l’idée, c’est juste de se dire « Ok, on n’a qu’à faire une base nationale, sur laquelle les gens, certes, vont pouvoir continuer à publier sur les groupes Facebook, mais en même temps, ils le mettent sur le site Vél’home. » Et donc, ensuite, ça permet deux choses. À la fois, ça permet… Moi, aujourd’hui, je suis à Lyon. Je peux aller regarder s’il n’y a pas des vélos qui ont été volés récemment à Lyon. Je peux voir le vélo, la description, où a eu lieu le vol, peut-être les caractéristiques du vélo. Il a une rayure à tel endroit. Voilà, on a tous… Sur nos vélos, on a tous des petits trucs caractéristiques qui permettent de vraiment les identifier. Et donc, ça peut m’aider éventuellement à ouvrir l’œil et à le retrouver. Si je regarde les sites de petites annonces, peut-être jeter un œil dessus. Et donc, ça permet à la fois ça. Et en même temps, ça permet justement d’avoir aussi ces repères visuels, de se dire « Voilà, à tel endroit, il y a eu dix vols. À tel autre, il n’y en a eu que deux. » Bon, ça, c’est… Voilà, évidemment, ce n’est pas la panacée, mais ça peut déjà donner une première idée de la répartition des vols aussi, en fonction des endroits.
Ermanno : Bon, écoute, je te souhaite encore une fois qu’il y ait de plus en plus d’utilisateurs de cette fonctionnalité-là et puis qu’on arrive à retrouver tous les vélos volés. Parce que, comme tu le dis, parfois, un vélo, c’est aussi un attachement personnel et se faire voler son vélo, outre l’aspect pécunier, ça représente aussi beaucoup de choses.
Paul : Exactement. C’est exactement ça. Le vélo, c’est quand même des histoires. Il y a aussi, pour ceux que ça intéresse, c’est aussi tout un aspect sociologique autour du vélo, en tant qu’outil de libération. Et voilà, je pense que c’est tout ça, le vélo, et on ne peut pas le réduire au simple objet. Et c’est aussi un aspect important, parce qu’aujourd’hui, on parle beaucoup des politiques cyclables. Tout ça, c’est très important. Mais je trouve que c’est aussi un élément essentiel que de mettre la passion là-dedans et de montrer aux gens que ce n’est pas juste pratique, mais que ça peut aussi être cool. Il faut vraiment diffuser cette passion.
Ermanno : Je pense que c’est justement ce que vous êtes en train de faire, Octave et toi, et ce que l’on fait aussi avec ce podcast Vélotaf. On essaye d’inciter le plus grand nombre à utiliser le vélo et surtout à trouver du plaisir et un intérêt certain à l’utilisation du vélo et des mobilités douces de manière générale. Pour reparler vélo et peut-être Vélotaf ou Véloétudes, quel est ton meilleur souvenir de Vélotaf ?
Paul : Je ne sais pas si j’ai un souvenir en particulier, mais vraiment, mon meilleur Vélotaf, c’était le Vélotaf de Berlin. J’avais 10 km à faire. C’était juste incroyable. Quand tu arrives dans une ville et que tu Vélotaffes dans cette ville, c’est le meilleur moyen de la découvrir. Vraiment, tous les souvenirs que j’ai de Berlin, ce sont des souvenirs que j’ai au guidon de mon vélo. J’ai découvert le mur sur mon vélo et j’ai adoré ça.
Ermanno : Attention, ça fait bizarre quand tu dis « j’ai découvert le mur sur mon vélo », c’est-à-dire que tu as pris un mur, non ?
Paul : Je découvre le mur de Berlin sur mon vélo. Ce qui était incroyable, c’est justement d’être dans tous ces lieux que tu as vus dans tes livres d’histoire. Et de les découvrir par ce biais-là, tu as vraiment l’impression de te déplacer à travers l’histoire. Je faisais ça tous les jours pour aller à mon travail et pour s’entraîner sur des vélos. C’était vraiment incroyable. Forcément, mon stage s’est terminé en novembre. À la fin, il faisait un peu moins beau, un peu plus froid, mais c’était toujours un énorme plaisir. C’est très bête, mais j’ai aussi découvert le plaisir de rouler sous la pluie. C’est aussi des moments un peu folklo. Il y a un jour où même les rues étaient quasiment inondées, avec 20 cm d’eau, mais en certaines rues, évidemment. J’étais là avec mon pignon fixe, et c’était trop bien aussi cet aspect d’avoir qu’un seul vélo, de ne pas avoir à se poser la question et de devoir y aller dans tous les cas. C’est comme ça qu’aujourd’hui, avec ce vélo, j’ai plein de souvenirs. C’est là qu’on se rend compte que le problème, c’est même d’avoir le choix. C’est-à-dire que quand les gens ont le choix du vélo ou de la voiture, dès qu’ils pleut trois gouttes, ils vont prendre la voiture. Ou même moi, j’ai le choix du vélo ou des transports en commun. Forcément, c’est que maintenant, s’il ne fait pas beau, je vais plutôt prendre les transports en commun. Mais j’ai beaucoup aimé cet aspect-là d’avoir que le vélo et rien d’autre. Au moins, on ne se pose pas de questions. Et au final, on fait toujours son sport tous les jours. J’étais dans une super forme à l’époque. Finalement, il y a aussi quelque chose à en retenir de ça. Philosophiquement, je pense. Des fois, il faut savoir soi-même ne pas se mettre de contraintes d’autres possibilités. Il faut savoir se fixer un seul moyen de locomotion et c’est tout. Comme ça, au moins, ça nous enlève un questionnement en moins.
Ermanno : Super. J’ai coutume aussi de demander à mes invités quels sont les outils qu’ils utilisent pour Vélotaffer. Tu as parlé notamment de ces jours de pluie à Berlin. Tu as parlé aussi justement de découvrir la ville en vélo. Est-ce qu’il y a des outils en particulier que tu utilises ? Je pense déjà peut-être à des vêtements de pluie, mais aussi à des outils pour t’orienter dans la ville.
Paul : Pour le coup, je suis très low-tech. Par exemple, je cours aussi. Mais je n’ai jamais cédé aux montres connectées. Même les GPS, j’ai testé. Dans la boîte où je travaillais, ils travaillaient avec la marque Wahoo. J’ai découvert. Ce sont des outils vraiment géniaux. Peut-être que je vais m’y mettre. Mais pour l’instant, non. Vraiment, ma méthode, c’était de regarder sur Google les lieux où je voulais aller. Regarder où est-ce que c’était. Je prenais mon vélo et je suivais le cap. C’est vraiment plus ça, mon mode de fonctionnement à ce niveau-là. Même si je sais que c’est limité. Par exemple, là, je commence à me mettre au gravel. Je voudrais ensuite vraiment voyager à vélo. Je pense que ça va devenir malheureusement nécessaire. Très bête, mais avant ça, j’aimerais bien… Mes parents m’ont acheté pour mon anniversaire des cartes sur des itinéraires cyclables. En vrai, moi, l’idée d’être un peu à l’ancienne, ça me plaît bien aussi. Et ne pas être dépendant d’une batterie, etc. C’est quelque chose qui me plaît. Apprendre à lire une carte, c’est des choses bêtes, mais aujourd’hui on est beaucoup plus dépendant. On est devenu dépendant de ces outils-là. Et donc, mine de rien, ça nous enlève un peu de liberté et de savoir-faire. Donc moi, j’ai envie de retrouver ça. Et de voyager avec mes cartes, même si ça fait un peu peur, mais c’est quelque chose que j’aimerais bien faire. Donc voilà pour cet aspect.
Ermanno : Donc pour le prochain vélo que tu restaures, tu vas intégrer un porte-cartes, c’est ça ?
Paul : Peut-être. On Oui, pourquoi pas. Et ensuite, pour ce qui est de la pluie, très simple. J’étais mal équipé pour le coup, mais le pantalon de pluie, ça, c’est absolument nécessaire. Voilà, je ne peux que recommander. Voilà, il n’y a pas photo. Arriver avec son jean plein de flotte, c’est horrible. Et le truc sur lequel il faudrait que je me penche, parce qu’à l’époque, je me souviens que c’était l’enfer, c’est donc pour les imperméables eau. Parce que pour avoir un truc qui te protège de la pluie, mais en même temps ne te fasse pas sur-suer parce que c’est un kawaii, voilà, c’est quelque chose qu’il faut trouver. Aujourd’hui, il y a des marques qui proposent justement des vêtements dédiés au vélotaf. Et donc ça, moi, je pense que ce serait un achat à venir que d’avoir justement une veste imperméable, mais respirante.
Ermanno : Pour rester toujours sur le vélotaf et plus sur son utilisation maintenant, à ton avis, comment est-ce qu’on peut promouvoir l’utilisation du vélotaf ? Donc évidemment, il y a Vél’home, puisque si on sait où est-ce qu’on va garer son vélo, ça facilite les choses. Mais je veux dire déjà en termes d’esprit et puis peut-être aussi en termes d’infrastructures.
Paul : Alors en termes d’infrastructures, je dirais que déjà on est sur la bonne voie avec justement le développement des voies cyclables. Ça, c’est quand même un élément nécessaire. Donc ouais, il faut savoir que si on regardait au niveau des statistiques, le premier frein, c’était justement ces infrastructures routières, les voies cyclables. Et le deuxième frein, c’était le stationnement. Donc au fur et à mesure que les voies cyclables se développent, la problématique du stationnement va devenir prépondérante. Donc c’est une problématique qu’il va falloir adresser et donc que les collectivités vont devoir prendre à bras le corps. Mais je pense que les entreprises ont aussi un rôle, parce que je veux dire, les trois quarts de nos déplacements, c’est quand même pour aller au travail. Donc il faudra aussi que les entreprises… maintenant prennent l’habitude dans leur offre, en fait, de mettre ce stationnement vélo. Moi, en tout cas, je sais que c’est quelque chose, en tant que jeune actif, c’est quelque chose auquel je vais être aussi attentif. Donc les entreprises, elles ont vraiment quelque chose à jouer là-dedans. Parce que moi, demain, si je peux aller à mon travail et stationner mon vélo en sécurité, ben honnêtement, je vais être plus productif. Je sais que je vais travailler dans de meilleures conditions, parce qu’au moins, ça va m’enlever un questionnement de l’esprit. Et en plus, vu que je viendrai à vélo, je serai en forme. Et voilà, il y a tous ces aspects positifs, ces externalités positives que l’on sait que provoquent le vélo. Donc vraiment, pour les entreprises, promouvoir le vélo, c’est que du plus. Parce que quand vous avez quelqu’un qui arrive à vélo plutôt qu’il arrive en voiture, s’il est venu en voiture, il a eu des embouteillages peut-être, il va être énervé, il dépense l’essence, il achète de l’essence qui est trop chère. Alors que celui qui arrive à vélo, il arrive avec le sourire, généralement. Donc je pense que c’est aussi important de montrer aux gens qu’il y a une voie à la fois pour l’environnement qu’il va falloir suivre, mais il faut aussi rendre cette voie-là désirable. Et donc la rendre désirable à la fois pour les salariés, mais aussi pour les entreprises, pour qu’elles mettent à disposition ces infrastructures. Peut-être qu’elles convertissent un local pour en faire un local vélo. Voilà. Parce qu’il faut bien qu’elles comprennent qu’un stationnement vélo devant la société, dehors, ce n’est pas un stationnement vélo. Un stationnement vélo, dans le cadre professionnel, il doit être dans le bâtiment de la société.
Ermanno : Bon, écoute, encore une fois, j’espère que ton message sera porté haut et fort et qu’on pourra tous se déplacer en vélo. Alors moi, j’ai un peu laissé le vélo de côté, mais ça, c’est plus pour des raisons personnelles. Mais je ne désespère pas un jour d’y revenir. Et puis pour terminer cet épisode. C’est le moment du passage de micro. Si tu devais passer le micro à quelqu’un ou s’il y avait quelqu’un que tu voudrais absolument entendre sur ce podcast, est-ce que tu aurais quelques noms à nous donner ?
Paul : Ce n’est pas une question très simple. Mais tiens, récemment, quand on parlait de passion à Lyon. Récemment, je suis de retour à Lyon depuis une semaine. Et à Lyon, il y a quelques beaux shops de vélo. De belles boutiques. Et voilà, peut-être que ça pourrait être des interlocuteurs intéressants. Parce qu’il ne faut pas oublier que ces gens-là, de base, c’est quand même des entrepreneurs. C’est des gens qui ont créé leur société et qui défendent une certaine vision du vélo. Et donc, je peux t’en citer deux, notamment. Tu as Barouders Cycle. Alors ça, je ne sais pas si tu les connais. Mais c’est une boutique qui fait des montages, mais sublimes, avec de très belles pièces. Et ils font beaucoup même de restauration sur des bases de vieux VTT. Où ils vont adapter des pièces modernes. Et moi, c’est quelque chose qui me plaît beaucoup. Parce que ça marie le charme de l’ancien. Ce côté aussi upcycling avec des pièces modernes. Et voilà, ça donne un cocktail vraiment détonnant. Et des vélos qui sont parfaits, notamment pour vélotaffér. Parce que c’est des vélos qui sont fiables, qui sont confortables. Et avec des bons gros pneus pour ne pas creuser. Pour ne pas creuser tous les jours. Donc voilà, ça pourrait peut-être être intéressant d’aller interroger les fondateurs de ce magasin-là. Et tu as aussi Cycle Marchi, qui est très connu dans la communauté lyonnaise. Qui tient aussi une très belle boutique. Et qui est vraiment un personnage très intéressant. Et voilà, ça pourrait être de bons interlocuteurs pour toi.
Ermanno : Bah écoute, je note. Et puis je relève le défi d’aller justement interviewer une de ces personnes-là. Peut-être les deux, pourquoi pas. Et puis je leur dirai que je viens de ta part, évidemment. Paul, est-ce qu’il y avait quelque chose que tu voulais rajouter ? Ou est-ce qu’on en reste là pour aujourd’hui ? On clôture l’épisode du jour.
Paul : Bah écoute, c’est tout bon pour moi. Je voulais juste encore te remercier pour ce temps que tu m’as accordé. Et voilà, merci d’oeuvrer aussi à prêcher la bonne parole vélo.
Ermanno : Et bah écoute, je t’en prie. Une dernière petite chose, juste avant de couper les micros. Si on veut en savoir plus sur Vél’home, si on veut s’inscrire, si on veut soit ouvrir son parking ou alors voir s’il y a des parkings à vélo dans le coin de chez nous ou de chez notre employeur, quel est le meilleur moyen de le faire ?
Paul : C’est d’aller sur velhome.co, tout simplement. Et là, vous pouvez naviguer. Quand vous arrivez, vous voyez d’abord la carte des stationnements. Mais il y a aussi un petit bouton plus pour ajouter une annonce. Et vous pouvez également consulter notre carte des vols. Donc vraiment, voilà, allez sur velhome.co.
Ermanno : Super. Et bah écoute, merci encore Paul. Je te souhaite une bonne continuation, une bonne journée. Et puis longue vie à Vélôme. Merci beaucoup. Très bonne journée à toi.