« Si demain, tous les déplacements de moins de 5 km se faisaient en vélo, les émissions de CO2 baisseraient de 25% ! » – Herman VAN BEVEREN
Herman est Directeur du Développement des produits Btwin chez Décathlon. Ancien Responsable des magasins en Belgique pour la marque bleue, Herman a réalisé toute sa carrière dans le groupe. Fervent défenseur des mobilités douces, il revient avec nous sur son engagement citoyen, écologique et sociétal dans sa pratique, mais aussi sur les éléments qui pourraient, selon lui, aider au développement du Vélotaf comme moyen de déplacement idéal !
Pour contacter notre invité via Linkedin, c’est par ici : https://www.linkedin.com/in/herman-van-beveren-49655324
Ce podcast animé par Ermanno DI MICELI est proposé par l’ONG TwoWheelTuesday (@2wteu), et vous accompagne dans votre démarche de changement ou de pérénisation du Vélotaf.
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Full Transcript
Ermanno : Bonjour à toutes, bonjour à tous, c’est Ermanno, vous êtes sur un nouvel épisode du podcast Vélotaf et aujourd’hui, pour m’accompagner, je reçois un invité qui, je pense, est très très très très bien placé pour parler Vélotaf, vélo urbain, à savoir l’ancien directeur de Decathlon Belgique, maintenant en charge des vélos Btwin, Herman Van Beveren. Bonjour Herman.
Herman : Bonjour Ermanno, enchanté.
Ermanno : Pareillement. En tout cas, merci beaucoup d’avoir accepté notre invitation. Aujourd’hui, on va parler Vélotaf, mais avant tout, j’aimerais te laisser la parole pour te présenter. Herman, dis-nous, qui es-tu, ce que tu fais dans la vie ? Comme ça, on se fait déjà une idée de l’invité d’aujourd’hui.
Herman : Donc moi, c’est Herman, j’ai 49 ans, j’ai 4 enfants, qui d’ailleurs vont à l’école à vélo. J’ai toujours adoré le sport, j’ai fait une carrière professionnelle chez Decathlon. Donc jusqu’en 2016, j’étais responsable pour Decathlon Belgique. Après, j’ai demandé à l’entreprise de pouvoir développer plus profondément toute l’offre de vélo ville et vélo ville électrique pour l’entreprise. Pour rendre cette pratique plus accessible à tout le monde. Parce qu’en fait, moi, je suis convaincu que le Vélotaf et le vélo de la mobilité, on va l’appeler comme ça, ça peut être un bien de transformation de l’humanité. Ce qu’il faut savoir, c’est que si demain, tous les déplacements de moins de 5 km se faisaient en vélo, l’émission CO2 mondiale descend de 25%. Ça, ce n’est pas Herman qui le dit, ce sont des études qui le montrent. C’est quand même incroyable. Quand on voit toute la communication qu’il y a autour de l’émission CO2, demain matin, les déplacements de moins de 5 km se font en vélo, et bien les émissions mondiales CO2 diminuent de 25%. Bon, évidemment, au-delà de ces émissions CO2, il y a énormément d’avantages individuels et collectifs à se déplacer en vélo en ville. C’est ce qui m’a motivé de reprendre. C’est cette responsabilité chez Decathlon, parce que personnellement, j’y tiens au bonheur des gens. Et je suis convaincu que le vélo, c’est un moyen très simple pour améliorer le bonheur de chacun dans la société.
Ermanno : Alors là, tu nous as fait une très belle introduction. La barre est haute. Je crois qu’il va falloir que j’aiguise mon cerveau pour pouvoir te poser les bonnes questions. Peut-être essayer de te mettre un petit peu gentiment en difficulté pour challenger tes arguments et voir comment est-ce que tu peux te mettre en difficulté. Parce qu’on pourrait améliorer, justement, non seulement le quotidien, mais aussi la santé des utilisateurs. Et bien sûr, la finalité, c’est améliorer aussi la qualité de l’air et de la planète. Donc, tu nous as dit 49 ans, 4 enfants. Félicitations, moi aussi, le quatrième aîné l’année dernière. Tu as toujours aimé le sport. Tu as commencé par pratiquer quel sport ? Est-ce que tu as fait du vélo ? Et comment est-ce que tu es arrivé un petit peu à la pratique du vélo urbain ?
Herman : Donc, tout d’abord, moi, j’ai toujours été à l’école en vélo pendant mes études. Donc, 100% de mes déplacements je les faisais à vélo. Après, à la base, moi, je suis planchiste windsurf. C’est à l’âge de 35 ans que j’ai acheté un vélo course, où j’ai commencé à faire pas mal de vélos, on va dire, pour les loisirs. Pas du vélo d’un ordre pratique. Moi, j’habite Gans. Donc, j’ai travaillé à Anvers. Donc, j’y allais en voiture, malheureusement. J’ai travaillé à Bruxelles, aussi pour Decathlon. Je faisais une partie du trajet en voiture. Et je faisais… Tous les jours, aussi, une partie du trajet en vélo. Je me garais au Grand Bigard avec ma voiture. Je prenais le vélo, je traversais toute la ville pour aller travailler à Evère, où il y a le siège de Decathlon en Belgique. C’était 12 kilomètres, je mettais 26 minutes. Tous les jours. Beau temps, mauvais temps. Bouchon ou pas de bouchon.
Ermanno : Ah ouais, donc ça tournait bien, quand même.
Herman : Bah, 12 kilomètres, 26 minutes avec un vélo électrique. La même vitesse qu’avec mon vélo de course, d’ailleurs. Donc, je me forçais pas…
Ermanno : Oui, parce qu’on n’est pas loin des 30 kilomètres heure.
Herman : Je ne me forçais pas, je ne transpirais pas. Entre Gans et Bruxelles, Evère, je mettais tous les jours à peu près le même temps. Je mettais une heure au retour. Et le matin, je mettais une heure et quart. En voiture, c’est impossible.
Ermanno : C’est effectivement un des avantages du vélo taf. C’est que ça facilite la vitesse de déplacement. Pour autant qu’on n’ait pas 50, 60 kilomètres à effectuer. Je recadre un peu le débat. On l’aura peut-être un petit peu senti à ton accent. Il me semble que tu es néerlandophone. Donc, tu es Belge, mais flamand, si je ne m’abuse. Oui, tout à fait. J’avais de Gans. Et donc, tu étais à la base planchiste, windsurfer. Mais on ne fait pas du windsurf sur la mer du Nord, si ?
Herman : Si, si. Je faisais du windsurf à la mer du Nord. J’avais mon matériel stocké sur la plage.
Ermanno : Ça devait être quelque chose quand même. Et pas en mode californienne où tu avais le grand vélo avec le support pour mettre la planche, la voile et tout. Non, tu laissais tout sur la plage et puis tu te déplaçais en vélo pour y aller ?
Herman : J’ai laissé tout sur la plage. C’est toujours pareil. J’habitais de Gans. Je n’avais pas une maison à la mer. Donc, le matériel, je ne pouvais pas le déplacer à chaque fois. Et donc, j’avais trouvé une solution sur place. Et j’y allais avec les transports en public. Et sur place, j’avais un vélo, oui. Pour faire les déplacements locaux, oui.
Ermanno : Évidemment. Donc, ton engagement finalement pour le déplacement urbain, pour la mobilité douce, date d’il y a plus qu’une quinzaine d’années. C’est vraiment du tout début de ta vie d’adulte.
Herman : En fait, à cette époque-là, ce n’était pas vraiment un engagement. C’était juste une réponse de facilité. Donc, c’était simple de me déplacer en vélo. Ça ne me coûtait rien. Et donc, je n’avais pas trop réfléchi au sujet. La réflexion, elle est venue un peu plus tard.
Ermanno : Tu nous as dit que tu as fait toute ta carrière chez Decathlon. Decathlon qui est une société française originaire de la région lilloise, si je ne m’abuse. Donc, pas très loin de la Belgique. Est-ce que tu as jeté ton dévolu tout de suite sur Decathlon parce que c’était une société qui partageait les mêmes valeurs que toi ? Valeurs de sport, valeurs d’ouverture, valeurs de diffusion au grand public ? Ou est-ce que c’était juste une question d’opportunité ? Tu as postulé dans une boîte qui cherchait quelqu’un et c’est comme ça que tu es rentré chez Decathlon ?
Herman : En fait, je suis arrivé dans l’entreprise parce que… A la fin de mes études, je voulais absolument travailler dans le secteur du sport. Et donc, j’ai regardé un peu autour. Je voulais aussi travailler dans une grande entreprise. Et donc, je suis tombé sur Decathlon qui m’ont embauché à l’époque en France, à Lyon, pour préparer des gens pour venir ouvrir Decathlon en Belgique. Donc, j’ai commencé en 1995 et en 1997, j’ai ouvert le premier magasin à Anvers.
Ermanno : Ah, donc c’est grâce ou à cause de toi que la marque bleue s’est développée en Belgique ?
Herman : Moi, non. Je pense que l’enseigne est forte. S’il n’y avait pas eu moi, il y aurait eu quelqu’un d’autre, sincèrement. Mais c’est vrai que j’ai pas mal contribué.
Ermanno : On va revenir un petit peu, justement, sur le vélotaf. Tu nous dis que tu as toujours pratiqué le vélo. Tes déplacements, tu les faisais soit en transport en commun, soit en vélo quand c’était possible. C’était pour toi une question de facilité, une question aussi peut-être financière. Tu l’as dit, ça ne te coûtait rien de te déplacer en vélo, sauf peut-être changer une ou deux chambres à air de temps en temps. Tu nous as dit aussi que tes convictions relativement à la mobilité douce sont venues un peu après. Quelles sont-elles, justement, ces convictions ? Relativement à l’utilisation des mobilités douces et en particulier au vélotaf ?
Herman : Le vélotaf, ça a des avantages incroyables à titre individuel, mais aussi à titre collectif, sociétal. Donc, à titre individuel, il y a un aspect santé indéniable, que ce soit en vélo mécanique ou en vélo électrique. Sur un vélo, la vitesse est un peu plus élevée en vélo électrique, mais le rythme cardiaque est fort comparable. Faire chaque jour 5 kilomètres aller-retour pour aller au travail, ça correspond à peu près aux besoins humains d’efforts physiques au quotidien. Donc, en fait, pendant son temps de trajet, on bouge, le corps est en mouvement et c’est super bon pour la santé. Vous savez, j’étais responsable pour Décathlon en Belgique, donc je voyais dans les statistiques que ceux qui venaient en vélo, ils étaient en meilleure santé que ceux qui ne venaient pas en vélo.
Ermanno : Par rapport à ça, justement, est-ce que… Décathlon incitait ses salariés à utiliser les mobilités douces et en particulier le vélo ?
Herman : En fait, l’avantage de la Belgique, c’est qu’il y a un cadre légal qui est particulièrement adapté à cette mobilité douce. Donc, tous ceux qui se déplacent en vélo, ils ont droit, je pense, à 24 ou 25 cents au kilomètre. Donc, c’est assez unique. Donc, ça encourage quand même vraiment l’utilisation. Après, chez Décathlon, qu’est-ce qu’on a fait ? On a mis des douches dans tous les magasins. Au début, il n’y en avait pas. Donc, ça permettait à ceux qui venaient d’un peu plus loin ou ceux qui voulaient vraiment venir en vélo de course pour faire vraiment un effort, de se prendre une douche. Et on a également mis des zones de stockage de vélos protégées pour que les collaborateurs puissent installer leur vélo en toute sécurité.
Ermanno : Précurseur, même au niveau de Décathlon, pour faciliter, pour encourager, promouvoir l’utilisation du vélo pour venir au bureau.
Herman : Ça fait maintenant cinq ans que j’ai quitté Décathlon en Belgique. Mais je pense que dans le magasin de Gand, il y avait 70% des gens qui venaient travailler en vélo. C’est énorme.
Ermanno : C’est énorme, c’est énorme. Si on pouvait avoir 70% des gens dans les grandes sociétés qui utilisaient les mobilités douces, ce serait juste exceptionnel.
Herman : 50% des déplacements font moins de 5 kilomètres. Donc, on pourrait très facilement arriver à 50% de parts modales en vélo. Très facile. C’est une histoire de volonté de chacun et de présence de pistes cyclables.
Ermanno : Histoire de volonté de chacun, histoire de volonté aussi peut-être des entreprises, des employeurs. Et puis aussi des pouvoirs publics, comme tu le dis, par rapport à l’organisation de pistes cyclables.
Herman : Oui, parce que ça a un impact incroyable. La présence de pistes cyclables influence incroyablement la mobilité douce ou pas. On le voit parce qu’on a des magasins partout dans le monde. Et on voit une différence incroyable dans les ventes, tout simplement, dans les lieux où il y a beaucoup de pistes cyclables ou dans les lieux où il n’y en a pas.
Ermanno : Alors justement, tu parles de pistes cyclables. D’inciter les utilisateurs au vélo avec la présence ou non de ces pistes cyclables. On parlait tout à l’heure des éléments que Decathlon a mis en place pour inciter ses collaborateurs à utiliser le vélo. Est-ce que vous essayez aussi de faire un petit peu de lobbying à votre niveau avec les autorités locales pour les inciter à créer des pistes cyclables jusqu’à vos magasins ?
Herman : Nous, on travaille avec l’Europe via des associations, justement pour qu’on prône l’aménagement de pistes cyclables. Et on peut le dire, partout en Europe, il y a des pistes cyclables qui s’installent. Je ne connais pas d’endroit où on les enlève.
Ermanno : Moi non plus, surtout après le Corona, je crois qu’on en a vu fleurir un petit peu partout.
Herman : Le Corona, ça a clairement aidé à un certain moment. Mais on voit très clairement que quand on prend une ville comme Bruxelles, il y a des efforts importants qui sont faits. Il y a dix ans, il n’y avait quasiment pas de cyclistes à Bruxelles. Aujourd’hui, le cycliste, il est partout. Il n’est pas encore massivement partout, mais il est partout.
Ermanno : .Alors justement, tu nous parles de cyclistes. Tu nous dis qu’il y en a de plus en plus partout. Et c’est tant mieux.
Ermanno : Venir à Bruxelles et d’aller faire quelques prises de vue dans leBois de la Cambre, c’est juste magnifique. Cet endroit qui a été complètement fermé à l’utilisation des voitures pour favoriser l’utilisation du vélo, des trottinettes, des trottinettes électriques, etc. C’est génial d’avoir un poumon en plein centre de la ville qui soit réservé aux mobilités douces. Qu’est-ce que tu en penses ?
Herman : Il y a le Bois de la Cambre qui est fait pour ça. Mais quand je vois les trajets que je faisais entre le Grand-Bigard et Evère, j’ai vu en quelques années l’évolution. J’ai vu les pistes cyclables arriver personnellement. Donc j’ai vu les aménagements qui se sont améliorés. Et j’ai vu aussi le nombre de cyclistes en augmentation en permanence. C’est magnifique. Il y a encore beaucoup à faire, mais ça va dans le bon sens.
Ermanno : En introduction, quand tu te présentais, tu nous disais que toi, tu croyais énormément au vélo comme moyen de déplacement. Tout simplement parce que si on faisait tous nos déplacements de moins de 5 km en vélo, tu nous annonçais un chiffre. Tu nous disais que ça pourrait réduire. C’est-à-dire de 25% l’émission des gaz à effet de serre. On peut revenir un petit peu sur ce point-là. Comment est-ce que Décathlon intervient sur l’utilisation du vélo ? Je ne sais pas si c’est le cas pour tout le monde, mais moi, en tout cas, depuis que je suis gamin, quand j’ai besoin d’acheter quelque chose relativement au sport, la première chose qui me vient en tête, c’est Décathlon. Est-ce que vous œuvrez dans ce domaine-là aussi au niveau du vélo taf, au niveau du vélo urbain, pour inciter tout le monde à les utiliser au maximum ?
Herman : On communique à nos clients les avantages, les bienfaits de faire du vélo. Donc, on a une base de données importante. Donc, ça nous permet de prôner cette parole. Mais toutes ces raisons pour pratiquer, en fait, elles sont prônées par tout le monde. Ce n’est pas que le rôle de Décathlon. Donc, c’est le rôle de tout le monde. Je voulais aussi revenir un petit peu sur un point qu’on a passé vite. Donc, il y a des raisons de santé, j’avais dit personnelles. Pourquoi ? C’est hyper intéressant. C’est hyper intéressant de se déplacer en vélo. Donc, il y a des raisons de santé publique parce que ça améliore la santé globale de la société. Mais il y a aussi des raisons beaucoup plus rationnelles. On gagne du temps quand on se déplace en vélo. Une distance en dessous de 5 kilomètres, c’est quasiment toujours plus rapide en vélo. Jusqu’à 10 kilomètres, notamment dans des zones bien urbaines, c’est très souvent plus rapide en vélo. C’est beaucoup moins cher que les autres moyens de déplacement.
Ermanno : Même au égard du prix croissant des vélos urbains et notamment des vélos électriques ?
Herman : Oui, ça dépend à quoi on compare l’objet, évidemment. Mais si on compare ça à une voiture, c’est sans comparaison, en fait. Même un vélo électrique, même si ça coûte un petit peu, c’est vrai que ça reste quand même vraiment pas cher. En énergie quand même pour vous donner un ordre d’idée, avec 1 kWh, c’est un peu technique, mais on fait avec un vélo électrique 200 kilomètres. Donc, je vous invite à aller checker, aller vérifier la consommation électrique d’une voiture. Mais à mon avis, c’est entre 10 et 30 kWh pour faire 100 kilomètres.
Ermanno : Donc, il y a le coût d’acquisition de l’appareil, en l’occurrence du vélo électrique versus de la voiture électrique. Il y a le coût de fabrication qui n’est pas le même. Je parle là en termes d’énergie consommée. Pour fabriquer une voiture électrique, ça n’a absolument rien à voir avec l’énergie nécessaire pour fabriquer un vélo électrique. Donc, il y a le coût de l’appareil, il y a le coût énergétique de la fabrication de l’appareil. Et puis, il y a la maintenance. C’est vrai que faire de la maintenance sur un vélo électrique, ça revient beaucoup moins cher, même si ça doit être fait régulièrement, que de faire de la maintenance sur une voiture.
Herman : Oui, en fait, un vélo, ça pèse à peu près 20 kilos et une voiture, 1000. Une voiture pas trop lourde, donc 50 fois moins. Donc, il y a 50 fois moins de matière dans un vélo que dans une voiture. Donc, l’empreinte à la fabrication, c’est 50 fois moins, à peu près.
Ermanno : Je te laisse terminér. Tu nous disais que les bienfaits pour toi du Vélotaf, c’est déjà un bienfait d’un point de vue personnel sur l’aspect santé de l’utilisateur. Ça a un bienfait aussi en termes d’utilisation pure et simple, rapidité d’utilisation pour les trajets jusqu’à 5, 10 kilomètres. Surtout les trajets urbains, c’est beaucoup plus rapide avec un vélo. Est-ce qu’il y avait d’autres éléments que tu voulais mettre en avant ? Oui.
Herman : En fait, la mobilité, ça doit être un droit fondamental pour chacun. De pouvoir se déplacer. Parce que qui dit mobilité, qui dit j’ai accès à un travail, je peux aller au travail. Et une voiture, c’est cher. C’est vraiment cher. Ce n’est pas donné à tout le monde. Les transports en commun, ce n’est pas toujours hyper pratique. Ce n’est pas toujours juste à côté de chez moi que j’ai accès à ça et puis à mon lieu de travail non plus. Et donc, les études le montrent. Parce qu’il y a beaucoup d’études qui sont faites à ce sujet-là aux Pays-Bas. C’est que quand une société bifurque sur de la mobilité urbaine active, c’est-à-dire on se déplace en vélo, en fait, la société, elle devient plus heureuse. Il y a plus d’égalité. Il y a moins de signes de statut. Parce que le vélo, on va dire que c’est un vélo, c’est un peu moins un signe de statut qu’une voiture, quand même. Même s’il peut y avoir aussi des différences, mais quand même. Et donc, en fait, c’est un moyen d’insertion sociale très très important. Pour moi, l’État, il a un rôle fondamental à jouer à créer des structures de pistes cyclables adaptées pour qu’à tout endroit, les gens puissent se déplacer en vélo. Parce que quand on a accès aux pistes cyclables, en fait, on a accès à la liberté et on a accès au travail. On a accès à tout. C’est aussi pour les jeunes, les parents, ils peuvent faire confiance aux jeunes. Les jeunes sont libres et puis les parents sont plus libres aussi. Parce que quand il ne faut pas conduire les enfants partout, à gauche, à droite, mais que les enfants sont autonomes, les enfants sont contents et les parents aussi. Donc, il y a bien beaucoup de raisons pour y croire.
Ermanno : Allez, je vais faire un petit peu mon détracteur là, juste pour te pousser un peu dans tes retranchements. On va peut-être pouvoir dire, et notamment en Belgique et en Hollande, oui, mais le temps, la météo, ce n’est pas toujours très agréable de faire du vélo sous la pluie ou dans le froid. Bon, toi, chez Decathlon, tu as insisté pour qu’il y ait des douches partout. OK, mais dans une société classique, il n’y a pas toujours des douches. Et donc, comment est-ce qu’on fait quand on arrive trempé de pluie le matin au bureau ?
Herman : Tout d’abord, il pleut en Belgique 7,1% du temps. Donc, ça veut dire que le reste du temps, il ne pleut pas. Les routes sont parfois humides, c’est vrai, sont très souvent humides. Et il y a beaucoup de jours où il pleut un petit peu. Mais très souvent, je l’ai expérimenté moi-même, quand je faisais les trajets entre Gans et Bruxelles, où je faisais une partie en vélo, sur un mois, je mettais à peu près une ou deux fois des vêtements de pluie. Et puis, le reste du temps, il n’y avait peut-être plus le matin, où il allait pleuvoir à midi. Mais en tout cas, il ne pleuvait pas quand j’étais sur mon vélo. Ça, c’est le premier point. Les douches, il faut entendre que chez Decathlon, on les a mises pour ceux qui voulaient vraiment faire une activité très active sur leur vélo pour venir au travail. Ceux qui viennent en vélo-ville classique, vélo-ville électrique, et qui ne sont pas hyper pressés, ils ne transpirent pas beaucoup. Donc, c’est un effort un peu plus assidu que de marcher. Donc, en fait, on n’a pas besoin de prendre une douche. Après, il y a des vêtements adaptés. Et il faut être honnête, quand il pleut, ce n’est pas le truc le plus agréable. Mais c’est quand même faisable. Aux Pays-Bas, au Danemark, ça se fait. En Belgique, ça se fait aussi. Le besoin primaire, c’est les pistes cyclables. C’est le premier frein à la non-pratique. Beaucoup plus grand que la météo. Et on le voit parce qu’on vend par hasard aussi des produits, nous, en Espagne. En France, il y a des zones où il pleut vraiment très peu. Et quand il y a des pistes cyclables, il y a des cyclistes. Et quand il n’y a pas de pistes cyclables, il n’y a pas de cyclistes. Donc, ce n’est pas la météo, là.
Ermanno : Là, pour le coup, ce n’est pas la météo. Et puis, c’est la preuve par l’exemple. OK, bon, je te donne un bon point cette fois-ci. Et je rentre, moi, dans mes retranchements. On a bien parlé de toi, un petit peu de tes engagements. On a aussi un petit peu parlé de Décathlon. J’aimerais justement qu’on revienne beaucoup plus sur Décathlon. Et en particulier sur BTwin. Déjà, est-ce que tu peux nous dresser un petit peu l’image de Décathlon ? Moi, j’ai presque grandi avec Décathlon. J’ai connu Décathlon, Kalenji, Nabaiji, BTwin. Je m’y perds un petit peu dans toutes les marques. Est-ce que tu peux nous expliquer quelles sont les différentes marques de Décathlon, en tout cas par rapport au vélo ? À quoi elles se rapportent ? Et où est-ce qu’on en est aujourd’hui, notamment avec BTwin. ?
Herman : Le nom BTwin., aujourd’hui, il est destiné aux vélo-villes, aux vélos en vélo. Aux vélos pliants et aux vélos enfants. Après, il y a le VTT, c’est la marque Rockrider. Le vélor-oute, ça s’appelle Van Rysel. Et tout ce qui est vélo voyage et demain aussi vélo gravel, ça s’appelle Riverside.
Ermanno : Donc ça, c’est les trois marques, les trois gammes de vélos chez Décathlon. C’est des marques qui sont assez récentes ? Cette segmentation, elle est assez récente ou ça date déjà d’il y a plusieurs années ?
Herman : Il y a dix ans, on va dire, il y avait une dizaine de marques. Et puis maintenant, c’est vrai. On revient un peu plus, un peu moins de marques. C’est le cas de le dire.
Ermanno : Si je ne m’abuse, tu es responsable du développement de la marque BTwin. Quand on est un fervent défenseur des mobilités douces, un pratiquant du vélotaf. Et tu l’as dit en introduction, toi, ce que tu veux, c’est donner du plaisir aux utilisateurs, donc indirectement à tes clients. Quel est ton rôle et comment tu agis là-dedans ?
Herman : Moi, j’ai une équipe de designers, d’ingénieurs, de gens qui assurent la supply, donc l’approvisionnement. Et ensemble, on a écrit nos volontés. Et puis en face de ça, en face des différentes problématiques qu’on peut rencontrer avec un vélo quand même, on crée une offre qui permet de répondre à ça. Et ça va du, on va dire, du premier prix. Et puis ça va jusqu’au, on va dire, d’un très bon vélo en fait.
Ermanno : Je rigolais tout à l’heure un petit peu avec toi en off, avant de commencer cette entrevue, puisqu’on est en visio. Tu as mis en fond d’écran de la visio un joli poster d’un vélo Bitwin. J’imagine que c’est un vélo électrique. Je ne crois pas l’avoir déjà vu en magasin. Est-ce que ça fait partie des projets de développement ? Est-ce que ça fait partie des ambitions de BTwin. et de ton équipe de développer un vélo électrique qui soit aussi sympa et aussi agréable et fonctionnel à utiliser ?
Herman : Le vélo que vous voyez à l’écran, il arrive si tout va bien vers la fin d’année sur le marché. Donc, on sait tous qu’une des contraintes en vélo, c’est comment j’amène mes affaires, comment j’amène mes enfants à l’école, notamment quand ils sont plus jeunes, quand ils ne sont pas encore autonomes. Et donc, de là est venue la création d’un vélo qui aura une capacité de chargement à l’arrière de 80 kilos, sur laquelle vous pouvez mettre…
Ermanno : Ce n’est plus les enfants qu’on ramène là ? C’est carrément le conjoint ou la conjointe ?
Herman : Oui, exactement. Donc, on peut y mettre le conjoint, la conjointe. On peut y mettre deux enfants. On peut aussi… D’accord. On peut aussi mettre… On peut mettre une très grande caisse dedans pour faire des courses. C’est à peu près la caisse de la taille d’un caddie d’un magasin de grande surface. Donc, en fait, ça permet d’avoir une solution qui permet de vivre avec son vélo. Parce qu’il est difficile de dire, je peux utiliser mon vélo dans 90% des cas, mais j’ai toujours plein de cas où en fait, j’ai quand même besoin de ma voiture pour faire les courses, pour faire ci, pour faire ça. Je pense qu’avec un vélo comme ça, on peut passer peut-être de deux voitures à une voiture dans une famille.
Ermanno : En plus, je vois le gros cadre. C’est en plus un vélo électrique.
Herman : Oui, c’est un vélo électrique parce que dès qu’on parle d’un vélo cargo qui doit porter plus, en fait, quand le vélo, il n’est pas électrisé, c’est beaucoup trop fatigant. Dès que ça grimpe un tout petit peu et même sur du plat avec un peu de vent de face, ce n’est pas agréable. L’électricité, ça ouvre des possibilités fantastiques pour l’utilisateur, pour qu’en fait, se déplacer, ça ne devienne pas une contrainte mais un plaisir.
Ermanno : On parlait un petit peu de Décathlon tout à l’heure. Depuis quand est-ce que Décathlon est présent sur le vélo électrique et notamment qu’il accompagne les utilisateurs au quotidien pour leur déplacement de vélo taf ?
Herman : Nous, on a commencé à vendre du vélo électrique un peu tard. Il faut le dire. Le vélo électrique, il est né au global en 2008, je pense. En Europe, avant 2008, il n’y en avait pas. Chez Décathlon, on a commencé prudemment vers 2015-2016 et puis un peu plus 2017. Et là, c’est vrai que maintenant, on est en train de créer une offre très complète où on va avoir un vrai grand nombre de vélos électriques. Il y en a déjà pas mal maintenant et dans les 2-3 ans qui viennent, il va y en avoir vraiment beaucoup.
Ermanno : Pour revenir encore là-dessus, quelles sont les actions que vous menez au quotidien pour promouvoir le vélotaf, promouvoir l’utilisation du vélo électrique, promouvoir la mobilité douce ? Parce que vous ne faites pas que du vélo électrique, il y a aussi des trottinettes électriques. Je ne sais même pas si elles sont sous la marque BTwin Non, non, c’est Oxelo. Et du coup, quelles sont vos actions au quotidien en dehors de faire de la publicité ? Parce qu’il faut quand même vendre. Décathlon reste une société commerciale.
Herman : Oui, oui. Une des actions qu’on fait, c’est qu’on essaye vraiment de travailler pour faire de l’influencing pour qu’il y ait plus de pistes cyclables. C’est important. C’est le territoire. C’est important pour Décathlon, mais c’est important pour la société d’avoir des cyclistes. C’est important pour tous les fabricants de vélos qui profitent du fait qu’il y ait plus de pistes cyclables. Ça, c’est un vrai point. Après, nous, ce qu’on fait, c’est qu’on crée l’offre adaptée à cette utilisation. Cette offre, il y a cinq, six ans, était vraiment peu présente chez Décathlon sur vélo-ville. Donc maintenant, elle commence à être vraiment étoffée. Il y a des nouveaux vélos qui arrivent qui sont des bons vélos, très adaptés à cette mobilité au quotidien. Et puis voilà, c’est les deux majeures choses qu’on fait.
Ermanno : Vous incitez aussi vos collaborateurs à utiliser le vélo, non ?
Herman : Oui, évidemment, oui. Je suis un promoteur de la mobilité active, évidemment. Donc là, sur le lieu où je travaille, dans mon équipe, je pense qu’il y a 80% des gens qui n’habitent pas loin et qui viennent tous en vélo. Ils viennent tous en vélo au travail.
Ermanno : Alors, peut-être pour te taquiner un petit peu, tu nous disais tout à l’heure que tu habitais à Gand il y a quelques années, que tu travaillais à Bruxelles. Je regardais rapidement, ça fait une soixantaine de kilomètres entre les deux. Si tu avais vécu cette expérience maintenant avec les produits que Decathlon propose et notamment le superbe vélo électrique que je vois en fond derrière toi, est-ce que tu crois que tu aurais fait un petit peu plus encore de trajets en vélo que plus que faire voiture plus vélo ?
Herman : Honnêtement, une distance au-dessus de 20 kilomètres, ça marche en speedelec, mais avec un vélo classique, c’est trop long, c’est plus d’une heure. Ce n’est pas trop fatigant, mais c’est trop long, en fait. Ça prend beaucoup de temps. Donc, personnellement, je ne pense pas à non. Et d’ailleurs, on le voit dans les enquêtes, dans les données qu’on a, c’est que jusqu’à 5 kilomètres, il y a énormément de cyclistes. Jusqu’à 10 kilomètres, il y en a moins. Et après, au-dessus de 10, il y en a beaucoup moins qui se déplacent en vélo.
Ermanno : Oui, au-dessus de 10, c’est du sportif qui va prendre quand même son vélo pour agir.
Herman : Oui, ou autour de Bruxelles et Anverse, où la contrainte du trafic est incroyable, on voit beaucoup de gens qui utilisent un speedelec pour aller au travail, mais ça reste, en fait, anecdotique.
Ermanno : Pour rester sur le vélotaf et sur ton expérience à toi, est-ce que, en guise de question de clôture, est-ce que tu pourrais nous parler de ton meilleur souvenir de vélotaf ?
Herman : Honnêtement, c’était ma période où je travaillais à Bruxelles et où tous les jours, je traversais la ville de Bruxelles. Je prenais vraiment mon pied, parce que chaque jour, j’avais une demi-heure, enfin, une petite demi-heure de vélo. C’était tranquille. Donc, ils avaient dessiné des pistes cyclables sur le sol. Les voitures, elles étaient à l’arrêt partout.
Ermanno : Et donc, les cyclistes, ils roulaient partout. Et donc… Oui, tu as cette impression de tracer, de dépasser les voitures qui restent coincées. Et puis, ça t’apporte cette jouissance de te dire « Ah ah, moi, j’avance ».
Herman : Oui, mais non, mais c’était aussi le… Moi, ce qui me faisait toujours plaisir là-dedans, c’est que je savais exactement quand je partais et quand j’arrivais. Je partais à 6 heures. Je savais qu’à 6h30, j’étais toujours dans ma voiture. Quoi qu’il arrive. Donc, sauf crevaison. Mais j’ai crevé une fois en deux ans. Donc, la crevaison, c’est la peur de ceux qui ne pratiquent pas. Donc, en fait, ça crève très peu. Un vélo ville, ça a des bons pneus, des pneus un peu plus épais. Ça crève rarement. Ça crève, mais rarement.
Ermanno : Et toi, en tant que patron de Décathlon Belgique à l’époque, maintenant, The Between, est-ce que tu as le droit d’aller te servir dans le stock quand tu as besoin d’un vélo, quand tu as besoin de te déplacer ou tu joues le jeu et tu as ton propre matériel ?
Herman : En fait, quand j’étais en Belgique, chacun achète son produit. C’est normal. Aujourd’hui, je travaille dans le développement de produits. Ce n’est pas pareil. Évidemment, à l’équipe, il faut qu’ils testent leurs produits. Il faut qu’ils fassent progresser leurs produits. Donc, chacun roule sur un vélo qui change d’ailleurs régulièrement parce qu’en fait, il faut les tester. Donc, on a des protocoles de tests avec des utilisateurs en dehors de l’équipe. Le premier truc à faire, c’est tester soi-même le vélo. Donc, le vélo que vous voyez à l’écran, moi, je l’utilise. On l’améliore directement, en fait, le produit.
Ermanno : Oui, c’est le test and learn.
Herman : On est responsable du développement de la qualité du produit. Donc, ce qu’il faut faire au minimum, c’est l’utiliser. Sinon, on ne sait pas s’il est bien ou pas.
Ermanno : Effectivement, oui. Bon, j’avais une question dans ma liste. C’était quel outil utilises-tu pour vélo-taffer ? Alors, forcément, tu viens de nous y répondre. Tu utilises les vélos que toi et ton équipe vous développez et notamment ce magnifique vélo qui devrait sortir à la fin d’année. Il faudra peut-être quand même que tu m’envoies une photo si ce n’est pas confidentiel qu’on puisse illustrer l’épisode de ce podcast que nos auditeurs voient un petit peu à quoi ça ressemble.
Herman : Ah oui, je peux le faire, oui.
Ermanno : Et puis, pour terminer, si tu devais passer le micro, si tu devais donner le témoin à un autre sportif, à un autre fervent défenseur du vélo taff, à un acteur de la mobilité douce, est-ce qu’il y a des gens à qui tu penserais ? Vaste question.
Herman : Oui, exact. Moi, je pense qu’il faut peut-être passer la parole à une maman ou un papa qui amène les enfants à l’école.
Ermanno : Très bonne idée. Écoute, Herman, merci beaucoup pour ton temps, pour cet échange. Est-ce que tu peux nous rappeler une dernière fois où est-ce qu’on peut retrouver peut-être la gamme de vélos BTwin et puis plus d’informations sur Decathlon et éventuellement, si on veut rentrer en contact avec toi, comment on fait ?
Herman : L’offre de tous les produits qu’on vend, elle est disponible sur Internet, sur decathlon.be ou .pi en fonction du pays où on travaille, où on veut acheter. Après, pour rentrer en contact avec moi, c’est via la messagerie, donc via email.
Ermanno : Ok, très bien. De toute façon, je partagerai ton profil LinkedIn dans les notes de l’épisode. Donc, si des gens veulent venir, en tout cas échanger avec toi, ils pourront le faire aussi via ta page LinkedIn. Merci beaucoup encore une fois pour cet échange. Je te souhaite une bonne continuation et puis bon retour à la maison ce soir en vélo.
Herman : Super, merci. Au revoir.